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bre représenté par 1 , suivi de dix zéros. Si l'opération a été renouvelée cent lois, la fraction serait représentée par 100, élevé à la centième puissance, c'est-à-dire 1 sur 1 suivi de cent zéros.
Jamais, pour M. Pasteur, un liquide privé de bactéridies n'a pu communiquer le charbon. Si l'on ne trouve pas de bactéridies dans le sang capable de communiquer le charbon, c'est que le microscope est souvent insuffisant à en dévoiler la présence. Mais on a un moyen de contrôle, en ensemençant dans un liquide nutritif pur, à l'abri du contact de l'air, une gouttelette de ce saug virulent qu'on suppose privé de bactéridies; n'y en eût-il qu'une seule, elle se fût bientôt multipliée à ce point qu'il eût été impossible de ne pas admettre qu'elle préexistait dans le sang.
Les propres expériences de M. Pasteur lui ont encore démontré que les bactéridies, à l'état de filaments, possèdent des propriétés différentes de celles dont elles jouissent à l'état de germes. La putréfaction n'exerce aucune influence sur les germes.
Si l'on considère ce qui se passe dans le département d'Eureet-Loir toutes les fois qu'un animal y meurt du charbon, on voit qu'avant d'enfouir l'animal le berger le dépèce afin de vendre la peau. Or, cette peau fait un certain voyage, durant lequel elle humecte de sang certaines parties du sol, d'où la production de germes qui existent et persistent dans la terre. Si l'on suppose la possibilité d'une culture au moyen des matières animales, albumine et urine, on comprendra aisément combien l'existence de germes est manifeste et leur multiplication abondante. M. Pasteur pense que la terre des couches profondes, après l'enfouissement d'un animal, provoque facilement la septicémie, tandis que la terre de la surface donne au contraire, et de préférence, le charbon. Si l'intérieur d'un animal charbonneux se putréfie, est-ce que tout autour de lui la terre ne s'imprègne pas du sang qui n'est pas dans les conditions de la putréfaction ?
Pour M. Pasteur, la médecine et la chirurgie se trouvent aujourd'hui dans une époque de transition et de crise. Deux courants les entraînent. Une doctrine vieillit et l'autre naît : celle qui vieillit et qui s'effondre, mais qui compte encore un nom-
d/0 CHAPITRE VIII.
bre immense de partisans, c'est la doctrine delà spontanéité des maladies transmissibles. L'autre est la théorie des germes avec toutes ses conséquences légitimes. Il ne nie pas les idées anciennes sur les germes supposés. Ce qu'il tient à mettre en évidence, c'est l'existence démontrée du germe, grâce aux travaux modernes.
Il ne croit pas qu'il y ait des états épidémiques en dehors de cette circonstance de la plus ou moins grande abondance de germes. Cette idée, M. Pasteur l'a puisée dans la maladie des vers à soie, et il ne pense pas que ce mot, pays infecté, état épidémique, ait été prononcé plus souvent qu'à l'époque de l'épidémie des vers à soie, en 1865. Deux ans après, il a démontré qu'il était aisé de préparer de la graine de vers à soie parfaitement saine, et que cette graine, cultivée l'année suivante, ne périssait jamais de la maladie régnante. Prenons une graine exempte du corpuscule qui fait la maladie : élevée dans une chambre située au milieu d'autres chambrées semblables, elle se développe, subit ses diverses phases et aboutit à l'existence de papillons corpusculés, sans qu'aucun ver présente la maladie. Eh bien ! dans ce cas, les parents de ces vers avaient seuls présenté la maladie. Qu'on fasse maintenant de la graine avec ces papillons corpusculés, et les vers mourront avant la formation des cocons. Grâce à des mesures spéciales, on a obtenu des chambrées de plus en plus parfaites, et ou est parvenu à détruire complètement la maladie, notamment dans le département du Gard. Supposons une personne expérimentant avec des graines qu'elle isolera des personnes ambiantes, les papillons ainsi obtenus seront parfaitement sains ; si, au contraire, les graines saines sont cultivées dans un endroit rapproché d'un lieu où se trouvent agglomérées des graines malades, on verra apparaître la maladie chez les vers.
M. Pasteur a recueilli dans plusieurs services des hôpitaux de Paris, et particulièrement dans celui de M. Guérin, une certaine quantité de pus qui, à l'examen microscopique, a décelé la préseuce d'organismes. Il s'agissait de globules réunis les uns aux autres, au nombre de cinq à six, présentant un grand nombre de variétés et différant par leurs dimensions. Ces organismes avaient deux millièmes de millimètre.
Chez un cheval atteint d'un abcès que M. Bouley incisa]
ÈTIOLOGIE.
M. Pasteur a retrouvé ce môme organisme et en très grande abondance. Ces deux organismes étaient identiques. Il pense que tous ces organismes microscopiques se nuisent et exigent des milieux très purs et très favorables à leur développement.
Peut-on arriver à démontrer que telle ou telle maladie contagieuse ou infectieuse relève d'un organisme microscopique? C'est le problème que M. Pasteur s'est posé depuis longtemps et qu'il tient à cœur de résoudre. La bactéridie charbonneuse, le vibrion septique et le vibrion du choléra des poules constituent des découvertes heureuses, encourageantes et fécondes en déductions pathologiques et thérapeutiques.
En établissant l'identité des organismes ferments avec des corpuscules suspendus dans les milieux qui nous entourent, et en démontrant leur ressemblance avec d'autres organismes qui peuvent pénétrer dans l'être vivant, en prendre possession et en opérer la destruction d'une manière analogue à celle dont les ferments se comportent avec les liquides fermentescibles , M. Pasteur a ouvert des voies inconnues jusqu'à lui. L'étiologie et la thérapeutique s'y sont engagées et y ont trouvé pour la médecine et la chirurgie des indications dont l'humanité a déjà profité et pourra profiter bien plus encore.
On sait avec quelle imperturbable patience M. Pasteur est arrivé à discerner les organismes spécifiques d'un grand nombre de fermentations, comment, en les isolant par des cultures successives, il a trouvé et montré que tel organisme produisait une fermentation spéciale et pas d'autre, comme il l'a prouvé avec l'acide tartrique.
Si ce savant a trouvé des détracteurs, il a trouvé aussi des imitateurs. Le Dr Roberts, de Manchester, à l'aide de précautions prises contre l'intervention de l'air, avait conservé pendant plusieurs anuées dans des flacons d'où il avait chassé l'air, préalablement stérilisés parla chaleur, des liquides organiques très putrescibles, tels que de l'urine, du liquide pleuretique, du sérum de vésicatoire, sans leur voir subir la moindre altération. Il vint à ouvrir à l'air libre quelques-uns de ces flacons; dans d'autres, il introduisit une quantité d'eau ordinaire ; bientôt, après, il y vit se développer de nombreux vibrioniens. Dans une seconde expérience, il ne laissa arriver l'air ou le liquide contaminant à ses liquidas putrescibles qu'à travers un Ultre de
terre de pipe, et ceux-ci ne perdirent rien de leur parfaite limpidité.
C'est par une filtration semblable que M. Alph. G-uérin prévient au moyen des pansements ouatés la fermentation putride.
Cependant la théorie du germe contage n'a pas été universellement admise. Certaines anomalies paraissaient fournir des arguments victorieux aux adversaires de cette doctrine.
Ainsi, on avait remarqué que des liquides organiques mis à l'abri de toute contamination, étaient envahis par la fermentation, après avoir subi une ébullition prolongée.
On avait vu aussi, de temps à autre, des épidémies charbonneuses prendre naissance et se développer dans des étables où la maladie avait sévi des mois et même des années auparavant, mais où on avait cru prendre toutes les précautions propres à détruire les contages ; on sait pourtant que la bactéridie périt rapidement dans les milieux qui ne lui sont pas favorables.
Tout dernièrement, M. Paul Bert, dans une première série d'expériences, a soumis du sang charbonneux à une pression d'oxygène de dix atmosphères et à l'action de l'alcool concentré. La virulence a survécu à ces traitements, et l'expérimentateur en a conclu qu'elle ne pouvait pas dépendre de germes organiques figurés, qui n'y auraient certainement pas résisté.
EnQn, des inoculations de sang, soi-disant charbonneux, ont amené la mort sans qu'on puisse découvrir chez les animaux inoculés des traces de bactéridies.
Toutes ces anomalies ne sont point incompatibles avec la théorie du germe contage, et des observations minutieuses et persévérantes ont réussi à dissiper tous les doutes.
M. Davaine avait déjà remarqué que, dans les formes variées que peuvent revêtir les vibrions, les plus petits, les moins distincts, sont ceux qui résistent le plus aux causes de destruction. La même observation avait été faite par M. Roberts, de Manchester ; il avait aussi avancé et cherché à prouver que des particules germinales pouvaient survivre à la température de l'eau bouillante.
M. Pasteur, le premier, a obtenu les corpuscules germes dans le groupe des vibrioniens. Dans son étude sur la maladie des vers à soie, publiée en 1 870, il y a une planche qui représente
ÉTI0L0G1E.
parfaitement cette formation des spores ou germes ou kystes, suivant le groupe où on place ces êtres. M. Pasteur est donc antérieur à Sanderson et à Koch, au point de vue des états particuliers que peuvent affecter les bactéries.
Le Dr Burdon Sanderson a cherché à expliquer la permanence de la contagion dans certaines étables par la supposition que les organismes du sang de rate existaient dans deux états, l'état de bactéries caduques telles qu'on les trouve dans le sang, et l'état plus résistant de semences ou de spores dans lequel ils peuvent se maintenir pendant un temps indéfini. Cette supposition s'accordait d'ailleurs avec le résultat des recherches de M, Dallinger et du Dr Drysdaie. Ces messieurs avaient trouvé que certaines monades complètement développées périssent dans une température de 60°, tandis que leurs spores, si tenues qu'elles sont individuellement invisibles au plus puissant grossissement, peuvent encore germer après avoir été exposées pendant plus de dix minutes à une chaleur de 140°.
Ces observations, comme ces hypothèses, ont été confirmées et justifiées par les études faites au laboratoire de physiologie de Breslau, où le professeur Cohn observa des faits analogues chez les bactéries des infusions de foin qui avaient été bouillies. Il les vit d'abord naître de spores, passer ensuite par toutes les phases de leur croissance et retourner ensuite à l'état de spores. Il pensa qu'il en pouvait être de même de la bactéridie du charbon, et ses présomptions viennent d'être vérifiées par M. Koch, son élève.
Ainsi, il paraît bien démontré que la maladie charbonneuse est causée par l'introduction chez un individu sain d'un organisme vivant, provenant d'un autre individu infecté du même mal, que la transmission ait lieu directement ou par l'intermédiaire d'un insecte qui la transporte; la bactéridie, une fois introduite, se multiplie à l'infini et avec une telle rapidité que, selon M. Davaine, le nombre de ces contages peut dépasser celui des globules du sang en peu de jours.
Ainsi donc, la bactéridie paraît bien être la cause du charbon, mais ce procédé étiologique, par un vibrion, se retrouve encore dans la production d'autres maladies.
Dans la septicémie, c'est aussi un vibrion qui est l'agent morbifique, mais un vibrion à caractère et à aptitudes différentes.
Tandis que la bactéridie est immobile et ne vit que dans l'oxygène à l'état libre, qu'elle est, en un mot, aérobie ; le vibrion septicémique, comme un vrai ferment, est anaérobie, il vit et multiplie sans oxygène libre, et même il s'y flétrit et y prend très rapidement la forme de spores.
Il est encore une maladie très contagieuse, connue surtout en Ecosse et en Irlande, qui est caractérisée par la présence dans le sang de vibrioniens qui se meuvent en spirale ; ce sont les spirilles que M. Obermeier, de Berlin, a vus le premier, en 1868, chez des sujets malades de la fièvre relapse. M. Heydenreich, de Saint-Pétersbourg, a constaté que, chaque fois que la température s'élevait, soit pendant les grands paroxysmes, soit pendant les exacerbations momentanées durant le paroxysme ou à la fin de l'intervalle apyrétique, cette élévation était précédée de l'apparition des spirilles dans le sang. Ils disparaissaient peu de temps avant la crise, et ne se montraient pas pendant toute la durée de la période apyrétique.
A la fièvre typhoïde elle-même paraît être associée la présence d'un microphyte décrit en 1874, par le Dr Klein, c'est le micrococcus que l'on trouve soit isolé, soit aggloméré dans les selles typhoïdes, dansles tissus de l'intestin malade et dans les glandes mésentériques.
Indépendamment des organismes qui viennent d'être cités et qui présentent des formes et des propriétés capables de les faire reconnaître pour des êtres doués de vie, il en est d'autres beaucoup moins visibles encore qui sont tenus en suspension dans lesliquides pathologiques à l'état de granules très fins, libres ou adhérents aux éléments cellulaires. Ces liquides, introduits à l'état de pureté dans le tissu conjonctif, y font naître une inflammation phlegmoncuse plus ou moins intense, qui se termine ordinairement par un abcès dans le point où a été pratiquée l'inoculation. Il a été prouvé que l'agent producteur de cette inflammation est certainement l'élément figuré contenu dans le liquide. En effet, si on parvient à séparer cet élément cellulaire ou granuleux du liquide ambiant, celui-ci, réduit au sérum et aux matières dissoutes, n'est plus apte à produire l'inflammation dans le tissu conjonctif; il n'est plus phlogogène. Si, au contraire, après avoir fait passer ces éléments solides par des lavages successifs, on les mêle à un liquide inoffensif
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tel que de l'eau pure, l'injection de cette eau ainsi chargée produit la même phlogose que l'introduction du pus lui-môme.
Voilà donc la théorie du germe contage dans l'état actuel ; elle paraît appuyée sur des bases solides et des faits précis. La voie est encore ouverte aux investigations, mais on peut dire qu'elle a été largement tracée par sou promoteur le plus ardent et le plus infatigable, M. Pasteur, qui, tout dernièrement encore, dans la séance du 10 février 1880, présenta à l'académie de médecine un mémoire très intéressant sur la maladie vulgairement appelée choléra des poules.
La doctrine du germe contage avait été professée avant que la présence des particules figurées eût été démontrée dans l'organisme. Voici ce que Hildenbrand écrit dans son livre du typhus contagieux (1811) :
«Le typhus est toujours produit par contagion, c'est-à-dire par communication, d'une matière qui, comme les autres miasmes contagieux, occasionne chez un homme sain une fièvre particulière pendant laquelle se développe de nouveau le germe d'une maladie semblable. Tout miasme contagieux a la propriété : 1" de reproduire son analogue dans une maladie qu'il a occasionnée ; 2° de se répandre et, de s'élever à l'infini, en vertu de ce développement secondaire, c'est-à-dire aussi longtemps qu'il existe une matière propre à recevoir le miasme et à en produire un nouveau. Ces deux propriétés lui sont communes avec les germes des animaux et des plantes. »
Le langage de nos jours n'a rien à changer à ces expressions ; c'est presque dans les mêmes termes que M. William Budd parle de « l'élément contagieux de la fièvre typhoïde, qui est le produit de sa propre reproduction dans le corps atteint de maladie, et en sort pour se répandre ailleurs. »
Déjà M. Budd avait été un des premiers, après Pellarin, Gietl de Munich et John Snow, à expliquer la propagation du choléra par la théorie du germe contage transporté dans les déjections.
Sir Thomas Watson a publie, enrl878, dans la Revue du XIXe siècle, un plaidoyer en faveur de la théorie des germes :
« Gomme la vie, dit-il, ne provient que de la vie qui l'a précédée, et comme, selon le verdict de l'expérience scientifique exacte, la génération spontanée n'existe pas ; de même, selon
l'affirmation du même témoignage, il n'y a pas, du moins à la présente époque du monde, d'origine spontanée pour aucune de ces maladies spéciOques (maladies zymotiques)... Elles ne peuvent naître que de la contagion... c'est-à-dire en étant transmises d'une personne à une autre par contact direct, ou par des particules de matières flottantes dans l'air, ou adhérentes aux vêtements, à la literie, aux murs, aux meubles, et mises à la portée de celui qui prend la maladie. Ces particules, plus ou moins nombreuses, constituent les contages. En langage populaire, on les appelle des germes, ou, par une démonstration plus simple et plus exacte, des semences, et chaque maladie de ce groupe a sa semence propre et particulière. »
M. Gueneau de Mussy fait remarquer que les changements que des causes banales peuvent apporter dans l'état physiologique donneraient peut-être l'explication de l'éclosion, en apparence spontanée, de certaines maladies qui se transmettent ensuite par contagion. Ces modifications physiologiques, dit-il, dépendent nécessairement de modifications histologiques correspondantes, et on conçoit que de ces dernières puisse résulter la constitution d'habitats convenables à certains contages, et il prend pour exemple la morve qui peut apparaître en dehors de tout mode de transmission saisissable, à la suite cependant de causes spéciales telles que le surmenage, l'alimentation défectueuse, de profondes et longues suppurations, en un mot de causes incontestables d'épuisement. Ne peut-on pas supposer que, dans ces conditions, il se produit dans les solides ou les liquides des changements qui aboutissent à la constitution d'habitats favorables à la réception du germe de la morve.
Le Dr Maclagan, dans une discussion qui eut lieu en 1874 à la société pathologique de Londres, sur la théorie du germe contage, a émis la proposition suivante : La spécificité de chaque affection contagieuse dépend de deux facteurs :
1 0 L'existence du contage ;
2° L'élection du tissu dans lequel le contage trouve quelque chose de spécifiquement nécessaire à sa fécondation etàla propagation distincte de son développement organique.
Nous ne suivrons pas le Dr Maclagan dans l'exposé de ses théories sur la multiplication du germe dans l'économie ; nous ferons seulement remarquer que depuis que, l'étude des fer-
ments a jeté de si lumineuses clartés sur des phénomènes que la science n'expliquait que par des conjectures, les prévisions de Robert Boyle et de Hildenbrand ont pris chez beaucoup d'auteurs le caractère de la réalité.
Les propriétés du contage variant suivant les degrés de développement des germes, suivant les conditions atmosphériques, la sécheresse ou l'humidité, etc., donnent autant d'explications plausibles à l'explosion inattendue d'une épidémie, à la prédominance de la fièvre dans une saison plutôt que dans une autre.
Avant d'aller plus loin et de discuter comment ces données nouvelles peuvent s'adapter à la fièvre bilieuse inflammatoire, il nous faut voir en quoi consiste la théorie paludéenne qui est encore adoptée pour la plupart des maladies des pays chauds.
B. Théorie paludéenne ou tellurique.
La théorie paludéenne basée sur l'existence des marais doit impliquer la définition du marais. Les définitions qu'on en a données sont loin d'être claires et précises. Littré dit que c'est un terrain non cultivé, très humide ou incomplètement couvert d'une eau qui est sans écoulement.
« La constitution physique des marais, dit Michel Lévy, varie suivant les climats; ils ne se ressemblent ni par leur aspect, ni par la nature de leur fond ; leur caractère commun est de favoriser le développement d'une certaine végétation et de servir de réceptacle aux doubles produits d'une pullulation organique sans fin et d'une incessante putréfaction. »
Les effets produits par les marais varient avec la composition des eaux qui les entretiennent ; ceux d'eau douce sont les moins dangereux; les marais salés sont plus pernicieux, mais les plus redoutables sont les marais mixtes, c'est-à-dire ceux qui contiennent un mélange d'eau douce et d'eau salée.
Les marais contiennent des gaz et Mélier les accusait de tous les méfaits. Les auteurs de l'annuaire des Eaux disent également :
« L'insalubrité des localités marécageuses paraît principalement déterminée par la réaction des matières organiques sur les sulfates qui donnent naissance à des produits délétères, parmi lesquels on a signalé la présence du gaz sulfhydrique.
Cette réaction peut s'établir, non seulement par le mélange des eaux de mer avec les eaux douces, mais encore toutes les fois que les terrains contiennent des sulfates, des matières organiques, de l'eau et que la température est élevée. »
Mais ils ajoutent : « Rien ne prouve jusqu'ici que ce soit au gaz sulfhydrique qu'il faut attribuer les effets des émanations marécageuses. » Et en effet, dit M. Rey, dans le dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, s'il en était autrement, c'est-à-dire si le gaz hydrogène sulfuré produisait la maladie h lui tout seul, Bagnères, Cauterets, Labassère, Barèges, toutes les stations sulfureuses à température élevée devraient être d'épouvantables foyers de fièvre.
Nous emprunterons au traité des fièvres intermittentes de M. Colin les idées tour à tour émises sur le miasme paludéen ; nous verrons comment il lui substitue d'une manière hypothétique, le poison tellurique pour expliquer les maladies les plus diverses qui prennent naissance en dehors des marais; on verra que c'est la théorie paludéenne élargie.
« Plus on avance dans l'étude des fièvres intermittentes, dit M. Colin, plus on voit que, si les marais produisent la fièvre dite palustre, ils sont loin d'en être la seule cause, dans la zone tempérée d'une part, spécialement sur les divers points du littoral méditerranéen de l'Europe et de l'Asie, ainsi que dans les vastes prairies de l'Amérique du nord; d'autre part, dans la plus grande partie des contrées tropicales, les fièvres intermittentes constituent les plus graves endémies, sans qu'on puisse invoquer souvent l'influence du voisinage d'une surface marécageuse.
« Plus que jamais donc il y a lieu de se demander, comme M. Bérenguier, si l'on n'a pas exagéré l'importance des effluves marécageux, en y voyant un miasme infectieux spécifique, qui ne saurait sortir d'autre part que d'un marais.
« Où le marais manquait, on a cherché à y suppléer par la constatation et souvent par l'hypothèse d'une nappe d'eau souterraine, constituant par ses oscillations sous l'influence des pluies et du régime des eaux qui l'alimentent, un foyer comparable au foyer palustre type, et, comme celui-ci, émettant ses cltluves à la surface du sol, grâce à la porosité de la couche qui la recouvre.
« Mais peut-on admettre qu'à une profondeur variant de quel-
ÉTIOLO(illi.
ques pieds à plusieurs mètres, en dehors par conséquent de l'influence atmosphérique et surtout des rayons solaires, il se passe des phénomènes soit de végétation, soit au contraire de décomposition analogues à ceux qui ont lieu à la surface des marais découverts ? Dans ces pays où l'absence de marais a fait recourir à l'hypothèse de l'existence de vrais marais souterrains, on remarque, pendant la saison des fièvres, que la moindre pluie fait augmenter subitement et le nombre et la gravité des fièvres; les plus dangereuses de ces pluies sont les plus légères, celles qui, au lieu de faire arriver jusqu'à la couche d'eau latente Ici moindre quantité de liquide, ne font qu'imbiber la superficie du sol sans y pénétrer de plus de quelques millimètres.
Maintenant si nous nous demandons, avec M. Colin, par quel agent morbide les marais impressionnent l'organisme, nous n'aurons pas une explication plus satisfaisante.
« Les uns ont vu la cause morbide dans les produits de putréfaction organique, comme Lancisi et Mélier, à propos des marais salants. Daniell constate l'abondance de l'hydrogène sulfuré dans les couches atmosphériques qui recouvrent les rivières de la côte d'Afrique. Mais aucun de ces gaz, isolé dans nos laboratoires, ne produira d'effet analogue à celui de l'intoxication palustre.
« Martineau rapporte à l'influence d'une condition analogue au rouissage, aux miasmes qui se dégagent des tonnelleries, la production des fièvres pernicieuses dans la ville de Saint-Pierre (Martinique). Mais Rufz de Lavison dit que ces fièvres ne sont pas plus fréquentes chez les ouvriers qui travaillent dans les tonnelleries, ni dans les maisons voisines et sous le vent de ces établissements. Il faut, d'après cet observateur distingué, chercher la cause des fièvres de Saint-Pierre dans une cause plus générale.
« D'autres ont cherché la cause des fièvres non plus dans la décomposition, c'est-à-dire dans la mort des corps organisés, mais dans la vie, dans une végétation spéciale, la végétation palustre. Boudin accusait l'anthoxanthum odoralum ou flouve des marais. On a mis eu cause le palétuvier (Rhizophora m angle).
« Salisbury a établi l'existence, à la surlace du sol de certains pays marécageux de l'Ohio, de petites cellules oblongues très
analogues aux cellules d'une algue du genre palmella. Il constate que ces spores ne se rencontrent dans l'atmosphère que pendant la nuit, qu'elles ne s'y élèvent qu'à une certaine altitude (35 à 100 pieds) au-dessus du sol, et on retrouve ces cellules dans l'expectoration des fébricitants, on en constate l'élimination par les voies urinaires. L'auteur signale une sensation particulière et très pénible de sécheresse et de constriction dans la bouche, la gorge et le larynx quand on est soumis à l'inspiration de particules émanées de ces plantes suivant lui fébrigènes.
« Pour M. Colin, la fièvre est causée avant tout par la puissance végétative du sol quand cette puissance n'est pas mise en action, quand elle n'est pas épuisée par une quantité de plantes suffisantes pour l'absorber.
« Quand les marais sont-ils à leur maximum de nocuité? C'est, d'après M. Colin, quand par le dessèchement, on expose au contact atmosphérique une partie plus ou moins grande de la surface submergée ; quand, par conséquent, on met à nu un sol d'une puissance végétative énorme et qui antérieurement caché sous l'eau, a accumulé parfois pendant des siècles, les éléments de cette puissance. Les fièvres qui se produisent alors, ne sont pas dues seulement aux émanations fournies par la putréfaction des matières organiques renfermées dans la vase mise à découvert; car les fièvres continuent à se développer après que cette couche vaseuse s'est condensée en terreau plus ou moins sec, où tout mouvement de décomposition putride est arrêté. En Algérie, la fièvre se développe dans des régions ■ qui semblent offrir des conditions absolument contraires aux. conditions palustres, dans les localités en apparence les plussèches, les plus stériles, n'ayant du marais, ni l'humidité, ni lai végétation, ni la décomposition.
« La composition géologique du sol n'est pas d'une importance absolue sur son apparition; les fièvres dites palustressont endémiques sur le sable, le calcaire, la glaise, la craie, legranit lui-même, sur les terrains de formations les plus diverses, sédimentaires ou volcaniques.
« La condition la plus essentielle de leur apparition c'est le sol suffisamment influencé par la température extérieure; aussi ne manquent-elles d'une manière absolue que dans les climats
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froids et à certaines altitudes. Elles sont donc, surtout et avant tout, le résultat d'une influence terrestre.
« De l'étude sur la campagne romaine, M. Colin conclut que l'insalubrité en est due non pas à tel ou tel foyer limité d'émanations palustres, mais à la richesse même d'un sol extrêmement fertile, non cultivé, et offrant par sa configuration, les conditions les plus favorables aux exhalaisons telluriques et à leur condensation nocturne. »
Interprétation et application des connaissances nouvelles à la fièvre
bilieuse inflammatoire.
Nous voyons, en somme, que la théorie paludéenne ou tellurique repose tout entière sur les conditions du sol. Que le sol marécageux produise la fièvre intermittente; nous l'admettons sans conteste. Que le sol nouvellement défriché la produise aussi ; rien de mieux. Mais ce qu'il faut bien savoir pour limiter le cadre des affections paludéennes, un peu trop élargi aujourd'hui, c'est que les fièvres qui dépendent de ces conditions telluriques se présentent avec certains caractères assez bien déterminés. Ainsi la fièvre paludéenne n'est pas transmissible et ne se contracte que dans les endroits qui offrent les conditions de son développement; elle a une tendance extrême aux récidives et plus on vit au milieu d'elle, plus on est exposé à ses coups; enfin, elle présente des caractères d'intermittence qui varient, mais beaucoup moins qu'on a voulu le dire.
Aussi quand on voit se développer dans des endroits non marécageux, des fièvres décorées du nom vague de paludéennes, on doit se demander s'il ne faut pas chercher ailleurs que dans le sol même une explication plus rationnelle. Le Dr Laure, qui a longtemps pratiqué à la Guyane, dit, en parlant des fièvres palustres, qu'en entrant dans une salle de fiévreux en temps d'épidémie, on est frappé d'une odeur putride qui se propage au delà des fosses nasales, à l'œsophage et à l'estomac, quelquefois même avec nausées, coliques et déjections fétides. On se demande en lisant ces lignes si cet observateur distingué n'avait pas affaire à autre chose qu'à de la fièvre intermittente.
Mais pour ne pas nous égarer, nous allons jeter un coup d'œil sur la composition du sol à la Guyane.
La ville de Cayenne est située par 54° 38' de longitude ouest et 4°, 50" de latitude nord. Elle est bâtie sur un îlot de grès ferrugineux et d'argile grise. Les rues larges et droites offrent une pente facile aux eaux pluviales, mais il existe des ruisseaux contenant des détritus animaux et végétaux. Le terrain est si spongieux, que l'on marche à pied sec, une heure après l'ondée qui submerge la plaine (Laure).
Les Iles-du-Salut sont constituées par un terrain granitique, d'origine volcanique, d'une surface peu étendue, offrant des pentes rapides et permettant aux eaux de circuler librement et facilement. Pas de conditions pour les marais.
Au Maroni, le terrain est sablonneux et facilement perméable, le sous-sol est argileux, mais l'écoulement des eaux vers le fleuve et les rivières est très facile. Il n'existe que peu de marais dans l'acception propre du mot, car d'une part les eaux, s'écoulent assez facilement et d'autre part les terrains abandonnés ou non cultivés sont rapidement envahis par une végétation luxuriante qui doit bien épuiser l'action du sol. En 1873, quand l'épidémie de fièvre jaune s'est déclarée au Maroni, on a \ accusé un petit marais où pousse de l'herbe du Para et qui à ! toutes les marées est inondé par l'eau du fleuve. Il faut dire qu'au point où est fondé le pénitencier de Saint-Laurent, l'eau du Maroni est toujours douce, l'eau salée n'y arrive que dans les grandes sécheresses et dans des conditions tout à fait exceptionnelles. Ce marais existe encore, il est soumis à une parfaite irrigation ; il est donc tout à fait inoffensif, et la preuve c'est que le Maroni jouit malgré lui depuis deux ans d'un état sanitaire excellent; or, un marais doit toujours produire les mêmes erïets, tant qu'il se trouve dans les mêmes conditions.
Au point de vue du sol à la Guyane, nous pouvons dire que les lles-du-Salut ne présentent aucune condition pour un marais, et que le Maroni et Cayenne peuvent être considérés comme se trouvant dans des conditions identiques; j'ose même croire que l'on trouverait plus de marais à Cayenne qu'au Maroni. Du reste, au Maroni même, on trouve des plateaux élevés où il n'existe pas de marais; les pénitenciers que l'on a établis sur ces points ont joui d'un état sanitaire très convenable, mais après un certain temps on a vu régner des maladies qu'on ne savait à quoi attribuer, comme à Sainte-Anne- Les conditions
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du sol ne pouvaient rendre compte de l'aggravation dos maladies.
Quand on voit se développer dans les casernes et les hôpitaux des fièvres à caractère épidémique et contagieux malgré les allures qu'elles peuvent prendre, il faut chercher en dehors des marais et du sol une autre raison.
Pour mieux fixer les idées, nous n'avons qu'à voir ce qui s'est passé dans la colonie pénitentiaire du Maroni. Il est facile d'y suivre les événements, parce que cette colonie n'existe que depuis 1857, et que les malades sont faciles à observer, puisqu'ils sont tous soignés à l'hôpital.
Le tableau suivant va donner une idée de l'état sanitaire des premières années :
Année 1860 — 87 décès.
Si, à certaines périodes, comme en 1866 et'; 1867, on voit le chiffre des décès augmenter, on peut l'attribuer d'abord à l'évacuation de tous les autres pénitenciers sur le Maroni et à l'envoi de «gens usés et épuisés», et aussi au malheureux essai du chantier de Sparwhine.
Mais pour raisonner plus exactement, il vaut mieux prendre une catégorie d'individus, qui est toujours la même et qui se trouve toujours dans les mêmes conditions.
La mortalité sur les soldats d'infanterie de marine qui se sont succédé dans l'espace de vingt ans, donne le tableau suivant :
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On peut voir que la mauvaise réputation dont a joui le Maroni, pendant les années 1874, 1875, 1876 et 1877, était assez bien justifiée. Le chiffre des décès explique aisément cette mauvaise opinion.
L'année 1879 a fourni 212 décès, dont 49 portent sur le personnel libre et 163 sur la transportation. L'effectif comprenait en moyenne :
Personnel libre i 0fficiers= fonctionnaires, assimilés, agents divers. . 87
( Troupes de la garnison 94
Transportation -1,343
Il est mort cette même année 30 soldats.
L'année 1877 a été encore assez mauvaise, mais le chiffre des décès est moitié moindre, puisqu'il s'arrête au chiffre 125 pour le même effectif moyen.
Les soldats qui avaient été si éprouvés en 1876, puisque la mortalité avait été de près de 36 pour 100, l'ont été beaucoup moins en 1877, car il n'en est mort que 6 sur un effectif de 84 en moyenne.
En 1878, le chiffre total des décès, surtout le personnel du pénitencier, ne s'élève qu'à 69, et pas un décès sur les fonctionnaires ni dans la garnison, si ce n'est celui d'un soldat qui est mort 12 heures après son arrivée de Cayenne, d'où il était arrivé très malade.
Eu 1879, pas un décès dans la garnison.
Si l'on consulte les journées de traitement à l'hôpital, on remarque qu'elles suivent la même proportion que les décès, et l'on voit la situation sanitaire bien améliorée à la fin de l'année
Cette grande mortalité ne régnait au Maroni que depuis quelques années, et la maladie qui a fait de si cruelles victimes sur le personnel libre ne semble s'y être implantée qu'à la fin de 1873. En 1872, le chiffre des décès n'a pas dépassé 80, et le personnel était plus nombreux. Si l'on consulte l'état civil de ce pays depuis sa fondation, on voit que la mortalité de certaines années est presque nulle, et le chiffre le moins élevé de la mortalité coïncide précisément avec le moment des défrichements et des déboisements.
En arrivant au Maroni comme chef de service, ces faits m'ont frappé, et je me suis demandé comment l'état sanitaire de ce pays avait pu se modifier pareillement. Gomme l'esprit humain est ainsi fait, qu'il juge toutes choses, par ce qu'il a sous les yeux, on disait que le Maroni était, un pays inhabitable, et on
ÉTI0L0G1E.
fut sur le point de l'abandonner. En allant au fond de La question, j'ai vu qu'il ne fallait point songer à incriminer le sol qui n'avait pas été remué, ni les marais qui n'avaient pu augmenter, mais qu'il fallait chercher d'autres causes plus positives et plus rationnelles.
Eu effet, il était bien difficile de trouver la cause de cette mortalité dans le sol même et de l'attribuer uniquemênt aux défrichements et aux déboisements qui ont été faits à une époque bien antérieure à celle que nous signalons comme date de l'apparition de la maladie. Il est même à remarquer que depuis cette époque le sol n'a pas été remué.
Il est vrai que j'ai entendu plusieurs fois émettre l'idée que c'était au défaut de culture qu'il fallait en attribuer la cause. Mais pour qui connaît le Maroni, la raison n'est pas sérieuse. On avait abandonné quelques jardins et quelques champs de canne, qui avaient été aussitôt envahis par une belle végétation, en n'établissant nulle part de nouveaux marais. Sans donner plus de raisons contre cette idée, je dirai qu'en 1878 et 1879 la maladie a disparu et la mortalité réduite au minimum, sans que la culture ait été reprise.
Du reste, en examinant de près les faits que j'observai sur une catégorie de malades que je pouvais suivre de près, j'ai vu que la contagion jouait le principal rôle. Le poison paraissait localisé en certains endroits de la localité, et ce n'est qu'en fréquentant les lieux infectés que les individus non acclimatés étaient atteints.
Je remarquai aussi que la maladie ne sévissait généralement que sur des individus qui n'avaient jamais été malades. Les cas étaient d'autant plus graves que les personnes n'avaient jamais été prises d'accès de fièvre. C'étaient, en général, des individus robustes et bien portants qui étaient frappés; et chose curieuse, qui est pour ainsi dire le cachet de la maladie, et que j'ai constatée bien souvent, c'est que les personnes usées et anémiées, vivant au milieu des marais dans des circonstances hygiéniques déplorables, n'étaient pas atteintes. D'un autre côté, des personnes en pleine santé étaient frappées brusquement et emportées d'autant plus vite par le fléau, que leur constitution était
plus robuste et que leur temps de séjour dans le pays étaitmoins long.
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J'ai vu, eu uu mot, que la maladie qui exerçait des ravages au Maroni était une maladie à laquelle ou pouvait s'acclimater et pour laquelle il existe uue assuétude spéciale qui donne l'immunité.
Or, je ne sache pas que la fièvre paludéenne soit une fièvre pour laquelle il existe un acclimatement spécial, car nous savons que plus l'impaludation est grande, plus la mort est rapprochée.
Ce n'est donc pas à la flèvre des marais qu'il faut attribuer cette grande mortalité.
Si nous prenons un mois quelconque de l'année, le mois de septembre par exemple, car il correspond au dessèchement des marais et au dégagement des émanations maremmatiques, nous en voyons la preuve.
Pendant l'année 1 873, le troisième trimestre a été marqué par une mortalité de 75; en 1877, ce même trimestre n'a eu que 15 décès. Est-il possible d'admettre un changement aussi radical, d'une année à l'autre, dans un pays où les conditions ne changent pas? Le sol était le même et n'a pas été remué ni mieux cultivé à un moment qu'à l'autre. Les conditions météorologiques ont été peut-être plus mauvaises; en 1877, la saison a été plus chaude, et en 1878 beaucoup plus pluvieuse.
En 1876, on renouvelait les soldats tous les trois mois et on apportait de nouvelles recrues à la transportation. En 1877 et en 1878, la garnison ne changeait que tous les six mois et avec des précautions déterminées.
Il est donc plus simple d'admettre que ce mouvement de personnel a contribué à produire la grande mortalité de 1876, en fournissant continuellement un aliment nouveau au miasme auquel il n'était pas habitué. Si nous voyons des Arabes et des Coolies atteints, ce sont précisément ceux qui ont été placés brusquement dans ce foyer d'infection. A ce propos, on doit se rappeler que l'immunité s'acquiert pour tous, par l'acclimatement, et que c'est loin d'être toujours un privilège denaturalité et de race,
La cause de cette mortalité me paraît donc être toute de contagion, et le miasme qui y donne naissance s'acclimate et se perpétue dans certains pays où il a été porté, parce que lescon-
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ditions telluriques et météorologiques sont favorables à son développement.
En ne considérant que cette longue période de quatre aimées si pleine d'enseignement, de 1873 à 1877, on peut voir que c'est toujours à la même épidémie que l'on a affaire, laquelle se continue à la faveur des foyers d'infection.
Et ici, nous touchons au cœur même du sujet. Il est évident que la fièvre jaune véritable, que l'on ne reconnaît le plus souvent qu'à ses symptômes ultimes, n'a pas constamment sévi pendant cette longue période. Mais il me suffit de savoir qu'elle a existé avec ses véritables caractères au commencement de la période que je considère actuellement, à la fin et dans l'intervalle, à des époques plus ou moins variées, mais fréquentes, pour qu'il me soit permis de dire, surtout après les faits nombreux que j'ai observés, que les maladies signalées sous le nom de rémittentes bilieuses, de typhoïdes bilieuses, fièvres à rechutes, rémittentes typhoïdes, et queje groupe aujourd'hui sous le nom de fièvre bilieuse inflammatoire, n'en étaient que les formes plus ou moins atténuées ou se présentant chez des personnes en quelque sorte réfractaires à la fièvre jaune rapide et foudroyante, c'est-à-dire véritablement épidémique.
Nous avons vu que les études poursuivies avec ardeur depuis plusieurs années donnent en pathologie une part de plus en plus grande aux organismes inférieurs. On est loin de connaître encore la nature et l'essence de tous les contages, mais il est déjà quelques maladies pour lesquelles le contage est bien connu et il en est beaucoup d'autres qui se comportant de la même manière que les maladies à contage déterminé peuvent rentrer dans la même classe et dont la cause sera peut-être bientôt connue.
Nous voyons tous les jours l'application de ces grandes données produire des résultats surprenants et en admettant qu'on ne connût encore aucun agent morbide animé, il ne faudrait pas moins continuer à nous préserver des germes dont nous sommes entourés et qui n'attendent qu'une brèche pour entrer chez nous. Les faits sont si évidents qu'ils défient toute contradiction. Quand ces êtres microscopiques trouvent un milieu favorable, on les voit pulluler avec une rapidité inouïe et ce qui est maladie pour l'espèce humaine est pour eux l'apogée
de la santé et de la vie. « Les lois de la vie, comme dit M. Maurice Raynaud, sont rigoureusement appliquées, mais elles le sont à notre détriment. Il appartient précisément à la science d'utiliser ces notions et de déterminer avec une rigueur de plus en plus grande les conditions favorables ou défavorables à l'écloriion de ces influences hostiles, et d'en faire par l'hygiène d'abord, et par une application rationnelle ensuite, l'applicaà nos besoins. »
Ce ne sont point là des hypothèses gratuites et une saine observation des faits cliniques nous en montre toute la réalité. Pour m'en tenir à la fièvre inflammatoire qui fait le sujet de mon étude et que je ne dois pas perdre de vue, je prie le lecteur de se reporter à l'historique et de consulter surtout mon rapport du 3* trimestre 1878; il jugera avec moi s'il n'est pas nécessaire d'admettre une cause de nature animée pour expliquer les faits de contagion que l'on voit se dérouler. Il verra, en lisant mes rapports de 1 877, comment se sont modifiées les maladies au Maroni, sous l'influence d'une désinfection sérieuse.
Avec les idées admises sur le paludisme, il est impossible d'expliquer toutes les variations que l'on observe dans le développement des maladies à la Guyane. La plupart des auteurs qui n'ont en vue que cette cause encore bien inexpliquée invoquent les raisons les plus diverses. Tantôt c'est la trop grande abondance des pluies qui noie toutes les terres et submerge les plantations. Tantôt on invoque les vents qui transportent ou repoussent les effluves à grandes distances. Ainsi en 1866, la fièvre jaune régnait dans des pays très voisins de Cayenne, à Surinam et à Demerary et l'on croit que ce sont les vents d'est qui en se levant avec une certaine intensité ont tout rejeté dans l'intérieur des grands bois et ont empêché d'éprouver d'aussi grandes pertes ; on peut objecter que les trois Guyanes placées dans la zone des alizés subissaient la même influence des vents et que par conséquent il fallait quelque chose de plus pour expliquer la différence. En 1 869, nous voyons M. Kerhuel embarrassé pour expliquer la pathogénie de la fièvre aux Iles-du-Salut. « Chose assez singulière, dit-il, ce sont les hommes de la caserne du plateau de l'est qui ont été frappés, tandis que ceux du plateau de l'ouest ont été épargnés. Aucun d'eux n'avait encore subi cependant, depuis leur arrivée à la
ETIOLOGIE.
Guyane, L'influence paludéenne. Chez quatre de ces militaires, l'embarras gastrique et les accès intermittents du début ont dégénéré en un état muqueux avec fièvre continue ou rémittente. »
Quand on a bien observé les faits et qu'on a constaté leur enchaînement, il est bien permis d'en rechercher les explications le mieux en rapport avec l'observation. Avouer son ignorance et déclarer, avec M. L. Colin, que la cause immédiate des fâcheux effets produits sur l'organisme par les émanations marécageuses ne nous est pas connue, n'est pas suffisant et ne doit pas empêcher l'observateur d'entrer dans une voie qui lui paraît ouverte et où il trouvera peut être ce qu'il cherche. Le poison tellurique lui-même n'est point saissisable et il est trop commode pour l'explication des diverses maladies.
L'hypothèse la plus satisfaisante admise pour déterminer l'insalubrité des lieux marécageux, on la trouve dans les résultats de la fermentation putride et on arrive alors à la grande théorie de l'impaludation par absorption d'êtres animés : animata effluvia de Lancisi. L'animé fébrigène n'est point encore trouvé, malgré toutes les recherches faites à ce sujet. Binz, on le sait, a prétendu que le sulfate de quinine guérissait la fièvre intermittente, en tuant les vibrions qui, pour lui, en sont la cause véritable. Mais, d'abord, il n'est nullement prouvé qu'elle soit due à un parasite, et avant de le rechercher il faut savoir d'une manière exacte si la fièvre intermittente se comporte comme les maladies à contages, ce qui est loin d'être démontré. Pour le moment, nous admettons que la fièvre paludéenne est produite par des effluves d'origine végétale et qu'elle n'est point transmissible.
Nous avons cherché à démontrer, au contraire, la contagiosité, dans une certaine mesure, de la fièvre bilieuse inflammatoire.
La théorie du germe contage rend aussi bien compte des maladies qui se développent dans des pays non marécageux que dans les endroits palustres.
Pour moi, sans chercher à voir ce que l'on doit entendre par miasme palustre, je le réserve à la fièvre intermittente simple ou compliquée et je cherche dans une autre théorie l'explicationsde faits indiscutables, d'épidémicité et de contagiosité in-
dépendants des conditions telluriques. Je porte mes vues sur la composition de l'air de certains lieux et de certains pays et, je trouve dans cette voie nouvelle une explication en rapport avec les faits observés.
Dans une note publiée dans l'Annuaire de l'observatoire de Montsouris pour 1879, M. Miquel fait l'historique des travaux entrepris sur l'analyse microscopique de l'air et donne quelques-uns des résultats qu'il a obtenus lui-même.
« L'air est chargé, dit-il, eu toute saison d'une quantité variable de germes; leur nombre, faible en hiver, s'accroît rapidement au printemps, reste élevé en été et diminue en automne. Une pluie de quelque durée provoque toujours une recrudescence de microbes, c'est-à-dire d'organismes revêtus d'une tunique organisée. Le nombre de ces microbes, par litre d'air a été en 1878, de 42, en juin; de 29, en juillet; de 25, en août; de 12, en septembre; de 19, en octobre; de 11, en novembre.»
M. Miquel fait remarquer que si le mois de juillet et de septembre, plus chauds que les mois qui les ont suivis, ont possédé des atmosphères moins riches en spores que celles d'août et d'octobie, cela tient à la faible quantité de pluie tombée durant ces premiers mois. Le nombre des microbes pouvant être plus faible dans un mois chaud et sec que dans un mois plus froid et plus humide. En moyenne, durant l'année 1878, on a trouvé 15 corpuscules organisés pour chaque litre d'air.
On voit que la quantité de germes dangereux contenus dans l'air de Paris est assez faible. Il est naturel de penser qu'ils se trouvent en quantité plus considérable dans les pays chauds, où les conditions de chaleur et d'humidité sont réunies, même en dehors des marais. 11 serait important de porter les études sur ce point.
La culture des microbes a donné entre les mains de M. Pasteur des résultats merveilleux. Il étudie depuis quelque temps l'agent actif, le microbe d'une maladie désastreuse qui se déclare parfois dans les basses-cours, qu'on appelle choléra des poules et qui serait peut-être mieux appelée typhus des volailles, parce que les lésiooset même les symptômes sontbien plus typhiques que cholériques. M. Pasteur a annoncé à l'Académie de médecine, dans sa séance du 10 février 1880, qu'un des résultats acquis par les expériences qu'il a commencées, c'est