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qu'un froid de 40° ne détruit pas ce microbe. Il a remarqué que le milieu de culture convenable à la bactéridie charbonneuse, c'est-à-dire une décoction de levure de bière dans de l'eau, amenée par la filtration à un état de parfaite limpidité, puis rendue stérile par une température supérieure à 100 degrés, était tout à fait impropre à la vie du microbe du choléra des poules; il y périt même promptement en moins de quarante huit heures. 11 cultive cet organisme dans le bouillon de poules. Une particularité singulière, c'est que l'inoculation de cet organisme à des cochons d'Inde est loin d'amener la mort aussi sûrement qu'avec les poules. Chez les cochons d'Inde, d'un certain âge surtout, on n'observe souvent qu'une lésion locale au point d'inoculation, qui se termine par un abcès plus ou moins volumineux. Si on inocule à des poules un peu de contenu de l'abcès, ces poules meurent rapidement, tandis que le cochon d'Inde qui a fourni le virus se guérit sans la moindre souffrance.
« On assiste donc ici, ajoute M. Pasteur, à une évolution localisée d'un organisme microscopique qui provoque la formation de pus et d'un abcès fermé, sans amener de désordres intérieurs, ni la mort de l'animal sur lequel on le rencontre, et toujours prêt néanmoins à porter la mort chez d'autres espèces auxquelles on l'inocule; toujours prêt même à faire périr l'animal sur lequel il existe à l'état d'abcès, si telles circonstances plus ou moins fortuites venaient à le faire passer dans le sang ou les organes splanchniques. Des poules ou des lapins qui vivraient en compagnie de cobayes portant de tels abcès pourraient tout à coup devenir malades et périr sans que la santé des cochons d'Inde parût le moins du monde altérée. Pour cela il suffirait que les abcès des cochons d'Inde venant à s'ouvrir répandissent un peu de leur contenu sur les aliments des poules et des lapins. Un observateur, témoin de ces faits et ignorant la filiation dont je parle, serait dans l'étonnement de voir décimés poules et lapins sans causes apparentes, et croirait à la spontanéité du mal ; car il serait loin de supposer qu'il a pris son origine dans les cochons d'Inde tous en bonne santé, surtout s'il savait que les cochons d'Inde eux aussi sont sujets à la même affection. Combien de mystères dans l'histoire des contagions recevront un jour des blutions plus simples encore que celle dont je viens déparier.»
Ainsi, après avoir donné une idée assez exacte de l'état actuel de la science sur les maladies parasitaires, il nous reste à savoir si la fièvre inflammatoire se comporte comme elles et si elle se sépare nettement de la fièvre paludéenne par ses caractères cliniques. Nous allons voir dans quelles localités elle s'observe, dans quelle saison, sur quels individus.
1. Localités. — D'abord, les localités où l'on observe souvent la fièvre bilieuse inflammatoire ne sont point de préférence celles où règne le plus activement le paludisme. On n'a qu'à voir, à propos de l'bisiorique, combien les observateurs sont embarrassés pour classer les fièvres qu'ils observent aux Iles du Salut, où le paludisme doit être beaucoup moins souvent mis en cause. Si nous jetons un coup d'œil sur ce qui se passe à la Martinique, nous voyons que Saint-Pierre et Fort-de-France ne sont point des foyers actifs de paludisme, et que c'est pourtant là qu'on observe le plus grand nombre d'atteintes et le plus fréquemment la fièvre inflammatoire. LeDr Lota, dans un travail inséré dans les archives de médecine navale, s'exprime ainsi à propos de Saint-Pierre : « Les marais, dit-il, c'est-à-dire une étendue de terrain plus ou moins vaste, livrant à l'évaporation de larges nappes d'eau croupissante, laissant à nu un sol fangeux et putrescible, dont les émanations chargent et infectent l'air qu'on y respire, où est-il à Saint-Pierre, resserré le long de la côte, sur une étroite bande de terre entre la mer, au couchant,et les mornes qui le dominent au levant ? Serait-il constitué par le petit cours d'eau qui traverse la ville, et dont le lit, quand il se retserre dans la saison sèche, met à nu un petit amas de cailloux roulés; ou bien par les quelques immondices qui s'amassent à son embouchure, et que le moindre débordement suffit à entraîner? Saint-Pierre est, selon moi, une des rares localités des pays intertropicaux où, le marécage n'existant pas, il soit donné à l'observateur d'étudier les manifestations fébriles des pays chauds séparées de tout lien étiologique avec le marais proprement dit.»
Le tableau suivant va donner une idée de la mortalité que l'on observe indifféremment dans les localités où l'action du paludisme est bien différente.
C'est un tableau statistique faisant ressortir l'effectif moyen et la mortalité du bataillon d'infanterie de marine à la Guyane,
ÉTIOLOGIE.
dans les différents détachements, à Cayenne, au Maroni et aux Iles-du-Salut, pendant sept ans. Nous verrons que la mortalité dans ces différents points, subit des variations qui ne sont point en rapport avec les conditions du sol, mais plutôt avec la concentration du poison et les mouvements du personnel.
EFFECTIF du
Bataillon.