B. TRAITEMENT DES SYMPTÔMES
C'est le plus souvent à un traitement purement syraptomatique que le médecin doit se borner h soumettre ses malades ; il combattra les diverses manifestations du côté des grands appareils, consécutives à la pénétration des agents ou de leurs produits, en portant aussi toute son attention sur les symptômes généraux.
1. La première indication qui se présente généralement est de combattre l'état gastrique. Les vomitifs ne sont pas universellement adoptés. Câtel, partisan convaincu de la doctrine de Broussais, rejetait les vomitifs qu'il accusait d'augmenter la gravité de l'atteinte et de provoquer des accidents; sa thérapeutique consistait en quelques émollients et en émissions sanguines. Amie considérait l'ipéca et l'émétique comme contreindiqués au début de la maladie. M. Ballot ne recourait guère qu'aux purgatifs, aux grands bains tièdes et à quelques émissions sanguines contre la fièvre inflammatoire. Il se laissait aller à donner un ipéca, quand les phénomènes d'embarras gastrique étaient très accusés et quand il pensait que le masque de la fièvre inflammatoire recélait une impaludation latente. Arnoux ne traitait la fièvre inflammatoire que par une médication délayante et quelques légers autiphlogistiques. Chapuis
préférait les purgatifs huileux ou salins et les bains tièdes. Saint-Pair donnait de légers purgatifs et des bains tièdes ou à peine chauds. M. Langellier-Bellevue ne recourt pas dans sa pratique aux vomitifs, mais au contraire aux purgatifs huileux ou salins.
M. Bérenger Féraud n'est pas partisan des vomitifs ; il pense que l'état gastrique ne fait que s'aggraver sous l'influence de cette médication.
Malgré l'autorité des hommes éminents dont je viens de reproduire l'opinion, les vomitifs me semblent indiqués souvent et m'ont paru dans bien des cas produire des résultats inespérés. M. le médecin en chef Gourrier emploie souvent l'ipéca avec succès. Si l'on peut arriver dès le début de la maladie, un ipéca est souvent bien indiqué, mais il faut avoir soin de calmer l'estomac par des ingestions de boissons émollientes. Je pense que, si l'on a pas toujours eu à se louer des vomitifs, c'est que concurremment on employait des substances irritantes, comme le sulfate de quinine. C'est, en effet, à cette période qu'il est dangereux, car il irrite l'estomac et augmente l'hypérémie. L'ipéca débarrasse l'estomac, produit une action salutaire sur les fonctions sécrétoires et favorise les absorptions et les éliminations. Si l'on a soin de ne donner que du lait comme boisson, avec des tisanes émollientes, on n'a rien à craindre et on produit souvent une action salutaire. C'est à ce moment que la potion à l'aconit et à la digitale que je préconise est bien indiquée, car elle réussit très bien à calmer les spasmes stomacaux provenant de l'action du vomitif et des liquides acides et irritants.
Il est bon de donner le lendemain un purgatif salin ou huileux et tous les deux jours au moins une petite potion purgative au citrate de magnésie ou au sulfate de soude. Il faut à tout prix favoriser les éliminations par des purgatifs légers, saus crainte d'ébranler l'organisme, quand on agit avec précaution.
2. Il faut à la première période combattre l'état congestif et faire tomber la fièvre. Nous devons répéter que la quinine est impuissante pour produire cet effet et qu'elle est même dangereuse à cette période. L'aconit et la digitale arrivent plus sûrement à produire un etfet salutaire. Les alcalins sont bien indiqués, à cause de l'acidité des humeurs, car les vomissements sont près-
TRAITEMENT
que toujours acides et nidoreux. Il semble, en effet, qu'il se produise dans l'organisme une fermentation acide. L'eau de chaux mélangée au lait sera très utile.
On peut prescrire 6 à 10 gr. de bicarbonate de soude dans une potion ou bien une limonade à la crème de tartre.
Pour combattre l'état congestif et la fièvre, nous devons nous demauder si les bains ne sont pas utiles. Les bains froids me paraissent dangereux et donnent de mauvais résultats. Les bams chauds ou à peine tièdes seraient plus utiles, mais il est difficile de les bien donner ; je les ai cependant employés quelquefois avec avantage. Le Dr Amie, qui succéda à Catel, à la Martinique, entreprit de traiter d'abord la fièvre typhoïde, puis la fièvre inflammatoire, enfin la fièvre jaune, d'une manière particulière qui lui donnait, disait-il, de bons résultats. Il employait la méthode perturbatrice des bains froids alternant avec des bains de vapeur. On plongeait le malade dans le bain glacé où il ne restait que quelques minutes; on l'enveloppait immédiatement de couvertures de laine ou bien il était mis dans un appareil à bain de vapeur et on lui donnait une tisane légèrement excitante comme boisson. Enfin on lui faisait prendre en deux fois, à une heure d'intervalle une potion contenant trente gouttes de teinture d'iode et quatre gouttes de laudanum ; on appliquait des compresses d'eau glacée sur la tête et sur l'abdomen et on donnait des lavements froids toutes les deux heures. Ces moyens étaient répétés dans le même ordre, jusqu'à l'apparition d'une sueur abondante.
3. Une troisième indication très importante est de prévenir et de combattre les congestions viscérales qui ont de la tendance à se produire à la fin de la première période, du côté des poumons, du cœur, des méninges et surtout sur le tube digestif. C'est ici que les émissions sanguines locales pourront être utiles. L'application de quelques sangsues aux apophyses mastoïdes est bien indiquée quand les phénomènes congestifs sont intenses du côté de la tête; les ventouses scarifiées, quand il existe des complications thoraciques. Il est souvent utile de recourir aux vésicatoires et aux sinapismes.
4. Enfin, il est certains phénomènes généraux qu'il faut combattre, car la mort peut en être la suite; c'est surtout l'état ataxique et l'état adynamique.
L'ataxie qui résulte souvent de l'hyperthermie constituant l'état de malignité des anciens se manifeste surtout par mie incohérence de toutes les fonctions. On observe du délire avec agitation et hallucinations, exaltation des sens, tremblement général avec crampes et soubresauts de tendons. Ces phénomènes sont toujours très graves et méritent toute l'attention du médecin ; les malades doivent être constamment surveillés, car c'est surtout dans ces formes qu'on les voit se jeter par la fenêtre. Il faut avoir recours aux grands bains légèrement tièdés, aux frictions de citron sur le eorps et principalement à la tête ; couvrir le front de compresses imbibées de vinaigre et de jus de citron que les créoles emploient souvent et avec raison ; il faut apaiser le système nerveux avec un peu de digitale et combattre les congestions encéphaliques par des purgatifs ou des sangsues derrière les oreilles. Il faut bien se méfier de la quinine qui peut aggraver cet état. Si l'on [se décide à donner de l'opium, il faut bien se rappeler que ce médicament augmente les tendances à la congestion et qu'il est d'autant plus dangereux à cette période qu'il existe souvent de l'albuminurie.
L'état adynamique réclame aussi une attention toute particulière. Il faut combattre la stupeur par des toniques, de la décoction de quinquina ou des amers, surtout si la fièvre a cessé. Contre la paralysie de la tunique intestinale et de la vessie, il est bon d'employer la noix vomique qui agit aussi comme amer. On soutient les malades avec du bouillon, du lait, tout en favorisant les fonctions d'élimination. On emploiera avec succès les lotions boratôes contre les fuliginosités de la bouche et la fétidité de l'haleine. On devra avoir soin d'entourer le malade d'une atmosphère phéniquée.
Le régime qui convient le mieux, pendant toute la durée de la maladie, c'est le régime lacté.