PROPHYLAXIE
Nous abordons la question la plus importante de ce travail et pourtant elle sera bien incomplète, car nous ne pourrons indiquer toutes les règles hygiéniques. Il en est, du reste, qui sont d'une application difficile.
Nous croyons pourtant que la plus grande difficulté, en
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hygiène, c'est de convaincre de l'utilité et de la nécessité de certaines mesures souvent pénibles et ennuyeuses. Il faut, pour les faire adopter, qu'elles soient doublement justifiées.
La méthode antiseptique chirurgicale a pris dans ces dernières années un développement considérable; les résultats sont si heureux et si convaincants que tout le monde aujourd'hui en reconnaît l'utilité.
Mais la méthode antiseptique dans les maladies internes n'a fait encore que peu de progrès. Cela tient à plusieurs causes : d'une part, tout le monde n'est pas convaincu de la nécessité de cette méthode, et d'un autre côté, les moyens à employer pour empêcher les maladies de se développer réclament un soin assidu et persévérant. On prévient aujourd'hui presque à coup sûr l'infection purulente après une opération dans les hôpitaux de Paris, mais on ne parvient pas à diminuer beaucoup le nombre des fièvres typhoïdes et dans les pays chauds on n'arrive pas encore à prévenir les épidémies de fièvre jaune. Nous restons bien convaincu de la possibilité d'arriver à ce postulatum et nous nous attachons sans réserve à la défense de cette idée, en réclamant le concours de tous ceux qui voudront se convaincre.
Il n'est pas inutile, avant d'aborder la question des mesures que l'on peut proposer pour empêcher le développement de la fièvre inflammatoire et sa transformation en fièvre jaune, de regarder ce qui s'est passé depuis quelques années en chirurgie où les ferments ont été particulièrement étudiés.
Et pour montrer tout de suite l'analogie entre ces deux ordres d'idées, je vais citer un exemple. Je venais de remarquer les résultats heureux obtenus sur l'état sanitaire du Maroni , par les antiseptiques et les désinfectants, quand j'eus l'occasion de pratiquer à l'hôpital de la Transportation de Cayenne une amputation sus-malléolaire par le procédé de M. Guyon. Pénétré des idées d'infection des salles de l'hôpital, je pratiquai le pansement ouaté de M. G-uérin, et j'obtins une réunion immédiate en 12 jours. — Ce fait est venu me fortifier dans mes idées sur les germes. J'ai vu, comme le dit M. Lister, que ce n'est pas l'air lui-même qui est nuisible aux plaies, mais que daui l'air les germes sont la source de la putréfaction et de l'infection des Plaies, la cause des accidents et des maladies.
Sans pouvoir dire encore quel est le mécanisme intime des accidents, on sait que les recherches de M. Pasteur et de ses élèves, de M. Davaine, du professeur Lister, de M. Bert, de Tyndal, ont fait intervenir l'évolution des germes dans les maladies infectieuses.
La poursuite des microbes, selon l'heureuse expression de M. Sédillot, se fait chaque jour, et chaque jour on étudie mieux leurs conditions d'existence et de résistance.
On commence à concevoir que dans le microcosme des vibrions, tous les êtres ne sont pas également funestes; comment l'apparition de certains d'entre eux coïncide avec la disparition de certains autres; comment la présence de l'air libre suffisamment, renouvelé sur une surface dénudée, favorise moins leur développement que le pansement qui recouvre immédiatement une plaie. On sait que certaines substances dites antiseptiques arrêtent l'évolution et la multiplication de ces germes. On sait aussi comment des pansements aussi différents que le pansement ouaté, le pansement antiseptique, et même le pansement ouvert agissent dans le même sens : destruction ou stérilisation totale ou partielle des microbes.
Le pansement ouaté de M. Alphonse Guérin a rendu de remarquables services, en filtrant l'air et par conséquent le rendant innocent pour l'organisme blessé.
La méthode de Lister est un résultat immédiat des découvertes de M. Pasteur. Ce savant éminent est venu donner la cause de la nocivité de l'air. Il a montré que les fermentations étaient impossibles dans l'air pur. Mais il a démontré en même temps que partout l'air était impur, dans les lieux habités et encombrés, surchargés de germes ; dans les points élevés la quantité des germes est moindre; et si on arrive sur le sommet des hautes montagnes, la rareté des germes devient remarquable, mais les germes sont partout.
« Grâce à ces nouvelles méthodes, aujourd'hui à Paris, à l'hôpital, et, dans le plus mauvais, comme le dit M. Lucas- Ghampionnière, on est en mesure de faire les opérations les plus redoutées; on les fait avec la même sécurité que si on habitait les contrées où l'air est le plus pur, et ainsi se trouve réalisé le postulatum de Nélaton qui avait coutume de dire que, « si un homme se rencontrait qui donnât le moyen de supprimer
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l'infection purulente, il faudrait lui élever une statue d'or. »
Voilà ce que la chirurgie antiseptique a produit; voilà ce qu'il faut tâcher de réaliser en médecine.
Il est important au dernier point d'empêcher la fièvre bilieuse inflammatoire de prendre un développement anormal et il fout toujours penser à la fièvre jaune qui la touche de si près.
La maladie ayant pour origine la pénétration dans l'organisme d'agents infectieux ou de leurs produits, il faut chercher à tout prix à éviter cette pénétration.
La première condition serait avant tout d'empêcher leur production et, par suite, de s'attaquer à leurs foyers d'origine et de développement.
Nous allons donc nous occuper de la question au point de vue hygiénique et nous admettrons deux divisions : l'hygiène individuelle, concernant un certain groupe d'individus et l'hygiène sociale comprenant la population d'un ou de plusieurs pays.