DÉFINITION. — SYNONYMIE
On J'a encore appelée fièvre infectieuse à forme typhique.
Enfin, on n'hésite pas à donner le nom de fièvre jaune légère à ces fièvres qui régnent en temps d'épidémie. Mais cette appellation effraie, quand l'épidémie n'est pas déclarée.
Aussi, pour le moment, suivant l'exemple de M. le médecin en chef Bérengcr Féraud, j'adopterai l'expression de fièvre dite bilieuse inflammatoire, pour trois raisons :
1° Le vulgaire emploie une expression analogue;
2° Elle ne peut effrayer personne, mais elle met en éveil Je médecin qui saura à quoi s'en tenir ;
3° Elle ne préjuge ni la nature de la maladie, ni les symptômes qui peuvent varier.
Historique.
Ce chapitre, pour présenter tout l'intérêt qui lui revient, devrait être aussi complet que possible. Il contiendra malheureusement bien des lacunes, car, en ma qualité de médecin voyageur, je n'ai pu faire que quelques très-rares recherches bibliographiques. Je le partagerai en deux sections : A. Faits afférents à la Guyane ; B. Faits afférents aux colonies voisines et aux autres pays tropicaux des deux Amériques. Pour la première, je mettrai à profit les documents que j'ai recueillis à la Guyane ; pour la seconde, je ne ferai, en somme, que donner une courte analyse du livre de M. Bérenger Féraud, auquel je renvoie le lecteur, qui trouvera dans ce travail intéressant, au double titre de la priorité et des faits importants qu'il relate, des indications précieuses, touchant la fièvre dite bilieuse inflammatoire dont nous nous occupons ici.
Quelque incomplet que soit le présent cbapitre, il montrera, je crois, assez clairement au lecteur les oscillations de l'influence épidémique qui régit la maladie ; car, tant les faits de la Guyane que les autres, révèlent que tandis qu'elle se voyait dans la colonie, où je l'ai étudiée, elle s'observait ailleurs.
A. Faits afférents à la Guyane.
La première question qui se pose à l'esprit, quand on entreprend de parler de la maladie qui nous occupe, est de savoir si elle a été observée dans le pays depuis l'arrivée des premiers Européens, ou bien si elle s'est montrée ultérieurement seulement, et alors, à quelle époque elle a fait sa première apparition. Je suis obligé de rester muet à cet égard ; car, si pour tracer le tableau de l'affection j'avais beaucoup de malades à consulter, je ne pouvais feuilleter que quelques rares livres,
HISTORIQUE
j'étais absolument privé des ressources de la bibliothèque la plus élémentaire. Le seul travail ancien un peu étendu que j'aie eu à ma disposition, est le livre de Campet (Traité pratique des maladies graves, etc., par Pierre Campet, ancien chirurgien en chef des hôpitaux militaires de Cayenne. Paris, 1802), et il est impossible de démêler, au milieu des descriptions diffuses et des observations incomplètes qu'il renferme, quelque chose de positif pour le cas qui nous occupe. La plupart des études récentes que je connais sur les maladies de la Guyane sont si succinctes, qu'il ne faut pas espérer y trouver des indications bien utiles. Mon bagage scientifique, sur la question, se réduit donc aux rapports des médecins qui ont servi dans la colonie, de 1852 à nos jours. Ces rapports, en revanche, sont précieux à ce point de vue, comme on le verra bientôt, et nous permettent d'avoir une opinion bien arrêtée sur les faits qui se sont écoulés dans ces vingt-sept dernières années.
J'avais d'abord envie de présenter un résumé succinct, une analyse des documents que j'ai consultés dans les Archives de l'hôpital de Cayenne; mais, réflexion faite, j'ai cru qu'il valait mieux citer les principaux passages des rapports des 7aédecins en chef de la colonie, pour leur laisser toute l'autorité qu'ils doivent avoir-, émanant d'hommes distingués, rompus depuis longtemps aux études de la pathologie exotique, ils formulent par conséquent une opinion qu'on acceptera plus volontiers, que celle d'un jeune praticien, comme l'expression de la réalité Eh outre, ces textes sont un peu autant de pièces justificatives que le lecteur pourra consulter, et qui serviront, dans le cours de l'ouvrage, à appuyer telle ou telle opinion que j'aurai à émettre sur la nature de la maladie.
Cette manière de procéder dr. ma part, aura l'inconvénient de donner un peu plus de longueur à ce chapitre, qui pourra même paraître diffus, mais en présence de l'importance considérable des documents, on me pardonnera de m'être laissé entraîner à faire un livre plus volumineux que ce que j'aurais voulu de prime abord.
On sera peut-être surpris devoir que le nom de fièvre bilieuse inflammatoire était rarement employé par les premiers observateurs, mais on reconnaîtra sans peine qu'ils n'avaient pas affaire aune autre maladie. Les noms peuvent changer, suivant les
observateurs et suivant les époques, et si nous établissons que ces différentes dénominations se rapportent à des atteintes identiques dans leurs causes et dans leurs effets, nous aurons bien le droit d'adopter une expression générique, quelle qu'elle soit ; expression qui aura peut-être l'inconvénient de nous faire oublier la forme, d'ailleurs variable, mais qui aura, en revanche, l'avantage de nous rappeler la nature et la cause de la maladie.