‹ De la fièvre dite bilieuse inflammatoire à la GuyaneChapitre 9 sur 57 · PÉRIODE DE 1852 A · texte numérisé non relu

PÉRIODE DE 1852 A

La transportation à la Guyane fut décrétée le 27 mars 1852, et les premiers convois furent envoyés la même année. Malheureusement ils avaient été précédés par la fièvre jauue, apportée à Cayenne, en 1850, sur un aviso de l'État, le Tartare, venant du Para.

Il y avait près d'un demi-siècle que la Guyane n'avait pas été visitée par la fièvre jaune. Aussi l'épidémie de 1850 fut terrible, elle frappa les gens du pays. Elle cessa cependant comme épidémie, et en 1851 elle ne fut point signalée ; mais quand on connaît les conditions climatériques qui régnent à la Guyane, où une chaleur humide est à peu près constante, il est permis de supposer que les germes n'étaient pas entièrement détruits et qu'ils étaient seulement affaiblis. Ils continuaient leur action en déterminant des fièvres plus eu moins graves et mal caractérisées, et reprenaient de la force, quand arrivaient de nouveaux aliments.

C'est dans ces conditions que furent créés les premiers pénitenciers. Aussi, dans chacun d'eux, aux Ues-du-Salut, à l'Iletla-Mère, à l'Oyapock, à la Montagne- d'Argent, à la Comté, on sigDala des fièvres graves, et enfin la fièvre jaune.

On était en droit de penser que les Iles-du-Salut, où débarquaient les convois, pourraient donner aux nouveaux venus un asile hospitalier. Ces îles, au nombre de trois, sont des rochers d'origine volcanique, assez élevés au-dessus du niveau de la mer, très-peu étendus en superficie. Leur distance de Cayenne est de 10 lieues environ, et de Kourou, qui est le point du continent le plus rapproché, elle est de 3 ou i lieues. La brise de mer les enveloppe et les rafraîchit. On ne peut pas invoquer de

IJlSTOHigUK.

marais sur les îles. Et cependant, à peine arrivés, les transportés succombaient à des fièvres graves ou à la dysentérie.

Eu 1853, aux Iles-du-Salut, sur un effectif moyen de 1,255 hommes, dont 260 déportés politiques, il y eut 1,858 admissions à l'hôpital et 262 morts.

La garnison, forte de 425 hommes, en perdit 3 de fièvres dites pernicieuses.

Le nom de bilieuse inflammatoire ou de rémittente bilieuse, n'est point prononcé à cette époque, mais nous allons voir l'opinion du médecin en chef, sur les fièvres qui régnaient à ce moment,

« Il semble que certains hommes supportent le climat, que d'autres contractent plus facilement la maladie et guérissent avec peine, enfin que le soleil exerce pour tous une influence fâcheuse. Le traitement des fièvres présente cela de particulier chez les transportés que l'état gastrique compliquant là pyrexie, les vomitifs emportent souvent le mal beaucoup plus vite et plus heureusement que la quinine. Déjà nous avions fait celle remarque au bagne de Toulon où nous avions bien souvent débuté par l'émétique, avec succès. »

L'Uet-la-Mère fut aussi un des premiers pénitenciers créés. C'est une île également balayée par la brise de mer, mais beaucoup plus rapprochée de Cayenne que les Iles-du-Salut.

Dans le troisième trimestre de l'année 1853, 484 transportés fournirent 482 admissions à l'hôpital et 362 à l'infirmerie, et 27 décès.

La dysentérie se compliqua de phénomènes typhoïdes qui hâtaient la terminaison.

Il y eut, eu octobre, 10 décès à la suite de fièvre avec stupeur, gargouillement et taches lenticulaires. Les deux affections étant unies, sans présenter la marche ordinaire des fièvres paludéennes, furent désignées sous le nom de dysentérie-typhoïde.

Saint-Georges de l'Oyapock fut fondé en 1853. à 12 lieues de la mer, dans l'intérieur des terres. A Saint-Georges, on ne sent pas la brise de mer. Le matin, un brouillard, qui ne se dissipe que vers 9 heures, enveloppe toute la contrée à laquelle appartient l'Établissement. Des fièvres graves sévirent sur ce pénitencier, la mortalité fut effrayante. Peu de renseignements sur la nature des fièvres. Nous trouvons dans les statistiques, en

1855, un décès par fièvre jaune et encore est-ce sur un noir; ce qui prouve qu'il devait en exister d'autres cas, ou au moins qu'il y avait des fièvres de la même nature.

La Montagne-d' Argent, située à 24 kilomètres de l'Oyapock, au delà de son embouchure, est une colline élevée de 96 mètres au-dessus du niveau de la mer. C'est une projection volcanique, ayant pour base une diorite recouverte d'une couche de terre meuble perméable, déposée suivant une pente abrupte et ne conservant sur aucun point de son étendue les eaux pluviales. Depuis longtemps, elle est livrée à la culture ; il ne sort de son sein aucune émanation sensible.

Ce pénitencier a été fondé en 1852, dès le début de la transportation. En 1853, on constata une mortalité de 33,3 p. cent. En 1854, 20,8 p. cent. En 1855, 20,3 p. cent. En 1856, sur 308 transportés, 195 succombent, et 136 décès sont dus à la fièvre jaune. Pas de renseignements sur les fièvres qui précèdent ou accompagnent la fièvre jaune. Je dois dire seulement qu'à cette époque on ne faisait jouer à l'épidémie qu'un rôle secondaire dans les pertes.

Les pénitenciers de la Comté furent fondés au mois d'avril 1854. A Sainte-Marie, en 1855, 439 transportés fournissent 100 décès, dont 26 dus à la fièvre jaune. En 1856, l'effectif s'y compose de 634 hommes, sur lesquels 148 ont succombé, dont 32 de la fièvre jaune.

A Saint-Augustin, en 1855, du 5 août au 15 septembre, il y a eu 11 décès, dont 1 par fièvre jaune. En 1856, sur un effectif de 317 hommes, on constate 105 décès par fièvre jaune et 35 par maladies diverses.

Voilà un aperçu général de l'état sanitaire des premiers pénitenciers et de la nature des fièvres qui ont occasionné la plus

grande mortalité.

Nous allons voir maintenant ce qui s'est passé, depuis 1856, au point de vue auquel nous nous sommes placé, à Cayenne, aux Iles-du-Salut et au Maroni.

En 1 856, la fièvre jaune régnait à Cayenne, elle y était à l'état d'épidémie depuis le 18 mai de l'année d'avant (Rapport de

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M. Chapuis, médecin en chef de la colonie), et si dans cette année, comme pendant la précédente, la plupart des individus atteints présentèrent ces graves syndromes qui constituent le typhus amaril, dans maintes circonstances on vit la maladie se dérouler avec une bénignité telle, qu'on ne saurait dire si on avait affaire au degré léger de la fièvre jaune ou simplement à la fièvre bilieuse inflammatoire, si on voulait faire une distinction entre ces deux états morbides, chose qui me semblerait impossible autant que contraire à une saine appréciation de la situation.

L'épidémie de fièvre jaune cessa dès le commencement de l'année, mais la constitution médicale resta telle, que le typhus amaril semblait être imminent; l'extrait du rapport du médecin en chef que je fournis ci-après nous en donne la preuve. M. Chapuis se demandait si l'épidémie ne se déclarait pas faute d'aliment; mais on pensera comme moi, j'espère, que la bénignité relative des atteintes qui donnait le cachet de la fièvre inflammatoire, et non de la fièvre jaune grave, était due surtout à une amélioration de cette constitution médicale, car si les soldats qui avaient traversé l'épidémie de 185G, étaient un terrain peu propice, ceux qui étaient arrivés dans la colonie depuis, et dont il parle, auraient été bien capables de fournir à l'épidémie l'élément nécessaire à son développement.

Cayenne. — « La fièvre jaune a disparu comme maladie épidémique ; ce fait a été constaté depuis le commencement de Tannée. L'épidémie s'était éteinte vers la fin de 4 806. Cependant dans le 4e1' semestre de 4 857, on observe encore quelques cas sporadiques, principalement à bord de l'aviso à vapeur le Vautour où ils présentent un caractère assez sérieux . Pendant le 2° semestre, sans prendre le développement d'une épidémie, les cas de fièvre jaune ont été plus nombreux et quelquefois fort graves et comme la maladie frappait de préférence les hommes nouvellement arrivés, on pouvait se demander si ce n'était pas l'aliment seul qui manquait pour que la fièvre jaune prit les proportions d'une épidémie. En effet, le plus grand nombre des militaires ayant dt>j \ traversé la dernière épidémie ne pouvaient fournir de nouveaux cas.

« Aussi nous n'en avons guère observé quî sur les soldats nouvellement arrivés et surtout sur les sapeurs du génie, les artilleurs et les gendarmes

que leur constitution robuste, la nature de leurs occupations et les excès auxquels ils peuvent se livrer plus facilement que les autres corps prédisposent évidemment à contracter la maladie.

« Ces remarques peuvent s'appliquer aux pénitenciers. Les rapports qui me sont envoyés signalent presque tous quelques cas isolés de fièvres présentant tous les symptômes de la fièvre jaune, seulement avec moins de gravité. Et ce qui prouve que ces fièvres n'atteignent que les nouveaux débarqués, c'est que le plus souvent elles ne sont désignées que sous le nom de fièvres d'accli maternent. Il est bien certain cependant que la maladie, même dans les cas les plus graves, avait perdu de son intensité et devenait plus accessible aux moyens de traitement ou aux efforts curateurs de la nature, et si quelques malades qui ont guéri ont présenté tous les symptômes graves qui en temps d'épidémie entraînent fatalement la mort, la marche de la maladie a été plus lente; les malades n'ont pas été foudroyés, sans laisser ni à l'art, ni à la nature le temps d'agir.

« Ainsi le fait dominant à signaler pour cette année est la disparition de la fièvre jaune à l'état épidémique, mais sa continuation sous forme sporadique, attaquant de préférence les nouveaux arrivés. Celte constitution médicale a régné non-seulement à Cayenne, mais dans tous les pénitenciers et nous la retrouvons dans tous les rapports sous le nom de fièvre bilieuse, fièvre continue avec céphalalgie, embarras gastrique, fièvre d'acclimatement, selon le degré de gravité ou la prédominance d'un des symptômes, mais l'ensemble de la physionomie est toujours le môme. » (Extrait du rapport de M. Chapuis, médecin en chef de la colonie.)

« Iles-du-Salut. — « Les nouveaux arrivés par VAdour ont été pris de dysentérie aiguë.

« A Cayenne, on observait des cas graves et dans les pénitenciers on signalait la présence de fièvres présentant tous les caractères de la fièvre jaune, mais dont la bénignité était telle qu'on les appelait fièvres d'acclimatement. C'est à ce moment que sont arrivés des militaires par la Marne et des transportés par V Africaine etYAdour.

« Les symptômes ont été ceux de la fièvre jaune légère et s'arrêtant à la \™ ou tout au plus à la 2° période ; cependant quelques cas plus graves se manifestaient de temps en temps, ainsi dans le 3e trimestre, trois malades du personnel libre ont présenté des vomissements noirs et un des trois succomba après sept jours de maladie. Au mois d'clobre, on signale sept cas de fièvre désignée cette fois sans hésitation sous le nom de fièvre jaune, quatre dans le personnel libre et trois dans la transportait; il n'y avait pourtant aucun décès, mais le 27 novembre un soldat d'infanterie de manne, ayant neuf mois de colonie entre à l'hôpital avec tous les symptômes de la fièvre jaune et meurt après quelques alternatives de mieux en présentant à l'autopsie les lésions caractéristiques.

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« Le 1 0 décembre un nouveau cas se présente sur un gendarme qui meurt au quatrième jour.

« Le 24, un soldat, malade depuis cinq jours seulement, succombe après avoir eu des vomissements noirs et des hémorrhagies.

t Jusque-là, la maladie n'availfrappé que des hommes du personnel libre, mais à partir du 21, les transportés des derniers convois sont atteints. Cependant sur six qui sont admis à l'hôpital jusqu'au 1er Janvier, aucun n'est mort, mais la maladie continue. » (Extrait du rapport de M. Chapuis.)

Il n'est, pas inutile de voir ce que pensait M. Chapuis des fièvres qui régnaient pendant ce trimestre, en même temps que la fièvre jaune.

a L'irrégularité paraît être le caractère dominant des fièvres intermittentes à la Guyane.

Le plus ordinairement on observe un ou plusieurs accès de fièvre et puis il s'écoule un espace de temps plus ou moins long après lequel de nouveaux accès se présentent avec un type bien différent de celui qu'ils avaient à la

première invasion.

t Nous avons fait souvent cette expérience : Un malade était amené avec la fièvre; lorsque l'accès nous paraissait simple, sans complications graves, nous nous contentions de donner une infusion chaude et nous attendions pour voir à quel type nous avions affaire et très-souvent l'accès ne se reproduisait pas ; nous aurions pu dire que nous l'avions coupé, si sans attendre, nous avions administré la quinine.

« En présence de ces fièvres échappant à toutes les règles, le sulfate de quinine doit devenir souvent inutile, faute de savoir à quel moment l'administrer, mais de plus, j'ai acquis la conviction qu'il devient souvent nuisible. C'est certainement faute d'avoir bien compris la nature complexe des fièvres intermiitcntcs qu'on échoue dans leur traitement. On ne s'adresse eu général qu'à l'intermittence, tandis qu'il y a le plus souvent quelque chose qui tient évidemment au climat et qui peut exister avec ou sans l'accès intermittent et qui, le plus ordinairement, se traduit par des troubles des organes digestifs. »

Cetie déclaration, émanant d'un homme rompu depuis longues années aux maladies des pays chauds, apporte, il me semble, un appoint considérable en faveur de ma manière de voir, car, bien que M. Chapuis n'ait pas fait ressortir les liens étroits de parenté entre la fièvre inflammatoire et la fièvre jauni;, ce qu'il dit touchant l'inefficacité de la quinine, nous éloigne de l'idée du paludisme, et par conséquent nous entraîne vers l'idée de l'influence umarile.

Les rapports de cette année pour les divers points de la colonie nous montrent que la même influence amarile persistait, en effet, à Cayenne. M. Chapuis constatait la fréquence et la gravité de la fièvre inflammatoire pendant le premier semestre, et observait même deux cas bien caractérisés de fièvre jaune pendant le second, tandis qu'aux Iles-du-Salut on était sous le coup d'une véritable épidémie de typbus amaril.

Les extraits que je fournis ci-après, à titre de pièces justificatives, montreront, d'une manière surabondante, l'exactitude de mon assertion.

4 "semestre.— Cayenne.— Dans mon rapport pour le dernier semestre 4 857, je concluais déjà à la disparition de l'épidémie de fièvre jaune, bien que le nombre des cas fût encore considérable et que le chiffre des décès fût presque de 1 sur 4 ; c'est que, en effet, une épidémie consiste non-seulement dans le nombre des malades et des décès, mais encore dans la marche et l'intensité de la maladie et lorsqu'après avoir atteint son summum d'intensité, elle commence à décroître, que la marche est plus lente, que les malades ne sont pas enlevés aussi rapidement, que les moyens de traitement paraissent donner quelques résultats heureux, alors on est porté à dire que l'épidémie décroit. Enfin au déclin, comme au début de la maladie, on hésite à donner encore le nom de fièvre jaune à ces cas qui, tout en retraçant une image presque complète de la maladie, la représentent tellement affaiblie, qu'aucun médecin ne se décide à lui donner son véritable nom, surtout quand ce nom doit répandre la terreur dans toute une population. De là naissent ces expressions plus ou moins variées de fièvres inflammatoires, quand on considère surtout les symptômes du début ; de fièvres d'acclimatement, lorsqu'on veut exprimer qu'elles ne frappent que les nouveaux arrivés,

2e semestre. — L'étal sanitaire de ce semestre est moins satisfaisant que celui du semestre précédent. Pendant ce semestre, il n'y a eu que 2 cas bien caractérisés de fièvre jaune, qui cependant n'ont pas été suivis de mort. Il est juste d'ajouter toutefois, dit M. Chapuis, que nous avons observé en outre 49 cas de fièvre rémittente bilieuse qui se rapproche beaucoup de la fièvre jaune, dont elle ne diffère que par une moindre gravité et pourtant elle a occasionné un décès, tandis que deux cas de fièvre jaune ont guéri.

Iles-du-Salut. — Jcr semestre. — L'étal sanitaire n'est pas satisfaisant. Il y a eu 78 décès, dont le tiers doit être attribué à la fièvre jaune et l'autre

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tiers à la dysentérie pour les transportés, car pour le personnel libre, sur 6 décès, 4 sont dus à la fièvre jaune.

Ces deux affeclions, la fièvre jaune et la dysentérie ont présenté ce fait assez remarquable de régner en môme temps et de frapper simultanément les mômes individus. En janvier et février surtout, tous les symptômes d'une dysentérie aiguë se manifestèrent d'abord (lénesme, selles fréquentes et sanguinolentes, pouls fort et fréquent, douleurs abdominales), puis peu de jours après, les selles se supprimaient, des douleurs lombaires et articulaires se déclaraient, la fièvre jaune prenait de l'intensité et le malade succombait à la fièvre jaune. A l'autopsie, on trouvait les altération propres a la fièvres jaune réunies à celles d'une dysentérie grave, matière brune dans l'actomac, ictère des sclérotiques et de la peau, couleur jaune paille du foie, larges ulcérations du côlon atteignant souvent la tunique musculaire. À partir de la fin de février, les deux maladies se sont montrées plus distinctes et on attaqué séparément les malades. La dysentérie est allée en s'affaiblissant.

2» semestre. — Aucune amélioration satisfaisante dans l'état sanitaire. La fièvre jaune a continué à sévir. Les cas se sont multipliés et ont acquis de la gravité, depuis le î. ois de juillet jusqu'aux premiers jours de septembre. Pendant ce dernier mois, la maladie a semblé perdre de son intensité et de sa gravité. La maladie frappait de préférence les personnes récemment arrivées dans la colonie. Cependant dans le courant du mois d'août, alors que la maladie avait acquis sa plus grande puissance, quelques hommes déjà anciens, mais qui n'avaient pas encore été atteints, ont payé leur tribut. 11 est du reste à remarquer que, en môme temps que la fièvre jaune sévissait sur les hommes arrivés d'Europe depuis peu de temps, un grand nombre des anciens dans la colonie qui déjà avaient eu la maladie à une époque antérieure, présentaient des accès de fièvre éphémère, ayant tous les caractères du début de la fièvre jaune, mais la maladie se bornait chez eux à un accès de 36 à 40 heures, après lequel ils entraient en convalescence, en gardant seulement plus longtemps que la durée de la maladie ne pouvait le faire supposer, des courbatures et une lassitude générale.

Il était donc évident que, bien que les cas de fièvre jaune fussent devenus plus rares dans le courant de septembre, de manière à cesser môme complètement à la fin du mois et dans les premiers jours d'octobre, la maladie n'élait cependant pas éteinte et qu'il ne fallait pour la rallumer que de nouveaux aliments. 11 fut dès lors décidé que les nouveaux convois de transportés qu'on attendait ne seraient pas débarqués comme à l'ordinaire aux Ues-dri-Salut, mais seraient répartis sur les différents pénitenciers, aussitôt après leur arrivée sur cette rade.

La suite prouva toute la prudence de cette mesure. En effet, le 4 6 octobre, 36 transportés arrivés par la Seine furent déposés à l'Ile-Saint-Joscph ;

depuis ce moment, ils ont déjà fourni 35 entrées à l'hôpital, dont 12 pour fièvre jaune qui ont donné 7 décès. Il en reste encore un en traitement à l'hôpital.

Le 12 décembre, VAdour débarqua 36 autres transportés à l'Ile-Saint- Joseph, ils ont fourni déjà 12 entrées à l'hôpital, dont 9 pour fièvre jaune; un est mort, les autres sont à l'hôpital.

Si nous ajoutons maintenant que les autres transportés arrivés par les mêmes bâtiments, mais déposés sur d'autres pénitenciers n'ont offert aucun cas de fièvre jaune, il faudra bien admettre qu'il existait aux Iles une cause inconnue, sous l'influence de laquelle la maladie se développait chaque fois qu'elle trouvait un nouvel aliment; qu'à chacune de ces époques, la maladie frappait non-seulement les nouveaux arrivés, mais encore accidentellement quelques hommes habitant la colonie depuis plus ou moins longtemps, mais se trouvant au milieu du foyer épidémique ; qu'en outre, toutes les fièvres observées à la même époque empruntaient quelque caractère à la fièvre jaune.

Aucun fait ne démontre que la fièvre jaune n'ait été transportée des Ilesdu-Salut, sur un autre point où elle se soit propagée, malgré les communications fréquentes entre les différents pénitenciers. Plusieurs personnes envoyées de Cayenne aux Ues-du-Salut sont tombées malades peu de temps après leur arrivée. C'est le cas de plusieurs officiers de santé qui tous ont été atteints el dont un a succombé.

Nous n'avons eu au contraire qu'un seul exemple de mortalité à Cayenne, la maladie ayant été contractée aux Iles-du-Salut. C'est celui d'un père Jésuite qui arrivé par VAdour ne vint à Cayenne que cinq jours après son arrivée; le lendemain, il tombait malade et mourait le cinquième jour.

On voit donc qu'il y a eu réellement deux apparitions de fièvre jaune coïncidant toutes deux avec l'arrivée d'un convoi de transportés venant de France el sévissant sur le petit nombre des nouveaux arrivés qu'on était obligé de laisser aux Iles-du-Salut. Il est bien certain que la maladie aurait pris toutes les proporiions d'une épidémie, si on avait déposé aux Iles-du- Salut, tous les hommes amenés par la Seine et VAdour.

Aujourd'hui la maladie paraît moins grave ; les cas sont moins nombreux et surtout ne présentent plus celle marche rapide et celle terminaison funeste ; il y a donc lieu de croire que la maladie s'éleindra peu à peu, si de nouveaux aliments ne viennent pas la renouveler et l'entretenir.

En résumé, nous avons eu à l'hôpital, pendant le semestre, tant sur le personnel libre que sur les transportés, 101 cas de fièvre jaune, sur lesquels il y eu 30 décès. Il faut ajouter 2 cas traités en dehors de l'hôpital, sur lesquel il y a eu 2 décès. Nous trouvons ainsi une proportion de décès aux malades de 30 p. °/0-

On cherche en vain quelle peut être la cause de la fièvre jaune sur un

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poinl de la Guyane qui a toujours été regardé comme un des plus salubres. Les conditions atmosphériques n'ont rien présenté de particulier et n'ont pas dû différer sensiblement de celles des autres lies, ni môme du continent. Les expériences ozonométriques ont donné des résultats en rapport avec l'intensité de la maladie. Ainsi, en Novembre, le papier ozonométrique se colorait à peine, tandis qu'en Décembre il prenait fréquemment la teinte lie de vin, alors que les cas de fièvre jaune devenaient moins graves, mais ces expériences d'accord avec la marche de la maladie ne nous apprennent rien sur la cause de la fièvre jaune. Nous la cherchons aussi vainement dans l'alimentation, le travail ou l'encombrement. L'exposition du camp à Saint- Joseph ne résout pas mieux la question, puisque la fièvre jaune a régné d'abord à l'Ile Royale et qu'elle n'a paru à Saint-Joseph que lorsqu'on y a mis de nouveaux débarqués.

Il faut donc bien reconnaître qu'ici comme partout où elle se montre, la fièvre jaune se développe sous l'influence d'une cause inconnue, qui agit surtout sur des individus nouvellement arrivés, qui sont pour ainsi dire nécessaires à son développement, de telle sorte qu'en l'absence de cet aliment, elle peut rester latente pendant un temps indéterminé, mais une fois que les conditions nécessaires à sa production l'ont engendrée, elle constitue un foyer plus dangereux et où ne séjournent pas impunément les individus même anciens dans le pays et souvent les créoles.

Les transportés arrivés par la Seine et VAdour et destinés aux Iles-du- Salut, ne pouvant y être placés à cause de la fièvre jaune, il fallut les répartir sur d'autres pénitenciers et, pour leur faire place, on fit passer de chacun de ces établissements aux Iles-du-Salut, un ceriain nombre de transportés déjà acclimatés. Il n'est donc pas sans intérêt d'examiner quel a été l'étal sanitaire de ces individus ainsi transplantés avec leurs aptitudes déjà acquises dans un lieu funeste à ceux qui arrivaient d'Europe. Sur 248 hommes provenant de l'Ile-la-Mère et de la iMontagne d'Argent, aucun ne fut atteint par la fièvre jaune et l'on n'observa chez eux que des fièvres intermittentes, la cachpxie paludéenne, des diarrhées et des plaies; toutes affections qu'ils avaient apportées avec eux.

Après la fièvre jaune, les maladies qui se sont montrées le plus fréquemment étaient la fièvre intermittente et la dysenterie.

Muroni.— La colonie agricole pénitentiaire fondée au mois d'août 1857, donnait au début de belles espérances pour la colonisation par la transportalion. L'état sanilaire semblait assez bon et la mortalité était inférieure à à celle de tous les autres pénitenciers, même des Iles. On a considéré pendant quelque temps ce pénitencier comme un lieu de convalescence.

L'effectif se trouvailcomposé, au 1or janvier 1858, de 145 transportés cl de Ï8 personnes libres.

Les transportés ont été pris sur différents pénitenciers; ils sont donc ar-

GLYANE. o

rivés au Maroni avec des dispositions déjà acquises pour certaines affections ; de plus, ils se sout trouvés exposés à dos influences toutes particulières et inhérentes à de nouvelles installations; logés dans des carbets mal fermés et mal couverts, ils ont dû ressentir plus vivement l'humidité et les effets de Tabsoption miasmatique.

Cependant, malgré ces conditions défavorables, l'étal sanitaire s'est présenté sous un aspect assez satisfaisant; les fébricitants de la Comté ont même paru éprouver une influence favorable de ce changement de localité.

La proportion des décès n'a été dans ce semestre que de 2,5 p. cent. Dans le 2e semestre de la même année la proportion des décès a été de 4,2 p. cent.

L'année 1859 s'écoula sans qu'on eût à soigner la fièvre jaune à la Guyane, mais cependant l'influence amarile y existait toujours, car on signale à Cayenne des cas de fièvre rémittente bilieuse qui doivent être rapportés, à mon avis, plutôt à la fièvre inflammatoire d'essence ictérode, qu'à l'empoisonnement malarien. Les fièvres, ou états typhoïdes, les ictères graves, signalés en même temps, ne me paraissent pas devoir être rattachés à une autre influence,, et d'ailleurs le mieux, il me semble, est de rapporter in extenso une de ces observations de maladie..

Observation tirée du rapport de M. Gllapuis, pour le 3* trimestre

Ua marin, âgé de 24 ans, habitant la colonie depuis 14 mois, a été traité plusieurs fois à l'hôpital pour des fièvres intermittentes de différents types. Le 1 1 juillet, il rentre à l'hôpital se disant malade depuis deux jours, mais il ne donne que des renseignements vagues sur la cause et Le début de la maladie. Ce qui frappe au premier aspect, c'est l'état de stupeur et d'hébétude que présente le malade. Le pouls est faible mais peu fréquent; il n'y a pas eu de fièvre. Une teinte iclérique assez prononcée se remarque sur tout le corps et principalement aux sclérotiques, le ventre est souple, le: volume du foie n'est pas augmenté; la région liépaLque est cependant sensible à la pression, surtout près du bord antérieur du foie, légère constipalion, céphalalgie assez vive.

Les jours suivants, les syptômes se prononcent cLî plus en plus, la coloration jaune devient orangée, l'étal de stupeur augmente; il faut fixer fortement l'attention du malade pour obtenir une réponse qui est cependant

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toujours juste, mais brève, et le malade retombe aussitôt dans le même état; pas de sommeil, le pouls ne dépasse pas 84. La céphalalgie persiste. Les urines son» totalement supprimées; on aperçoit sur la poitrine et le Iront quelques gouttelettes de sang que le malade fait sortir eu se grattant; la langue est sèche et rôtie, noirâtre; quelques vomissements de liquide filant, in«olore, sentiment de brisement général.

Mort le 1 8, 7 jours après son entrée.

A l'autopsie, on constate :

Habitus extérieur. — Système musculaire développé ; teinte jaune safranée de toute l'enveloppe cutanée; tâches noirâtres à la partie postérieure du tronc ; couche épaisse de graisse sous la peau.

Poitrine. — Poumons sains, teinte jaune du péricarde qui contient un liquide jaunâtre assez épais.

Abdomen. — Teinte jaune du péritoine et de tous les organes; sérosité jaune-rougeâlre abondante ; foie à peu près normal, gorgé de sang, sans changement de couleur, ni altération du tissu. Vésicule biliaire mesurant <0 centimètres de longueur énormément distendue par du sang noir cailleboté ressemblant à de la gelée de groseille, injection prononcée de la muqueuse. Les reins sont ramollis et très-engorgés. L'intestin contient quelques matières grisâtres; la muqueuse intestinale paraît un p^u ramollie.

Je suis très-embarrassé, je l'avoue, pour donner un diagnostic à cet état et M. Chapuîs l'a dit avant moi. Bien qu'on n'ait pas parlé de l'état de la rate, nous pouvons, je crois, penser qu'elle ne présentait pas d'altération bien marquée, de sorte qu'on s'éloigne de l'idée du paludisme, sans pouvoir donner un nom bien positif à ces cas insidieux, qu'on rencontre trop souvent dans la pratique coloniale.

On ne parlait plus de la fièvre jaune à la Guyane,, mais la lièvre inflammatoire y était fréquemment observée, et se présentait avec une grande gravité cfwelquefois. Peuf-oo refaser ce nom à la maladie désignée sous le nom de fièvre rémittente bilieuse? Je ne le crois pas, et la preuve que j'en puis donner est contenue implicitement dans l'extrait que je fournis ciaprès, du rapport du médecin en chef de la colonie. Aux Ilesdu-Salut et au Maroni la même influence était observée.

Cayenne. - M" trimestre. — Les fièvres rémittentes bilieuses ont été

graves et ont occasionné 7 décès. Leur étiologie est inconnue. C'est surtout à la fin de février et au commencement de mars que ces fièvres ont été fréquentes. Ces fièvres s'accompagnent le plus souvent d'une teinte ictérique prononcée avec coloration noire des urines, ecchymoses palpébrales et sous-cutanées; dans un cas, on a vu des parolidites énormes avec suppuration développées en 48 heures. Dans un autre cas, il y a eu des hémorrhagies par la bouche et l'anus.

2e trimestre. — Amélioration notable de l'état sanitaire; les fièvres rémittentes bilieuses ont continué à être fréquentes, niais elles n'ont donné lieu qu'à un décès, il reste encore quelques cas fort graves.

Eu général, la marche de la maladie est lente, et lorsque le malade guérit, la convalescence est longue, les forces ne reviennent que très-difficilement. La coloration jaune est toujours très-prononcée, mais elle n'a pas cette teinte rougeâtre de la fièvre jaune; les urines sont rares et Irèsiôncées, souvent de sang pur; des gouttelettes de sang suintent à travers la peau, sous la plus légère action des ongles des malades. Le pouls est fréquent, mais mou et dépressible; il se forme fréquemment des furoncles, dos abcès ou des parotidiles; le malade qui est mort pendant ce trimestre a eu deux parotidites qui ne formaient au moment de la mort que deux \asles foyers remplis d'un pus sanguinolent cl infect.

3° trimestre. — Les fièvres rémittentes bilieuses ont été fréquentes et graves.

C'est ici que M. Chapuis dit que rien ne justifie le nom de bilieuse donné à cette fièvre.

4e trimestre. — Il y a eu 3 cas de fièvre rémittente bilieuse; un seul a entraîné la mort chez un soldat qui comptait déjà 5 ans de colonie. A son entrre à l'hôpital, il avait déjà depuis plusieurs jours une fièvre continue, aussi la teiule ictérique s'est montrée deux jours après son entrée et les hémorrhagies n'ont pas tardé à paraître, le malade a succombé le 9° jour.

L'aulopsie a montré, comme dans tous les cas analogues, une légère décoloration du foie, des caillots ambrés dans les cavités du cœur, et des gros va^seaux avec injection marquée de la muqueuse de l'estomac et de l'intestin qui contiennent tous les deux une matière noirâtre analogue à la gelée de grosei.le; on trouve là certainement plutôt des signes d'altération du sang, que d'une affection de l'appareil biliaire.

Toujours la même absence de fièvre j;<une et les mêmes atteinte de lièvre inflammatoire plus ou moins grave appelée rémittente Inlieuse, mais ne pouvant pas plus que précédemment êic rattachée à l'influence paludéenne. L'extrait suivant du

HISTORIQUE

rapport du médecin en chef de la colonie, nous renseignera d'ailleurs mieux que je ne pourrais le faire à ce sujet.

Cayenne. — 1er trimestre. — L'état sanitaire a été meilleur. Il y a eu 4 cas de rémittence bilieuse ; aucun n'a entraîné la mort. Deux ont été graves; la marche de la maladie a été lente, la convalescence fort longue, laissant le sujet de longs jours dans une sorte d'abattement comateux et d'hébétude dont il ne s'éveille que difficilement. La teinte jaune de la peau, quoique moins intense, persiste longtemps et quelques petits accès de fièvre, passagers, nocturnes, dénotent quelque chose d'insidieux, qui ne permet aucune sécurité sur la guérison, jusqu'à ce qu'enfin la langue se nettoie, les forces et l'appétit reviennent franchement.

2e trimestre. — Une assez forte proportion d'entrées est due aux troupes récemment arrivées de France et dans la dernière quinzaine du mois de juin, les salles ont été remplies par ces jeunes soldats qui subissent les premières atteintes d'un climat nouveau et de l'insolation. Chez les uns, elles se traduisaient par quelques accès de fièvre ; chez d'autres, par un état saburral gastro-intestinal et bilieux, avec ou sans fièvre, premier tribut de l'acclimatement.

Les fièvres rémittentes bilieuses ont été plus nombreuses. 12 cas se sont présentés, dit M. Chapuis, et la plupart revêlaient une certaine gravité, offrant toujours d'ailleurs celte marche lente et insidieuse déjà signalée. Elles ont entraîné la mort chez un sergent et un soldat comptant déjà quatre ans de colonie. Ces cas ont montré tous les signes qui en temps d'épidémie les eussent fait ranger, sans hésiter, parmi les fièvres jaunes les mieux caractérisées; bien qu'elles se trouvent portées dans le tableau statistique, sous le nom de fièvre rémittente bilieuse, c'est la fièvre jaune sporadique, avec la teinte ictérique générale, les ecchymoses ou taches ecchymotiques, le coup de barre, subdélirium alternant avec l'affaiblissement et l'adynamie, suppression des urines, vomissements d'aboi d bilieux incoercibles, puis complètement noirs, marc de café, hémorrhagies nasales et cutanées.

3e trimestre. — Ce trimestre a fourni un chiffre de malades plus élevé dû à l'infanterie de marine nouvellement arrivée de France et qui au mois de Juillet encombrait les salles tour à tour.

Les fièvres rémittentes bilieuses ont été graves. II y a eu 3 cas et tous les trois suivis de mort. >

Chez deux d'entre eux, l'affection a marché avec une rapidité extrême, offrant au début, nausées, vomissements aqueux, de couleur jaunâtre, mouvement fébrile très-intense de longue durée, à peine suivi d'une rémission de quelques heures, douleur dans la région hépatique augmentant par le toucher, turgescence manifeste du foie, coloration ictérique générale, suppression des urines ou du moins diminution notable, défaut d'excrétion ci

coloration foncée du liquide, constipation opiniâtre. L'un et l'autre sont morts après deux jours de traitement, dans un accès comateux.

Deux autres formes de fièvres rémittentes méritent d'être signalées plus particulièrement, observées également dans le service de la transportation et qu'on a désignées sous le nom des rémittentes typhoïdes et de rémittentes bronchiques.

Les embarras gastriques bilieux ou gastro- intestinaux se font remarquer par leur fréquence, et de nombreuses entrées ont eu lieu avec un simple mouvement fébrile accompagné ou suivi de l'apparition des symptômes saburraux, nausées, vomissements bilieux.

46 trimestre. — Les fièvres rémittentes bilieuses ont encore occasionné trois décès, deux chez des transportés, un sur un matelot de la station, chez lequel on n'auraitpas hésité à diagnostiquer une fièvre jaune, si le cas n'avait pas été isolé.

Les fièvres bilieuses n*onl pas été rares.

Les symptômes étaient des nausées, des vomissements de matières noirâtres, mouvement fébrile intense, de longue durée, chaleur vive à la peau sans transpiration, céphalalgie sus-orbitaire, douleur dans la région hépatique, turgescence mani leste du foie, coloration jaune-foncé sur tout le corps, miction difficile, urines rares et sanguinolentes, constipation. A l'autopsie, on constate la coloration jaune de tous les tissus, le foie pâle, mou ; la vésicule remplie de bile et souvent un liquide noirâtre dans l'estomac dont la muqueuse est injectée et ramollie. Quand le malade guérit, la convalescence est interminable et la coloration jaune persiste.

L'influence amarile, qui avait diminue à la fin de l'année précédente, était peu sensible au début de cette année, de sorte que pendant le premier trimestre il y eut peu de malades; mais bientôt Ja fièvre qu'on appelait alors rémittente bilieuse et que je désigne sous le nom de bilieuse inflammatoire, c'est-à-dire à essence amarile, reprenait sa prépondérance sous le rapport du nombre comme de la gravité.

Cayenne. — 1er trimestre. — Les fièvres rémittentes bilieuses ont été rares ; les trois cas que l'on a eu à traiter, se sont heureusement terminés, mais toujours après des convalescences longues et pénibles. L'une d elles qui a frappé un homme de ooiïleur, matelot à bord d'un bâtiment de l'État, a présenté le singulier phénomène d'une décoloration sensible dans la teinte de la peau du malade.

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2e trimntre. — Le nombre des malades a augmenté et les maladies ont été plus graves. Au 1er avril, il y avait à l'hôpital, 200 malades; il en est entré 749, — 45 BOnt morts, 16 envoyés en France -et il en reste 210 au 4«r juillet.

Il y a en 9 d^cès parmi les militaires, — 5 parmi les marins de l'État et officiers de la marine,- 2 sgents divers et civils payant,— 6 immigrants.

Ce trimestre a été plus mauvais que le trimestre correspondant de Tannée passée, ce qui tient buk conditions météorologiques. Les plaies ont été d'une abondance extraordinaire, même pour la Guyane ; tontes les terres ont été noyées, les plantations submergées.

Le grand nombre de malades dans le personnellibre, tient à l'arrivée de deux compagnies qui ont dû payer leur tribut.

Les fièvres rémittentes bilieuses ont été fort graves; sur dix malades qui ont été traités, il en est mort six.

La mort n'arrive pas d'une manière rapide; d'après M. Chapuis, ce n'est que peu à peu que le malade tombe dans un état de prostration, dont il est difficile de le relever; l'assimilation ne se fait plus. Il semble que tous les l'abus imprégnés de celte coloration jaune ne peuvent plus rien recevoir. I! y a évidemment là une altération profonde du sang. A l'autopsie, on ne rencontre pas de lésions des viscères ; le foie est un peu décoloré, mais conserve sa consistance, l'intestin ne présente rien, — les reins mêmes laissent constamment suinter un liquide purulent, lorsqu'on les presse après les avoir incisés et cependant leur tissu n'est pas altéré. L'ouverture du crâne fait voir une assez grande quantité de sérosité jaunâlre dans les méninges et dans lesventricules.Les poumons ne présentent qu'un peu de congestion hypostatique, mais le cœur, qui baigne dans la sérosité que renferme le péricarde, est ordinairement mou et contient des caillots ambrés remplissant les cavités et l'origine des gros vaisseaux et enchevêtrés entre les colonnes charnues du cœur; tous les tissus, les aponévroses, les tendons et même les os sont colorés en jaune.

3e trimestre. — 3 décès par rémittentes bilieuses.

4e trimestre. — Les fièvres rémittentes bilieuses ont été très-graves, sous beaucoup de points. Ces Sèvres uni une assez grande ressemblance avec la fièvre jaune et il faut être habitué aux affections des pays chauds pour ne pas s'y tromper, dit encore .M. Chapuis.

En ellet, elles présentent toujours des vomissements plus ou moins noirs ; mouvement fébrile continu ; chaleur vive ; peau sèche, douleurs sus-orbilaircs, gonflement du foie, urines rares, coloration jaune, constipation ou selles nombreuses et noirâtres. Dans quelques cas, les selles sont teintées de sang. La guérison est toujours lente et la teinte iclérique persiste longtemps.

1l(s-du-S(ilut. — 1" trimestre. — Dans ce trimestre, il y a eu moins

d'entrées, mais plus de moitié de décès pour plaies, ulcères, dysentérie et scorbut.

Il est difficile de déterminer, dit M. Chapuis, à quelle cause sont dues ces différences à un intervalle si rapproché. Il faut reconnaître que nous traversons une période malheureuse, comme on doit s'attendre à en voir quelquefois dansune réunion d'hommes quise renouvellent sans cesse, mais dont le premier noyau accumule chaque année les effets délétères de l'influence du climat, effets qui se manifestent à un moment donné, sans que rien ne provoque celte explosion dans le moment où elle éclate, de sorte qu'elle resterait inexpliquée, si on en cherchait la cause dans les circonstances présentes, au lieu de se porter en arrière.

Les influences endémiques n'agissent donc ici que d'une manière déterminée en affaiblissant la constitution ; c'est alors une cause prédisposante à laquelle viennent s'ajouter plus tard des causes déterminantes analogues à celles qui agissent dans les prisons, les bagnes, au sein d'une armée, à bord d'un vaisseau et qui sévissent avec d'autant plus d'intensité qu'elles ne trouvent ici que des organismes affaiblis, des constitutions détériorées.

Pendant l'année 1863, les malades présentèrent souvent des accidents typhoïdes, les fièvres graves furent fréquentes, l'ictère s'observa dans plusieurs cas de fièvres rémittentes bilieuses, en un mot, nous voyons pour Gayenne, comme pour les divers pénitenciers, l'influence amarile se révéler avec une assez grande gravité, bien que le nombre des atteintes morbides ne fût pas considérable.

La fièvre jaune qui paraissait s'être éloignée des Guyanes depuis quelques années, s'en rapproche; elle exista bientôt à Demerary, c'est-à-dire à quelques lieues à peine de Cayenne, et son influence ne tarda pas à se faire sentir, d'une manière plus puissante, dans notre colonie. C'est alors qu'apparut une véritable épidémie de cette fièvre qui fut appelée fièvre rouge par M. Kerangal, médecin en chef de la colonie, dont je fournis ciaprès une partie du rapport.

Pour fixer les idées sur cette fièvre à éruption, je renvoie au

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livre de M. Bérenger Féraud, qui a signalé les cas où la fièvre inflammatoire était accompagnée de poussées cxanthématiques et qui a cherché à en déterminer les caractères.

3e trimestre. — Extrait du rapport de M. le médecin en chef Kérangal. — Il y a eu une augmentation dans le nombre des malades qui s'explique par les influences climatériques diverses, qui. résultaient de la transition delà saison pluvieuse à la saison sèche.

Plusieurs malades, dit le médecin en chef Kérangal, ont eu des accès congestifs de fièvre bilieuse présentant un caractère particulier qu'il est important de signaler ici, surtout parce qu'ils étaient contagieux et coïncidaient avec l'épidémie de fièvre jaune qui sévissait à Démerary.

Cette fièvre bilieuse que j'ai nommée fièvre rouge, à cause de son symptôme dominant, présente les caractères de la fièvre rémittente bilieuse, sans eu avoir la gravité. Elle s'annonce par une céphalalgie gravative et persistante avec rougeur violette de la face et larmoiement; la langue est fortement saburrale, rarement sèche. La peau est chaude et sèche au début, puis moite et humide dans les rémissions; les douleurs lombaires sont très-intenses, les envies de vomir fréquentes et les vomissements bilieux parfois très-prononcés. La stupeur est générale et l'affaissement des forces est tel que le malade a de la peine à se lever sans éprouver des syncopes. La rougeur souvent générale de tous le corps a induit en erreur certains praticiens. Au premier moment, ils pensaient avoir affaire à une fièvre éruptive, mais il est impossible de se tromper longtemps, car, sauf la rougeur, ces fièvres ne présentent avec cette dernière affection aucune analogie.

J'ai déjà vu une épidémie de fièvre rouge contagieuse semmaoïe à la Martiniqueen I808, sévissant à Saint-Pierre, sur les matelots de commerce nouvellement arrivés et ayant également présenté un grand nombre de cas sur la garnison de Fort-de-France.

A Cayenne, l'épidémie a commencé par l'artillerie, puis l'infanterie et la gendarmerie. Un grand nombre de créoles ont également été atteints. Mais au milieu d'une si grande quantité de malades, nous n'avons eu aucune perte à enregistrer, ce qui nous montre le peu de gravité réelle de la maladie. Dans quelques cas rares (6 ou 8), la rougeur a persisté pendant trois semaines à un mois et s'est manifestée par une véritable desquamation de l'épiderme.

Le traitement a toujours consisté au début en un vomitif suivi le lendemain d'un purgatif, et, si la céphalalgie persistait et était opiniâtre, d'une application de sangsues sur le front.

Il est bien entendu que l'on profitait de la rémission pour administrer

la quinine, à la dose de 1* à 18,50 par jour. J'ai eu également à me louer de la potion d'hydrochlorate d'ammoniaque à 2«, et l'application de petits vésicatoires aux tempes saupoudrés de chlorhydrate de morphine.

Je dois signaler que cette fièvre, tout insignifiante qu'elle est pour ses résultats, n'en laisse pas moins les malades dans un état de faiblesse tel qu'ils sont obligés de garder longtemps l'hôpital, avant de sortir, et que plusieurs sont tombés à la suite dans un état d'anémie avancé.

Les fièvres rémittentes bilieuses ont été graves sous beaucoup de points.

4e trimestre. — le décès de rémittente bilieuse et de fièvre ;ictérohémorrhagique.

lles-du-Salul. — 1er trimestre. — Les maladies dominantes sont les fièvres et la dysentërie.

B* trimestre. — 534 hommes sont amenés par Y Amazone et comme toujours ils ont payé un tribut ù la dysentérie qui a régné chez eux épidémiquement.

Les fièvres pernicieuses ont toutes présenté la forme aiguë. La quinine à haute dose n'a pas eu d'effet.

3e trimestre. — L'état sanitaire est loin d'être satisfaisant. L'arrivée du dernier convoi a une grande part dans l'effectif des malades pendant le mois de septembre. En effet, sur 500 transportés débarqués le 7 septembre 1864 aux Iles-du-Salut par V Amazone, 1 33 sont entrés à l'hôpital pour cause de maladie : 124 fiévreux et 9 blessés. Les dysenléries ont sévi sur eux avec une certaine violence et le défaut d'acclimatement les a assujettis en grand nombre aux fièvres intermittentes, qui, du reste, avec la dysentérie, ont été les maladies dominantes sur le pénitencier en général.

Un fait qui mérite de fixer l'attention est la fréquence des cas de la maladie qui a été constatée également à Cayenne sous le nom de fièvre rouge. Elle a revêtu aux Iles-du-Salut le caractère d'une véritable épidémie.

Voici comment s'exprime M. Rolland, chirurgien de 1re classe, chef du service médical sur ce pénitencier:

« Dans les derniers jours du mois d'août, quelques cas de l'affection que nous allons essayer de décrire s'étaient manifestés à l'hôpital de I'Ile- Royale. Ces cas isolés présentaient avec les fièvres des marais une analogie de symptômes qui devait les faire considérer comme une des formes fréquemment observées de l'affection paludéenne, la forme congeslive; la médication venait confirmer cette opinion.

Mais pendant le mois de septembre, 50 malades présentant les mêmes symptômes sont entrés à l'hôpital. C'est principalement dans les cinq ou six premiers jours du mois que les entrées ont été très-nombreuses. C'est aussi alors que la maladie qui avait un caractère épidémique évident a présenté 'les signes caractéristiques d'une affection spéciale à laquelle nous

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devons donner le nom de fièvre congestive, sans préjuger en Tien la question d'étiologie.

flous devons cependant constater :

1° Que les Iles-du-Salut ne présentaient rien d'exceptionnel au point de vue climatérique; qu'aucune oause spéciale même probable n'a été reconnue au point de vue de l'alimentation, des travaux, etc.

2° «Que l'épidémie régnait k l'arrivée de V Amazone, attendue chaque jour avec oOO transportés et arrivée le 7 septembre;

3° Qu'aucune communication suspecte, ni môme douteuse ne peut être invoquée.

Sont entrés à l'hôpital :

Personnel libre H ; transportait 39. Le personnel libre était 1/5 de la transportalioD, le nombre des cas qu'il a fournis est donc de plus du 4/3. On n'a compté comme atteints de fièvre congesttve que les malades présentant les signes évidents de l'affection.

En dehors de l'hôpital, le personnel libre compte quelques malades parmi lesquels on trouve deux cas des mieux caractérisés.

M. Charvin, chirurgien de 3e classe de la marine et une sœur de Saint- Paul de Chartres, de passage aux lles-du-Salnt et qui n'a pas communiqué avec les malades. Quatre autres personnes ont aussi présenté les mômes symptômes, mais à un degré plus faible.

Symptômes. — Céphalalgie sus-orbilaire loujours très-pénible, souvent violente, face vultueuse, rouge-vif, rouge-foncé et quelquefois couleur acajon, aucune coloration ictérique, môme légère, n'a été observée, yeux brillants, larmoyants, courbature, douleur dans les membres et sonrtout aux lombes où elles sont très-vives. Peau chaude, sèche, môme brûlante, pouls dur, vibrant, moyennement accéléré. Langue ordinairement large, humide, saburrale au milieu et à la base, rouge sur les bords et à la pointe ; rarement sèche, rôtie, noirâtre. Dans tous les cas, les gencives ontélé plus ou moins turgescentes, saignant facilement dans la plupart des cas; bouche amère, soif vive, inappétence, nausées, quelquefois vomissements bilieux, une seule fois bématémèse. Insomnie, douleur épigastrique. Habituellement constipation moins facile a vaincre; épisiaxis dans quelques cas. La terminaison a été constamment heureuse; le seul décès que Ton puisse rapportera celte maladie nous paraissant devoir ôlre attribué plutôt à des complications.

La marche de la maladie a élé continue; la forme intermittente n'a pas été observée, et la rémittente observée dans un certain nombre de cas n'a jamais élé bien franche.

La durée de la maladie est assez difficile à déterminer; la céphalalgie, la fièvre cédaient assez facilement; l'anorexie persistait plusieurs jours et les malades demeuraient dans un état adynamique toujours très-marqué et

qui, dans lee cas légers, n'étant pas en rapport avec l'intensité des symptômes devient un des caractères de l'affection.

On peut cependant fixer la durée de huit à dix jours en moyenne et de quinze à vingt au maximum du traitement.

Les vomitifs ont été fréquemment employés et presque toujours suivis de purgatifs salins et dans le cas où la fièvre persistait le troisième jour, on avait recours au calomel à la dose de 1 gr. en une fois, puis à doses modérément réfractées [1 gr. en quatre paquets), lorsque la langue restait sèche.

La salivation, malgré l'état des gencives, a été si rare et si légère, dans les cas où elle a paru qu'il n'y a pas lieu d'en tenir compte.

La céphalalgie cédant presque toujours très-promplement à cette médication, ce n'est qu'exceptionnellement que l'on a eu recours aux sangsues en petit nombre (chez cinq malades).

Le sulfate de quinine a été donné dans tous les cas à des doses qui n'ont que très-rarement dépassé et même atteint \ gr., au moment de la rémission ou quand se manifestait l'apyrcxie plutôt par prudence et comme médication de précaution.

L'elficacilé du sel de quinquina dans celte maladie ne nous paraît pis suffisamment établie. Les toniques sont devenus la base du traitement, ausshôl Fapyrexie obtenue.

Les deux observations suivantes donnent une idée complète de la maladie.

M. Charvin, chirurgien de 3e classe, 23 ans, tempérament sanguin. Après deux ou trois jours de maladie, la maladie débute par une forte fièvre, le 29 août. L'accès commence à deux heures de l'après-midi et ne cède que le lendemain à cinq heures du soir, heure à laquelle il survient un peu de moiteur.

Pendant l'accès, peau chaude, sèche; céphalalgie sus-orbitaire trèsintense.

Le 30, vomissements bilieux, plusieurs selles bilieuses à la suite d'un purgatif : citrate de magnésie à 50 gr. ; quinine 0,80 cent.

Insomnie pendant la nuit du 30 au 31, sans fièvre, mais la céphalalgie persiste. La langue est saburrale, l'anorexie complète, fatigue très grande, brisement des membres, douleurs lombaires vives, incompatibles avec tout mouvement, épistaxis le matin, sulfate de quinine.

<" septembre. La céphalalgie persiste, mais moins intense, langue toujours saburrale, anorexie, épistaxis plus abondante, pas de fièvre, citrate de magnésie.

2 septembre, même état, gencives saignants très-facilement, quinine 0,60 cent. La céphalalgie a disparu. La fièvre n'a pas reparu depuis le premier jour, mais le gonflement des gencives, l'état pâieux de la bouche,

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l'anorexie persistent plusieurs jours cl disparaissent peu à peu, les forces se rétablissent lentement (Observation recueillie par M. Charvin).

Dorival François, âgé de 22 ans, transporté de la «"catégorie.

Arrivé à la Guyane, le 9 juillet 1863, n'avait eu aucune maladie jusqu'à ce jour. Entré à l'hôpital le 15 août 1864, présentant les symptômes d'une fièvre comateuse, lorsque le lendemain se manifestent les symptômes suivants :

Céphalalgie intense, regard brillant, fixe, injection des yeux ; face rouge, vultueuse; langue saburrale, douleurs violentes des reins, légère douleur abdominale à la pression, respiration suspirieuse. Peau brillante, pouls plein, dur, fréquent, épislaxis les 18, 19 et 20. La fièvre n'a présenté aucune intermittence.

Le 21, les symptômes inflammatoires diminuent d'intensité et font place à une prostration, à un étal adynamique avec hémorrhagies des gencives et pendant plusieurs jours on a dû recourir aux toniques, aux excitants, aux révulsifs.

Les purgatifs salives ont été employés contre les symptômes inflammatoires. Celte affection qui, en premier lieu. avait revêtu un caractère insolite, a présenté deux périodes distinctes; période inflammatoire du 10 au 19, période adynamique du 20 au 25, date à parlir de laquelle le malade entre en convalescence. »

Il n'est pas inutile de signalor la coïncidence d'une maladie avec éruption prurigineuse épidémique, car aux Aniilles et ailleurs on a maintes fois signalé des éruptions accompagnant les fièvres inflammatoires.

En voici la relation donnée par M. Kérangal : « Quelques jours après l'arrivée de V Amazone, on put constater chez quelques transportés apportés par elle, une éruption occupant les membres supérieurs et la face. Celte éruption présentait avec celle que détermine la piqûre des maringouins, une telle analogie, qu'elle n'atlire pas d'abord l'attention, mais le nombre des cas augmentant rapidement, on pui constater bientôt qu'il s'agissait d'une affection et non d'un accident.

Cette affection ne présentait aucune analogie avec les éruptions des pays chauds connues sous le nom de hourbouilles.

L'érupl on débutait par les membres supérieurs dont elle occupait surtout la face externe; elle était nulle aux poignets, aux plis des hrns et toujours très-discrète sur la face interne. Aux membres inférieurs, clic occupait un siège analogue, souvent abondante, et môme confluente à la face, elle était rare à la poitrine et ne paraissait qu'exceptionnellement sur l'ab lomen.Son aspect n'était pas toujours le même, maison retrouvait toujours la papule; plusieurs fois elle a présenté l'aspect de la rougeole au début. Assez fréquemment on a vu des papules larges comme des lentilles; le plus souvent

c'était le véritable prurigo avec prurit intense, surtout la nuit. La papule, sous les ongles des malades, se recouvrait de la petite croûte noire.

L'éruption s'est montrée une fois confluente el occupant tout le corps chez une femme an ivée également par V Amazone; elle ne s'est manifestée que chez des individus arrives par ce- transport ; elle iae s'est pas transmise aux malades voisins, malgré les conditions les plus favorables à la contagion. Aucun malade n'est entré à l'hôpital pour celte affection qui s'est montrée plus tard.

L'éruption a paru dans les affections les plus diverses: Fièvre, 20 ; dysentérie, 4 ; bronchite, 3 ; arthrite., 1 ; hypertrophie du cœur, 1 .

Elle est plus incommode que dangereuse et sa durée est variable. Elle a été beaucoup plus longue quelle ne l'eût été dans d'autres, conditions, la disette d'eau sur ce pénitencier ne permettait pas les bains.

Cette année-là, bien que les fièvres rémittentes bilieuses soienf signalées comme fréquentes, on peut penser que la constitution médicale avait changé, car ce n'est pas la maladie que nous appelons la lièvre bilieuse inflammatoire qui est désignée sous ce. nom de rémittente, mais bien, il me semble, cette affection comprise sous le nom de fièvre hématurique ou mélanurique; l'extrait, ci-après, du rapport du médecin en chef de la colonie nous en donne la preuve, et je dois d'ailleurs ajouter que la dysentérie fut plus fréquente que précédemment, condition sur laquelle M. Bérenger Féraud a appelé déjà l'attention d'une manière précise.

Cayenne. — 1er trimestre. — 4 décès de rémittente bilieuse ; 2 de fièvre typhoïde.

2e trimestre. — Les fièvres rémittentes bilieuses beaucoup plus fréquentes ont occasionné 5 décès.

La dvsentérie a fourni 7 décès, dont l'un fut constaté sur une des femmes transportées arrivées par le navire le Cormoran le 14 juin. Plusieurs femmes appartenant également à ce convoi et atteintes de dysentérie ont dû être admises à l'hôpiial, aussitôt après leur arrivée à Cayenne.

3e trimestre. — Les fièvres rémittentes bilieuses ont donné 2 décès. La mort s'est produite quelques heures après l'arrivée des malades à l'hôpital et on observait alors, dit M. Kerangal, tous les symptômes de la fièvre bilieuse hématurique de Madagascar el du Sénégal. La suffusion iclérique était prononcée, l'alfaissement extrême, les vomissements incoercibles, les

HISTORJQUE.

uriues couleur, de vin de Malaga. Traité pan l'acide nitrique, le précipité albumineux était d'autant plus abondant que la maladie semblait plus grave. L'analyse de ces urines n'a pas permis d'y. constat/m la. bile ni le sany.

A l'autopsie, la couleur jaune das téguments, éLait plus prononaéc encore:, «oloration que l'on retrouvait dans le tissa cellulaire, les- séreuses- et jusque dans la sérosité des ventricules du cerveau indiquait clairement le passag3 deila bile dans, le sang. Les reins ont toujours 6iâ congestionnés; le sang semblait sourdre de la substance de l'organe.. La. muqueuse des calices et des bassinets avait, la .teinta ictérique et souvent du pus a éué trouvé dans les bassinets, mais à la Guyane le fait n'est pas rare et a été souvent obsenvé dans les- nécrogsies, à, la. suite, des décès, causés par les. maladies, les plus diverses.

4e trimestre. — Un décès de rémittente bilieuse. Iles-du-Salut. — 1er trimestre. — U y a dans ce trimestre 42 décès, sur un effectif moyen de 1 887.

2?- trimc&tvSi. — 37i décès* 3e trimestre. — 47. décès»

4e trimestre.. — 5,1 décès.

Le chiffre des décès a doublé, à cause des diarrhées. bilieuses et des dysentéries.

Ladyseutérie a régné épidémiquemenl, les fièvres pernicieuses ont été très-graves. Sur 8 cas, 6 ont eu une terminaison fatale. C'est la forme algide qui à dominé.

Maroni. — 1er trimestre. — 9 décès à Saint-Laurent sur un effectif de 1787 et 12 à Saint-Louis sur un effectif de 950.

2e trimestre. — 10 décès à Saint-Laurent et 5 à Saint-Louis, 2 cas de rémittentes bilieuses.

3e trimestre. — • 1 2 décès à Saint-Laurent et 8 à Saint-Louis.

4e trimestre. — Il y a eu 56 décès tant à Saint-Laurent qu'à Saint-Louis. Voici ce que dit M. Kerangal à ce sujet :

Saint- Laurent, qui est devenu depuis le 1er octobre le chef-lieu des établissements pénitentiaires du MaroniTn'a' pas offert, relativement un état satisfaisant,, comme dans les trimestres précédents.

Cela tient d'abord à la constitution médicale du trimestre qui est le plus mauvais de l'année et à ce que son effectif s'est, considérablement accru par suiiedos évacuations succest-ivies de la Montagne d'Argent, d'Organabo et de Monijoly, points toujours signalés comme les plus malsains de la colonie. L( s hommes provenant de ces divers établissements apportaient des disposions morbides. Ils avaient été presque, tous alteiiils.de lièvres intermittentes contractées pendant un sé„our plus ou moins long dans ces diflérentes localités; leurs forces étaient épuisées et ils étaient tombés déjà

dans cet état de décomposition du sang qui constitue la cachexie paludéenne.

Ce personnel de plus s'est trouvé exposé à des influences toutes particulières inhérentes à une nouvelle installation et que les faligues nécessitées par les travaux d'évacuation ayant encore plus débilité leur santé, il n'est donc pas étonnant que le chiffre des malades et des décès ail subi une augmentation notable. 11 faut tenir compte aussi de l'éloignement des divers chantiers de nouvelle création, d'où les malades arrivent souvent dans un état désespéré, en raison de la difficulté qu'on éprouve à leur fournir des secours.

Le pénitencier de Saint-Louis a été supprimé à partir du 1er octobre, il est devenu un annexe de Saint-Laurent.

Au commencement de l'année, les conditions sanitaires n'étaient pas toutes défavorables, mais dès le second trimestre le nombre des malades s'accrut d'une manière fâcheuse, pendant que les pays voisins de Surinam et de Demerary étaient sous le coup d'une nouvelle poussée épidémique de fièvre jaune. L'extrait du rapport, ci-après, en fournit le détail, et bien que l'étiologie de la maladie, le nom qui lui est donné souvent, puissent faire penser aujourd'hui le lecteur, à priori, à l'influence paludéenne, il verra, après mûre réflexion, que, si le paludisme peut être incriminé dans plusieurs cas, il faut, dans la plupart, faire entrer en ligne de compte cette influence amarile, se traduisant par la fièvre dite inflammatoire, plus ou moins intense, plus ou moins insidieuse dans ses allures, au point de faire osciller le diagnostic de la fièvre typhoïde ou de l'accès pernicieux paludique à la fièvre jaune proprement dite, suivant les cas.

Cayenne. — 1*r trimestre. — 27 décès à l'hôpital, dont 2 pour béribéri. 2* trimestre. — L'éiat sanitaire a été encore satisfaisant. L'élément catarrhal a dominé une saison aussi pluvieuse et humide. 3° trimestre. — 22 décès.

La constilution médicale menaçanie tient évidemment aux conditions hygiéniques dans lesquelles nous nous sommes trouvés. En effet, après un hivernage très-pluvieux, nous nous sommes trouvés brusquement et sans aucune transition dans une saison sèche. Les évaporations qui ont eu lieu ont naturellement soulevé des effluves marécageuses et nous ne doutons pasquenous n'eussions éprouvé, comme à Surinam etDamerary, de grandes

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perles, si les vents d'Est ne s'étaient levés avec une cerlaine intensité et n'avaient tout rejeté dans les profondeurs des grands bois. Les troupes nouvellement débarquées en ont surtout fait les frais.

11 y a eu un grand nombre de fièvres pernicieuses de toute espèce et 7 cas de lièvre jaune sporadique bien confirmée. Deux de ces malheureux malades sont morts au milieu des hémorrhagies passives et des vomissements noirs; les autres sont revenus à la vie, non sans avoir été aussi malades que possible et après avoir fourni les hémorrhagies passives et des vomissements très-colorés.

Tous ces cas nous ont présenté une grande quantité d'albumine dans les urines.

En même temps que sévissaient les fièvres pernicieuses, il se présentait aussi un grand nombre de diarrhées.chez les nouveaux arrivés.

La transportation ne s'est nullement ressentie des influences qui ont agi avec tant de violence sur les malades du personnel libre.

4e trimestre. — Deux fièvres rémittentes bilieuses ont eu contre toute attente une heureuse issue. (Kérangal.)

Maroni. — 1er trimestre. — Il y a eu 49 décès dont 24 à Saint-Laurent et 48 à Sainl-Louis; 7 dans le personnel libre et 42 à la transportation.

Souvent liés aux fièvres paludéennes qu'ils précèdent ou qu'ils accompagnent, les symptômes gastriques forment quelquefois un groupe morbide isolé et indépendant de toute autre affection. C'est encore la fièvre ou embarras gastrique qui se traduit par l'anorexie, un enduit jaunâtre de la langue, la bouche amère, l'haleine fétide, les nausées, les vomissements et quelquefois un mouvement fébrile.

Ces affections ont régné pendant les mois de Janvier et Février, au moment de la décroissance des fièvres paludéennes.

Les 5 femmes décédées appartiennent au dernier convoi arrivé à bord du Cacique. Ce convoi, après avoir séjourné à bord de ce navire plus de deux mois pour se rendre de Rochefort à Cayenne en passant par Gorée (Sénégal) et avoir fait ainsi la traversée par des transitions variées de climat est arrivé à Saint- Laurent très-fatigué par ce long séjour à bord et par son voyage, en mer.

Toutes ces femmes arrivant dans ces conditions se sont trouvées de plus soumises à tous les inconvénients d'un encombrement résultant de l'insuffisance du logement qui leur était destiné.

11 n'est donc pas étonnant que leur santé ait fléchi sous l'influence des causes si diverses et la dysentérie, compliquée de symptômes typhoïdes, n'a ■pas tardé à venir exercer ses ravages parmi elles.

2e trimestre. — 11 y a eu 53 décès.

La dysentérie a été fréquente ; ordinairement elle n'est pas commune au Maroni.

CHAP1TKE II.

oe trimestre. — Saint-Laurent s'est ressenti de l'influence épidémique qui se manifestait également à Cayenne. Les concessionnaires de Sainte- Anne ont été les plus éprouvés. Ces concessions sont nouvelles. Les transportés qui les composent n'ayant pas encore de cases, habitent par groupes de vingt, des carbets ouverts à tous les vents et parfaitement malsains. Les grands bois qui viennent d'éire abattus ne sont pas encore brûlés et il n'y a jusqu'ici aucune trace de culture. Le chef du service de santé, M. Ducrot,dans une visite qu'il a faite de ces concessions, n'a trouvé dans le sol rien qui pût le mettre sur la voie de la véritable cause. Il y a peu ou point de marais dans celle saison. Des circonstances atmosphériques particulières, chaleur étouffante, surcharge électrique de l'atmosphère, telles sont peut-être, concurremment avec les conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent les hommes de ces concessions, les causes qu'il faut indiquer.

(Kéraugal.)

Aux Hatles, il y a eu 41 décès, mais presque tous les hommes de ce chantier provenaient de laMontagnc-d'Argent.

A Sparhouine, dans les premiers jours du mois d'Août, les fièvres sous l'influence des circonstances atmosphériques ont revêtu ce caractère épidémique qui a menacé un instant d'envahir tout le Maroni. A la fin du mois d'août, 5 hommes sont morts presque subitement. Tout le personnel des pénitenciers a été plus ou moins atteint.

4e Lrimeslre. — Dans les premiers jours d'octobre, Saint-Laurent et les annexes, Sainte-Anne et Saint-Pierre, ont été encore en proie à l'influence épidémique.

Les chantiers de Sparhouine nouvellement crées et situés dans le haut Maroni, à l'endroit où le fleuve n'est plus navigable, ont été les plus éprouvés de' tous. Sur 283 malades évacués à Saint-Laurent, 28 sont morts, chiffre qui s'ajoute aux 42 décès survenus à l'infirmerie de ce chantier el porte le p. °/o de sa mortalité à un taux élevé.

Le personnel libre n'a pas été mieux traité et le p. % de sa mortalité dépasse même celui de la transporlalion.

Voici à cet égard l'opinion de M. Kérangal :

« Pendant l'année 1866, les fièvres graves se sont déclarées, surtout flans les chantiers élevés et nous avons été fort heureux de ne pas vo.n éclater les épidémies qui atteignaient nos voisins de Surinam et de Demerarv Somme toute, nous avons été quittes pour un grand nombre de fièvres intermittentes ou continues et plusieurs cas de fièvres pernicieuses flont quelques-uns ont présenté les symptômes de la fièvre jaune.

L'année 4866 a été l'une des plus pluvieuses dont on ait eu connaissance à la Guyane.

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