‹ De la fièvre puerpéraleChapitre 2 sur 9 · FORME COMMUNE · texte numérisé non relu

FORME COMMUNE

l.a maladie débute, en général, du deuxième au quatrième jour après l’accouchement. Ce début est marqué par un frisson intense, prolongé, qui survient brusquement, à la suite duquel le mouvement fébrile s’établit. Ce frisson caractéristique est accompagné de douleurs de tête, d’angoisses, de nausées, de vomissements bilieux et • de prostration des forces. Quelquefois le début est plus insidieux. La fièvre commence sans frisson, vers la fin du deuxième jour, apres l’accouchement, et simule la fièvre de lait; mais la peau demeure sèche au lieu de devenir halitueuse , et il se produit un développement de chaleur intense. La fluxion vers les mamelles n’a pas heu ou est incomplète. Si la sécréfmn laileuse était déjà établie, les mamelles s’affaissent et elle se suspend. Des douleurs très-vives se font sentir tantôt à l’épigastre, tantôt et plus souvent dans les flancs et a la région hypogastrique. On les voit se prolonger en arrière vers ledos et jusqu’aux épaules. Ces douleurs ne sont pas continues, elles reviennent par intervalles sous forme de tranchées.

I e ventre est tendu, douloureux au toucher. Les lochies sont ordinairement supprimées. En même temps la respiration s’accélère considérablement; elle devient courte et saccadée. L’intelligence est lucide Quand le frisson a cessé, les malades ont la face rouge , ammee, couverte de sueur, lés yeux brillants, les conjonctives injectées, tres-souvent il y a de la constipation , un enduit blanchâtre recouvre la langue.

Le mouvement fébrile qui s’établit affecte le type continu remitteiit. Le pouls est Lrge, plein, cependant mou et dépressible. Il bat de 90 à 110 ou 120 pulsations par minute. Des frissons reparaissent par intervalles pendant la première et la seconde journée; üs sont plus rapides et moins intenses que celui du début. Ces frissons inlercurrents peuvent manquer., mais il y en a presque toujours uo

avant le paroxysme fébrile du soir. Pendant ce paroxysme, le pouls peut monter à 130 ou 140 pulsations par minute. L’agitation est plus grande, la cbaleur plus forte. Ces paro.xysmes sont quelquefois si tranchés que beaucoup d’auteurs les ont pris pour de véritables accès intermittents.

Dans une seconde période, apparaissent des lésions et des affections locales symptomatiques qui caractérisent la maladie d’une manière spéciale.

Ces affections sont des phlegmasies purulentes; il n’est pas un seul des organes ou des tissus des corps où elles ne puissent se rencontrer. Elles sont multiples , mais ordinairement l’une d’elles prédomine, soit à cause de son intensité, soit parce qu’elle occupe un organe plus important. Le concours des symptômes propres à cette affection dominante imprime au tableau un cachet particulier.

La plus fréquente de ces phlegmasies symptomatiques est la péritonite avec ses douleurs aiguës, la tension du ventre, le face grippée, Içs vomissements porracés, la respiration fréquente, saccadée. Cette inflammation du péritoine peut exister seule, mais elle est plus souvent précédée ou accompagnée d’une phlegmasie de l’utérus et de ses annexes; les ovaires, les trompes, les ligaments larges; par le toucher rectal ou vaginal, le doigt perçoit de la chaleur au col utérin, de l’empâtement dans le bassin. Cette exploration est toujours douloureuse pour la malade.

D’autres fois , c’est une phlébite des veines utérines, qui peut se prolonger au loin et comprendre les veines hypogastriques iliaques et crurales. Quelques signes propres indiquent que la phlébite a atteint les veines iliaques ou fémorales. 11 survient de l’œdème d’abord à la partie supérieure de la cuisse du côté malade, puis dans toute l’étendue du membre; un cordon dur se fait sentir sur le trajet de la veine crurale, des plaques rouges, premier indice de collections purulentes qui se forment, apparaissent soit sur la veine enflamtqée soit surtout autre point du membre.

11 arrive des phlébites complètement isoléCjS de celles-ci. ÇjlJe des

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«inos de la diire-mère produit un coma profond et de l’œdème sur les par.ies latérales du col. Celles que l’on voit le plus souvent sont les phlébites des veines du bras, de l’avant-bras, des veines temporales et des saphènes à la jambe. Des traînées rougeâtres apparaissant sur un membre tuméhé indiquent une lymphangite, qui se termine aussi par suppuration.

Une pleurésie peut coïncider oTec la péritonite. Elle est souvent latente, et l’auptosie seule eu révèle reaistenee. Quand elle est isolee. ses symptômes sont très-accusés. La péricardite est tort rare.

Dès le début de la péritonite, ou sans elle, des gonflements se forment autour d'une ou de plusieurs articulations. Ce. fluxions sont précédées de douleurs ; les téguments se colorent légèrement puis i y a de rempàtemeni ; enllu de la flnotualioo dans la synoviale. Toutes les articulations peuvent présenter cette affection. Il y en a rarement plus de deux ou trois d'atteintes sur le même sujet. Les articulations sont bien prises brusquement, mais l'affection n'est pas sujetle au déplacement comme dans la fluxion rhumatismale; il y a aussi moins d'enflure, moins de rougeur, moins de douleur que dans le rhumatisme. De, douleurs persistante, au bas de, rein, ou au devant du pubis doivent faire présumer que les symphyse, pubiennes et saeroiliaques sont compromises.

Des gonflements paraissent tout aussi fréquemment a la parotide , dan, la continuité des membres, autour de, articulalions déjà maladesl il y a de Tuidème, la peau est légèrement rosee. Ce, gonflements passent rapidement è la suppuration et devieutteut de vastes abcès qui envahissent les tissus voisins et produisent des desordre, constdérablcs. L'érysipèle qui survient pendant la fièvre puerpérale a cec.de particulier qu’il passe vite à la gangrené.

Pendant que ces suppurations multiples s'établissent, le mouvement Hbrile conserve le type continu remiltent. Us ‘“j

très-variables quanta leur intensité et quant è leur duree. Qoelquelm, ,1 y en a deux et même trois en vingt-quatre heures, toujours prec^ des de frissons irréguliers. Cette multiplicité annonce, en général

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l’apparilion d’une nouvelle plilegmasie. Je 1 ai vue se produire a la suite de l’ouverture d’un vaste foyer purulent.

Le délire apparaît pendant cette période ; il est rarement continu, et. ne devient bruyant que s’il coïncide avec des douleurs très-vive. Ce sont plutôt des rêvasseries et des phrases entrecoupées, sans liaison. Souvent les malades n’éprouvent que de la stupeur et une certaine peine à rendre compte de leurs sensations. Le sentiment de faiblesse est exti-êrae, la respiration est pénible, anxieuse.

Un phénomène caractéristique de cette période est l’apparition d’une teinte ictériquo. Elle se manifeste d’abord sur le tronc, ensuite aux yeuxi et à la face. Cette coloration jaune n’est pas brillante comme celle de l’ictère essentiel; elle est terne, mate, légèrement olivâtre. Deux autres phénomènes moins constants paraissent encore à la peau: ce sont les sudaminas et l’éruption miliaire.

Les sudaminas sont assez fréquents et n’offrent aucun caractère particulier.

L’éruption miliaire est rare, quoique la science possède des histoires d’épidémies où elle était constante. Ce sont des groupes de papules rouges qui s’élèvent.sur une auréole, inflammatoire vive; puis sur ces papules, des phiyetènes purulentes, ombiliquées. Cette éruption paraît par groupes d’abord, au col et à la poitrine, puis se dissémine sur toute la surface du corps.

Les narines sont pulvérulentes, la langue devient sèche, fendillée; plus rarementellese couvre, ainsique les dents, de fuliginosités noires. La constipation, que nous avons notée au début, est remplacée par des selles liquides, fétides. La malade vomit tous les aliments qu’elle essayé de prendre, ainsi que les boissons, à moins quelles ne soient froides ou acidulés.

La troisième période est annoncée par une augmentation de la faiblesse, qui devient extrême. Les malades ont des selles involontaires, trèsTfréquenles.ct fétides; elles urinent par regorgement. Couchées sur le dos, tant quelles demeurent immobiles,,elles ne souffrent pas; les douleurs produites par la formation des collections, purulentes ont

cessé; mais le moindre mouvement leur est intolérable et leur arraché des plaintes. La respiration est toujours courte; vingt-quatre ou trentesix heures avant la mort survient une amélioration apparente. Tous les symptômes perdent de leur intensité, le délire a cessé, les malades se trouvent bien; les douleurs de la péritonite ont disparu, mais Iç ventre reste tendu, les articulations prises paraissent délivrées. Le pouls perd de sa force, tout- en demeurant fréquent. Le mouvement fébrile est toujours continu. Les redoublements du soir n’ont plus lieu, ou sont bien moins tranchés; les pommettes, qui étaient demeurées colorées, deviennent pâles et terreuses, comme le reste du corps. Les yeux s’excavent; des sueurs visqueuses couvrent de temps en temps la face et le tronc; les lochies reparaissent quelquefois pour peu de temps. S’il y a des plaies en suppuration, elles deviennent grisâtres , le pus ne se forme plus, il ne s’en écoule qu’une sanie fétide. Des phlyctènes se montrent parfois autour de ces plaies; les forcesi se perdent de plus en plus, la malade prend l’aspect de l’agonie. Il survient de la cardialgie, ou la sensation d’une barre qui traverserait d’un bypochondre à l’autre. Le pouls est filiforme, à peine perceptjble, quoique toujours précipité. La face devient livide, les extrémités se refroidissent, la parole est brève, saccadée; la connaissance se conserve jusqu’au dernier moment. L’agonie se termine, pour l’ordinaire, tranquillement, sans convulsions. Borsieri [Instiiati medicinœ prat. febrispiierperalis neotericorum) assigne à cette forme de la fièvre puerpérale une durée de onze à vingt jours. Les faits que nous avons observés confirment tout à fait celte assertion. La maladie se termine rarement plus tôt, excepté dans les épidémies. Sa terminaison n’est pas toujours funeste, quand les affections ne sont pas trop multipliées on ne frappent pas dés organes trop importants.

Quand, par un traitement énergique, l’on est parvenu à s’en rendre maître, et surtout à abattre le mouvement fébrile, il est possible de prévenir la période de colliquation. Les lochies reprennent leur cours, et les collections purulentes marchent vers leur terme, comme des abcès ordinaires.

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