TABLEAU DE LA MALADIE
La fièvre typhoïide des enfants, dont nous venons de prouver l'existence par des recherches historiques , par la description des lésions anatomiques et par celle des symptômes, est une maladie qui
RER présente Fete sa marche, dans sa forme, dans sa durée, des différences aussi nombreuses que chez l'adulte.
En général, elle débute d’une manière brusque, par de la fièvre, de la perte d’appétit, de la constipation ou de la diarrhée souvent accompagnée de douleurs abdominales, quelquefois des vomissements, fréquemment de la céphalalgie, assez rarement des épistaxis, et presque toujours de la toux. Bientôt les vomissements cessent ; la constipation est remplacée par du dévoiement ; la céphalalgie disparait; la fièvre persiste. L'abdomen ne tarde pas à présenter des modifications dans sa forme; il augmente de volume, et devient sonore à la percussion. La rate commence à déborder les côtes, et, en même temps, on voit apparaître soit sur l'abdomen, soit à la partie supérieure des cuisses, des taches rosées, lenticulaires, peu nombreuses, et fugaces. D.s sudamina se montrent aussi, à pareille époque, sur les côtés du cou, ou sur l'abdomen. La langue, humide les premiers jours, jaune ou blanche à la base, souvent rouge à la pointe, commence à se sécher à partir du 6° jour, quelquefois plus tard, ou bien elle reste humide tout le temps de la maladie. Quand elle est sèche, sa face supérieure se couvre d’un enduit très-épais ; alors les lèvres et les dents sont croûteuses et les narines purulentes. Quelquefois les selles, liquides, deviennent involontaires ; la pression de l'abdomen produit du gargouillement. En même temps que ces symptômes se développent du côté des voies digestives, le système nerveux donne des signes de souffrance. Le facies qui, les premiers jours, exprimait la tranquillité, l’abattement ou l'ennui, change; il exprime alors légarement ou la stupeur. Le malade, couché dans Île décubitus dorsal, est indifférent aux objets qui l'entourent; il est comme hébété. D'autres fois, à la place de cette hébétude, existe une grande agitation : le petit malade change constamment de position, il pousse ces cris aigus; il peut à peine se tenir sur son séant, la tête oscille à droite et à gauche. Rarement les muscles du tronc se roidissent, rarement aussi il y a de la
carphologie ou des soubresauts des tendons. On ne constate que diffi-
cilement les troubles de la vue, les bourdonnements d'oreille et les
étourdissements. La toux, qui existait au début, ne tarde pas à augmenter d'intensité; elle s'accompagne bientôt de rà e sibitant qui s’entend dans toute l'étendue de la poitrine. Ce râle alterne quelquefois avec du râle sous-crépitant; d’autres fois il survient de la respiration bronchique qui indique le développement d'une inflammation du poumon. é
Puis, à une époque très-variable, l'intensité des principaux symptômes diminue, le mouvement fébrile se ralentit, le ballonnement du ventre disparaît, la langue s’humecte, le facies devient meilleur, les forces reparaissent, les narines ne sont plus pulvérulentes; l’appétit se fait sentir, la toux et la diarrhée persistent encore , mais elles ne tardent pas à cesser, et le malade entre en convalescence. Dans d’autres cas, les symptômes que nous avons indiqués conservent toute leur intensité jusqu’à la mort, qui survient à une époque distante du début de sept à trente-sept jours, quelquefois même au delà.
Formes.
Nous avons cherché, dans ce tableau général, à indiquer avec exactitude la marche, la succession, l'intensité des différents symptômes, et à donner une idée d'ensemble de la maladie. Maintenant nous allons, à l'exemple de quelques auteurs, descendre dans les détails, et voir sila manière dont certains symptômes sont unis et groupés , si la prédominance des uns et le peu d'intensité des autres ne donnent pas à la maladie une certaine couleur, un cachet particulier qui permet d’en distinguer plusieurs formes spéciales.
Une grande division se présente de suite à l'esprit; c’est celle qui a pour base l'intensité plus ou moins grande des symptômes; on sépare alors les divers cas en légers, graves , très-graves. C’est, de toutes les divisions, la plus facile, et souvent la seule possible; mais elle a l'inconvénient de ne peindre ni caractériser la forme de la maladie. Un second mode de division est celui dans lequel on rapproche les unes des autres, pour en former des groupes à part, certaines fièvres ty-
me ee phoïdes , d’après la prédominance de quelques symptômes. C'est la di-
vision adoptée par le professeur Chomel, qui distingue des fièvres
typhoïdes ataxiques , adynamiques, ataxo-adynamiques, etc.
Enfin, un troisième mode de division consiste à comparer la fièvre typhoide à une maladie avec laquelle elle présente une grande analogie. Ainsi, fièvre typhoïde revétant la forme de l’entérite simple. fièvre typhoïde revêtant la forme de la méningite, ete.
Nous avons, pour dresser le tableau suivant, mis à contribution les
trois espèces de divisions.
Tableau des diverses formes que peut revétir la fièvre typhoïde.
CNP ETENTC DORE 5 Adynamique (plus ou moins caractérisée)... 7 Aa *0-A RARE. Een me eue dois m0 BiEUS SP Eee 1 Inflammatoire ........ RTE ER 2 LÉO SRE EN 1 De-lentérite simple..." ASS Delta menmete.-""-2 SAP DRE LASER Grave non caractérisée..,......:...... rire 0e Légère non caractérisée... 25
Si nous voulions, en faisant abstraction des formes symptomatiques, opposer le nombre des cas graves à celui des cas légers, nous arriverions à la proportion suivante :
Hormelérère.., 72... 34 — Forme grave........... 36.
Cette proportion des cas légers aux cas graves n'est certainement pas celle qui s’approche le plus de la vérité, comme nous le dirons à l'article Pronostic ; nous avons, par hasard, observé un beaucoup plus grand nombre de cas malheureux qu’il ne s’en présente d'ordinaire sur une série de malades dont le chiffre est assez borné.
Dis: dé
Durée.
Comme nous l'avons déjà dit dans notre chapitre d'anatomie pathologique, le sujet qui a succombé à l’époque la plus rapprochée du début est mort le 17° jour, et celui dont la maladie s’est prolongée le plus longtemps a succombé le 37° jour; car nous ne devons pas faire entrer en ligne de compte le sujet guéri, qui succomba, à la fin du deuxième mois, à une inflammation du poumon. Chez les sujets dont la maladie s’est terminée par le retour à la santé, la guérison a eu lieu à des époques très-variables.
Dans quatre cas, le début n’ayant pu être fixé d’une manière parfaitement exacte, nous n’avons dû faire porter notre analyse que sur quarante observations. La durée de la maladie est représentée par le ta-
bleau suivant :
Durée. Nombre de cas.
LA AO OURS ee mar eee dates eve 17 21 à 30 jours... Rev siStiaié 14 40 jours ..... MOD OCTO 1 Sséttée dep de 3 50 à 60 jours...... RC eee sear dé DE TOURS ar nn ee D Pacvae 1 SONONPS re co ee ci NE CC 1
Dans ceux cas, la maladie a été considérablement allongée par une rechute, dont les derniers symptômes ne disparurent que le 76° jour. Il est fort rare de voir, chez l'adulte, survenir des récidives dans lesquelles se reproduisent la majeure partie des symptômes de l'affection typhoïde; aussi, nous nous proposons de publier prochainement les deux observations qui nous ont offert l'exemple de cette remarquable anomalie.
Fréquence.
Rien de plus variable que la fréquence de la fièvre typhoide. non pas suivant les différentes saisons, mais surtout suivant les différentes années. Ce fait ressort évidemment de nos observations et des documents que nous avons consultés. Constant, qui, chaque trimestre, donnait, dans la Gazette médicale, une revue de la fréquence proportionnelle des différentes maladies des enfants, a prouvé, d'une manière évidente, l’irrégularité de l'apparition de la fièvre typhoïde dans les divers mois et dans les diverses saisons de l’année. Si nous basions nos calculs d’après les faits que nous avons observés dernièrement, nous dirions que la fièvre typhoide est trèsfréquente chez les enfants, car, du 1°” octobre 1838 au 1° mai 1839, il est certainement entré plus de soixante malades atteints de fièvre typhoide dans la division affectée aux garçons. D'un autre côté, si nous consultons le nombre des fièvres typhoides observées en 1837, nous arriverons à une conclusion contraire.