‹ De la fièvre typhoïde chez les enfantsChapitre 22 sur 26 · ARE · texte numérisé non relu

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Ce qui augmente la difficulté du diagnostie, c’est que, chez l'enfant. on ne peut pas aisément constater certains symptômes qui, chez l'adulte, ont une grande valeur : la perte des forces, l’anéantissement , les étourdissements, la vue trouble. On apprécie difficilement à cet âge La valeur et le degré d'intensité de ces symptômes. Dès que l'enfant se sent malade il se couche, mais il ne peut nous apprendre jusqu'à quel point ses forces sont perdues; nous ne pouvons nous en assurer que d'une manière tout à fait approximative.

Les affections abdominales ne sont pas les seules qui offrent u° e grande analogie avec la fièvre typhoiïde; il est un autre ordre de maladies (les fièvres éruptives) qui. principalement dans leur période de début, présentent plusieurs des symptômes de la dothinentérie. D'ordinaire, ilest aisé de distinguer les prodromes de la rougeole et de la scarlatine de ceux de la fièvre typhoide; il n’en est pas de même de la variole. Nous avons observé un cas dans lequel, ayant eru reconvaitre une affection typhoide, une éruption de variole est venue, deux jours après, contredire notre diagnostic. Quoique, en règle générale, il soit plus sage, dans les cas douteux, de suspendre son jugement, et qu'il n'y ait pas grand inconvénient à attendre, cependant il vaut mieux chercher à reconnaitre la maladie dès qu’elle se présente à l’observaion. Voici les considérations qui serviront à assurer le diagnostic : {il faudra tenir grand compte de l’âge de l'enfant, les affections éruptives étant très-fréquentes à toutes les périodes de l’enfance, tandis que la fièvre typhoide est très-rare chez les enfants de deux à cinq ans. 2° La variole, à son début, s'accompagne d’une très-grande anxiété. d'une excitation ou d’une oppression que l'état de l’encéphale ou celui de la poitrine ne peuvent expliquer; dans la fièvre typhoïde, äu contraire, 1l est bien rare que l’on observe des phénomènes semblables dans les trois ou quatre premiers jours. Cependant cela n’est pas sans exemple, et tout récemment nous avons vu, dans les salles de M. Jadeloit, une jeune fille de douze ans, malade depuis trois jours, et qui présentait une anxiété et une oppression extrêmes. Nous erûmes à l'imminence

d'une fièvre éruptive, mais les jours suivants l’anxiété alla en dimi-

nuant, etau lieu d'une éruption vasiolique, nous observimes fous les symptômes caractéristiques de l'affection typhoide, Mais c'est là, nous îe répétons, une exception, et dans le cas où l'on remarquera Une pa reïlle anxiété on pourra, en général, sans craindre de #e tromper, dia. guostiquer une fièvre éruptive. 3° La constipation accompagne fre. quemment la variole à son début, tandis qu'elle est plus rare dans la fièvre typhoïde. 4° Dans la variole, les yeux sont souvent hrinides,

: brillants, légèrement douloureux, tandis que, dans la fièvre {yphoide,

ils ne prennent ce caractère qu'à une époque plus avanete de la va ladie, 5° Eufin , il! faut avoir grand soin, si l'on ne veut pas Conmettré de méprise, d'examiner avec Vattention la plus serupuleuse toute la surface du corps. La variole ne suit pas toujours une marche aussi régulière que celle indiquée dans les livres : souvent l'éruption, au lieu de débuter par le visage, se montre d’abord dans une autre région, Dans le cas dont nous avons déjà parlé, où nous erbmes à l'existence d'une fièvre typhoïde, éruption variolique commenca par la partie ecupérieure et interne de la cuisse droite, et, pendant deux jours, une pustule qui s'était développée en ce point, ne fut accompagnée d'au cune autre éruption sur le reste du corps; l'exanthème suivit plus tard sa marche ordinaire.

I arrive assez fréquemment qu’à la suite des fièvres éruptives, de la rougeole en particulier, il se développe des accidents gastro-intes tinaux qui pourraient induire en erreur, et faire croire à l'existence d’une fièvre typhoïde. Dans ces cas qui ne sont pas rares, on observe une grande partie des symptômes de la dothinentérie, La peau est chaude et sèche, le pouls accéléré, la face colorée ; la langue #e stche, dévient croûteuse ; l'abdomen est ballonné, douloureux; le dévoiement est abondant; il y a un délire assez agité. Dans les cas où l'on est sans renseignements sur Îles circonstances qui ont précédé une maladie présentant de pareils symptômes, on peut fort bien commettre une erreur de diagnostic. C'est alors que l'examen de Va peau sera d'une grande utilité. On pourra trouver, en effet, des traces de desquama

fion, indices d’une éruption qui à dispai u, ef, d'aprés CC 80U} Caraciere,

LT on assurera son diagnostic. Cependant ce caractère n'est pas infaillible: dans plusieurs cas, nous avons observé une desquamation générale, chez des sujets atteints de fièvre typhoïde, mais il est vrai que ce soulèvement de l'épiderme n'existait pas au visage, et se montrait à une époque très-avancée de la maladie.

Une affection que l'on peut confondre et que l’on confond souvent avec la fièvre typhoide, c'est la méningite, et, en général, les maladies qui déterminent des troubles sympathiques du côté de l’encéphale. La plupart des praticiens de la ville qui guérissent des enfants atteints de fièvres cérébrales (et ces praticiens sont nombreux) guérissent , dans l’immense majorité des cas, soit des fièvres typhoïdes ataxiques, soit des pneumonies ataxiques , soit des accidents cérébraux compliquant des fièvres éruptives. Nous ne pouvons nous empécher d'être surpris de ce que les nombreux auteurs qui ont tracé l’histoire de la méningite aient si peu insisté sur le diagnostic différentiel de ces affections, et n'aient pas cherché à mettre en garde les observateurs contre d’aussi fâcheuses méprises. Cependant ees deux maladies sont faciles à confondre. On peut prendre une fièvre typhoide pour une méningite, mais l'inverse peut aussi avoir lieu. Nous pourrions citer des faits dans lesquels cette double erreur a été commise. Si on s’en rapportait aux descriptions des auteurs, rien de plus facile que de distinguer une méningite d’une fièvre typhoiïde.

Dans la méningite au début, constipation, vomissements fréquents, abdomen rétracté, céphalalgie intense, pouls lent, irrégulier. Dans la fièvre typhoïde au début, diarrhée, rares vomissements, abdomen ballonné, céphalalgie légère, pouls accéléré, régulier.

Dans la seconde période, la distinction serait encore plus aisée, les symptômes nerveux qui se manifestent dans les deux cas présentant de notables différences. Dans la méningite, dilatation et contraction des pupilles, contractures, paralysie, délire calme. Dans la fièvre typhoïde, pupilles naturelles, très rarement des contractures, jamais de paralysie, délire agité.

Voilà ce que disent les livres ; voyons ce que disent les faits.

Ils nous apprennent qu'il existe au début de certaines fièvres typhoides une constipation assez opiniâtre, des vomissements nombreux et continus, de la rétraction de l’abdomen , une accélération peu considérable du pouls, une céphalalgie intense, et que quelques jours plus tard on voit la sensibilité devenir obtuse, les pupilles se dilater.

Les faits nous apprennent encore que dans certaines méningites, il n'y a ni constipation ni vomissements au début; que la céphalalgie est inappréciable, le mouvement fébrile intense, l'abdomen volumineux, ballonné ; que plus tard il survient du dévoiement; que la langue se sèche et brunit, l’abdomen'se tend davantage, tandis que le cerveau ne donne presque pas de signes de souffrance. D'après ces symptomes, on a diagnostiqué une fièvre typhoïde, et à l’autopsie, au lieu de rencontrer les lésions caractéristiques de cette maladie, on trouve la pie-mère criblée de granulations.

Nous pourrions multiplier les exemples ; nous nous contenterons de ceux que nous venons de citer, parce qu'ils nous ont paru les plus caractéristiques. Mais comme notre but est d’éclaircir et non d’obscurcir le sujet dont nous nous occupons, nous allons indiquer les symptômes principaux au moyen desquels on peut distinguer une méningite d'une fièvre typhoide, en ayant soin de répéter toutefois que, dans certains cas, le diagnostic est d’une extrême difficulté.

1° Dans l’immense majorité des cas, la fièvre typhoïde survient chez des enfants forts et vigoureux ; la méningite, au contraire, se développe souvent chez des enfants scrofuleux ou phthisiques.

2° C'est surtout de dix à quatorze ans que sévit la fièvre typhoïde ; la méningite est rare à cette époque de la vie.

3 Au début de la méningite, le pouls est lent, irrégulier, tandis que dans la fièvre typhoiïde il est accéléré, régulier.

4° Dès les premiers jours, dans la fièvre typhoïde, on constate du räâle sibilant de deux côtés, en arrière; il manque dans la méningite.

5° Les vomissements dans la fièvre typhoïde n’ont, en général, lieu que les premiers jours, ils sont peu abondants ; dans la méningite ils

ont lien plusieurs jours de suite, sont assez abondants, et se produisent sans seCoUSSes.

6° La constipation est oprniätre dans la méningite; elle cède d’ordinaire aux purpatifs dans la fièvre typhoïde.

7° L’abdomen est ballonné dans la fièvre typhoiïde; il est rétracté dens la méninpite. ass

8° Les pupilles sont dilatées ou contractées dans la méningite; naturelles dans la fièvre typhoide.

9° Le délire est calme dans la méningite ; agité dans la fièvre typhoide (1).

Enfin, certaines affections thoraciques peuvent simuler une fièvre typhoïde. En première ligne nous placerons la pneumonie. Souvent, quand cette maladie est très-limitée et qu’elle ne se révèle à l’auscultation que par des symptômes peu tranchés, on peut prendre le mouvement fébrile intense qui l'accompagne pour l'indice d’une fièvre typhoïde. De plus, dans certaines pneumonies dites bilieuses , il ya des vomissements et du dévoiement au début, la bouche est mauvaise , la langue couverte d’un enduit épais, l'abdomen ballonné, ete. ,et, si on n’explore pas la poitrine avec soin, on peut fort bien croire que l’on a affaire à uné dothinentérie.

Dans d’autres cas l'erreur est encore plus aisée, car ce n'est plus à un mouvement fébrile continu dont on cherche l'explication qu’on a affaire, c'est à la majeure partie des symptômes de l'affection typhoide; et à l’autopsie, au lieu de rencontrer des ulcérations intestinales, comme on s'y attendait ; on trouve une gangrène des poumons. Une observation que nous empruntons à la Gazette médicale justifie mieux qu'aucune de celles que nous avons recueillies la justesse des considérations que noùs venons de présenter.

(1) Ces lignes étaient déjà écrites lorsqu’a paru l'excellent article du docteur N F4 1 : A © . ' »

Guersent sur la méningite. Nous sommes heureux que nos résultats concordent avec ceux d'un aussi bon observateur.

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