‹ De la fièvre typhoïde chez les enfantsChapitre 24 sur 26 · SES · texte numérisé non relu

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ou un cinquième. Mais, nous n'en doutons pas, cette moyenne nest pas l'expression de la vérité ; nous avons par hasard observé un plus grand nombre de cas malheureux que l’on n’en voit d'ordinaire sur un nombre de malades aussi peu considérable, et nous sommes convaincu que, si nous étions appelé à recueillir une nouvelle série d’observations, la mortalité serait loin d’être aussi forte.

Quoique, en général, la disproportion entre l'intensité des symptômes et celle des lésions existe dans la fièvre typhoïde plus que dans touteautre maladie, cependant nous avons déjà observé que, chez l'enfant, les lésions anatomiques se montraient sous la forme la plus bénigne (plaques molles), que la tendance à l’ulcération était beaucoup plus tardive que chez l'adulte, et les lésions secondaires moins nombreuses. Deces faits on peut déjà inférer la moindre gravité de la maladie. Si l’ulcération ne suit pas constamment la tuméfaction des plaques, on n’aura point à redouter certaines complications, les perforations par exemple. L'examen des faits est tout en faveur de cette hypothèse. Les perforations intestinales sont fort rares chez les enfants. Dans l’année 1837, on n’en a pas observé un seul cas. Dans l'année 1838, deux cas seulement; eten 1839, jusqu’à ce jour (19 juin) ‘pas un seul. Or, on peut sans se tromper estimer à plus de deux cents le nombre des malades atteints de fièvre typhoïde admis a l'hôpital pendant toute cette période ; cela réduirait done la fréquence des perforations à une sur cent, proportion bien différente de celle constatée chez l'adulte ( un sur sept, Louis).

Un autre accident redoutable que nous n'avons jamais observé, c'est l’hémorrhagie intestinale. Il ne s’en est pas présenté un seul cas en 1837 et 1838 , et pendant le cours de cette année. Parmi les nombreuses observations insérées par Constant dans la Gazette où dans la Lancette nous n’en avons pas trouvé une seule qui en ait fait mention. Voilà donc deux genres de complications dont la rareté doit diminuer d'autant la gravité du pronostie.Mais, pour étudier la question d’une manière plus détaillée, nous allons récapituler, sous le rapport de leur

gravité, les différents symptômes que nous avons déjà envisagés prin-

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cipalement sous celui de leur mode d'apparition, de leur durée, de

leurs modifications. Du rapprochement de ces différents symptômes et de leur combinaison avec d’autres données , naîtront des considérations qui nous permettront de poser quelques règles de pronostic.

La forme la plus grave que puisse revêtir la fièvre typhoïde est, sans contredit, la forme ataxique. Chez cinq de nos malades, la maladie s’est montrée sous ce lype, et ces cinq enfants ont succombé. C’est aussi dans cette forme que la mort arrive dans l’espace de temps le plus rapproché du début; cependant la vie peut se prolonger encore trois semaines et même plus, comme le prouvent nos observations; la forme ataxo-adynamique se rapproche beaucoup de la précédente par sa gravité. Trois malades chez lesquels la maladie s’est montrée sous ce type ont succombé. Nous l’avons aussi observée dans des cas de guérison, mais alors, l’adynamie prédomina sur l’ataxie, tandis que dans les cas mortels l'ataxie fut le symptôme le plus saillant. Les six enfants chez lesquels la fièvre typhoïde s’est montrée sous forme adynamique, plus ou moins prononcée, ont guéri; un seul de ceux qui succombèrent présenta une légère tendance à l’'adynamie. Tous nos malades qui n’ont pas succombé à des fièvres ataxiques ou ataxo-adynamiques sont morts de complications, sauf toutefois les deux enfants dont la maladie avait revêtu la forme de l’entérite simple; lun d’eux paraît avoir succombé à l'abondance de la diarrhée. Examinons maintenant la gravité des symptômes pris un à un.

Les symptômes fournis par les fonctions digestives ne peuvent guère nous servir à établir notre pronostic. La diarrhée a été aussi abondante chez les sujets qui ont guéri que chez ceux qui ont succombé. Cependant une diarrhée de long cours est d’un mauvais augure chez les jeunes enfants de deux à trois ans; elle les épuise et tend à amener la mort par adynamie. Les selles involontaires se sont rencontrées moins souvent chez les enfants qui ont guéri que chez ceux qui ontsuccombé ; cependant nous avons déjà dit que leur valeur pronostique était moins grande que chez l'adulte. Le ballonnement considérable de l'abdomen est un

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signe très-2rave, maisunerétraction permanente du ventre, accompagnée d’un appareil fébrile intense, présente une gravité plus grande encore, les taches, les sudamina, le gargouillement, la saillie de la rate, ne nous ont jamais paru pouvoir utilement servir au pronostic. Les vomissements ont été plus fréquents chez les sujets qui ont succombé. L'état de la langue est très-variable quelle que soit la terminaison ; elle est en général encroûtée, fuligineuse, sèche, dans les cas graves. Une langue qui reste humide pendant tout le cours de la maladie est d'ordinaire d’un pronostie favorable ; cependant il n’en est pas toujours ainsi, et, dans certains cas où la maladie s’est terminée par la mort, la langue fut constamment humide.

Les différents accidents du côté du système nerveux nous seront d’une plus grande utilité pour le pronostic. Un délire persistant et intense est un signe fort grave; c'est sous cette forme qu'il s'est montré chez deux de nos malades qui ont succombé. La somnolence présente moins de gravité, mais la perte complète de sensations est un signe très-fâcheux ; nous l'avons observée la veille de la mort chez celui de nos malades qui succombale 7° jour. La carphologie est un symptôme très-prave ; elle a eu lieu chez trois enfants qui ont succombé et chez un qui a guéri. La roideur du tronc n’a été mentionnée que dans des cas suivis de mort. Les soubresauts des tendons sont d’un pronostic moins défavorable; dans un cas ils se sont montrés très-Intenses chez un sujet qui a guéri. L'état des pupilles ne peut nous être d'aucune utilité; leur dilatation ou leur contraction, qui, du reste, est rare, s'est montrée dans la même proportion chez des sujets dont la maladie s’est terminée par la mort ou le retour à la santé. L'écoulement d'oreilles n’est pas un signe fâcheux ; une seule fois il s’est montré chez un enfant qui est mort et dans tous les autres cas chez des enfants qui ont guéri.

Les eschares au sacrum, un peu étendues, ne se sont guère montrées que chez les sujets qui ont succombé.

L'intensité du mouvement fébrile présente moins de gravité que certains états particuliers du pouls, tels que son irrégularité et sa

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petitesse; un pouls petit, filant, est d'ordinaire de mauvais augure. Un catarrhe très-intense n’est pas un signe très-fâcheux ; plusieurs de nos malades chez lesquels la bronchite était très-étendue ont guéri. Des symptômes plus graves sont ceux qui annoncent le développement d’une inflammation du poumon; cependant la pneumonie,

‘quoique aggravant considérablement le pronostic, ne doit pas néces-

sairement faire regarder le cas comme mortel. Trois de nos malades qui ont guéri ont été atteints de pneumonie, et un dernier, d’épanchement pleurétique.

Après avoir cherché à déterminer la valeur pronostique des différents symptômes, nous devrions maintenant examiner l'influence des saisons, des différentes années, de la constitution médicale régnante, des âges, sur la gravité de la maladie. Il nous serait impossible de résoudre ces questions, seulement avec les faits que nous avons recueillis; mais, en rapprochant nos observations des documents que nous fournissent les journaux de médecine, nous pouvons dire que la sravité de la maladie varie considérablement suivant les années, et que, par conséquent, il faut toujours avoir soin, avant de porter son pronostic, d'examiner quelle a été l'influence de la constitution médi-

cale sur les cas récemment observés. Relativement aux saisons, nous

avons cru voir que la fièvre typhoide était plus grave au printemps qu’à une autre époque de l’année, mais cette opinion mériterait confirmation. Enfin, quant aux âges, si l’on s’en rapporïtait à notre table de mortalité, on concluerait à l'extrême gravité de la fièvre typhoïde chez les plus jeunes enfants, puisque, sur sept malades de deux à cinq ans, cinq sont morts. Mais nous n’osons tirer une conclusion générale d’un nombre d'observations aussi restreint, et nous attendons, pour nous prononcer d’une manière définitive, d’avoir recueilli de nou-

veaux faits.

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