ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous allons, dans ce chapitre, passer en revue les lésions anatomiques observées chez les enfants qui ont succombé à la fièvre typhoiïde; mais nous croyons devoir faire précéder cette description par l'examen attentif de la structure et de la disposition des plaques de Peyer des sujets morts à la suite de toute autre maladie. Cette description préliminaire est tout à fait indispensable à cause du développement extraordinaire que présentent souvent les plaques de Peyer chez les jeunes sujets, que ce développement soit purement physiologique, qu'il soit lié à des affections abdominales, ou bien qu’il dépende des fièvres éruptives.
Les auteurs qui se sont occupés de la structure de l’appareil folliculaire de l'intestin ont , en général, choisi pour type de leurs descriptions la membrane muqueuse intestinale des enfants. MM. Lelut et Tonnelé ont publié sur ce sujet deux mémoires fort intéressants ; notre intention n'étant pas de marcher sur leurs traces, et de chercher à approfondir la structure intime des follicules isolés ou agminés, nous nous contenterons seulement de décrire avec soin l'aspect extérieur, la couleur, la consistance, etc., des plaques de Peyer.
ART. °°. — État des plaques de Peyer dans les affections non typhoïdes.
Les plaques se présentent sous divers aspects : tantôt elles sont à peine saillantes, de couleur blanche ou blanc-grisâtre, piquetées de
points noirs circulaires, légèrement déprimés. On observe assez fréquemment ces plaques chez l'adulte ; elles ont été comparées à la barbe récemment faite. Dans d’autres cas, la saillie de la plaque est beaucoup plus prononcée: au lieu de points noirs, on voit à sa surface des aréoles irrégulières séparées par des lignes inégales assez saillantes, et qui font paraître très-déprimées quelques-unes des petites cavités qu'elles circonscrivent. La saillie de ces lignes est quelquefois beaucoup plus considérable, d’un millimètre à un millimètre et demi. Dans ces cas, les aréoles sont très-rétrécies, quelquefois même complétement effacées : alors la plaque uniformément saiilante ne présente plus que quelques inégalités à sa surface, dernière trace des mamelons qui circonscrivent les dépressions folliculaires. Dans les cas, au contraire, où le développement des plis intermédiaires aux dépressions ne s’est fait que dans un sens, les aréoles ne sont pas effacées, et leurs bords saillants et flottants simulent tout à fait les bords décollés d’ulcérations assez profondes; et, si l’on examine la plaque sous l’eau, la méprise est encore plus facile. Il est aisé toutefois de s'assurer de l'absence de véritables ulcérations, soit en promenant à plusieurs reprises le dos du scalpel à la surface de la plaque et en effaçant ses plis; soit en pratiquant une coupe bien netteavecun instrument très-tranchant, eten faisant porter l'incision sur le milieu du fond de l’aréole : on peut alors constater l'existence de la muqueuse superposée au tissu sous-muqueux, qui est lisse, poli, sans injection, sans épaississement. La couleur des plaques aréolaires varie : tantôt elles sont très-pâles, c’est même leur couleur la plusordinaire; d’autres fois elles sontrosées, d’autres fois d’un rouge assez vif. Leur consistance est le plus ordinairement bonne; quelquefois cependant elles se laissent écraser sous la pince. Dans les cas où nous les avons trouvées à la fois molles et rouges, le tissu sous-muqueux ne nous a pas offert d'injection ou d'épaississement.Comme dans la fièvre typhoide, ces plaques aréolaires sont d'autant plus saillantes, plus longues et plus nombreuses qu'on s'approche dela valvuüle. Deux fois nous avons observé des ulcérations à la surface de ces plaques, mais il est bien probable que dans un de ces cas, nous avons été trompé par l'apparence pseudo-
ou sf SE
ulcéreuse de la plaque , et que nous avons pris pour de véritables ulcérations les dépressions aréolaires entourées des bords flottants que nous avons décrits tout à l'heure. L'état spécial des plaques que nous venons de signaler a été observé à la suite d’un grand nombre de maladies différentes, mais presque toujours les enfants avaient eu du dévoiement pendant un temps plus ou moins long. Les follicules intestinaux, dans les fièvres éruptives, et en particulier dans la scarlatine, ne nous ont jamais offert d'autres altérations que celles que nous venons de décrire : toutefois, dans cette maladie, les plaques aréolaires étaient le plus ordinairement rouges, et entourées d’un nombre considérable de follicules isolés, saillants, aplatis, du volume d’une téte d’épingle à une petite lentille. Dans presque tous les vas où nous avons observé des plaques aréolaires, les ganglions mésentériques étaient sains : cependant, deux ou trois fois, nous les avons trouvés un peu tuméfiés, rouges et mous. Disons enfin, en terminant, que c’est presque toujours chez les enfants de deux à quatre ans que nous avons constaté cet état des plaques.