‹ De la fièvre typhoïde chez les enfantsChapitre 5 sur 26 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Chez un enfant qui succomba à des accidents convulsifs épileptiformes et à une pneumonie lobulaire, les plaques étaient dans l’état suivant : Les plaques sont à peu près également développées dans toute l'étendue de l'intestin; deux ou trois sont rouges, toutes les autres päles. Rouges ou pâles, elles sont toutes également boursouflées; dans les points les plus saillants, elles ont un demi-millimètre ; elles sont formées de lignes épaisses, entre-croisées en plusieurs sens, laissant à peine entre elles des intervalles. Leur consistance est bonne ; on peut les racler longtemps, sans que la muqueuse s’enlève. Chacun des plis donne sous le scalpel la sensation d’un petit corps dur, résistant.—On compte vingt plaques: les plus volumineuses sont près de la valvule ; elles ont: un pouce de long. Sur deux de ces plaques , dont l’une est distante de trois pieds et demi de l’estomac, et dont l’autre recouvre la valvule, on aperçoit trois petites ulcérations super-

Een

ficielles, de forme arrondie, à bords légèrement rouges , un peu saillants, à peine ramollis; leur fond est formé par la muqueuse, qui n’est pas complétement ulcérée : leur étendue est de quatre millimètres.

11e OBSERVATION.

Un autre enfant de deux ans, qui succomba à une entérite simple, présentait aussi un développement considérable des plaques, avec pseudo-ulcérations. Une des plaques situées au-dessus de la valvule est saillante d’un millimètre ei demi; la muqueuse hypertrophiée est flottante et comme valvulaire à sa surface; à la coupe, le tissu cellulaire sous-muqueux n’est ni épaissi ni ramolli, et il n’y a aucune interposition de tissu jaune entre la plaque et ce tissu. Une autre plaque voisine de celle-ci est moins saillante, mais elle présente une infinité de petites érosions , au niveau desquelles la muqueuse parait détruite. La portion de membrane qui en constitue les boards est décollée et forme à la surface de la plaque des mamelons inégaux. À mesure qu’on remonte vers la partie supérieure de l’intestin, on voit des plaques pâles, pour la plupart saillantes d’un demi-millimètre, non ramollies , très-aréolaires, présentant des mamelons saillants, du volume d'une très-pelite tête d'épingle. Vus à contre-jour, ces mamelons forment des taches opaques, tandis que leurs intervalles sont transparents comme le reste de la muqueuse intestinale. A l'extérieur de l'intestin , quelques-unes des plaques qui sont rouges dans la moitié de leur étendue se dessinent en taches violacées.

À ces deux observations nous aurions pu en joindre plusieurs autres qui présentent à divers degrés l’état des plaques dont nous avons donné la description générale.

En résumé, on peut trouver chez les enfants des plaques de Peyer saillantes, boursouflées , rouges, ramollies, réticulées, quelquefois même érodées, dans une foule de maladies qui n’ont aucun rapport avec la fièvre typhoide. Ma's, dans ces cas, le tissu cellulaire sousmuqueux est sain, et les ganglions mésentériques sont d'ordinaire à l’état normal.

ART. Il. — Zésions des plaques et des ganglions mésentériques.

Passons maintenant à l'exposition des lésions organiques propres à la fièvre typhoide. Les altérations spéciales et caractéristiques des

plaques de Peyer, des follicules intestinaux, et des ganglions mésentériques, occuperont d’abord notre attention; nous décrirons ensuite les lésions concomitantes ou secondaires des autres organes. Les seize sujets dont nous avons pratiqué l’autopsie sont morts à des époques

très-différentes de la fièvre typhoïde. Voici le tableau de la durée de la maladie et de l’âge de ces seize enfants :

Age. Durée. Nombre de sujets.

FR CIT R CU CS MODES 1 D ee RSR ARRETE pl RE À NPA PER 1 LE MÉRITE EAN LE ST ee Î + LE 7 2 pt PÉNNEAE Le a EE 3 Re PANNE RE 1 DER less ce PT nl ie 1 GS Le DANS NRA 1 D SA PE ed 1 EN RTE ee de me ere 1 RES ENST SRI TE Î À 13 br rt et SC CORRE Te one 1 pere Époque indéterminée , au plus 43 jours. +++. 1 27 ..…. Idem, au plus 2 MOIS +. 1

Nous partagerons ces seize cas en trois groupes :

Dans le premier nous rangerons les sujets qui ont succombé avant la période d’ulcération.

Dans le second, ceux dont les plaques étaient ulcérées.

Dans le troisième, ceux dont les plaques tendaient à la cicatrisation ou étaient complétement cicatrisées.

$ [”. Plaques non ulcérées.

Comme on le voit d’après ce tableau, l’autopsie de l'enfant qui a succombé à l’époque la plus rapprochée du début est celle d'un sujet

6 20 = mort le 7° jour. Voici dans quel état nous avons trouvé l'intestin :

«Les plaques de Peyer très-nombreuses , très-saillantes, rondes ou allongées, les unes rouges, les autres grises , lisses à leur surface, ressemblant par leur forme à de grosses plaques d’urticaire ; sont toutes extrémement. molles. À la coupe, on n’aperçoit pas de traces de matière jaune interposée entre la muquense et le tisssu sous-muqueux qui est sain ; aucune de ces plaques n’est ulcérée ou érodée. On commence à apercevoir des plaques à la fin de la portion valvulaire de l'intestin, mais leur nombre augmente dans les derniers pieds de l'iléon , et leur étendue devient telle qu'elles couvrent presque en entier la membrane muqueuse, qui paraît chargée de gros mamelons. Les follicules, isolés, nombreux, volumineux , ramollis, contiennent une matière blanchâtre, très-liquide, et ne sont pas uleérés. La membrane muqueuse qui entoure les plaques est de couleur rouge-foncé, vineux ; eile est très-ramollie. Dans le dernier pied de l'intestin, elle est à la fois épaissie et ramollie. Les follicules du cœcum sont peu développés, ceux de la partie inférieure de l'intestin sont volumineux, contiennent une matière très liquide, et sont entourés de quelques vaisseaux injectés. »

Nous rapprocherons de cette autopsie celle d’un jeune sujet de buit ans, mort au 8° jour. Nous devons la note que nous allons transcrire à l’obligeance de notre ami le docteur Barth, professeur agrégé à la Faculté de médecine (1). « Dansles dix-huit derniers pouces on remarque quatre plaques elliptiques boursouflées d'autant plus qu'on les examine plus inférieurement , saillantes d’une demi-liyne, rosées pâle plutôt que rouges, sur lesquelles la membrane muqueuse est friable et le tissu cellulaire sous-muqueux finement injecté, sans ulcération ni matière jaune. Les follicules isolés avoisinants sont assez développés. »

L'état morbide des plaques était bien plus étendu chez le jeune en-

(1) Ce cas ne figure pas dans notre relevé,

— de —

fant de quatre ans et demi qui a succombé au 9° jour; comme on en

pourra Juger par la description suivante. « À une distance de deux pieds de l'estomac, on commence à apercevoir une plaque de Peyer; elle est peu saillante, rouge à sa partie inférieure non ramollie, criblée de petites aréoles tapissées par la membrane muqueuse qui recouvre la plaque. Le tissu sous-muqueux est parfaitement sain. Tout à côté de cette plaque, on en voit trois autres très-petites, non saillantes, ni rouges ni ramollies, et présentant dans le fond de leurs aréoles un piqueté gris bien évident. Trois pouces plus bas, est une plaque arrondie, de la largeur d’une lentille très-légèrement érodée; mais cette érosion n’intéresse qu’une partie de l'épaisseur de Ja muqueuse. Le tissu sous-muqueux est blanc, non épaissi. Dans une étendue de deux pieds, au-dessus de la dernière plaque, on en en voit d’autres, d’une ligne à un pouce de longueur, tout à fait semblables à celles ci-dessus décrites, non érodées. Huit pieds au-dessus de la valvule, on voit une plaque de six centimètres de long assez boursouflée, pâle, ramollie, avec dépressions aréolaires; la plaque est entourée d'un bord rouge saillant. Le tissu sous-muqueux est sain. Sept pieds au-dessus de la

valvule, trois petites plaques pareilles. À six pieds, une plaque saillante

de deux millimètres, pâle supérieurement, rouge inférieurement, formée d’aréoles dont les mamelons intermédiaires sont très-saillants : elle est très-molle, et présente inférieurement quelques érosions superficielles. À partir de cette plaque jusqu’à deux pieds au-dessus de la valvule, on voit treize plaques tout à fait analogues à la précédente, si ce n’est que quelques-unes sont plus épaisses et plus rouges ; pas d’ulcérations. À deux pieds de la valvule , la saillie et la rougeur des plaques s'accroît; on n'apercoit plus d’aréoles, maïs un piqueté jaune, et, en pressant la plaque, on en fait suinterune matière jaune, molle. Autour de ces plaques sont disséminés un nombre immense de follicules 1S0< lés, lesuns rouges, les autres pâles; quelques-uns ont trois à quatre mill. de diamètre, et sont lésèrement érodés à leur surface. Six pouces au-dessus de la valvule, on voit une plaque saillante de quatre mill., longue de cinq cent. large de deux cent, et demi. Elle est

de couleur gris rosé, et parcourue à l’intérieur par une fine arborisation vasculaire: elle est tellement boursouflée qu'on la dirait recouverte

de valvules flottantes. Elle esttrès-ramollie, mais non ulcérée; on ne

trouve pas de substance jaune entre la plaque et le tissu sous-muqueux,

qui n'est ni épaissi ni injecté. Le reste de l'intestin est occupé par

des plaques analogues à celles-ci; elles remplissent tout son calibre.

La muqueuse, soit autour des plaques, soit ailleurs, est rosée ou

rose vif. »

Aux descriptions qui précèdent nous allons en joindre deux autres, l’une d’un sujet mort le 15° jour, l’autre d’un enfant mort le 21°. Dans ces deux cas, il n'y avait pas d’ulcérations des plaques. Nous rappellerons enfin pour mémoire une dernière observation dans laquelle, au 20° jour, nous ne trouvâämes que des plaques saillantes aréolaires.

Chez le sujet mort le 15° jour, l'intestin était dans l'état suivan :

«A six pieds et demi de la valvule, on voit une plaque non saillante, longue d'un pouce et demi, non injectée, à aréoles très-larges, dont les bords sont écartés et plats. Au-dessous de cette plaque, une seconde, de deux pouces et demi de long, présente le même caractère; jusqu’à une distance de deux pieds et demi de la valvule on en rencontre huit autres tout à fait semblables. Au-dessous est une plaque longue d’un pouce, large de quatre lignes, rouge, légèrement saillante, tomenteuse à sa surface, molle au toucher; les aréoles sont presque effacées, eties mamelons intermédiaires se dessinent encore, mais peu isolés. On croit apercevoir une très-légère érosion à la partie inférieure de cette plaque, mais cette érosion est simulée; on la fait disparaître en promenant à plusieurs reprises le dos du scalpel à sa surface. Au-dessous de cette plaque on en voit une autre absolument semblable, longue de deux pouces, puis trois autres, longues d’un pouce environ, tout à fait pàles, aréolaires, peu saillantes. Les quatre derniers pouces de l'intestin sont occupés dans leur totalité par une longue plaque blanche trèsaréolaire à sa partie supérieure, présentant, à deux pouces de la val-

| — 23 — vule, des saillies inégales , larges et flottantes. À la coupe, les plaques aréolaires pâles ne sont pas sensiblement ramollies, le tissu sousmuqueux est poli, non épaissi, non injecté; il en est de même de la dernière plaque décrite. La muqueuse des plaques rouges est trèsmolle, épaissie , et le tissu sous-muqueux est rouge, mou , épaissi; la rougeur s'étend jusqu'au péritoine. Nulle part on n’aperçoit de tissu jaune entre la muqueuse et le tissu sous-muqueux. »

Enfin, chez le jeune malade de onze ans, qui succomba le 21° jour, les altérations des plaques étaient presque identiques.

« On commence à apercevoir des plaques à partir du duodenum:; elles ont à peine trois à quatre lignes de long, elles sont piquetées de noir, non saillantes, non ramollies, et présentent cet aspect dans toute la portion valvulaire; dans la portion non valvulaire de l'intestin, elles sont plus nombreuses, les supérieures à peine saillantes, aréolaires. À six pieds de la valvule, on voit une plaque longue d’un pouce et demi, rouge, léoèrement saillante, un peu ramollie. Au-dessous on voit de nouveau des plaques aréolaires non injectées, puis une plaque longue de deux pouces et demi, boursouflée, très-ramollie, d’un rouge vif. Le tissu sous-muqueux est sain, pas de dépôt de matière jaune. Au-dessous de cetie plaque, on en trouve seize autres encore plus rouges, plus boursouflées, plus ramollies. Enfin, à deux pieds de la valvule, une dernière plaque, beaucoup plus saillante que les autres, est recouverte d’une couche grisâtre peu adhérente; pas d’ulcération, pas d’épaississement du tissu sous-muqueux.»

Les différentes observations que nous venons de rapprocher les unes des autres sont trop importantes pour que nous ayons cru devoir supprimer quelques détails, ou intercaler entre chacune d’elles des réflexions qui ressortiront bien mieux de leur ensemble. Un fait qui nous frappe tout d’abord, c'est que, dans les {rois cas où la mort a eu lieu à une époque très-rapprochée du début, la forme des plaques que nous avons eu occasion d'observer était celle décrite par M. Louis sous le nom de plaques molles. Or, c'est le contraire de ce que l’on ob-

serve chez l'adulte en pareille cireonstance, ainsi que le prouvent les deux citations suivantes : M. Louis, dans sa description des plaques (te Er, p. 206), s'exprime ainsi : «Un fait digne d'attention c'est que les plaques dures avaient lieu, proportion gardée, beaucoup plus fréquemment chez les sujets morts du 8° au 15° jour de l'affection que chez ceux qui avaient succombé après cette époque. » M. Chomel va encore plus loin, car il donne à entendre que la forme des plaques dures est caractéristique de la première période. Du moins c'est ce qui résulte clairement de sa description (p. 57 et suivantes ). On nous reprochera peut-être de tirer des conclusions d’un nombre de faits trop restreint; mais nous répondrons que nos faits sont aussi nombreux que ceux de MM. Chomel et Louis, puisque ces savants observateurs n’ont examiné l’état des plaques, à une époque très-rapprochée du début, que sur trois sujets : M. Chomel, sur un malade qui avait succombé au 7° jour, et sur deux qui étaient morts au 8°; M. Louis, sur trois qui avaient succombé le 8° jour.

Cette prédominance de la forme des plaques molles est-elle l'effet du hasard? Serait-elle, au contraire, due à la structure spéciale des plaques chez les enfants, aux fonctions physiologiques que remplit cet appareil sécrétoire, ou bien au mode spécial d'irritation qui: dans le jeune âge, produit la tuméfaction et l'engorgement des folli cules intestinaux ? C’est ce qu'il serait difficile de déterminer. Une circonstance qui tendrait à nous faire croire que la fréquence des plaques molles chez les enfants n’est pas purement accidentelle, c'est que c’est aussi cette forme que nous avons observée, soit dans les cas où les plaques n'étaient pas encore ulcérées, soit dans ceux où il existait de nombreuses ulcérations. Nous devons dire cependant que deux fois nous avons trouvé au fond d'une ulcération quelques débris de matière jaunâtre.

Cette rareté des plaques dures chez les enfants, rapprochée de la bénignité que présente souvent l'affection typhoïde dans le jeune âge,

ne tendrait-elle pas à confirmer l'hypothèse de M. Louis, qui s'est de-

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