CAUSES DE LA MALADIE
Le chapitre précédent comprend déjà lui-même une certaine part de l'étiologie de la fièvre typhoïde, puisqu'il nous en explique la fréquence dans la catégorie de la population qui en est le plus cruellement frappée, et démontre l'influence des prédispositions individuelles et professionnelles de l'armée.
Il nous reste à pénétrer plus avant dans le problème étiologique, en étudiant les causes efficientes proprement dites, spécialement l'infection d'origine animale, la contagion, puis des influences moins bien déterminées, celles notamment qui proviennent de l'atmosphère et du sol.
Art. i . — Infection d'origine animale; son rôle en général.
Les conditions d'infection d'origine animale paraissent dominer l'étiologie de la fièvre typhoïde.
On sait que l'atmosphère des grands centres de population renferme une quantité considérable de matière azotée, provenant de l'air confiné des habitations, et d'une masse de produits excrémentitiels.
L'esprit se laisse aller volontiers à considérer cette alté-
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ration de l'air, cette malaria urbana, comme la cause de la prédominance, dans les villes, de certaines impressions morbides, subies par les habitants et les étrangers ; impressions qui pourront être identiques dans chacun de ces groupes, mais qui, cependant, chez ces derniers, se traduiront plus fréquemment par des maladies aiguës et fébriles, notamment par la fièvre typhoïde, tandis que, chez les habitants, prédominera la tendance à des manifestations plus lentes et plus torpides, notamment à l'anémie; j'ai même comparé cette influence pathogénique de l'atmosphère des grandes villes à la malaria des campagnes insalubres qui occasionnera surtout chez les nouveaux venus des accès violents et pernicieux, tandis qu'elle produira plutôt, chez les indigènes et les acclimatés, la série des symptômes moins bruyants de l'anémie palustre.
Et cependant que de divergences d'opinions encore, au sujet de l'influence pathogénique de ces miasmes de nature animale. Si, pour la majorité des auteurs, cette influence est prédominante et résume même, dans la plupart des cas, l'étiologie de l'affection, il est des médecins que, chaque jour, nous entendons révoquer en doute la puissance morbifique, non - seulement de l'atmosphère générale des grandes villes, mais même des foyers d'émanations humaines ou putrides d'où provient l'altération de cette atmosphère. Il est, suivant nous, une considération trop facilement négligée des partisans de cette dernière opinion. Toute épidémie de fièvre typhoïde entraîne l'immunité presque définitive de ceux qu'elle atteint ; elle confère, en outre, nous
l'avons démontré plus haut (chap. 2, p< 68), des chances de préservation ultérieure & ceux qui, sans être frappés de l'affection, ont contracté un certain degré d'accoutumance aux miasmes typhoï gènes. On comprend ainsi que, la cause d'infection demeurant la même, les conditions de réceptivité de ceux qu'elle menace aient subi une atténuation assez considérable pour que, dans les années qui suivront une explosion épidémique, la réapparition du mal soit entravée par le fait même de son apparition antérieure. L'explosion suivante pourra n'avoir lieu qu'à la suite de la modification progressive de la population, modification en vertu de laquelle la cause morbide va retrouver de nouveau un certain nombre d'individus suffisamment prédisposés par leur âge, par leur immunité antérieure et par le manque d'assuétude au miasme typhoïgène. Telle est la raison que nous avons invoquée (page 34) , de l'intermittence de ces épidémies
dans la population de certaines villes.
N'est-ce pas pour des raisons analogues que les maladies virulentes : variole, rougeole, sont soumises elles aussi, malgré la reproduction incessante de leurs germes, à des périodes d'intermission de plusieurs années?
N'en est-il pas de même des maladies pestilentielles : fièvre jaune, choléra, peste, ne réapparaissant, même dans leurs berceaux d'épidémicité, qu'après des intervalles de cinq, six ans et plus?
On ne peut demander à ces foyers, pas plus qu'à ceux de la fièvre typhoïde, une permanence d'effet morbide qui est l'attribut des causes dont l'activité est incessante, ininter-
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rompue, parce que l'organisme, quel qu'il soit, demeure invariablement soumis à leur influence, et que parfois même une première atteinte, au lieu de constituer un gage d'immunité ultérieure, augmente plutôt les prédispositions de l'économie. Tels sont les miasmes palustres.
Si donc les foyers de putréfaction animale semblent parfois inoffensifs, durant des périodes plus ou moins longues et à l'égard d'une population sédentaire et acclimatée, cette inertie apparente est peut-être le simple fait de l'absence d'une réceptivité suffisante et constante chez les individus qui vivent à leur contact.
Mais livrez, à l'action de ces foyers, des organismes aptes à subir leur influence, et leur puissance se manifestera avec plus de fréquence et d'intensité; si à Paris, à Lyon, la fièvre typhoïde règne à peu près constammen ï, c'est peut-être parce que le renouvellement incessant de la population civile et militaire fournit sansinterruption, à l'activité pathogénique des foyers typhoïgènes de ces grandes villes, une masse d'organismes dont l'immunité antérieure et l'absence d'assuétude morbide établissent la réceptivité spéciale à cette maladie.
Il est même certaines autres villes de dimensions bien moins considérables, où la fièvre typhoïde semble s'endémiser depuis quelque temps, peut-être parce qu'un concours incessant de population nouvelle y entretient des organismes susceptibles à l'action dps miasmes de ces villes. Telle est, à notre sens, la ville de Nancy, où le chiffre des habitants s'est accru dans une proportion considérable depuis quelques années, grâce à rétablissement,
dans cette localité, d'un grand nombre de personnes prove ■ liant de r Alsace-Lorraine. Ces recrudescences de la fièvre typhoïde, à la suite de pareils mouvements d'immigration, rappellent, bien qu'à un faible degré, les exacerbations du vomito, par le fait de l'arrivée d'émigrants européens dans les cités du littoral atlantique du nouveau monde.
Pour nous donc, la puissance typhoïgène des miasmes humains et putrides est souvent niée, parce qu'on oublie la nécessité d'un facteur essentiel de leur action : la susceptibilité de l'organisme.
Mais est-ce à dire qu'on doive considérer tout foyer de putréfaction animale comme recelant, en tout temps et d'une manière exclusive, cette puissance morbifique? Telle n'est pas notre opinion.
Il est une circonstance que nous voyons apparaître souvent lors de la manifestation des maladies épidémiques, mais avec une fréquence spécialement remarquable pour les épidémies de fièvre typhoïde : c'est la simultanéité des explosions du mal sur une surface considérable de territoire, dans des centres de population, non-seulement fort nombreux, mais encore éloignés les uns des autres. Cette coïncidence nous a frappé, nous surtout qui, en raison des exigences de notre enseignement , avons relevé , depuis nombre d'années, les relations d'épidémies publiées par nos confrères de l'armée et des départements. Il est certain qu'il y a des années où ces épidémies se présentent , sur les points les plus divers de la France, avec une fréquence et une gravité exceptionnelles ; qu'en d'autres années, elles sont rela-
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tivement rares et bénignes. Nous pensons que, devant de semblables faits si souvent répétés, il est sage de se demander s'il n'existe pas une influence générale susceptible de produire cette simultanéité des oscillations du mal en des lieux éloignés les uns des autres; si, par conséquent, il ne faut pas réduire, dans une certaine mesure, la valeur de toutes les causes locales invoquées par chacun de ceux qui ont observé ces épidémies en particulier, causes parfois trèsdifférentes entre ellçs, et qui, dans le lieu même d'observation, prennent une importance capitale, parce qu'on manque de termes de comparaison pour en contrôler la valeur.
On nous accusera peut-être de recourir, en cette occurrence, à l'évocation d'une influence plus occulte que ne le permettent les aspirations de la science moderne, et de ressusciter la doctrine pure et simple du génie épidémique, au détriment des causes incriminées et parfois démontrées par les observateurs de chacune de ces épidémies.
Loin de nous cette pensée ; notre opinion est que ces différentes causes, localement invoquées, ont toutes une importance très-considérable, et que, sans leur influence, le mal, sans doute, n'aurait pas apparu dans la localité atteinte ; mais nous croyons aussi qu'il existe des conditions générales, fort obscures assurément, tenant peut-être à des modifications encore mal déterminées de l'atmosphère, desquelles dépendra une plus grande facilité dans le développement et la généralisation de la fièvre typhoïde (voir plus loin : art. 3), et grâce auxquelles les germes de l'affection seront plus ou moins actifs ; ce qui nous explique Fex-
plosion du mal dans tant de localités où l'on accuse, de son origine, des conditions d'infection existant elles-mêmes depuis des années, sans que cependant la maladie se soit antérieurement développée.
Ces considérations aideront à comprendre pourquoi certaines opinions, déduites défaits en apparence très-probants, parce qu'ils étaient isolés pour leur observateur, ne nous semblent devoir être admises qu'avec une certaine réserve. U nous eût été certes plus facile de les accepter que.de nous imposer la tâche ardue d'en analyser tout d'abord la valeur»
Les foyers de putréfaction animale engendrent-ils la fièvre typhoïde 9 (doctrine pythogénétique), ou ne font-ils que la transmettre f (doctrine de la spécificité).
Les émanations qui proviennent des foyers de putréfac-
tion animale interviennent-elles dans la production de la fièvre typhoïde, à titre simplement de miasmes infectieux, nés uniquement de cette putréfaction, ou à titre d'agents virulents (1)?
Pour s'expliquer l'inconstance d'action pathogénique des foyers putrides, des auteurs admettent simplement que cette irrégularité de leur influence est due à la présence éventuelle de germes spécifiques provenant d'organismes malades et dont ces foyers, devenus les réceptacles, acquer-
(l) % Nous avons consacré plusieurs pages de notre article Miasmes fc cette question si importante des rapports qui existent entre le miasme et le virus, entre la cause originelle des maladies infectio-contagieusës, et la cause de leur reproduction par contage.
raient alors seulement la puissance de transmettre l'affection .
Au lieu d'être spontanée, naissant des miasmes indéterminés des divers foyers putrides, la maladie serait d'origine spécifique; elle serait contagieuse au même titre que si elle était transmise directement* et la fièvre typhoïde cesserait d'appartenir au groupe des maladies infectio- contagieuses pour devenir exclusivement virulente.
C'est ainsi que, du rapport de M. I. Aron, il semble résulter que la grave épidémie de la caserne du Château de Brest, pendant le mois de décembre 1876, n'est point née spontanément par le fait de l'installation vicieuse des latrines dont les émanations infectent une partie de cette caserne; elle aurait été la conséquence de la pénétration, dans ce foyer putride, de germes morbides dont l'origine s'explique naturellement par l'atteinte que subissait alors la population civile.
Ne peut-on appliquer à la discussion actuelle (1877) de l'Académie de médecine de Paris, ces paroles que nous écrivions, il y a deux ans : ce Les foyers infectieux qui se forment, soit à l'intérieur, soit à la périphérie de nos demeures, par le seul fait de la présence de l'homme, ont été, presque pour chaque maladie épidémique, invoqués à deux titres différents, suivant les doctrines, comme représentant le milieu morbifique nécessaire à son explosion : pour les uns, les contagionnistes, ces foyers seraient simplement le réceptacle des germes spécifiques de ces affections ; pour les autres, les spontanéistes, leur rôle serait plus considérable, puisque sans germe, sans importation antérieure, le mal y
serait créé de toutes pièces. Au moment même où nous écrivons, la lutte est vive, en Angleterre, entre les partisans de Murchison, pour lesquels la putréfaction animale, telle qu'elle se produit dans les latrines, les égouts, suffit à l'éclosion de la fièvre typhoïde, et ceux qui, avec W. Budd, ne voient, dans ces foyers putrides, qu'un milieu favorable à la conservation, à là reviviscence des germes renfermés dans les sécrétions intestinales des malades. » (Léon Colin, Épidémies et milieux épidémiques, p. 109).
Pour ce dernier auteur, les milieux que nous considérons comme des foyers originels de maladies infectio-contagieuses ne sont que des dépôts de germes virulents, germes provenant d'organisme humains, atteints des affections mères de ces germes.
Cette doctrine va à rencontre de la formation sur place, de toutes pièces, dés maladies dites infectio-contagieuses, dont la filiation devient aussi simple, aussi unique que celle des maladies virulentes. Elles naissent exclusivement de germes et rentrent dans la loi générale du développement physiologique des espèces dont l'origine première est aussi obscure que la succession actuelle en est évidente et fatale.
La nécessité d'une cause plus nette, plus active que les émanations putrides ressort, nous le reconnaissons, de la fréquente innocuité de ces émanations.
Après avoir rappelé l'immunité de Londres pendant les
étés torrides de 1858 et 1859, malgré l'infection de la Tamise,
M. H. Gueneau de Mussy ajoute : ce Bre tonneau, Gendron
et Piedvache ont remarqué que, de deux localités voisines,
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la plus insalubre, la plus mal tenue, la plus infectée d'émanations putrides, pouvait être épargnée par l'épidémie qui sévissait dans l'autre, offrant en apparence des conditions hygiéniques moins défavorables. » (N. Guéneau de Mussy, tin Bulletin de F Académie de médecine , t. 6, p. 327, 1877). Faut-il, de semblables faits, conclure que la fièvre typhoïde ne peut se développer spontanément, et que son éclosion, dans les foyers putrides, n'est que le fait de la présence d'un agent virulent?
Dans quelques-unes des épidémies que nous étudions, nous verrons apparaître si brusquement la maladie au contact de foyers putrides, que ces foyers sembleront résumer toutes les conditions pathogéniques de l'affection, renfermer, en un mot, le germe, entièrement préformé, de la fièvre typhoïde. Telles sont les épidémies dont nous avons déjà signalé plus haut la soudaineté d'évolution (p. 10). Ce qui nous empêche cependant d'accepter l'opinion de la préexistence d'un germe spécifique,' c'est que, dans la plupart de ces explosions rapides, il y a eu concours simultané de plusieurs foyers différents dans. leur origine (méphitisme de l'encombrement, émanations d'égouts, de latrines et même effluves palustres); concours qui nous inspire la pensée de l'action sur l'organisme de causes complexes, puissantes par leur masse et leur quantité, bien plus que celle d'une cause simple et spécifique, efficace par sa nature seulement. Si l'atmosphère des villes est plus dangereuse que celle des campagnes, ce n'est pas en raison d'une activité plus grande de tel ou tel foyer de putréfaction animale ; car, en bien
des villages, l'air est infecté de miasmes putrides plus in-» tenses certainement que ceux qui naissent dans les grands centres de population; mais, ici, il y a coexistence fréquente des miasmes d'origine fort diverse (encombrement, égout, latrines).
Gomment, dans l'hypothèse de la nécessité d'un germe virulent antérieur, s'expliquer l'apparition d'une épidémie dans telle localité où la maladie s'est éteinte depuis longtemps? Cette difficulté n'en est plus une pour nombre d'auteurs; ces germes peuvent se conserver pendant des mois, des années ; on affirme même qu'ils ont à subir, dans le sol qui les a reçus, un complément d'évolution nécessaire à leur nocivité ultérieure ; doctrine, en somme, hien hasardée, basée sur le désir de rapprocher plus étroitement encore la fièvre typhoïde des maladies parasitaires dont quelques-unes exigent, pour leur complet développement, le passage alternatif de la cause morbide en des milieux différents.
Si une telle modification du germe, en dehors de l'organisme, était indispensable, comment s'expliquer les faits de contamination au contact d'un malade, sans transformation intermédiaire de la cause morbide.
On exagère trop facilement, aujourd'hui, le rôle pathogéfliques des foyers de miasmes putrides, aux dépens des foyers de miasmes humains qui ont une part si grande dans la production de la fièvre typhoïde, et dans des circonstances qui, parfois, témoignent parfaitement que cette maladie natt spontanément et non de germes préexistants.
Quand un certain nombre d'individus de provenance
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irréprochable, c'est-à-dire n'important avec eux aucun germe de fièvre typhoïde, sont soumis à l'influence de l'encombrement, dans un local absolument neuf, soustrait à toute influence putride extérieure, il faut bien admettre, si la maladie se développe parmi eux, qu'elle est née spontanément.
L'épidémie de Bellac, que nous citerons plus loin (p. 102), est un exemple frappant de ce mode pathogénique.
Loin de nous la pensée de prétendre que tout foyer putride renferme en lui-même, indépendamment de tout contage ou de toute autre cause active, les conditions génératrices de la fièvre typhoïde.
Il est même nombre de faits qui nous permettent d'affirmer que souvent les foyers de décomposition animale agissent plutôt en sollicitant l'affection, en y prédisposant, qu'en la transmettant ou la constituant de toutes pièces. C'est d'abord leur rôle indéniable dans la constitution de milieux épidémiques si divers entre eux : dysentériques, typhiques, cholériques, sans parler des affections moins graves : diarrhées, embarras gastriques, ictères, qui en sont les résultats plus vulgaires. C'est, de plus, la fréquence de ces diverses maladies, y compris la fièvre typhoïde, dans nombre de circonstances où n'existait aucune apparence d'insalubrité et où l'on n'a pu déterminer qu'à posteriori, en raison de la ténacité du mal, qu'une localité y était spécialement prédisposée (1).
(1) « Il y a des épidémies qui se montrent dans des localités où se
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Divers modes d'infection animale.
Durant la période qui nous occupe, l'infection d'origine
animale s'est accomplie surtout par les voies respiratoires ; après avoir résumé, dans un premier paragraphe, les nombreux faits qui se rapportent à ce mode de contamination, nous indiquerons les circonstances, bien plus rares, où l'intoxication se serait accomplie par les voies digestives.
A. Infection animale par les voies respiratoires.
Les conditions infectieuses signalées dans les rapports sont fort nombreuses. Ces conditions ne relèvent pas, au moins en apparence, d'une origine unique et bien déterminée; elles peuvent surgir de circonstances très-différentes, dont les principales sont les suivantes : 1° Infection de l'homme par l'homme vivant (miasme de l 'encombrement); 2° Infection par les émanations des matières excrémentitielles d'origine humaine; 3° Infection par les émanations de matières organiques animales et végétales, comme il s'en produit dans l'atmosphère des égouts.
trouvent réunies toutes les conditions les plus favorables à la santé ; air par, habitations salubres, alimentation et habitudes hygiéniques irréprochables.
a 11 y a donc une cause simple et inconnue qui produit la maladie,* indépendamment des causes d'insalubrité et de mauvaise hygiène que Ton accuse si souvent à tort de produire la maladie par elles-mêmes. Ces influences ne sauraient produire par elles seules la maladie, comme on l'a pensé ; mais elles en favorisent l'éclosion et l'extension. » ( Woillez, Rapport général sur Us épidémies de 1873, p. 208).
4* Miasmu de l'encombrement.
Les conditions nouvelles de répartition de l'armée ont eu pour conséquence, en quelques villes de garnison, l'installation des troupes dans des locaux habituellement destinés à des effectifs moins considérables. Tel fut le cas pour le 5' régiment de ligne venant occuper, le 24 juin 1874, la caserne de Vaucelles, à Caen ; c'était la première fois que cette caserne recevait un régiment entier, et l'insuffisance des locaux prit sa part, suivant M. Ricque, au développement de la longue épidémie dont ce corps y fut atteint.
Gomme type de l'influence de l'encombrement, dans des conditions très -analogues, on peut citer la relation de M. Du Gazai, médecin-major de 2 4 classe, au 23 e bataillon de chasseurs.
Le dépôt de ce corps est envoyé, au mois de février 1876, de Limoges à Bellac (Haute-Vienne) ; la mutation avait été faite d'urgence, en raison de Farrivée à Limoges de la portion active du bataillon.
Bellac est une petite ville élevée, salubre, où la fièvre typhoïde est notoirement rare ; jamais cette ville n'avait reçu de garnison ; la caserne qu'on y construisait alors n'avait encore aucun de ses bâtiments prêta recevoir la troupe, qui dut être installée dans une baraque construite à la bâte; 460 hommes furent placés dans trois pièces insuffisantes comme dimensions, n'ayant chacune que deux fenêtres, et pas de cheminée d'appel.
Chaque homme avait à peine 12 mètres cubes, quantité qui aurait du être doublée dans un milieu dont l'aération n'était pas assurée; le mauvais temps 'retenait les hommes non-seulement la nuit, mais presque toute la journée, dans leurs chambres, dont ils bouchaient soigneusement toutes les issues qui eussent pu donner accès à l'air,
La fièvre typhoïde éclate le 21 février, dure jusqu'au 25 mars, atteignant 18 hommes et causant un décès; en outre, il entrait à l'hôpital
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11 individus atteints de diarrhée; à l'infirmerie, à la chambre, le chiffre des malades s'élevait à un niveau tel qu'on pouvait dire que tous étaient frappés.
Malgré l'impureté de l'eau d'un puits, dont l'analyse révéla la richesse en matières organiques, on ne peut accuser l'influence de cette eau, vu l'immunité des sous-officiers et des enfants de troupe qui consommaient de cette même eau, mais qui étaient logés dans un bâtiment autre que celui de la troupe.
Il n'y a pas davantage à invoquer l'influence d'émanations provenant soit de quelque égout, soit du sol lui-même ; la cause a été, dit M. du Cazal, « l'infection de l'air par le miasme humain » ; la meilleure preuve en fut la cessation de l'épidémie par la diminution de l'effectif qui encombrait cette caserne improvisée, et dont on renvoyante tiers à Limoges; ajoutons, comme supplément de preuve, que cette épidémie apparaissait en une saison trop froide de Tannée pour qu'on pût admettre l'intervention de miasmes extérieurs.
Plusieurs autres rapports témoignent du rôle pathogénique de l'encombrement :
À Moulins, la fièvre typhoïde fait explosion dans Te quartier de cavalerie, au commencement du mois de décembre 1875; du 9 au 25' décembre, 60 hommes entrent à l'hôpital atteints de cette affection. '
M. Ferra démontre : 1° que cette caserne a été momentanément encombrée ; 2° que la proportion des cas est en rapport direct de 1 encombrement des différentes chambres; 3° que les plus insalubres de ces chambres occupent les combles, n'ayant que des fenêtres à,tabatièrés, et où la troupe a été reléguée pour permettre l'installation des magasins dans les pièces relativement bien aérées du premier étage.
A la Galle, M. Berge note l'immunité des différentes casernes, alors que la fièvre typhoïde frappe le dixième de l'effectif (12 malades sur 120 présents) d'une compagnie de zouaves, dont le quartier avait été encombré par l'arrivée des recrues.
À Nancy, au printemps 1874, M. Gérard constate l'atteinte des 1*' et 5 e escadrons du 12 9 régiment de dragons ; ces deux escadrons avaient reçu, à l'exclusion des autres, tous les cavaliers provenant du dépôt, et mis en subsistance à Nancy ; d'où encombrement momentané des locaux qui leur étaient affectés.
A Lons-le-Saulnier, l'arrivée de la deuxième portion du contingent avait fait placer une centaine de lits supplémentaires dans la caserne da 44» de ligne (Blin).
A Mascara, l'épidémie se développe de préférence dans les troupes du train et de l'artillerie casernées dans des baraques, non-seulement insuffisantes pour' le chiffre de l'effectif, mais en usage depuis de longues années. Dans un autre corps de la même garnison, dans la légion étrangère, le mal se localise au début dans une compagnie logée dans un rezde-chaussée entouré de murs élevés, tandis que les autres compagnies, installées aux 1" et 2 e étages, paraissent devoir leur préservation à l'aération plus complète de leurs chambres (Marvaud).
L'épidémie du 11 e hussards à Fontainebleau débute par les chambres les moins bien aérées de la caserne (Bolard). Dans cette même ville, deux batteries du 32 e d'artillerie, casernées dans un même quartier, sont atteintes d'une manière très-inégale, et M. Desmonceaux en trouve la principale raison dans l'insuffisance des chambres affectées à l'une d'elles.
Au camp de Chàlons, M. Àntony fait observer que, parmi les conditions multiples de limitation de la fièvre typhoïde aux baraques du quartier du bas, dit aussi quartier du camp, il faut tenir compte de l'encombrement au moins relatif de ces baraques, aérées par des fenêtres insuffisantes, de m ,80 de haut, et dans chacune desquelles on plaçait 50 hommes. Les autres baraques, notamment celles du quartier national situées sur une hauteur, étaient divisées en compartiments qui ne recevaient que 20 hommes, dans chacun desquels était ainsi atténuée la somme d'influences réciproques de ses habitants, et qui étaient ventilés par de véritables fenêtres.
L'influence de l'encombrement s'est parfois prononcée rapidement.
Dans la caserne du château de Brest, l'épidémie atteignait son maximum d'intensité le 23 décembre 1876 : sur 8 hommes envoyés à l'hôpital ce ioar-là, 6 succombaient dès le début de l'affection. M. Aron incline à attribuer cette intensité du fléau aux conditions de réclusion plus étroite imposée aux hommes confinés, par la rigueur du mauvais temps, dans des chambres presque hermétiquement closes.
A côté de l'encombrement proprement dit, c'est-à-dire de l'installation dans des locaux relativement insuffisants, se place l'influence d'agglomérations exceptionnellement considérables, lors môme que ces agglomérations semblent parfaitement proportionnées à la dimension des locaux qui leur sont affectés.
C'est la caserne la plus peuplée de Paris, la caserne du Château-d'Eau qui, en 1876, a présenté le chiffre d'atteintes relativement le plus considérable.
A Perpignan, l'épidémie se limite k la citadelle, dont l'effectif avait été exceptionnellement porté au chiffre de 1300 hommes (Meunier).
A Troyes, l'épidémie sévit particulièrement sur le 7i) e de ligne, dont tout l'effectif occupe une grande caserne au centre de la ville (35 cas sur 715 hommes); tandis qu'elle atteint, en proportion relativement minime (6 cas sur 565 hommes) , les dépôts de cavalerie installés dans des baraques à l'extrémité N.-O. de cette ville (Weill).
A Lyon, le chiffre élevé de l'agglomération militaire réunie à la caserne de la Part-Dieu (5,000 hommes et 2,000 chevaux) , a contribué, suivant MM. Marmy et Alix, à concentrer sur ce quartier les atteintes les plus nombreuses de l'épidémie.
A Nantes, également, la caserne exclusivement atteinte au printemps 1875, renfermait un effectif considérable s'élevant à 1379 hommes.
Je relève même, dans les rapports, un fait très-intéressant en cette question; on peut l'invoquer, en effet, pour démontrer une thèse avancée plus haut (p. 81), à savoir : que des agglomératidbs considérables, même dans des casernes proportionnées à l'effectif, offrent à la fièvre typhoïde une réceptivité plus grande que des groupes moins nombreux, mais installés plus étroitement. Voici ce fait :
Le 89« de ligne, venant de Paris où il était atteint de fièvre typhoïde,
arrive à Compiègne dans les premiers jours de septembre 1875. D y est réparti en deux casernes : 1* la caserne d'Orléans, occupée déjà en partie par deux antres corps : le 13* dragons et le dépôt du 54' de ligne qui, d'après les rapports très-complets et très-précis de leurs médecins, MM. Renard et Longet, n'offraient aucun cas de fièvre typhoïde, pas même le moindre indice d'imminence morbide; 2° lé quartier des Petites- Ecuries, ancien bâtiment de service du palais de Compiègne, pour la première fois transformé en caserne où la fraction du 87° se trouve seule. Il importe de noter que la fièvre typhoïde n'existait pas dans la population de Compiègne; que, par conséquent, ni l'une ni l'autre des deux casernes affectées au 87 e de ligne n'avait à subir d'influence spéciale des quartiers où elles se trouvaient. Comme chances de développement épidémique, il n'y avait que les germes morbides apportées de Paris; ces chances étaient communes dès lors aux deux fractions de ce jégiment.
Or, l'épidémie du 87 e continua à Compiègne, mais continua exclusivement dans la caserne d'Orléans, atteignant ultérieurement le 13 e dragons et le 54 e de ligne; tandis qu'il ne se développa pas un seul cas dans le quartier des Petites-Ecuries.
Et cependant, il résulte du rapport de M. Fristo, médecin -major du 87 e de ligne, et de l'enquête de M. le médecin principal Molard, que cette caserne des Petites -Ecuries n'offrait qu'un cubage de 9 mètres cubes par homme, ce qui est de l'encombrement; tandis que ce cubage dépassait 16 mètres dans la caserne d'Orléans.
L'encombrement, dont les résultats morbides sont parfois si soudains et si immédiats, modifie -t-il la salubrité d'un lQcal assez profondément pour que le danger persiste après la suppression apparente de la cause? Quelques faits semblent plaider en faveur de cette persistance des conditions morbifiques créées par l'encombrement.
, M. Jeanmaire constate qu'à Montbéliard la recrudescence épidémique s'est développée au moment où, à une période d'encombrement momentané, succédait une installation plus large par le fait du renvoi des jeunes soldats de la deuxième portion du contingent.
A Brest, d'après M. I. Aron, la caserne da.Chàteau, où allait se développer au mois de décembre 1876 nue des épidémies les pins intenses de cette période, avait été encombrée pendant vingt-huit jours, à partir du 15 septembre, par un millier de réservistes; au moment du renvoi de ces réservistes se manifestaient les symptômes de l'encombrement ; diarrhées, embarras gastriques, etc., mais la fièvre typhoïde n'apparaissait bien déterminée que plusieurs semaines après leur départ.
A Macoo enfin, d'après le rapport de M. Bournéria, l'épidémie débute le 11 mai 1876, sur un détachement du 134 e de ligne, huit jours après le départ des hommes de la deuxième portion du contingent, départ qui permettait d'élargir l'installation des troupes.
Cet intervalle de 8 jours, constaté à Mâcon entre la suppression de la cause morbide et le début de l'épidémie, représente~t*il la durée de la période d'incubation attribuée à la fièvre typhoïde par certains auteurs? L'imprégnation morbide, suivant cette doctrine, aurait pu être accomplie avant le départ des troupes qui contribuaient à l'encombrement de la caserne ; nous sommes peu disposé à accepter un mode d'intoxication aussi net et aussi précis pour la fièvre typhoïde. Nous pensons qu'une caserne peut conserver des conditions d'insalubrité prolongée quand on se borne à diminuer le chiffre de l'effectif, sans l'assainir par une évacuation complète ; les miasmes typhoïgènes persistent quelquefois après le départ de ceux qui les ont produits, ce qui nous explique l'insalubrité des vieilles casernes mal ventilées, qui, pendant des années, accumulent incessamment des germes morbifiques.
Une dernière question surgit enfin relativement au r41e de l'encombrement, dans les épidémies de la période qui nous occupe. Plusieurs de nos collègues ont invoqué Pin-
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fluence de cette cause dans une des circonstances de la vie militaire habituellement les moins favorables, au moins en temps de paix et durant la belle saison, à son développement ; on considère, en effet, et à bien juste titre, l'évacuation des casernes et l'installation des troupes sous la tente comme une des méthodes prophylactiques les plus assurées contre les influences typholgènes développées en casernes, spécialement par le fait de l'encombrement. Or, en plusieurs rapports, nous trouvons émise l'opinion que les troupes du quatrième corps d'armée, si gravement atteintes en 1874, à la suite de leur concentration au camp de Pontgouin, avaient subi en somme tous les inconvénients de l'encombrement. Ici l'encombrement aurait été le résultat des dimensions insuffisantes de la tente-abri dont le séjour était devenu plus dangereux encore au moment où de violentes intempéries entraînaient les hommes à s'y maintenir, chaque nuit, plus étroitement renfermés.
Cette manière de voir a été combattue par M. Régnier (in Recueil, 1876, p. 177); elle l'est également par M. Roux, médecin-major du 2° dragons : « On ne peut admettre , dit M. Roux, qu'il y ait eu encombrement; les troupes ne sont restées au camp qu'une douzaine de jours en moyenne, pendant lesquels le temps était en grande partie occupé à des manœuvres. Les tentes, installées d'urie façon tout à fait provisoire et souvent changées de place, ne pouvaient créer de foyers d'infection ».
Notre opinion est également que la vie des troupes, pendant la durée des manœuvres, leur créait des conditions
absolument contraires à celles de l'encombrement; cette vie essentiellement active, toute extérieure, ne peut être comparée au maintien prolongé de l'individu dans un local fixe, comme une caserne où s'accumulent incessamment les émanations humaines. Les autres corps d'armée n'auraient- t-ils pas été atteints au même titre? Nous pensons que l'opinion du danger de la tente-abri , formulée déjà pour d'autres épidémies de fièvre typhoïde (1), a pris origine surtout dans le besoin si légitime de trouver comme cause de l'affection une intoxication de nature animale et dans la répugnance des auteurs à accepter tout autre mode étiologique.
2° Miasmes putrides d'origine fécale et d'origine mute.
A. D'après plusieurs rapports, les miasmes putrides provenaient presque exclusivement des latrines ou des conduits excrémentitiels, de façon à rappeler, par leur action morbifique, ce qu'on a appelé l'origine fécale de la fièvre typhoïde.
Tstoudun. — M. Fournier signale la déplorable installation des latrines de la caserne dite des Incurables à Issoudun, et lui attribue l'épidémie qui frappa une compagnie du 90 e de ligne pendant les mois de novembre et de décembre 1875.
Lyon. — A Lyon, l'opération des vidanges de la ville s'opérait en 4874 avec une telle incurie, que chaque nuit les principales rues de la
(1) Voir Frison, Contribution à f histoire de la fièvre typhoïde en Algérie t in Recueil, juin 1867; J. Arnould, Etiologie de la fièvre typhoïde, Paris, 1875.
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ville étaient infectées de leurs émanations. De pins, beaucoup des fosses communiquaient avec les égouts qui n'offrent aucune des conditions voulues pour le rapide transport de ces matières ; ils ne reçoivent qu'une quantité d'eau complètement insuffisante qui fut réduite encore par les sécheresses exceptionnelles des mois de mars et d'avril 1874; on n'avait pas su utiliser les ressources admirables fournies par les deux fleuves qui traversent la ville : « Je ne veux pas, dit M. l'inspecteur Marmy, insister sur les défectuosités des égouts de Lyon; le nivellement laisse à désirer dans plusieurs points! les pentes ne sont pas convenablement ménagées ; de là, stagnation souterraine des produits de tout genre, qui passent dans les égouts, et exhalaisons de gaz délétères par les regards qui sont en contre-bas des trottoirs et par les bouches des égouts qui restent & sec le long des cours d'eaux» quand les eaux sont trèsbasses » (1).
(1) A propos du danger des conduits excrémentitiels, dont la circulation n'est pas assurée et dont la sécheresse épuise l'eau, nous devons citer cette autre observation de M. l'inspecteur Marmy : « En 1861, je fus envoyé par le maréchal Castellane à Saint-Etienne (Loire)/ pour y étudier la fièvre typhoïde qui sévissait avec intensité sur la garnison, et proposer les mesures hygiéniques ou autres qui me paraîtraient avantageuses. Dès mon arrivée à Saint-Etienne, je me mis en rapport Avec mes confrères de l'ordre civil et de Tannée. Oo m'apprit immédiatement que l'épidémie sévissait aussi bien parmi la population de la ville que parmi Ja garnison. On m'expliqua que le même fait se reproduirait chaque année. 'dans les temps de Sécheresse. A ce moment, les eaux de la ville étaient rares et de qualité médiocre. Le Furens, qui traverse une partie de la ville, était presque à sec et recevait directement une grande quantité de matières fécales. Cette petite rivière* au» dessus.de Saint-Etienne, fournit des eaux à beaucoup d'industries; elle ne contenait qu'un mélange d'eau bourbeuse et stagnante, mêlée à des immondices de tout genre qui exhalaient' à ciel ouvert leurs miasmes infects. On m'expliqua que, durant les chaleurs de Tété, l'intensité de la fièvre typhoïde était en raison directe de l'intensité et de la «durée de la sécheresse. On me montra les quartiers voisins du Furens plus violemment atteints que les quartiers éloignés. La cause de l'épidémie étant bien connue et bien étudiée à Sajnt-Etienne, qu'a-t-on fait pour