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DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS L* ARMÉE. ilt
M. Alix fait remarquer également que les centres de population le plus atteints à Lyon en 1874, le collège et la caserne de la Part-Dieu, se trouvent précisément dans les quartiers de la ville où les niveaux des égouts sont le moins réglés.
Salins. — M. Blin établit que l'épidémie observée à Salins, du 28 juin au 7 septembre 1875, a sévi uniquement sur les compagnies du 44 e régiment de ligne qui ont occupé le quartier des Clarisses ; que le chiffre des atteintes de chacune de ces compagnies a été proportionnel à la durée de son séjour dans ce quartier; or, depuis quatorze ans, aucune épidémie analogue n'avait été observée à Salins. Mais, depuis trois mois, un égout qui traverse diagonalement la cour de cette caserne, et qui §ert de débouché aux latrines et aux eaux ménagères, avait cessé de fonctionner va la suppression d'un courant d'eau qui, auparavant, traversait cet égout et entraînait jusqu'à la rivière, la Furieuse, tous les détritus et excréta de la caserne ; d'infectes émanations remplirent dès lors cette cour; en onze jours, vingt-trois malades entrent à l'hôpital, et parmi eux, un adjudant et un sergent, dont les chambres donnaient sur la cour; ce dernier sous-officier succomba .
Brest (caserne du Château). — « Au pied de la caserne et spus les latrines, se trouvent des rochers taillés à pic, amoncelés les uns audessus des autres, et allant d'étage en étage jusqu'aux bords de la mer» Ces rocbers forment, par leur agencement naturel, des espèces de cuvettes plus ou moins larges, plus ou moins profondes. Les matières excrémentitielles arrivent par une rigola dans une cuvette supérieure, où elles séjournent plus ou moins longtemps suivant la capacité de la cuvette. Ce premier réservoir rempli déverse son trop plein dans une ou plusieurs cuvettes placées immédiatement au-dessous, lesquelles se vident à leur tour de la même façon, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'enfin, après ces différentes étapes, les matières soient emportées par les vagues. L'intervalle existant entre la mer et les latrines est assez grand ; d'ail-
mettre un terme au fléau? Les sources du Mont-Pilat ont été captées au moyen d'un barrage admirable, et aujourd'hui Saint-Etienne possède en abondance une eau de bonne qualité. Le Furens, dans son parcours en ville, a été couvert, et, depuis cette époque, lia fièvre typhoïde à Saint-Etienne a diminué dans de grandes proportions. »
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leurs, tout à fût au bas du château se trouvent plusieurs excavations assez larges, excavations toujours remplies et qui ne sont balayées par les eaux que dans les fortes marées. Enfin, outre ces cuvettes étagées, outre ces fosses situées tout à fait en bas, les rochers voisins du château sont comme tapissés par des matières fécales desséchées, sur une largeur d'environ 10 mètres.— Ainsi les matières des fosses d'aisances, loin de tomber directement à la mer, séjournent plus ou moins longtemps dans les fosses ouvertes, exposées â l'air libre et dans les conditions letplus favorables pour subir la décomposition putride. » (I. Aron).
M. I. Aron fait néanmoins observer que l'origine du mal n'a point été locale, car la fièvre typhoïde régnait avec intensite à la même époque dans la population de Brest. Nous croyons d'autant plus nous même à l'influence de conditions morbifiques étrangères à cette caserne, que la mortalité a pesé relativement beaucoup plus sur les militaires qui, par leurs occupations et leur aisance spéciale, sont moins astreints à un séjour permanent au quartier, et qui vivent plus dans le milieu urbain : les sous-officiers, les musiciens, les ordonnances.
B. Le plus habituellement, les miasmes putrides étaient d'origine multiple, les émanations des latrines, celles des égouts, des conduites d'eaux ménagères, concourant simultanément à leur production.
Tel est le cas pour les épidémies suivantes :
Orléans. — La caserne Saint-Charles à Orléans étant en contre-bas de la jetée de la Loire, les eaux des cuisines ne peuvent s'écouler au dehors et sont reçues par un puisard situé en pleine cour ; la fièvre typhoïde s'y manifeste au mois de mars 1876, sur le 76 e de ligne, frappant spécialement les chambres placées au-dessus d'un fossé bourbeux entretenu par la réplétion et le débordement du puisard. (Rapport de M. Carayon).
DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/ ARMÉE. 113
Courbçvoie. — Lors de l'épidémie qui se développa sur le 102° de ligne à Courbevoie, du 3 août au 6 septembre 1873, M. Régnier invoqua spécialement : 1° l'influence des émanations de latrines à fosses mobiles; 2° d'antres émanations résultant des vices de construction de l'égout collecteur et des conduits qu'il reçoit de la caserne môme ; sur quatre points différents, les eaux de cuisine, les eaux savonneuses s'échappaient de ces conduits, formant des flaques d'eaux boueuses et fétides. Les diverses compagnies ont été atteintes en proportion de leur proximité de l'égout collecteur, tandis que deux autres corps, le 101 e de ligne, et le 17 e bataillon de chasseurs, installés dans le même casernement, sont * demeurés indemnes, et M. Régnier rapporte cette immunité à leur éloignement de l'égout collecteur dont les séparaient les locaux occupés par le 102«.
Montauban. — Nous extrayons les passages suivants du rapport de M. l'inspecteur Didiot, sur l'épidémie du mois d'août 1874 :
« Les latrines construites dans la cour du quartier Gasseras, et adossées au bâtiment de l'aile gauche offraient les dispositions les plus vicieuses et constituaient un véritable foyer d'infection. Les matières étaient reçues dans une vaste excavation sans maçonnerie ni ciment, creusée dans un terrain d'alluvion, qui rendait les infiltrations inévitables dans le soussol du bâtiment voisin. »
Le rapport de M. Cotte, médecin-major du régiment caserne en ce quartier, établit que les deux chambres les plus voisines de ce foyer d'infection ont été spécialement atteintes.
« Je crois, continue M. l'inspecteur Didiot, qu'il faut aussi mettre en cause l'égout qui s'ouvre au nord de la caserne, et dont l'extrémité (près de la rivière du Tarn), qui a été dégradée par les crues, présente actuellement des flaques d'eau infectes, retenues par les blocs de maçonnerie provenant de sa destruction, et formant autant d'obstacles à l'écoulement de ces eaux. Il n'est pas douteux que, sous l'influence des vents du N.-O. , qui sont prédominants à Montauban, ces exhalaisons malsaines ont contribué, autant que celles des latrines, à infecter la population de la caserne et celle du faubourg de Gasseras. »
Nancy. — M. Denoix insiste sur les conditions complexes d'infection de la caserne Saint-Jean de Nancy, où le 4 e régiment de hussards fut atteint au mois d'août 1874; située dans un bas-fond, dominée par tous les bâtiments environnants, et notamment par deux hôpitaux (le civil
et le militaire), cette caserne est exposée aux émanations do plusieurs regards d'égout «'ouvrant dans la rue qu'elle borde ; de plus, an centre de cette caserne, dans une cour étroite et profonde, sont placées les latrines qui communiquent directement avec cet égout.
À ces conditions d'insalubrité incriminées en 1874, allaient s'enjoindre de nouvelles, dont M. Daga nous donne le saisissant tableau, et qui devaient amener un retour violent de l'épidémie en 1875, dans cette même caserne.
De grands travaux de nivellement, de remuement du sol, de creusement de terrains pour la construction des nouveaux égouts, avaient été entrepris en 1875 sur divers points de la ville, mais nulle part aussi considérables que sur la place Saint-Jean, en face des casernes de Saint- Jean et des Prémontrés. La constitution géologique du sol sur lequel est bâtie la ville de Nancy le rapproche beaucoup des terrains palustres; la rue Saint-Jean confine à d'anciens étangs ; une couche sableuse trèsperméable, reposant sur un lit d'argile, s'imprègne depuis des siècles de matières organiques en voie de décomposition lente, et auxquelles, depuis que la rue est bâtie, s'ajoutent incessamment les infiltrations provenant des fosses d'aisance et des puits installés dans cette couche.
« Ce sont ces terrains qui, pendant la saison chaude, ont été creusés, bouleversés. Ce sont ces couches si riches en matières organiques qui, eiposées à l'air, ont fourni un dégagement considérable de miasmes, auxquels se sont joints les gaz provenant des conduits des maisons mis à découvert et restant béants jusqu'à l'achèvement du grand égout en construction. Ce fut au moment même où ce dégagement était dans toute son intensité, que se déclara l'épidémie qui a frappé le 4* hussards, le 19 août 1875. » (Daga).
Vincennes. — L'épidémie si grave de Yincennes (août 1874) a été considérée par plusieurs médecins comme relevant directement d'émanations putrides de nature complexe.
Au commencement du mois de juillet, par une chaleur exceptionnellement élevée, on avait procédé au curage des fossés du vieux fort, fossés renfermant des détritus organiques de toute sorte, non -seulement de nature végétale, .mais aussi de nature animale, notamment des liquides provenant des fosses d'aisance. La vase extraite de la cuvette, au lieu d'être transportée au loin, avait été étalée sur les bords, laissée à nu ou à peine recouverte, exposée ainsi à l'action directe du soleil, action
d'autant plus énergique que la température, en ce mois de juillet 1874, s'élevait à on niveau exceptionnel.
Plusieurs médecins, notamment MM. Perréoo, Lepelletier, Delon, attribuent nettement l'épidémie au curage intempestif de cette cuvette. « La soudaineté du début de l'épidémie, dit M. Lauza, sa violence inouïe pendant les premiers jours, le déclin non moins brusque et coïncidant avec l'évacuation du fort, tous ces faits ne pouvaient s'expliquer que par une cause récemment éclose. » M. Lauza indique môme le rôle possible du vent d'ouest dans le transport du miasme qui aurait atteint les garnisons situées à Test du fort de Vincennes, notamment Nogent, le camp de Saint-Maur, l'Ecole de gymnastique.
Et cependant plusieurs de nos collègues n'acceptent pas le rôle pathogénique attribué à ce curage des fossés.
M. Lauza, lui-même, n'émet qu'avec réserve l'opinion de l'influence pathogénique de ces émanations, vu la simultanéité d'atteinte de casernes éloignées du fort.
M. Masse n'admet pas qu'il y ait eu un centre unique d'origine à l'épidémie : quatre points relativement éloignés ont été contaminés presque au même moment; le fort de Vincennes, celui de Nogent, celui de Charenton et le bastion de l'infanterie de marine. D'ailleurs, depuis quelque temps déjà, la population civile de Nogent était atteinte de fièvre typhoïde et avait eu un certain nombre de décès.
D'après M. Masse, le curage de la cuvette aurait entraîné surtout des accidents d'impaludisme, et rien de semblable n'a été observé dans cette épidémie, qui « était bien la fièvre typhoïde classique, seulement avec un degré de gravité exceptionnel ».
M. Guillemin note l'immunité, certainement bien remarquable, de tous les hommes du 13 9 de ligne qui ont été employés au curage de ces fossés (4).
Aubervilliers. —.Du mois d'octobre 1875 au mois de mai 1876, la fièvre typhoïde a régné sans discontinuer sur le 68 e de ligne en garnison au fort d'Àubervilliers ; le nombre des cas n'autorise pas à dire qu'elle y était épidémique, mais la gravité en fut insolite (9 morts sur 22, ou 40 pour 100).
M. Dantin attribue le développement de ces maladies à plusieurs causes : 1° à l'écoulement difficile des eaux de la cour et des fossés,
(1) Voir également la note de la page 57.
d'où fermentation facile des détritus organiques provenant des cuisines; 2° aux émanations putrides résultant de l'inhumation faite dans les fossés de plusieurs soldats pendant la guerre de 1870-71 ; 3° à l'absence de ventilation des latrines; 4° à la proximité de ces latrines et d'un puits trop voisin également des cuisines; 5* aux émanations du dépotoir de Bobigny, amenées par le vent d'est, qui a régné presque tout cet hiver.
Amiens. — La caserne de la citadelle d'Amiens, où était logé le deuxième bataillon de chasseurs, est un bâtiment rectangulaire, composé de trois étages, reposant sur un sous-sol; ce sous-sol, où se trouvent les cuisines, est bordé au nord et au sud de deux petites cours où s'accumulent les eaux ménagères de la cantine, et qni chaque nuit se transforment, malgré la surveillance, en un vaste réceptacle d'urine.
Or, suivant M. Sorel, le maximum des atteintes pendant le mois de novembre 1876 s'est manifesté au premier étage, et leur nombre a été en décroissant, proportionnellement à l'altitude, dans les deuxième et troisième étages.
M. Sorel note même plusieurs atteintes chez les hommes qui ont été employés à la cuisine, c'est-à-dire au niveau même des foyers d'infection signalés dans son rapport.
Bcaulieu. — Au mois de mai 1875, une épidémie grave atteint h maison centrale de Beaulieu, et en même temps trois compagnies du 5 e de ligne casernées au hameau de la Maladrerie pour la garde de cette maison. M. Ricque incrimine spécialement le voisinage de deux mares infectes, dans lesquelles on projetait d'habitude toutes sortes de détritus organiques.
Givet. — A Givet, d'après M. Libermann, par suite du draguage de la Meuse, une quantité considérable de détritus avait été accumulée en face du grand quartier qui fut spécialement atteint de l'épidémie.
Il est un milieu où peuvent s'accumuler indifféremment les éléments les plus divers de putréfaction, que ces éléments proviennent de déjections humaines ou animales, qu'ils proviennent, comme la matière des égouts, des détritus de toute sorte. Ce milieu est le sol.
Malgré les réserves que nous avons opposées (chap. I,
p. 33) aux doctrines qui ont prétendu trouver là toute l'étiologie, soit de la fièvre typhoïde, soit du choléra, nous ne saurions trop encourager nos collègues dans la recherche des oscillations de la nappe souterraine immergeant et découvrant alternativement ces foyers cachés dont le rôle est peut-être aussi considérable (sans l'être davantage, suivant nous), que celui des foyers à ciel ouvert. L'assainissement de tant de villes, en Angleterre surtout, par le drainage, prouve la réalité de cette source morbifique, sur laquelle l'hygiéniste doit insister d'autant plus qu'elle est moins apparente; plusieurs des faits précédents suffiraient à en démontrer la nocuité.
Dans un des rapports les plus complets, adressés au conseil de santé, M. Annequin étudie spécialement la part qui revient aux conditions d'infection du sol dans la ténacité de la fièvre typhoïde, qui, pendant les trois années 1874, 1873, 1876, a frappé le 12 e régiment de cuirassiers, dans la caserne de la Part-Dieu, à Lyon.
Située au voisinage du Rhône, cette caserne repose sur un terrain d'alluvion constitué par des lits de sable et de gravier, très-perméables et d'une grande épaisseur, terrain saturé de déjections d'un grand nombre d'hommes et de chevaux (5,000 hommes et 2,000 chevaux).
Ici, les mouvements de la nappe souterraine sont en rapport étroit avec le niveau du Rhône qui, à la moindre crue, infiltre rapidement le sol, comme en témoigne immédiatement l'élévation correspondante de l'eau des fossés de la ville, séparés du fleuve par le terrain en question.
1(8 DE M FIÈVRE TYPHOÏDE DANS l' ARMÉE.
Devons-nous» avec M. Annequin, considérer ces conditions du solde la Part-Dieu comme favorables aux fermentations putrides intra*telluriques, au moment du retrait des eaux du fleuve?
Nous avouons avoir plutôt quelque tendance à considérer ces débordements souterrains du fleuve comme susceptibles de laver un sol si ricbe en matières organiques, et à les comparer à de véritables chasses d'égout que nous aimerions mieux certainement voir s'accomplir à travers une canalisation régulière.
D'ailleurs, le retrait des eaux du Rhône n'est pas assez complet dans ce terrain pour entraîner des alternations hygrométriques comparables à celles des régions où s'accomplissent, dans toute leur échelle, les oscillations de la nappe d'eau souterraine.
C'est précisément & la perméabilité des terrains d'alluvion sur lesquels reposent les quartiers de Perrache , de la Gtiillotière, des Brotteaux, etc., et à la permanence de l'humidité de ces terrains, que Pettenkofer a rapporté l'immunité de cette partie de Lyon contre le choléra.
Quel que soit le rôle du sol dans la persistance de la fièvre typhoïde dans la caserne de la Part-Dieu, ce fait démontre que les localités susceptibles de fièvre typhoïde peuvent ne pas l'être de choléra ; nous avons insisté déjà sur cette considération (Épidémies et milieux épidémiques, p. 95), pour établir l'inexactitude de la doctrine qui attribue à des conditions géologiques similaires l'affinité de ces deux maladies pour une même localité.
3° Concours simultané des miasmes humains et des miasmes putrides.
D'après plusieurs rapports, l'influence miasmatique de l'encombrement a été associée à celle d'émanations putrides d'origine diverse.
Caen. — M. Ricque insiste sur la complexité des causes d'insalubrité de la caserne de Vaucelles à Caen, durant l'épidémie dont y fut atteint le 5 e de ligne (1874-1875). D'une part, il y avait encombrement par insuffisance des locaux ; d'autre part, la caserne était exposée à des émanations miasmatiques provenant de plusieurs sources, notamment : 1° de l'Orne, dont le fond limoneux est mis périodiquement à nu par le reflux de la mer ; 2° d'un canal, à ciel ouvert, recevant (es immondices de Fégout principal de la ville; 3° d'un conduit de vidange traversant toute la caserne, et dont un regard s'ouvrait au milieu de la cour; 4° du sol lui-même, qu'une nappe d'eau souterraine très-superficielle maintient dans des conditions exceptionnellement favorables au dégagement d'effluves telluriques, comme le prouve la fréquence habituelle des fièvres intermittentes.
Camp de Châlons. — M. Antony, après avoir indiqué les conditions d'encombrement spéciales à certaines baraques du camp de Châlons, exclusivement atteintes par l'épidémie, établit en outre l'intervention d'autres causes d'insalubrité ; ces baraques étaient entourées d'un terrain meuble, formant, à chaque pluie, une couche épaisse de boue noirâtre ; pendant la nuit, au lieu de se rendre aux latrines qui étaient trop éloignées, les hommes s'arrêtaient à quelques pas de leurs baraques, souillant dé leurs excréments un sol riche déjà en matières organiques animales ou végétales. Pendant la période de dégel qui précéda la petite épidémie du mois de janvier 1876, les planches des baraques furent souillées d'une masse de détritus importés par les allées et venues de leurs habitants, qui ne pouvaient sortir sans enfoncer jusqu'aux chevilles dans la boue qui les environnait.
Les observations de M. Ricque et celles de M. Antony se rapprochent, non-seulement par cette circonstance commune de la complexité des causes miasmatiques, mais par
certains faits qui démontrent que, de part et d'autre, les locaux étaient transformés en foyers morbifiques d'une activité remarquable.
M. Ricque note, en effet, l'amélioration survenue chez nombre de malades par le seul fait de leur transport de l'infirmerie régimentaire qui participait aux conditions d'insalubrité de toute la caserne, dans les salles vastes et spacieuses de l'hôpital, situé sur un des points culminants et salubres de la ville,
M. Antony, de son côté, a vu la maladie apparaître de préférence chez les hommes retenus, pour n'importe quelle autre affection, dans les baraques atteintes de l'épidémie; il fait remarquer que les maladies les moins connexes à la fièvre typhoïde, les angines, les bronchites simples en devenaient la cause, parce que, retenant les hommes dans leurs demeures, elles les maintenaient plus complètement au contact de la cause infectieuse.
Le Mans. — Au Mans, une épidémie sévit, du 15 novembre 1875 au 15 mars 1876, sur le 26 e régiment d'artillerie; M. Gombier incrimine simultanément l'encombrement des baraques et l'imprégnation du sol par les infiltrations de latrines mal aménagées.
Montbéliard. — A Montbéliard, le château qui sert de caserne est élevé sur un rocher taillé à pic, balayé par tous les vents, dans des conditions d'aération générale aussi complètes que possible. M. Jeanmaire démontre cependant les diverses conditions d'insalubrité de cette résidence.
D'abord, ce bâtiment n'a pas été construit pour sa destination actuelle. On l'a scindé en pièces généralement spacieuses, dont quelques-unes sont éclairées par de vastes fenêtres ; dont quelques autres, par le fait de cette répartition, n'ont eu en partage que des ouvertures insuffisantes et sont tellement difficiles à aérer que M. l'inspecteur Legouest a con-
seillé de pratiquer des jours dans leurs plafonds. Dans bien des chambres, les planchers sont pourris ; il s'y est formé de véritables trous, remplis de détritus de toute sorte. Les eaux ménagères des cuisines s'écoulent dans la cour à ciel ouvert. Dans cette même cour existe un puits intérieur, suspect de communication avec un canal où les latrines versent leur trop plein ; l'autorité a interdit l'usage de l'eau de ce ptrtts ;mais, pour y suppléer, il faut descendre jusqu'au pied du rocher, et cette difficulté a pour résultat la négligence des soins de propreté corporelle.
Lons-le-Saunier. — L'épidémie observée à Lons-le-Saulnier, en août 1874, sur le 44 e de ligne, se manifeste dans une caserne dont les fosses d'aisance sont évidemment mal installées, mais dont l'effectif est subitement augmenté d'une centaine d'hommes par le fait de l'arrivée de la deuxième portion du contigent.
Tarascon. — L'épidémie éclate en juillet 1874 dans la caserne de cavalerie de Tarascon, sous la double influence d'émanations putrides provenant du ruisseau-égout la Roubine, desséché par l'extrême chaleur de la saison, et de l'encombrement produit par l'arrivée des recrues de la deuxième portion du contingent (Péria, thèse de Montpellier, 1866).
B. Infection animale par les voies digestives.
Dans nombre de garnisons, nos soldats ont eu à partager avec la population civile les inconvénients de l'usage interne d'eau de mauvaise qualité.
Aux conditions d'infection atmosphérique invoquées dans le développement des épidémies de Nancy, a pu se joindre l'influence d'eaux altérées par la présence de matières organiques ; ces matières abondent dans les puits de cette ville d'après les analyses de M. Ritter; leur origine est suspecte au premier chef, car elles proviendraient, pour une grande part, des infiltrations de grand nombre de fosses d'aisance, nullement étanches, établies au milieu de la couche sableuse dont la nappe d'eau alimente les puits en question (Daga).
A Longwy, M. Bouchet signale l'abondance des matières organiques dans l'eau du puits, qui fournit aux besoins de la caserne et de la ville.
A Montbéliard, on a soupçonné également, mais sans arriver à une
démonstration, l'altération de l'eau par l'infiltration da contenu des latrines (voir ci-dessus, p. 121).
L'influence pathogénique des eaux de consommation a été invoquée plus spécialement comme cause des épidémies de Vincennes (juillet 1874), de Pontgouin (octobre 1874), et de Maubeuge (février 1876).
Vincenne$. — On trouve dans ce Recueil (mai et juin 1874) un travail de M. Brouant sur les eaux qui alimentent le fort de Vincennes, travail qui donne l'analyse : 1* des eaux fournies par la Compagnie générale des eaux; 2° de l'eau du puits situé au milieu de la cour du fort; et qui aboutit à la conclusion suivante * « Les premières de ces eaux sont fraîches, agréables au goût, ne renfermant ni nitrates, ni nitrites, en matières organiques. Les secondes, au contraire, sont troubles; leur résidu noircit fortement par la calcination. Elles sont très-chargées de nitrites et de nitrates, et doivent être rejetées totalement de l'alimentation. »
Il est bien entendu que l'usage alimentaire de l'eau de ce puits est formellement interdit par l'autorité; elle ne doit servir qu'à certains usages de propreté, au lessivage, à l'arrosage, etc. Mais plusieurs médecins des régiments installés au fort pendant Tété 1874, notamment H. Lepelletier, ont constaté que les hommes avaient maintes fois enfreint la consigne, recourant, pour étancher leur soif, à l'eau jaunâtre et glacée de ce puits, qui était Jà toujours à leur disposition, tandis que les fontaines alimentées par la compagnie des eaux ne s'ouvraient qu'à certaines heures.
Camp de Pontgouin. — Durant leur séjour au camp de Pontgouin (septembre 1874), les troupes du quatrième corps n'eurent à leur disposition que l'eau de l'Eure; la sécheresse avait réduit presque à néant l'eau provenant des sources ou des puits qui alimentent en temps ordinaire les gens du pays, et qui d'ailleurs n'eussent jamais suffi aux besoins d'une agglomération de près de 8,000 hommes. L'eau de l'Eure, à laquelle les habitants n'ont jamais recours pour leur alimentation, était très-basse, et, « pour en avoir en quantité suffisante à l'abreuvoir, on avait été forcé d'arrêter le courant au moyen des écluses du moulin. Cette eau, agitée par les soldats qui, en grand nombre, venaient y laver,
y boire, on y puiser pour l'alimentation, était constamment troublée, et rappelait par sa couleur et sa fétidité celle que Ton boit si souvent dans les colonnes du sud de l'Algérie». (Rapport de M. Roux).
M. Roux fut du reste ultérieurement délégué par l'autorité militaire pour l'analyse de l'eau de l'Eure à Pontgouin, analyses dont voici les conclusions :
« L'eau de l'Eure est limpide, incolore, presque inodore quand elle n'est pas agitée. Elle ne contient pas de sels qui la rendent impropre à la boisson, au savonnage et à la cuisson des légumes; elle a une saveur désagréable et fétide qu'elle doit à la forte quantité de matières végétales en décomposition qu'elle tient en suspension. »
Il faut noter que cet examen, pratiqué près d'un mois après la levée du camp, différait singulièrement de ce qu'il eût été pendant la durée de ce camp, alors que la rivière était beaucoup plus basse en raison de la sécheresse, et qu'elle était constamment troublée par les chevaux et par les hommes.
Maubeuge. — L'épidémie observée dans la garnison de Maubeuge par M. Scalfort, aux mois de février et mars 1876, a sévi spécialement sur un détachement occupant en cette place la caserne de la porte de France, caserne pourvue d'un puits très-peu profond, dont l'eau renfermait une proportion très-considérable de matières organiques.
Cette épidémie de Maubeuge, l'une des plus restreintes de toutes celles qui nous occupent, est la seule peut-être où l'influence incriminée ait une valeur réelle.
Et encore cette influence est-elle bien difficile à caractériser ; l'eau était-elle simplement putride, comparable à un foyer infectieux qui va créer la maladie spontanément? Ou bien renfermait-elle un germe virulent provenant de malades atteints de fièvre typhoïde, ce que le rapport ne dit pas, et ce que ne saurait prouver encore, à notre époque, aucune analyse?
Cette rareté, pendant la période qui nous occupe, de la contamination par les eaux alimentaires vient à l'appui de
l'opinion que nous avons émise sur le rôle des eaux impures dans le développement de la fièvre typhoïde et du choléra.
Ces deux maladies offrent avec la dysenterie le double caractère commun : i° d'entraîner la surabondance et l'altération des évacuations intestinales ; 2° de présenter leurs principales lésions sur le trajet du tube digestif, en sorte que l'esprit se laisse volontiers aller à la pensée d'une propagation morbide facilement explicable par la production exagérée du produit pathologique, et par son transport dans un autre organisme, grâce aux boissons, sur le point même où se développera la lésion caractéristique. Cette conception prend l'apparence de simplicité de l'inoculation d'un produit virulent.
Dans un travail sur les conditions de propagation du choléra (i), nous avons donné plusieurs preuves de l'exagération de cette doctrine, et de son insuffisance pour expliquer la marche du fléau indien.
Quant à la fièvre typhoïde, je pense que la mauvaise qualité de l'eau peut donner la raison de la persistance d'une épidémie dans un quartier; mais quand nous voyons les casernes d'une même ville successivement atteintes, sans que rien ait été changé dans l'aménagement des sources, puits, fontaines, etc., auxquels chacun puise son eau de consommation, nous ne pouvons admettre qu'avec réserve
(1) L. Colin, Le choléra, ses foyers, influence de Vair et de Veau sur sa propagation, Mémoire la à la Société médicale des hôpitaux (voir Union médicale, 25 septembre 1873).
le rôle de cette eau, comme agent spécifique de propagation du mal. Il y a là plutôt, dans le choléra comme dans la fièvre typhoïde, une cause banale, cause qui produit une véritable sollicitation morbide vers l'intestin, sollicitation dangereuse dans les périodes épidémiques, à un moment où la première indication est le maintien normal des fonctions digestives.
Ce rôle, tout secondaire qu'il paraisse, est encore bien important et surfit largement, à nos yeux, pour que nous réclamions toutes les mesures d'assainissement à l'endroit des eaux de consommation, avec la même énergie que si nous croyions à leur spécificité. (Voir Conclusions prophylactiques) (1).
(1) Au moment où ce travail est mis sous presse, le Conseil de santé reçoit de M. le médecin-major de 1" classe, Désiré Bernard, un rapport sur la fièvre typhoïde épidémique de la garnison de. la Fère, en avril et mai 1877, rapport dont l'auteur insiste spécialement sur l'influence patbogénique de l'eau chargée de matières organiques : M. Bernard indique d'abord la raison, suivant lui, de l'augmentation du danger après des inondations :
« L'Oise serpente dans une vallée où l'industrie des habitants consiste en grande partie dans la culture du chanvre et du lin, que Ton fait rouir dans des bassins qui reçoivent l'eau de la rivière. En temps ordinaire, cette eau, chargée de principes malsains, reste dans les routoirs; mais, lorsque une inondation est considérable, la force d'impulsion des eaux remue le fond vaseux de ces bassins et entraîne tous les détritus dans l'Oise , déjà chargée des matières putrescibles des prairies aménagées avec l'aide du guano et autres engrais. »
L'eau est prise pour la consommation de la garnison de la Fère dans un bras de l'Oise, et, malgré la filtration qui lui est tout d'abord imposée, elle est souvent trouble, conservant parfois une odeur de vase très-mar-
126 DE LA FlÈVaE TYPHOÏDE DANS l'aHMÉS.
Art. 2. — Contagion.
Dans une maladie aussi essentiellement et aussi exclusivement humaine que la fièvre typhoïde, on nous permettra de tenir peu de compte, en cette grave question de la contagion, des conclusions de plusieurs expérimentateurs qui, pour avoir développé des accidents de septicémie banale chez des animaux réfractaires à cette maladie, se sont hâtés de conclure à son inoculabilité et à sa virulence absolue. Que nous apprend l'observation humaine, la seule à mettre en cause ici?
Dans grand nombre de cas, les faits attribués à la contagion sont relatifs à des individus qui subissaient simultanément l'influence d'un foyer typholgène. C'est là le résul-
quée. Des vases remplis de cette eau, et conservés plusieurs jours recou* verts de gaze, exhalent une odeur de putréfaction. L'analyse faite au point de vue des matières salines n'en a signalé aucun excès, mais ne diminue en rien la valeur de l'observation faite par M. Bernard.
« Des plaintes contre l'insalubrité de cette eau avaient été formatées également par le vétérinaire en premier du 17 e régiment d'artillerie, qui prétend que cette eau produit chez les chevaux des affections fréquentes du tube intestinal. »
Sans considérer l'action de l'eau comme ayant été la cause directe de l'épidémie signalée par M. Bernard, nous admettons sa participation, comme cause occasionnelle, à la généralisation de cette épidémie, et pensons qu'il y a lieu de tenir grand compte des conclusions de notre collègue, qui conseille « d'imiter les habitants en ne bavant que de l'eau de puits forés dans le sol, ou d'établir on réservoir permettant à l'eau de l'Oise de se débarrasser, avant le filtrage, de toutes les matières vaseuses qu'elle tient en suspension »«
tat de l'identité, apparente au moins, des milieux dans lesquels s'accomplissent la naissance originaire, spontanée, de cette affection, et sa naissance secondaire, par contagion ; en effet, dans les deux cas, le mal naît habituellement au contact, soit de l'homme, soit des produits de décomposition qui en proviennent.
Comment osera-t-on affirmer que l'impression morbifique se soit accomplie suivant le mode virulent, par le fait de l'action d'un germe spécifique, ou suivant le mode infectieux, par l'action de miasmes non virulents?
Question souvent difficile à résoudre en bien des cas, dans lesquels on peut invoquer, soit en faveur de la spontanéité, soit en faveur de la transmissibilité, les circonstances dans lesquelles s'est produite l'affection.
Telle est d'ailleurs l'éternelle difficulté qui se représente à l'origine des maladies in fectio -contagieuses; quand, dans une salle de malades, la fièvre puerpérale, le typhus, l'ophthalmie purulente gagnent de lit en lit, les uns en attribuent la propagation au contage, les autres à l'influence d'un miasme agissant simultanément sur tous.
Nous pensons qu'il y a, le plus fréquemment, association de ces deux causes morbides, dont la plus puissante, à nos yeux, est, non pas la contagion, mais l'infection.
Les faits démontrent, par exemple, que le séjour dans une caserne où s'est développée la fièvre typhoïde, est certainement plus dangereux j n'eût-on près de soi, dans sa chambre, aucun de ceux qui en sont frappés, que le séjour dans les salles d'hôpital qui reçoivent ces malades. N'est-ce
128 DE LA FIÈVRE TYPflOlDE DANS L* ARMÉE.
pas entièrement l'inverse pour la variole et pour l'ensemble des maladies virulentes?
Un individu ne prendra guère la fièvre typhoïde pour avoir été rendre visite à un malade atteint de cette affection; il faudra un séjour prolongé ou fréquemment répété pour que l'imprégnation morbide s'effectue ; or l'esprit ne peut s'empêcher de rapprocher ce mode de contamination du processus relativement assez lent de l'infection, et de l'éloigner de l'acte infiniment plus rapide de la contagion.
Comme dans le typhus et dans la peste, les agglomérations de malades seront plus redoutables, pour la propagation de l'affection, que les malades isolés ; il en est autrement de la variole où le contact d'un seul malade, pendant quelques instants, suffit à la reproduction du mal.
Mais il y a plus : malgré leur séjour constant dans l'atmosphère viciée par plusieurs individus atteints de fièvre typhoïde, c'est-à-dire malgré les conditions les plus favorables à cette imprégnation lente et continue qui semble ici nécessaire, nous ne voyons guère cependant l'affection se propager aux malades voisins dans une même salle d'hôpital. Dans ma carrière déjà longue de médecin militaire, je ne me rappelle guère qu'un fait de contagion de ce genre; c'était en 1859, chez un dysentérique.
Cela tient, jusqu'à un certain point, aux conditions de réceptivité extrêmement faible des individus atteints d'une autre affection. Ce qui nous le prouve, c'est que la fièvre typhoïde atteint plus fréquemment les personnes non malades vivant dans le milieu hospitalier, comme les sœurs, les
étudiants, les iofirmiers militaires, ces derniers surtout dont le contact avec les malades est le plus complet et le plus prolongé, dont en outre la réceptivité spéciale est analogue à celle des autres soldats. Mais cela tient surtout à ce que, dans l'hôpital, la contagion seule est à craindre, tandis que, dans la caserne où règne la fièvre typhoïde, au danger du contage se joint le danger de l'infection par les miasmes typhoîgènes originels, c'est-à-dire par l'influence du milieu où la maladie a trouvé ses conditions de développement et d'entretien.
Plusieurs des faits que nous allons rapporter (p. 135),
démontrent que les atteintes du personnel hospitalier ont
été plus communes à la fin des épidémies, comme si alors l'hôpital avait fini par contracter peu à peu la nocuité au foyer primitif de l'affection.
Nous considérons comme démontrée la transmissibilité de la fièvre typhoïde; il a suffi, maintes fois, de l'arrivée d'un malade dans une localité antérieurement préservée pour que l'affection se manifeste chez les habitants de cette localité; le licenciement d'un lycée, d'un séminaire a été le point de départ de la contamination de tout un département, lors du retour des élèves dans leurs familles. Mais cette transmission, au lieu de s'opérer d'une manière à peu près fatale et analogue en tous les cas, est soumise, bien plus que pour les maladies virulentes, aux conditions de réceptivité créées par l'état de l'organisme et les circonstances du milieu. Il y a quelques années, les élèves du lycée de Rouen, où régnait la fièvre typhoïde, sont ren-
430 M LA F1ÈVU TYPBOlBB DAMS LARME».
voyés dans leurs familles, et réminent observateur qui relate ce fait, Leudet, fait remarquer qu'il n'y eut, lors de la rentrée des élèves ohez leurs parents, aucun cas de trans-
mission.
Le rapport de M. Rollet, sur l'épidémie de Lyon, pendant le printemps t874, établit également l'immunité d'un grand nombre de familles des élèves du lycée de cette ville, malgré le retour des enfants malades; cette immunité fat absolue pour les familles qui résidaient hors de Lyon; 67 élèves malades, disséminés ainsi en 12 départements autour de Lyon, n'ont apporté la contagion nulle part avec eux.
De ces faits nous pouvons rapprocher les exemples que nous signalerons plus loin de l'absence habituelle de tout danger de propagation de la maladie par les déplacements des troupes qui en sont atteintes. (Voir chapitre 4 : Conclusions prophylactiques). Avant de conclure, d'après ces faits, à l'inanité de la contagion, il importe de tenir compte d'autres faits où l'arrivée de malades, s'oit dans une localité, soit dans une maison antérieurement préservée, y a déterminé l'explosion de la fièvre typhoïde. A Lyon même, pendant cette épidémie de 1874, l'épidémie aurait été ainsi propagée à leurs familles par ceux des élèves dont les parents habitaient la ville, subissant, sans avoir été impressionnés jusque-là, l'influence générale d'insalubrité urbaine. Nous verrons de même le danger des déplacements des régiments malades, quand la nouvelle résidence qui leur est assignée ne se trouve pas dans des conditions de salubrité parfaite.
Il est donc essentiel de tenir grand compte des différences de réceptivité du milieu où ont été transportés, de part et d'autre, les germes morbides.
Les faits invoqués dans les différents rapports, à l'appui de la contagion, sont de deux ordres : ils se rattachent aux conditions générales de développement de l'épidémie , ou à des circonstances particulières de contamination individuelle*
Faits de premier ordre.
i°M. Blanc voit débuter l'épidémie du 3 e chasseurs d'Afrique (avrilnovembre 1876) par le 6 e escadron nouvellement rentré de Tébessa, où cet escadron avait été atteint de cette affection; la maladie aurait successivement gagné les autres escadrons réunis au précédent, dans la caserne du Mansourah, près Constantine. Pour M. Blanc, c'est là une épidémie d'importation; cette genèse de l'épidémie lui paraît d'autant plus nette que Ton ne peut invoquer aucune source de méphitisme local ; le quartier du Mansourah, occupé par ce régiment, est situé dans des conditions de salubrité parfaite, soit comme altitude, vu son élévation sur une éminence qui l'éloigné des oscillations de toute nappe souterraine, soit comme installation intérieure ; ce quartier se compose, en effet, de dix pavillons parfaitement isolés, suffisamment éloignés les uns des autres, ainsi que des latrines et des cuisines auxquelles est destiné un chalet à part.
2» Pour M. Guillemin, l'atteinte du 39* de ligne, au fort de Vincennes, pendant l'été 1874, est surtout la conséquence du voisinage d'autres rér giments antérieurement contaminés; l'immunité des hommes qui ont été employés au curage des fossés du fort témoigne de l'innocuité des émanations miasmatiques de ces fossés ; il n'y a eu ni encombrement, ni fatigues exceptionnelles pour les soldats de ce régiment.
3° Les cas les plus nombreux de transmission appartiennent à l'épidémie du camp de Pontgouin (septembre 1874). M. Régnier a indiqué plusieurs de ces faits : 1° l'extension de l'épidémie à Alençon, aussitôt là rentrée du 17 # bataillon de chasseurs venant de ce camp, et l'atteinte
132 DE LA FIÈVRE 1YPH0ÏDE DANS LABM*E.
de vingt chasseurs qui n'avaient pas assisté à ces manœuvres; 2° L'atteinte, à Laval, d'un enfant de troupe du 102* qui a également contracté la maladie par transmission. M. Renard signale des faits du même genre se rattachant à la même épidémie, notamment l'atteinte, à Laval aussi, de trois enfants de troupe et d'autres militaires du 101 e qui, eux non plus, n'avaient pas été au camp.
M. Houx rapporte également qu'à Chartres, sur les quatre-vingt-dix cas de fièvre typhoïde observés dans le 2 e dragons, aussitôt sa rentrée du camp de Pontgouin, il y en eut dix-huit qui se développèrent chez des hommes qui n'avaient pas quitté In garnison.
Les rapports de MM. Fropo, médecin en chef à Versailles ; Raould, médecin en chef à Jouy-en-Josas, établissent l'état sanitaire parfait du camp de Salory et de la garnison de Versailles, avant le retour des troupes revenant de Pontgouin, retour qui a signalé l'explosion épidémique dans la garnison de Versailles.
4° L'importation du mal à Gompiègne est démontrée par les rapports de MM. Fristo, Longet et Renard. Cette importation fut accomplie par le 87 e de ligne, atteint de fièvre typhoïde, à Paris, et envoyé à Gompiègne, au commencement du mois de septembre 1875. Dès son arrivée à destination, cinq malades de ce régiment, atteints de fièvre typhoïde, entraient à l'hôpital de Gompiègne.
Dans la caserne, où fut installée la majeure partie du 87 e de ligne, se trouvaient déjà deux autres corps : le 13* dragons et le 54' de ligne, jouissant jusqu'alors d'un état sanitaire irréprochable; il en était de même de la population civile; le 13 e dragons ne fut atteint que le 8 décembre, deux mois environ après l'arrivée du 87* de ligne; le 54 e fut frappé ensuite.
5° La contagion a pu jouer un rôle dans le développement de l'épidémie dont fut atteint le 12 e cuirassiers, pendant l'été 1875, au camp de la Valbonne; la maladie aurait été importée de Lyon, d'où venait ce régiment.
M. Annequin n'émet d'ailleurs cette penséo qu'avec réserve, vu la période de temps assez longue (dix jours) qui s'écoula entre ce départ de Lyon et l'arrivée au camp.
En revanche, plusieurs rapports témoignent de la nonintervention de la contagion dans l'expansion de l'épidémie.
DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/ ARMÉE. 133
M. Masse note l'immunité de l'hôpital du Val-de-Grâce dont la buanderie continua cependant, durant l'épidémie de Vincennes, en 1874, & recevoir, pour le blanchir, le linge de ce dernier hôpital.
M. Marvaud mentionne, tout en se demandant s'il n'y avait pas, en cette préservation, une question de race, l'immunité absolue des compagnies de tirailleurs algériens appelées à occuper, sans désinfection préalable, les casernes de Mascara, où la légion étrangère venait d'être si sérieusement atteinte.
Faits dn deuxième ordre.
Pour apprécier à leur juste valeur les cas de contamination individuelle, il est nécessaire de tenir compte de certaines circonstances qui peuvent en augmenter ou en amoindrir l'importance. •
Les atteintes des infirmiers eux-mêmes sont parfois complètement indépendantes des chances de contage qui leur sont imposées par leur profession ; tel est le cas pour quatre infirmiers de l'hôpital de Mascara, atteints tous les quatre, d'après le rapport de M. Marvaud, au début même de l'épidémie, alors que les occasions de contage existaient à peine à l'hôpital, et en outre employés, non pas dans les salles, mais aux divers services d'exploitation.
1° D'après le rapport de M. Daga, en 1874, il y a eu dix cas de fièvre typhoïde, contractés à l'hôpital militaire de Nancy : éinq militaires, deux frères hospitaliers et trois infirmiers, <t Un des militaires était en traitement, depuis vingt-sept jours, dans le service des fiévreux, pour une pleurésie gauche. L'un des frères hospitaliers était employé dans notre service, et avait donné des soins tout particuliers à un homme atteint de fièvre typhoïde grave, suivie de mort ».
Les quatre autres malades se trouvaient dans la division des blessés, depuis un temps variant de 20 à 68 jours.
Ces faits sont très-probants; nous nous demandons ce-
134 DE Lk FIÈVRE TYPHOÏDE DAMS L'aUCÊE.
pendant si la contagion n'a pas été aidée ici de l'infection, tu la proximité entre l'hôpital militaire de Nancy et la caserne Saint-Jean qu'il surplombe, et dont il a peut-être partagé les conditions infectieuses de quartier si bien établies par M. Daga(voir p. 114),
2° A Vincennes, M, Masse voit l'affection se développer dans ses salles, chez deux malades atteints de maladies complètement étrangères à la fièvre typhoïde, l'un de rhumatisme, l'autre de cystite.
3° A l'hôpital Saint-Martin, pendant la recrudescence automnale de 1876, plusieurs infirmiers furent frappés de l'épidémie.
M. Molard rapporte l'observation d'un étudiant en médecine, engagé conditionnel d'un an, qui, soignant un malade gravement atteint de fièvre typhoïde, dut être hospitalisé pour la même affection, et succomba le 30 octobre 1876, époque des premiers décès 'dépendant de cette recrudescence épidéorique.'
Deux autres infirmiers de Saint-Martin, employés dans les salles, sont également atteints et gravement, le 20 novembre, époque du déclin de la recrudescence en question.
Et, enfin, il en entrait trots autres pendant le mois de décembre.
Les faits signalés par M. Molard démontrent que la presque totalité des atteintes des infirmiers (cinq sur six) se sont manifestées à partir du 20 novembre, époque où l'épidémie automnale de 1876 subissait, à Paris, un mouvement de déclin extrêmement prononcé. Les infirmiers ont été atteints postérieurement à la marche de la garnison.
4° Il en a été de même au Val-de-Grâce : < Depuis le 19 novembre, dit M. Lereboullet, j'ai reçu treize fièvres typhoïdes, sur lesquelles quatre infirmiers appartenant à l'hôpital du Val-de-Grâce ; pendant toute l'année, pas un seul de ces infirmiers n'a été contaminé dans l'intérieur de l'hôpital^ et, au moment où l'épidémie arrive à son déclin, ils paient un tribut assez lourd à* la maladie. »
5° A l'hôpital de Lyon, dans le service de M. Alix, un seul infirmier a été atteint, et, là aussi, à la fin de l'épidémie.
6° M. Lauza fournit les indications les plus précises à cet égard, d'après l'épidémie de Vincennes de 1874 : oc L'hôpital, qui a reçu toutes ces fièvres typhoïdes, mérite une place à part dans cet exposé. En effet,
m la fièvhb TrrirotDB Mira l'arbée* 135
les cas qui s'y sont produits sur les infirmiers paraissent devoir être attribués à la contagion, pins évidente ici qu'ailleurs. Bien qu'il soit à 800 fofcttes du fort dé Vîncennes, h marche de l'épidémie n'est plus la même. Aucun cas, depuis le commencement de l'année jusqu'au mois d'août, ne s'était produit. Le premier, au lieu de remonter à la fin de juillet, comme partout ailleurs, ne remonte qu'au 14 août, c'est-à-dire dix - huit jours après l'entrée des premiers typhiques qui étaient alors au delà dé 300* Auâsi, c'est pendant l'éncotabrémênt de l'hôpital, au mois d'août» que sept cas se produisent; deux autres cas Se produisent encore dans la première quinzaine de septembre. Cette proportion de neuf cas et deux décès sur 420 hommes est énorme : 9,6 p. 100; elle est presque égale à celle du fort neuf de Yincennes. Pendant les mois d'octobre» de novembre et décembre, il y a un cas par mois; dans le mois de février, trois cas et un décès ; et dans h mois de mars, hui cas et un décès ; ici donc encore la recrudescence de l'épidémie s'est fait sentir.
Dans les détails du rapport de M. Lauza, je relève, parmi les différentes observations, celle d'un infirmier spécialement employé à pratiquer des lotions aux malades atteints de fièvre typhoïde.
Voici en quels termes nous-même avons apprécié, dans notre rapport sur l'état sanitaire du Val-de-Grâce, en 1876, les circonstances qui nous avaient frappé dans l'atteinte des infirmiers militaires de cet hôpital :
« On pourrait se demander si cette atteinte tardive des infirmiers ne tiendrait pas à l'augmentation progressive des dangers du milieu nosocomial, à mesure qu'un plus grand nombre de malades étaient successivement admis. Mais, au demeurant, nous ne regardons pas comme bien considérable le chiffre d'atteintes des infirmiers : il n'a été, au total, que de 7, pendant toute l'année, sur 188 malades; relativement à l'effectif des infirmiers, c'est là une proportion comparable à celle dans laquelle ont été frappés les autres corps, et bien inférieure à celle des atteintes subies par les régiments les plus éprouvés. »
Art. 3. — Influences atmosphériques en général (météores
et saisons).
Beaucoup de ces épidémies ont été contemporaines, éclatant simultanément en des localités éloignées les unes des autres, et libres de toute communication réciproque. Cette simultanéité peut être, en partie, considérée comme la simple conséquence du nombre môme de ces épidémies qui ne pouvaient apparaître en cette courte période de trois ans, sans bien des chances de coïncidence réciproque. Mais il est des cas où non-seulement il y a coexistence, mais parallélisme absolu, où l'épidémie d'une localité correspond à celle d'une autre, non-seulement dans sa naissance, mais dans toutes ses périodes.
Ainsi , d'après les faits observés à Amiens, notamment par M. Sorel, médecin-major du 2 e bataillon de chasseurs à pied, il y a eu, durant l'automne de 1876, dans la garnison dé cette ville, une recrudescence de l'endémie typhoïde parallèle à celle de Paris ; dix-sept hommes de ce bataillon sont entrés à l'hôpital, pendant le mois de novembre 1876, cinq pendant le mois de décembre suivant, puis il n'y a plus eu que les cas isolés habituels.
La recrudescence de novembre ne fut pas spéciale au 2 e bataillon de chasseurs; toutes les casernes de la ville donnèrent des malades, toutes les armes furent atteintes, et la population civile d'Amiens ne fut pas épargnée. Les pensionnats fournirent surtout un lourd contingent à la mala-
D& LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS l/ ARMÉE. 137
die ; un certain nombre d'enfants furent atteints, qui n'avaient pas douze ans.
Dans son déclin, l'épidémie ressemble encore à celle de Paris; tout s'arrête en décembre, époque d'arrivée des jeunes recrues qui, comme à Paris, sont entièrement ménagées.
Cette simultanéité indique-t-elle l'influence, commune à Paris et à Amiens, d'une constitution atmosphérique qui aurait contribué, de part et d'autre, à l'explosion de l'épidémie, puis à son déclin?
Nous sommes très-disposé à l'admettre, conformément à l'opinion que nous avons émise sur le rôle de l'atmosphère dans les oscillations de nocivité des foyers typhoïgènçs (pages 94 et 95) .
À ceux qui prétendraient que la constitution atmosphérique agit par elle seule, directement, et non par la modification qu'elle imprime à ces foyers, nous rappellerons l'immunité quelquefois absolue de certaines localités intermédiaires à celles qui ont été gravement atteintes, localités habitées par des régiments aussi prédisposés que le reste de l'armée, et sur lesquelles ont dû peser ces influences atmosphériques qui ailleurs auraient, à elles seules, engendré le mal.
Nous estimons donc que ces influences n'ont agi simultanément en des lieux différents qu'à la condition de circonstances locales semblables établissant une analogie profonde entre les milieux atteints.
Si la fièvre typhoïde prend son origine en certains miasmes d'origine putride ou animale, au même titre que la
438 DB LA FlfcVMC TfMOlOS DAMS ï/aRMÉI*
fièvre intermittente résulte de l'action des effluves teUth riques, il n'est point étrange que les influences atmosphériques, susceptibles d'éveiller du d'éteindre simultanément la puissance nocive de foyers palustres éloignés les uns des autres, interviennent simultanément aussi en d'autres circonstances pour imprimer une activité spéciale aux foyers typhoïgènes de différentes localités*
Mais ici encore n'exagérons pas la similitude; rappelonsnous : 1° qu'il est des conditions météoriques qui annulent absolument le miasme tellurique, à tel point qu'on peut 1 considérer l'intoxication palustre comme impossible, dans les foyers de nos climats, durant la saison froide ; tandis que la fièvre typhoïde est possible en tout temps comme en tout lieux ; 2* que, dans les pays palustres, la fièvre intermittente se développera fatalement sous l'influence de certaines conditions météoriques connues ; tandis qu'on ne peut pas affirmer que telles influences atmosphériques connues détermineront la nocuité des foyers lyphoïgènes.
Sous le titre générique d'influences atmosphériques, on réunit fréquemment deux groupes de circonstances fort distinctes : 1° celles qui dépendent de l'action de certains météores ; 2° celles qui se rattachent simplement à l'évolution des saisons.
1° Influences météoriques.
La prédominance de la maladie dans nos garnisons du Sud, la fréquence des épidémies les plus graves, pendant les "étés les plus chauds, nous ont permis déjà de signaler,
DE LA FIÈVRE TYPJftOl&S DàNS L'à&MÉK. 139
en passant, le rapport de l'affection avec certaines influences atmosphériques, notamment avec la chaleur.
Parmi les conditions météorologiques invoquées, 1*6 deux plus importantes sont la température et Y état hygromé* trique de l'air.
La plupart des rapports relatifs aux épidémies de 1874 signalent l'élévation exceptionnelle de la température, nonseulement lorsque la maladie faisait explosion, à l'époque la plus chaude de Tannée, aux mois de juillet et d'août, mais encore lorsqu'elle apparaissait en d'autres saisons*
Dans la première de ces circonstances, l'élévation anormale de la température a pu agir directement sur l'organisme. Les médecins des régiments atteints, au fort de Vincennes, en cette année 1874, notamment MM. Perréon et le Pelletier, insistent spécialement sur les inconvénients de la manœuvre qui, chaque jour, au mois de juillet, commençait à onze heures et demie et durai Udeux heures environ, en plein soleil. Or la chaleur était arrivée, en cet été, dit M. Masse, à une intensité tout à fait insolite, comparable à celle des pays chauds, et principalement à celle d'Afrique dont on croyait maintes fois ressentir le siroco; suivant M. Lauza, pendant les vingt premiers jours de juillet, la température aurait dix fois dépassé 30° ; à deux reprises, le 2 et le 8 juillet, M. Masse constate 35° à l'ombre.
La même année, à Tarascon, le premier cas apparaît le 4 juillet 1874, et les 113 cas constituant le total de l'épidémie sont ainsi répartis : 39 en juillet, 89 en août, 1S en septembre.
L'épidémie observée en 1875, à Mascara, par M. Marvaud est remarquable par son parallélisme avec la température. Cette épidémie dure du 17 mai au 28 septembre. Comme mouvement mensuel les chiffres des entrées sont :
2 en mai»
7 en juin, 43 en juillet, 48 en août, 26 en septembre.
Même parallélisme dans l'épidémie . observée, au Mansourah, par M. Blanc, sur le 3* chasseurs d'Afrique, et se répartissant ainsi, par mois :
2 cas en mai,
4 — en juin,
7 — en juillet, 28 — en août, 10 — en septembre. *
5 — en octobre,
3 — en novembre.
Nous reconnaissons, pour notre compte, une influence pathogénique à l'action de la chaleur. Les fièvres éphémères, rémittentes, occasionnées par l'élévation de la température, sont un acheminement vers la fièvre typhoïde et y prédisposent l'organisme par l'altération des sécrétions gastrointestinales.
Dans la plupart des localités ainsi atteintes en plein été, à côté de son influence immédiate sur l'organisme, on a incriminé simultanément l'action indirecte de la chaleur, vu l'activité qu'elle a imprimée aux émanations miasmatiques, que celles-ci soient provenues, comme à "Vincennes,
DE LA FJÈVRE TYPHOÏDE DANS i/ ARMÉE. 14 i
du curage des fossés, comme à Tarascon, du dessèchement d'un canal, celui de la Roubine, qui longe la caserne de cavalerie, etc.
C'est plus spécialement ce second mode d'action, c'està-dire l'influence indirecte delà température, qui est invoqué dans les divers rapports, que cette élévation anormale de la température ait été accompagnée, soit de sécheresse, soit d'humidité exceptionnelle;
M. Annequin a indiqué, mois par mois, les variations météoriques du climat de Lyon, pendant trois années consécutives (1874, 1875, 1876), et a prouvé le rapport intime et constant de ces variations avec les oscillations de la fièvre typhoïde dans le régiment (12 e cuirassiers) dont il dirigeait le service de santé. Les oscillations épidémiques ont été constamment en rapport avec les deux faits suivants : 1° élévation de la température ; 2° prédominance de la quantité d'eau évaporée sur la quantité d'eau tombée.
L'insuffisance des pluies et l'élévation de la température ont agi, suivant M. Annequin, par l'abaissement de la nappe souterraine et la facilité des fermentations putrides dans les couches superficielles du sol. Suivant d'autres rapports de Lyon, la chaleur et la sécheresse, celle surtout des mois de mars et avril 1874, ont agi plutôt en supprimant plus ou moins complètement l'irrigation des égouts (Marmy , Alix) .
M. Rollet fait remarquer, en outre, que, dans l'hiver qui a précédé immédiatement l'épidémie (1873-1874), le temps a été remarquablement sec : au lieu de 120 millimètres de pluie, qui est la moyenne des hivers de Lyon, if n'en est
tombé que 60 millimètres. L'eau de pluie n'a donc pu remédier à l'insuffisance du lavage de ces égonts.
A Nancy, môme contamination des égouts par les matières excrémentitielles, même insuffisance d'eau, surtout pendant la sécheresse, pour assurer l'élimination inoffensive de ces matières. M. Daga établit le rapport des oscillations dee épidémies de 1874 et 1875 avec les variations de la température et de la sécheresse de l'atmosphère, qui influençaient, au premier chef, la circulation des égouts.
« Les oscillations qui ont caractérisé l'épidémie de Nancy, en 1874, ont été, dit M. Daga, en parfait rapport avec les variations de la température et de la sécheresse de l'atmosphère. Le début presque soudain, au mois d'avril, a lieu en môme temps que l'élévation de la température qui a marqué ta première quinzaine du mois. La maladie a diminué avec les pluies et l'abaissement de la température, qui sont sur* venus à la fin d'avril et pendant le mois de juin » ; les recrudescences notées par notre collègue, durant le mois d'août, puis d'octobre, puis de janvier 1875, correspondent également à des élévations anormales du thermomètre.
En d'autres circonstances, la chute des pluies, après une période de chaleur intense et prolongée, semble avoir eu des conséquences entièrement opposées, et avoir fourni des conditions favorables d'élaboration miasmatique à des foyers antérieurement inertes : Tes pluies survenues à Vîncennes, à la fin du mois de juillet 1874, auraient ainsi contribué au développement des émanations des fossés du vieux fort; au camp de Pontgouin (1874) de véritables trombes
d'eau, tombant sur les ruisseaux et les fossés h demi desséchés de la vallée de l'Eure, auraient, suivant M. Roux, participé au réveil des germes morbides. L'épidémie qui atteignit le 23* régiment d'artillerie, à la fin d'octobre 1875, au moment où il rentrait à Toulouse, venant du camp du Coupe, a coïncidé, d'après le rapport de M. Constantin, avec les pluie» qui, succédant à une période de chaleur et de sécheresse, ont favorisé le développement d'émanations morbifiques.
Ces faits prouvent combien il y aurait d'exagération à incriminer toujours les sécheresses (l).
L'influence du froid humide est invoquée par plusieurs observateurs.
Ainsi M. Nolle, qui insiste sur l'extrême humidité de la vallée où furent installées, au mois de septembre 1873, les troupes réunies au camp d'Àppe ville (Seine-Inférieure), et parmi lesquelles éclata la fièvre typhoïde.
Plusieurs médecins des régiments convoqués aux grandes manœuvres de Pontgouin (1874) attribuent une part étiologique importante aux pluies torrentielles des derniers jours du camp, pluies contre lesquelles les hommes étaient à peine protégés, même la nuit; dans certains corps, les soldats avaient dû se coucher sur le sol boueux, sans aucua moyen d'isolement, faute de distribution de paille. .
M. Régnier accorde même un rôle étiologique coxisi*
(1) Les pluies diluviennes de l'automne 1876, coïncidant à Paris avec une exacerbation exceptionnellement grave de la fièvre typhoïde, constituent un argument. aussi bien contre l'influence des égouu, commuera, dit excellemment M* Chauffard, que contre le prétendu rôle de la nappe souterraine.
dérable à la série de refroidissements éprouvés par les hommes, en raison de cette abondance de pluie, en raison de l'imperméabilité du sol qui retenait l'eau pluviale, et aidait ainsi à la persistance du froid et de l'humidité. Ces refroidissements, fréquemment répétés, auraient compromis l'élimination des matières eicrémentitielles et entraîné la production spontanée de la fièvre typhoïde par auto' infection, suivant le mécanisme indiqué par Stich.
La préservation des autres corps d'armée, malgré l'analogie des conditions météoriques, la rareté relative de la fièvre typhoïde chez les habitants de la campagne, si fréquemment soumis à des refroidissements comparables aux précédents, diminuent, à nos yeux, la valeur de la cause en question. Elle ne saurait agir, suivant nous, qu'à la condition du concours simultané de plusieurs autres influences typholgènes, et c'est à ce titre que nous-même lui donnerons une place, dans le paragraphe suivant, parmi les conditions qui semblent favoriser les recrudescences automnales de la fièvre typhoïde.
2° Influences saisonnières.
Il n'est pas une saison qui n'ait fourni un certain nombre d'épidémies. Dans l'article Saisons(Dict. encycl. des se. méd.\ nous avons établi que la fièvre typhoïde est en rapport avec les influences saisonnières, quoique d'une manière moins absolue que plusieurs autres maladies miasmatiques : choléra, peste, typhus, fièvre jaune. Nous résumons, dans le tableau ci-contre, les indications mentionnées à cet égard dans les différents rapports.
4 e EN HIVER.