EN ÉTÉ
Epidémies ayant exclusivement sévi ou ayant prédominé :
Châteaarom* (décembre 4875).
Moulins* (du 9 décembre 4875 à la fin de janvier 4876).
Issoudun* (du 20 novembre 4875 au mois de janvier 4876).
Fort d'Aubervilliers (octobre 4875 à mai 4876).
Le Mans (du 45 novembre 4875 au 45 mars 4876).
Bellae* (du 28 février au 25 mars 4876).
Maubeuge* (du 9 février au 25 mars 4876).
Rennes (janvier, février et mars 4876).
Camp de Ghâlons (du 8 janvier au 46 février 4876).
Caserne du Cbâleau à Brest (du 44 décembre au 6 février 4877).
/ Lyon (du 4" avril au 25 mai 4874).
Montbéliard (mai et juin 4875).
Nantes (avril et mai 4875).
Epernay* (mai 4876).
Givet (avril et mai 4876).
MAcon* (mai 4876).
Troyes* (avril et juin 4876).
Orléans* (mars 4875).
Maladrerie près Gaen (mai et juin 4875).
Caen (juin 4875).
Vincennes (juillet, août et septembre 4874).
Tarascon* (juillet, août et septembre 4874).
Montauban* (août 4874).
Lons-le-Saulnier* (août 4874).
Na t (de juillet à octobre 4874).
7 i (du 49 août au 30 septembre 4875).
Salins* (du 28 juin au 7 septembre 4875).
L'ongwy* (juillet et août 4875).
Perpignan (de juillet à octobre 4875).
Mascara (de mai à septembre 4875).
Mansourah* (de mai à novembre 4876).
2 e AU PRINTEMPS.
Satory*, Versailles*, Chartres*, Laval*, Rambouillet* (octobre
4874, après la rentrée des troupes du camp do Pontgouin). Avignon* (septembre et octobre 4874).
Satory* (en octobre 4875 sur les troupes du camp d'Appeville). Toulouse (en octobre 4875).
4° est automne. ( Compiègne* (de septembre 4876 à mars 4876).
Caen (d'octobre 4874 à mars 4875).
Béziers* (octobre 4 875).
Cherbourg (septembre et octobre 4876).
Paris (recrudescence à dater du 24 octobre 4876). Amiens (novembre et décembre 4876).
(*) Epidémies plus strictement limitées aux périodes indiquées.
I)Ë LA F1ÈVHK TYPHOÏDE DANS l'aRMÉK.
Les détails des faits consignés dans les rapports démontrent que les plus graves de ces épidémies ont prédominé en été et en automne, saisons auxquelles correspondent en particulier les graves explosions du fort de Vincennes, de Nancy, de Tarascon, du camp de Pontgouin. La statistique officielle, pour l'année 1874, établit d'ailleurs que les quatre cinquièmes des décès par fièvre typhoïde ont eu lieu pendant les six derniers mois de Tannée ; ce sont là des preuves suffisantes de la recrudescence œstivo-automnale de l'affection, recrudescence dont, sur un autre théâtre, notre savant collègue et ami M. Ernest Besnier fournit chaque année un nouveau témoignage (1).
Cette prédominance correspond aux résultats invariablement fournis par la statistique de l'armée, chaque fois qu'on a établi les catégories de décès typhoïdes par trimestre; ces catégories ont été indiquées pour les trois innées 1868, 1872, 1873, et ont donné les résultats suivants :
4* r TRHIMTlK.
%• TBHK0TRB.
3* TJUMEOTRÊ.
4« TRME8T1E.
tsa
L'influence incontestable de la période œstlvo-automnale
(1) Ernest Beraier, Comptes rendus mensuels de la commission des maladies régnantes, faits à la Société médicale des hôpitaux de Paris.
est extrêmement complexe. Dire que les germes typhoïdes, animés ou non, reprennent, à cette époque de l'année, leur
activité et leur puissance morbifique, c'est se contenter
d'une phrase qui n'éclaire nullement la question et qui détourne peut-être de la vérité, en entraînant l'esprit vers l'hypothèse de Tétiologie parasitaire.
Nous pensons que les recrudescences œstivo-automnales de cette affection sont favorisées : 1° par l'intensité plus considérable des émanations qui se développent, surtout à la suite de chaleurs et de sécheresses prolongées, dans les divers foyers de putréfaction animale voisins des habitations, que ces foyers soient à découvert ou qu'ils siègent dans les couches superficielles du sol; 2° par l'activité plus considérable aussi, en cette saison, des miasmes d'origine tellurique, d'où association fréquente de ces recrudescences avec les épidémies de fièvre intermittente (voir Art. 4, p. 151); 3° par la fréquence plus grande, en été et en automne, de certaines indispositions : fièvres éphémères, diarrhées, embarras gastriques, suscitées elles-mêmes par l'élévation de la température et par la suractivité des influences miasmatiques. Ces indispositions entravent et modifient profondément les divers actes physiologiques, notemment les sécrétions, rendent l'individu plus propre à l'infection des autres et à la sienne propre (auto-infection); 4° enfin, peut-être, par les oscillations thermiques du nyctémère, causes de refroidissement qui compromettent directement la sécrétion cutanée, au moment de Tannée où l'élévation de la température donne à cette fonction son maximum d'activité*
148 DE Là FIÈVRE TYPHOÏDE DAMS L'ARMÉE.
Mais il faut bien noter que la maladie est loin de s'astreindre à la période œstivo-automnale. Nous en avons la preuve, non-seulement dans les épidémies militaires signalées plus haut (p. 145), comme épidémies d'hiver; mais encore dans une masse de faits observés chaque année dans la population civile; bornons-nous à rappeler, parmi les plus célèbres, l'épidémie de Bruxelles, de 1869, qui a sévi pendant les mois de janvier et de février.
Dans ces épidémies d'hiver, si la cause en est miasmatique, c'est surtout aux émanations de l'organisme vivant, aux miasmes de l'encombrement, qu'il faudra en demander compte. C'est l'époque où les hommes subissent le plus complètement l'influence de la vie en commun en cherchant à se soustraire à l'abaissementde la température extérieure ; l'épidémie de Bellac, celle du camp de Chàlons, en sont les meilleures preuves.
L'obligation d'une réclusion plus absolue, en raison de la série de pluies et de tempêtes qui a signalé le mois de décembre 1876, à Brest, est une des raisons, sans doute, qui ont aussi entraîné l'apparition de cette épidémie pendant la saison froide.
Dans le plus grand nombre des cas, les épidémies ont été strictement limitées aux périodes indiquées en ce tableau ; nous les avons notées alors par des astérisques (p. 145).
D'autres ont tranché moins complètement avec l'état sanitaire habituel des garnisons ; elles ont constitué des phases
exceptionnelles de recrudescence d'une maladie inhérente, pour ainsi dire, à une localité, comme dans les grandes agglomérations militaires de Paris et de Lyon.
Tel est également le cas pour la garnison de Nancy. M. Daga démontre l'endémicité de la maladie dans cette ville, où la fièvre typhoïde sévit à peu près sans interruption, soit sur la population civile, soit sur les soldats. Les oscillations dans la marche et la généralisation de l'affection, oscillations dont l'épidémie n'est qu'une des expressions, tiennent surtout à deux influences : 1° élévation de la température et sécheresse; 2° changements de garnison. La coïncidence de ces deux conditions a entraîné les graves recrudescences de l'été de 1874 et de l'été 187S.
A Brest, la fièvre typhoïde constitue également une endémie permanente, comme nous le démontre le rapport de M. I. Aron, et comme nous l'avait appris déjà M. l'inspecteur général Jules Rochard.
En d'autres circonstances, enfin, l'épidémie a trouvé dans des centres moins considérables, des conditions de persistance, d'aggravation dont il est possible, jusqu'à un certain point, de se rendre raison.
C'est ainsi que l'épidémie importée à Gompiègne, au mois de septembre 1875, par un régiment venu de Paris, le 87 e de ligne, s'est prolongée jusqu'au printemps de l'année suivante, par le fait du voisinage de deux autres régiments : 12 e dragons et 54* de ligne, qui ont été successivement atteints. A,Caen, l'épidémie qui, après avoir sévi pendant l'automne 1874, s'était éteinte dans les premières
semaines de 1875, époque où l'on avait évacué la caserne et fait camper les troupes sur l'esplanade du Château, reparaît au mois de juin, alors qu'on a réintégré les casernes (Ricque).
A Perpignan, en 1875, la fièvre typhoïde règne sur la garnison, pendant toute l'année 1875. M. Meunier démontre l'influence de l'arrivée successive de corps dont l'effectif comportait un chiffre relativement considérable de jeunes soldats des classes 1873 et 1874; la recrudescence épidémique du mois de novembre notamment est due à l'arrivée des jeunes soldats de cette dernière classe.
Quelquefois» en dehors des mouvements d'arrivée de troupes ou de recrues, on voit l'affection s'attacher avec ténacité à certains centres.
Il n'est pas jusqu'aux garnisons relativement restreintes qui ne soient soumises à la persistance des épidémies de fièvre typhoïde : telle la garnison de Montbéliard, où elle régnait à peu près sans interruption depuis le mois de juin 1874, quand survint la recrudescence de mois de mai et juin 1875, et où elle reparut en novembre 1875, trois mois après la réoccupation des locaux par les troupes qu'on avait fait camper.
Cette ténacité de la fièvre typhoïde dans des localités peu populeuses rappelle ce que nous avons dit plus haut de la gravité parfois si considérable de la maladie, en pareilles conditions; elle semble indiquer, au même titre, l'existence de causes d'insalubrité toutes locales ; nous avons vu que ces conditions se retrouvaient d'ailleurs dans les épidémies qui atteignent la population civile.(voir page 38).
Art. 4. — Infection palustre.
Nous avons insisté, dans plusieurs des chapitres précédents, sur la possibilité du développement de la fièvre typhoïde dans les lieux les plus divers au point de vue de la composition du sol, et sur la profonde différence qui sépare, sous ce rapport, cette maladie des affections essentiellement endémiques par la circonscription locale de leur cause, comme les fièvres intermittentes (pages 53 et suiv.).
N'existe-t-il cependant aucun rapport entre les effluves palustres et la genèse de cette affection?
Ici, nous abordons un des points les plus délicats de ce travail; et si, à l'appui de notre thèse, nous invoquons quelques-unes des observations de nos collègues de l'armée, nous conservons personnellement la responsabilité tout entière de l'opinion que bien des faits antérieurs nous ont déjà permis de formuler à cet égard.
Il est admis généralement que les fièvres rémittentes et continues, non éruptives, appartiennent à trois groupes morbides complètement distincts : 1° à la fièvre typhoïde ; 2° à la fièvre continue d'origine météorique (fièvre gastrique bilieuse, continue commune) ; 3° à la fièvre continue palustre (fièvre rémittente, subcontinue, pseudo-continue).
Cette nomenclature pyrétologique est déduite d'une conception étiologique très-rationnelle. Mais elle pêche, à nos yeux, en prétendant rendre ces faits exclusifs les uns des autres, en affirmant, par exemple, que le malade atteint de
fièvre continue, météorique ou palustre, ne subira jamais la transformation de la maladie en fièvre typhoïde.
Je crois, pour mon compte, qu'un mouvement fébrile violent, caractérisé par une altération profonde des sécrétions, par l'intensité des accidents gastro-intestinaux, comme celui de la fièvre rémittente, soit météorique, soit palustre, peut entraîner le développement de la fièvre typhoïde. J'ai exposé, dans mon Traité des fièvres intermittentes, une série de faits qui m'ont inspiré la conviction de la connexité fréquente de ces types morbides dont on considère habituellement la fusion comme impossible ; ces faits ont été la base principale de ma croyance à la spontanéité de la fièvre typhoïde, à la non spécificité de sa cause, malgré le caractère typique de son évolution et de ses lésions anatomiques, malgré même sa contagiosité (1).
A l'appui de mes observations personnelles, j'ai cité en outre plusieurs faits empruntés aux médecins les plus autorisés qui ont pratiqué, soit en France, dans les régions marécageuses, soit en Algérie, soit aux Indes, à ceux-là principalement qui n'admettent pas en principe la transformation typhoïde des fièvres palustres ; et j'ai démontré l'existence des lésions classiques de la fièvre typhoïde dans un certain nombre de cas de fièvre pernicieuse observés par MM. Maillot, Haspel, Nepple, Annesley.
C'est par pur hasard sans doute que les observations où
(1) Léon Colin, Traité des fièvres intermittentes, p. 276 et suiv.; Dictionn. encycl. desse.mid. : art. Miasme, p. 529, et art. Rome, p. 469.
j'ai retrouvé la preuve de la lésion des plaques de Peyer en
faisaient mention ; ce n'était pas de ce côté qu'était dirigée l'investigation anatomique ; ce n'est pas là ce qu'on cherchait ; que d'autopsies où ces lésions n'ont été ni recherchées, ni peut-être indiquées après avoir été vues et considérées comme accessoires ! car, là même où on les % mentionne, on n'en fait pas ressortir l'importance ni la signification.
Chaque jour nous voyons s'affirmer davantage non-seulement l'existence, mais la fréquence de la fièvre typhoïde dans les pays palustres dont on prétendait l'exclure, notamment en Algérie.
Ainsi, pendant l'année 1868, où la fièvre typhoïde fut d'une gravité exceptionnelle dans nos garnisons de l'intérieur, puisqu'elle entraîna une mortalité de 3,05 sur 1,000 hommes d'effectif, elle causa relativement plus de décès encore en Algérie, où sa mortalité monta à 4,63 sur 1,000 hommes. Dans les trois dernières années, dont la statistique nous a donné les résultats : 1872, 1873, 1874, nous constatons queles décès par fièvre typhoïde,sur 1,000 hommes d'effectif, se sont élevés en :
1872, à 1,43 en France; à 2,2 en Algérie,
La statistique démontre, en outre, qu'en Algérie la fièvre typhoïde cause autant de mortalité que les fièvres intermittentes.
Les recherches de M. Marvaud le conduisent à exprimer, dans son rapport, l'opinion que les décès inscrits à l'hôpital
iîii DR LA FTÈVftE TYPHOÏDE BANS l' ARMÉE.
de Mascara, pendant une longue séries d'années, sous le titre de fièvre rémittente à forme typhoïde appartenaient
pour la plupart à la dothiénenterie.
Depuis la conquête de l'Algérie, ce Recueil s'est enrichi de nombreux et savants travaux, ayant pour but la distinction de la fièvre rémittente palustre et de la fièvre typhoïde. M. Marvaud insiste à son tour sur cette distinction, invoquant spécialement la différence des tracés thermiques qui, en cas de fièvre rémittente, accusent des oscillations plus fréquentes et plus considérables.
Mais ces distinctions, que je suis le premier à reconnaître et à professer, cessent d'être possibles en un certain nombre de circonstances où, malgré l'observation attentive des symptômes, on en est réduit, dans les cas malheureux, à l'examen nécroscopique pour assurer le diagnostic.
Dans ces cas, l'impossibilité de reconnaître l'affection pendant la vie est, suivant nous, chose naturelle; les deux maladies ont cessé d'être distinctes parce que la fièvre rémittente s'est transformée en fièvre typhoïde.
Des auteurs fort distingués ont émis l'opinion, généralement dominante aujourd'hui, que cette fièvre typhoïde palustre est constituée par l'association de deux éléments morbides : palustre et typhoïde, association dont le nom de fièvre proportionnée indique parfaitement la complexité pathogénique.
On admet donc qu'il y a eu simple coïncidence; que la fièvre typhoïde s'est développée de son côté, la fièvre rémittente du sien, les deux maladies marchant parallèlement
DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS i/aRMÉE. 15S
chez le même sujet et s'empruntant mutuellement leurs symptômes ; ce qui est vrai en certains cas.
C'est au concours pathogé nique des émanations provenant d'un sol à la fois palustre et riche en matériaux de putréfaction animale que M. Daga rapporte la fréquence, chez les soldats atteints, à Nancy, durant l'été 1875, d'accès intermittents et rémittents qui ont donné à plusieurs cas les allures de la fièvre typhoïde palustre.
Ici l'intoxication avait été à la fois tellurique et putride (Rapport de M. Daga). On peut comparer ces faits d'intoxication mixte à l'épidémie observée, en 1873, à Avranches, par M. Perrotte, épidémie limitée à deux rues dont on re r nou vêlait le pavage, opération qui nécessita, non-seulement des remuements de terrain, mais le remaniement d'un soussol imprégné des produits d'un ancien abattoir placé à l'intersection de ces rues. Telle encore l'épidémie qui, en 1873, frappait le hameau de Souhe, arrondissement de Marennes, où se trouvaient réunies, dit M. Woillez, dans son savant rapport à l'Académie, et l'action des effluves palustres, et celle des miasmes putrides les plus variés, grâce à l'imperméabilité du sous-sol, et aux déplorables conditions d'hygiène de ce hameau.
Dans ces cas, la cause morbide a été double, la maladie l'est aussi ; c'est une association de fièvre typhoïde et de fièvre palustre. En est-il toujours ainsi? La fièvre typhoïde palustre des camps et des pays marécageux, née hors des villes, c'est-à-dire hors des principaux foyers typhoïgènes, dépend-elle de la coïncidence de deux influences morbides?
Nous même aurions conservé cette opinion, si nous avions observé cette prétendue coïncidence durant une année seulement ; mais, pendant trois étés que nous avons observé les maladies de la campagne romaine, nous avons vu constamment la fièvre typhoïde naître en juillet avec les fièvres rémittentes d'origine palustre, présentant dès les premiers cas son maximum de gravité, n'offrant ni période d augment, ni période de déclin, et surgissant chez les malades atteints des phénomènes les mieux caractérisés de fièvre rémittente.
Pour que de telles associations se reproduisent ainsi périodiquement à l'époque où dominent les influences telluriques, il faut qu'il y ait autre chose que coïncidence de deux affections différentes, et que de l'une à l'autre il existe une véritable filiation.
Cette connexité nous explique pourquoi les épidémies de fièvre typhoïde, dans les régions méridionales, notamment en Italie et en Algérie, se manifestent surtout pendant la saison chaude, à l'époque où la fièvre palustre apparaît sous type rémittent et continu (i).
Il en est de même plus au sud encore; dans mon Traité des fièvres intermittentes, j'ai rappelé la constatation de lésions typhoïdes par Roberison aux Indes, Linquette en Cochinchine, et surtout par William, parmi les victimes
(1) C'est en été que M. J. Arnouid voit la fièvre typhoïde atteindre son maximum de fréquence à Gonstantine. Dans l'épidémie observée à Ténès par M. Frison, sur 39 cas, 7 appartiennent à la deuxième quinzaine de juillet, 26 au mois d'août, 5 au mois de septembre.
d'une épidémie considérée comme l'expression la plus intense des influences du sol et du climat, pendant l'expédition du Niger (1841).
Suivant nous donc, la fièvre typhoïde palustre est alors constituée par la transformation typhoïde d'une fièvre continue d'origine tellurique ; elle en est l'aboutissant, mais ne représente pas une association morbide et purement accidentelle.
Parmi les épidémies observées durant cette période triennale, il en est une qui, par exclusion, nous semble devoir être rapportée à l'influence des effluves telluriques ; c'est celle du camp de Pontgouin. La maladie éclate dès les premiers jours (^octobre 1874 sur les troupes du 4 e corps d'armée, réunies à Pontgouin (près Chartres) pour les manœuvres d'automne. Les régiments avaient quitté, trois semaines auparavant, leurs garnisons respectives et occupaient le camp depuis le 18 septembre (V. page 32).
Quoi de plus étrange que cette épidémie, née dans les circonstances les mieux faites en apparence, non pour enfanter la fièvre typhoïde, mais, au contraire, pour en conjurer le développement, à tel point qu'on imposerait volontiers ces mêmes conditions à un régiment atteint de fièvre typhoïde dans une ville de garnison ? Il en a été tout autrement : le camp de Pontgouin a reçu des régiments en parfaite santé et les a renvoyés atteints de fièvre typhoïde.
M. Roux nous apprend que, plusieurs années auparavant, et à deux reprises, cette maladie s'était manifestée à Pontgouin et à la ferme du Plessis près de laquelle, durant les
158 DE LA FlfcVRK TYPHOÏDK DANS l'àRMÉE.
manœuvres, était installée la brigade de cavalerie. Peut-on admettre que les germes de la maladie aient été conservés, sur place, à l'état latent, qu'ils se soient réveillés à temps pour agir sur nos troupes? Nous ne pouvons accepter une semblable filiation. Si ce village, si cette ferme ont été, antérieurement 9 le théâtre d'épidémies de fièvre typhoïde, c'est sans doute sous l'influence soit de l'importation du contage, soit de conditions extérieures analogues à celles qui ont agi sur le camp ; quant à l'intervention, sur nos soldats, de germes enfantés, plusieurs années auparavant, dans quelques maisons atteintes de l'affection, une telle genèse, au moins dans l'armée, n'est pas de la fièvre typhoïde. Quand nous voyons chaque jour des régiments venir occuper sans danger des locaux évacués depuis quelques semaines, depuis quelques jours, par des corps que décimait la maladie, comme M. Marvaud l'a observé à Mascara en 1875, comme on J'a vu tout récemment encore à la caserne du Ch&teaud'Eau à Paris (décembre 1 876), nous ne pouvons accepter
qu'il y ait un danger plus considérable à installer ces troupes en plein air, aux alentours souvent éloignés de maisons où la maladie a disparu depuis des années (1).
' (1) C'est dire combien nous croyons peu à la prétendue conservation, dans des maisons, des chaumières, de germes typhoïgènes qui se réveilleraient plusieurs années après des épidémies. Budd et Gietl ont cité des. faits de ce genre. Noos pensons plutôt que, si la maladie a fait explosion dans une même demeure, à de longs intervalles, c'est que cette demeure présentait des conditions favorables, vu sa mauvaise installation, à la genèse spontanée du germe morbide.
DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DAMS h* ARMÉE. 159
On a émis également la pensée que le germe de l'affection avait pu être importé au camp par l'un ou l'autre des régiments dont quelques-uns avaient, en dernier lieu, résidé aux environs de Paris. Il ressort cependant du travail de M. Régnier (loc. cit.> p. 181), et des rapports de MM, Douil* lot, Renard, Roux, que l'état sanitaire, au moment de la convocation de la plupart des régiments, était irréprochable, et que les compagnies, demeurées dans les divers dépôts, n'ont pas été malades.
J'admets néanmoins qu'un de ces corps ait été suspect, vu sa provenance ; pourrait-on lui rapporter l'atteinte du reste du camp? Non, car la santé parfaite de toutes les troupes, soit pendant leur marche vers le point de concentration, soit pendant les dix premiers jours de manœuvres, suffirait à prouver l'élimination des germes morbides dont, au moment de leur mise en route, elles auraient pu être imprégnées.
Mais la meilleure preuve de l'indépendance du mal de tout germe antérieur, c'est son apparition simultanée sur toutes les troupes du camp ; c'est sa généralisation, non pas progressive comme celle des affections contagieuses, mais immédiate comme celle des maladies dépendant d'une cause qui agit uniformément sur tous, qu'elle provienne du sol, de l'atmosphère ou d'une alimentation commune.
T a-t-il eu, à Pontgouin, influence de miasmes engendrés par l'agglomération militaire elle-même, que ces miasmes aient eu pour origine les résidus excrémentitiels, ou qu'ils soient nés de l'encombrement ?
Les émanations excrémentitielles n'ont joué aucun rôle : des deux médecins qui ont fourni les rapports les plus complets à cet égard, l'un, M. Régnier, ne parle même pas de cette influence, sur laquelle son attention devait être tout spécialement fixée depuis l'épidémie de Courbevoie (1873), qu'il a rapportée surtout à cette cause ; l'autre, M. Roux, dit explicitement : <c Les feuillées avaient été placées abonne distance des campements, elles n'ont pu avoir aucun effet malfaisant sur les troupes. »
Quant à l'encombrement, créé par l'usage de la tenteabri, nous sommes entièrement, oiî l'a vu (page 108), de l'avis de MM. Régnier et Roux, qui n'acceptent point une étiologie dont tant de faits contradictoires indiquent l'insuffisance.
Nous partageons pleinement aussi l'opinion de M. Régnier relativement à l'influence soit des fatigues, soit de l'alimentation, dont le rôle étiologique est toujours secondaire, et qui auraient dû intervenir aussi activement durant les manœuvres d'automne des autres corps d'armée.
Cette dernière considération nous empêche de reconnaître, avec notre distingué collègue, comme condition pathogénique de l'épidémie de Pontgouin, l'humidité et les nombreux refroidissements produits tant par la pluie que par l'imperméabilité du sol ; d'où , arrêt dans l'élimination cutanée des produits de dénutrition accumulés dans l'organisme.
Bien que nous admettions, nous aussi, on va le voir, le rôle de l'auto-infection dans la genèse de la fièvre typhoïde de Pontgouin, nous ne pouvons accepter ici, comme influence capitale, le trouble des fonctions cutanées.
DE Lk FIÈVRE TYPHOÏDE DANS l' ARMÉE. 161
Pourquoi cette épidémie n'aurait-elle sévi que sur le 4 e corps d'armée? Pourquoi ne voit-on pas plus fréquemment la fièvre typhoïde chez les cultivateurs nécessairement soumis à ces brtisques arrêts de transpiration?
Suivant nous, la puissance fébrigène (]p sol a été la cause principale de l'épidémie qui nous occupe.
Au voisinage du camp, entre l'Eùré et les collines qui limitent la vallée, se trouvent, dit M. Roux, « des prés inondés pendant l'hiver, et conservant, toute Tannée, de distance en distance, des flaques d'eau croupissante, et des fossés dont le fond renferme une eau bourbeuse provenajit de sources presque taries par les chaleurs de Tété. Ces fossés exhalent une odeur fétide et contiennent une grande quantité de matières végétales en décomposition ». Pendant la seconde période du séjour au camp, survinrent des pluies abondantes; le vent sauta au sud-est, chassant sur le camp les émanations des prés inondés de la vallée de l'Eure. « Ces émanations, poursuit M. RoUx, ont pu être surtout délétères, alors que des orages violents eurent fortement agité les matières végétales qui se décomposaient lentement. » Les conditions de structure du sol de la Beauce paraissent d'ailleurs éminemment favorables à l'élaboration du miasme tellurique, vu la couche argileuse qui en assure l'humidité superficielle, et dont M. Régnier a signalé l'importance.
L'année 1874, vu sa température exceptionnellement élevée, a pu, en semblables conditions du sol, entraîner l'explosion de pyrexies analogues, par leur intensité, à celles des pays chauds marécageux. Dans les deux premiers cas
1G2 DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DAMS L'aRMÊK.
mentionnés par M. Roux, la maladie avait été prise pour une fièvre intermittente; n'y a-t-il pas eu transformation, en fièvre typhoïde, de maladies tout d'abord palustres ?
M. Régnier a rappelé les épidémies qui, sur le même théâtre, de 1685 à'4688, ont signalé les travaux entrepris pour détourner l'Eure à Pontgouin, et en amener les eaux à Versailles. Vauban avait approuvé ce plan dont l'exécution devait être un des titres de gloire du grand règne. Le 14 juillet 1686, Louis XIV passait, à Pontgouin même, la revue des 22 bataillons chargés, avec 8,000 ouvriers civils, de l'accomplissement des travaux; on y envoyait en grande pompe les ambassadeurs siamois. Et néanmoins, après des dépenses considérables, il fallut y renoncer, en raison de l'effrayante mortalité des travailleurs. Ces épidémies furentelles la conséquence de l'impaludisme? Sans doute, mais, vu l'extrême mortalité, de l'impaludisme avec transformation typhoïde des accidents fébriles, comnje en 1874.
Comme toutes les influences génératrices de la fièvre typhoïde, cette action morbifique du sol se réalisera d'autant plus complètement que ceux qui la subiront seront, par leur âge et leur qualité de nouveaux venus, plus spécialement enclins à cette affection. Tel était le cas, en particulier, pour les troupes convoquées aux manœuvres d'automne de 1874. Tel il était, sans doute, pour les 20,000 soldats réunis en cette même région, en 1685, pour la canalisation de l'Eure.
L'intervention du miasme tellurique n'a pas été, d'ailleurs, durant cette période triennale, exclusive à l'épidémie
de Pontgouin ; elle a joué, peut-être, un rôle analogue dans l'explosion de fièvre typhoïde qui, Tannée suivante, pendant l'aufomne 1875, se développait, au camp d'Appeville, sur le 24* de ligne.
Le 12° cuirassiers, atteint de fièvre typhoïde, en plein été 1875, au camp delà Yalbonne» était installé, à cette époque, au voisinage des marais de la Dombes, dont l'influence, en pareille saison, était sans doute à son maximum (1).
Dans mon Traité des Fièvres intermittentes, j'avais signalé déjà des épidémies de fièvre typhoïde naissant, comme les préeédentes, dans les camps, notamment celle qui a été observée, en 1868, au camp de Lannemezan, par M. Philippe (Recueil de méd. milit., 3 e série, t. xxm, p. 27).
Plus on avance vers le sud, plus les manifestations de l'impaludisme, chez le nouveau venu, tendent à la continuité et à l'intensité du mouvement fébrile ; n'est-ce pas là une des raisons de la prédominance habituelle de la fièvre typhoïde dans les garnisons du sud-est de la France?
En des régions plus septentrionales, la transformation typhoïde des accidents palustres ne s'accomplira qu'en des années exceptionnellement chaudes, comme l'a été l'année 1874; c'est en ces conditions seulement que les manifesta-
Il) Tout récemment encore (juillet 1877), M. Bernard, médecin-major an 17* d'artillerie, signalait an conseil un épidémie de fièvre typhoïde & forme rémittente, dont ce régiment venait d'être atteint dans «a garnison de la Fère ; à la suite d'inondations considérables, il s'était formé autour de la ville une masse de flaques d'eau, qui, sous l'influence d'un soleil ardent, donnèrent naissance à des effluves délétères.
tions de rimpaludisme acquerront l'intensité voulue pour cette transformation.
Sous des influences analogues, la fièvre typhoïde a joué, suivant nous, un rôle parfois considérable dans la pathologie des armées en campagne, dont on avait voulu l'exclure; la transformation putride des fièvres rémittentes observées par Pringle, durant la guerre de sept ans, nous parait, d'après les symptômes aussi bien que d'après les lésions, indiquer leur passage à la fièvre typhoïde.
t Si , dans les pays chauds et palustres, les populations sédentaires ne paient pas un tribut annuel régulier à cette affection, c'est peut-être grâce au bénéfice acquis aux anciens habitants des foyers typhoïgènes (voir page 6$); mais c'est surtout eu raison de l'anémie spéciale qui leur enlève une des conditions de prédisposition des nouveaux venus, le degré de santé voulu pour le développement de la maladie.
Les populations sédentaires seront, elles, plus prédisposées peut-être aux explosions de fièvre typhoïde palustre, dans les pays septentrionaux, où la malaria n'apparatt qu'éventuellement à la suite de chaleurs exceptionnelles; dans ces pays elles ne sont point protégées, comme dans les climats chauds, par un état d'anémie antérieure. Nous pensons que cette maladie a joué un rôle important dans la mortalité considérable causée, en 1826 et en 1868, dans r Allemagne du nord, par la fièvre d'été (Sommer Fieber), identique aux fièvres rémittentes des pays chauds, et dont, au même litre, la fièvre typhoïde aura été l'aboutissant.
Il n'est pas jusqu'au littoral de la Finlande où, pendant les étés exceptionnellement chauds, ne se présentent des formes continues palustres difficiles à distinguer du typhus abdominal.
Caen et Nancy, la Fère et Provins, où les épidémies de fièvre typhoïde sont singulièrement graves depuis quelques années, sont, parmi les villes du nord de la France, celles où, en ces derniers temps, le miasme palustre a trouvé les conditions les plus favorables à sa production.
En résumé, la fièvre typhoïde peut, suivant nous, résulter des émanations telluriques, mais d'une manière indirecte et grâce aux modifications subies par l'organisme, sous l'influence des formes les plus fébriles de l'impaludisme, spécialement des formes continues et rémittentes; le miasme palustre provoque, pour ainsi dire, le miasme humain qui intervient, ici encore, comme facteur indispensable de la fièvre typhoïde.
La maladie dite fièvre typhoïde palustre^ est, dans la majorité des cas, non pas une affection double, composée de deux éléments, mais une maladie unique, résultat de la transformation typhoïde d'une forme palustre; transformation dont elle conserve souvent l'empreinte, vu la fréquence des accidents pernicieux qui parfois en interrompent brusquement le cours.
196 DK LA PIEYRE TTPHOlDB DAMS l/ ARMÉS.