‹ De la folie à double formeChapitre 12 sur 37 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Observations.

Les observations de folie à double forme que nous allons passer en revue sont loin d’avoir été toutes publiées sous ce titre; la plupart, en effet, sont extraites d’auteurs ou de recueils antérieurs à l’année 1854. Nous les divisons toutes en cinq groupes ou cinq catégories, comme nous l’avons admis en parlant de la marche de la maladie (voir page 44).

Première catégorie. — Accès isolés.

OBSERVATION l re .

M me de S...... d’une forte constitution, a longtemps habité dans l’Inde. Mariée

à 20 ans, elle accoucha à 21 ans ; six jours après l'accouchement, le feu prit à son lit; elle s’effraya, poussa un grand cri ; le lait et les lochies se supprimèrent; un quart d’heure après, manie et fureur pendant trois mois, suivies de mélancolie pendant deux mois. On pratiqua, au début de la maladie, plusieurs saignées du pied; des bains frais furent administrés. Elle était alors à l’Ile de France.

A l’âge de 29 ans, M me de S.eut un second accès, provoqué par le chagrin

que lui causa la prise de Batavia, où son mari était en garnison ; la manie furieuse éclata subitement, persista pendant deux mois, et fut suivie, comme dans l’accès précédent, de mélancolie; la durée de l’accès fut de quatre mois.

A 35 ans, nouvel accès, causé par l’inquiétude d’une traversée pénible et par le désespoir de l’emprisonnement de son mari. L’accès a été moins violent, et n’a duré que trois mois, y compris la période de mélancolie.

A 39 ans, novembre 1815, quatrième accès, causé par le déplacement du mari

et par la mort d’uue amie intime. L’accès éclata le 3 novembre, et la malade fut confiée à mes soins le 4 ; la manie persista pendant deux mois et fut suivie de mélancolie ; la période mélancolique fut plus prolongée que dans les accès antérieurs.

A 40 ans, M me de S.part avec son mari pour le Sénégal ; elle éprouve toutes

les horreurs du naufrage de la Méduse, naufrage si malheureusement fameux; elle ne perd point la raison. L’année suivante, cinquième accès en tout semblable aux précédents. Elle arrive en France avec de la tristesse, de l’accablement et des tiraillements d’estomac; ces symptômes ne se dissipent qu’après quelques mois.

A 45 ans, sixième accès. Tous les divers accès ont présenté le même caractère : invasion subite provoquée par quelque affection morale; période maniaque de deux à trois mois remplacée par la période mélancolique, qui, d’abord, n’avait que deux à trois mois de durée, et qui a persisté beaucoup plus longtemps dans les deux derniers accès. Pendant la période maniaque, M œe de S.prend en aver¬

sion son mari et sa fille, qui sont les objets de sa plus tendre affection lorsqu’elle est en santé. Pendant la période mélancolique, il semble à la malade que sa tête est vide, elle se croit incapable de penser et d’agir; pendant l’accès, elle maigrit beaucoup , et dès que la maigreur est extrême, la cessation de l’accès ne se fait pas attendre. (Esquirol, Traité des maladies mentales, t. II, p. 172.)

Cette observation peut, pour ainsi dire, servir de transition aux faits de la catégorie suivante.

Deuxième catégorie. — Accès plus ou moins fréquents, de plus ou moins longue durée , et à intermittence très-irrégulière.

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