‹ De la folie à double formeChapitre 15 sur 37 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Mélancolie-suicide chez une jeune femme; accès de folie à double forme; homicide pendant la transition de la période Me dépression à la période de manie, laquelle apparaît peu à peu durant l’emprisonnement de la malade ; translation dans un asile; manie, mélancolie. Guérison.

Caroline X., âgée de 28 ans, est entrée à l’hospice de Stephansfeld en fé¬

vrier 1838. Par suite d’un changement survenu dans sa constitution, changement qui avait coïncidé avec quelques chagrins, elle montra , dès 1834 , une humeur sombre et bizarre, rechercha la solitude, et se plaignit souvent d’un malaise général dont elle ne pouvait pas bien rendre compte.

Cette mélancolie, qui contrastait avec le caractère enjoué qu’elle avait toujours eu jusqu’alors, ne fit que s’aggraver. A cela se joignit une dysménorrhée. M. Renaudin, consulté, ne saisit aucun symptôme qui trahît d’une manière positive l’existence d’un trouble intellectuel. Cet état dura environ un an. Plus tard elle s’abandonna aux idées plus tristes , et donna, à plusieurs reprises, tant par

ses paroles que par ses actes, des signes non équivoques d’un dérangement des facultés intellectuelles. Elle fit plusieurs tentatives de suicide, et demandait qu’on l’enfermât; car, disait-elle, elle sentait qu’elle deviendrait folle. Sa famille, imbue de certains, préjugés contre les asiles, la fit voyager; elle se rendit chez un de ses frères, qui était marié dans la banlieue,,et, pendant quelque temps, on put croire qu’elle avait recouvré un peu de calme ; mais ce n’était qu’une vaine illusion; car un jour, mue par une de ces impulsions soudaines et irrésistibles, dont depuis elle n’a jamais pu se rendre compte, elle fit périr une petite fille âgée de 2 ans. Profitant du moment où elle était seule avec cet enfant, elle lui trancha la tête avec un couteau de cuisine qu’elle trouva sous sa main. Aussitôt le crime commis, elle retomba dans un calme stupide, n’apporta aucune résistance à son arrestation et sembla même ne pas comprendre l’affliction de ses parents qu’elle venait de priver de leur enfant.

Pendant les premiers temps de son séjour en prison, elle fut assez calme , et refusa obstinément de répondre à tout interrogatoire, et la seule anomalie qu’on remarqua consistait dans l’activité vraiment extraordinaire qu’elle déployait dans son travail. Puis l’irritabilité devint excessive, et, pour la moindre contrariété, elle se livrait aux violences les plus grandes. Ses réponses, d’abord assez justes, devinrent incohérentes, et elle montrait une singulière répugnance à parler. Plus on avançait, plus on observait dans ses manières quelque chose d’insolite et de bizarre. Enfin la manie finit par éclater avec violence et motiva sa translation à l’asile de Stephansfeld. La période d’exaltation dura quatre mois et fut suivie d’une torpeur profonde. Sous cette forme nouvelle, la maladie fut caractérisée parunétatcongestionnaire, une céphalalgie intense, un assoupissement prolongé, l’irrégularité du flux menstruel qui pendant l’excitation avait été normal : inappétence, insuffisance des fonctions digestives, négligence de tous soins personnels, et enfin lenteur extrême dans la formation des idées, pouvant faire craindre l’imminence de la démence. On observait bien de temps en temps une excitation intérieure, mais elle était de courte durée. Cet état persista jusqu’à la fin de 1839, époque à laquelle elle parut sortir d’un long engourdissement et se réveiller à la vie de relation. Elle commença à manifester peu de goût pour le travail; l’irritabilité diminua, les idées devinrent moins confuses, la prostration fit place à un exercice régulier des forces ; ses facultés intellectuelles se développèrent, mais les sentiments affectifs furent les derniers à reparaître. A partir de ce moment, la constitution se fortifia, la menstruation reprit son cours normal, et notre malade se fit remarquer alors par la régularité de son humeur et son zèle intelligent pour toutes les occupations qu’on lui confiait. La guérison était complète et elle ne s’est pas démentie depuis. {Annales médico-psjrchol. , 1858; Revue des journaux allemands , par M, le D r Renaudin, p. 111 à 113.)

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