‹ De la folie à double formeChapitre 17 sur 37 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Folie à double forme, consécutive à l’apparition d’accidents syphilitiques secondaires; mélancolie au début, puis manie ; formation d’abcès durant cette dernière

période. Traitement antisyphilitique ; amélioration } sortie; nouvel accès l’année

suivante.

M. A., âgé de 41 ans, est un avocat, dans la famille duquel n’existe aucune

prédisposition héréditaire. Ses facultés intellectuelles avaient acquis un remarquable développement, mais le jugement faisait souvent défaut. Doué d’une constitution assez forte, il s’était de bonne heure livré à de fréquents excès vénériens. Marié depuis quatorze ans, il avait eu cinq enfants bien portants. Avant sou mariage, il avaiLeu quelques accidents primitifs qu’il avait toujours tenus secrets, et dont on n’apprit l’existence que par l’apparition de symptômes syphilitiques secondaires. On vit d’abord se modifier son caractère : A.devint moins

actif et moins expansif qu’antérieurement., il tomba peu à peu dans une mélancolie profonde. Admis à Horheim en janvier 1854 , il se faisait remarquer, au premier abord, soit par des conceptions délirantes, soit par des lésions fonction-

nelles apparentes ; mais le symptôme prédominant consistait dans une profonde dépression, exclusive de toute spontanéité. Celte situation se modifia lentement et graduellement : le malade devint plus actif et sortit de son apathie ; mais cette activité, à son tour, dépassa l’état normal, et l’excitation était, au mois de mai, assez prononcée pour qu’on fut obligé de restreindre sa liberté. — Nitrate de soude, digitale ; bains d’affusion.

Bientôt il survint de l’insomnie, de l’incohérence dans les idées et dans les actes, et enfin une tendance aux violences, ce qui engagea à l’isoler dans une loge. Ce fut alors qu’on vit se développer, à la face antérieure de la jambe gauche, une inflammation phlegraoneuse provoquée par un choc contre une racine d’arbre ; elle mit assez de temps pour passer à la suppuration, et se termina par un abcès qui prit bientôt le caractère syphilitique. Les bords s’indurèrent , èt le fond prit une mauvaise couleur. Embrocations chaudes et sublimé à l’intérieur : telle fut la prescription dans cette période de la maladie, du 14 juillet au 31 octobre, en y joignant toutefois l’iodure de potassium quand survint la salivation. Ce traitement eut des succès, et l’état mental s’améliora au fur et à mesure que les abcès se guérirent. Le malade put être rendu à sa famille le 14 janvier 1855. Pendant l’hiver et le printemps , sa situation commença à devenir satisfaisante; mais, à la suite d’une certaine dépression, on le-vit, vers'la fin de l’été, s’agiter et devenir loquace, incohérent et bizarre. On le ramena à Hornheim, en décembre 1855, à la suite d’un scandale dont il avait été cause au théâtre. La situation était eu tous points celle de l’année précédente, dans la période d’excitation ; il y avait de plus un fort catarrhe, causé par un refroidissement qu’il avait éprouvé au mois de septembre. Les mêmes moyens n’ont produit aucune amélioration ; car, après que l’excitation fut calmée, il est encore survenu une nouvelle période de dépression.

L’auteur, dit M. Renaudin, croit que l’aliénation mentale est devenue ici, en quelque sorte, l’expression de la syphilis constitutionnelle, que le mercure n’a pas eu la puissance d’atteindre à sa racine. {Annales mèdico-psychol., 1859, p. 112; Revue des journaux allemands, par le D r Renaudin ; analyse d’un travail des D rs Esmarck et Jessen.)

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