‹ De la folie à double formeChapitre 23 sur 37 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

stccès de folie à double forme ; période d'excitation caractérisée par des idées de

grandeur et de richesse ; période de dépression accompagnée de délire religieux fit

■des persécutions. Guérison.

Al. P..;« (Mathurin), âgé de 28 ans, soldat au 13 e de ligne, en garnison à Pans, «ntre à Charenton le 19 mars 1854. Ce malade est de taille moyenne, assez robuste, quoique blond et un peu lymphatique; il présente une conformation du crâne et de la face qui se rapproche du type mongolique; de plus, un certain air de stupidité règne sur son visage.

D’après le rapport très-concis du médecin du régiment, l’explosion du délire de ce militaire daterait du 13 mars. Quelques jours avant cette date, le malade présentait qn état de tristesse qui ne l’empêchait pas encore de faire son service* Vers le 12, cet état changea, une exaltation cérébrale survint qui se traduisit en faits répréhensibles qui nécessitèrent la réclusion du malade. A la visite du 13, l’aliénation mentale ne fut plus douteuse pour le médecin. Quelques renseignements indiqueraient que ce militaire avait perdu ou croyait avoir perdu un billet de 600 francs; de là son état morose et taciturne tout à fait inaccoutumé. A la nouvelle que le billet était retrouvé, l’exaltation des facultés mentales se manifesta, et le délire fil explosion. Transporté alors au Val-de-Grace, P offre tous

les symptômes d’un délire général continuel ; il parle très-haut, crie, interpelle ceux qui l’entourent; il se dit un haut fonctionnaire, maréchal de camp, puis un personnage sacré ayant une mission divine à remplir; il persiste à soutenir qu’il a perdu un billet de 600 francs. Nul acte de violence.

Depuis son entrée à Charenton, ce militaire présente le type parfait de la folie à double forme; son état a trois périodes distinctes, qui se succèdent dans un ordre régulier, et suivant une marche constante : mélancolie, manie, puis calme. La période de dépression s’annonce par de l’ennui, moins d’aptitude et de goût au travail. Le malade devient triste, regrette sa liberté, ses amis, réclame sa sortie, son retour au régiment; sa figure s’assombrit, ses yeux prennent une expression de mécontentement ; il devient défiant, soupçonneux, refuse de travailler et de se laisser diriger. Les idées de persécution assiègent son esprit; ceux qui l’entourent sont ses ennemis, des mauvais sujets, des conspirateurs, qui complotent contre lui, contre le pouvoir et contre le chef de l’Etat; il se plaint d’avoir été volé et dupé, frustré dans ses droits légitimes; il lui est dû des sommes considérables qu’on refuse de lui solder. A ces craintes et à ces réclames chimériques viennent aussitôt se mêler des idées religieuses ; c’est un théomahe fort triste; il est en communication avec les puissances célestes , et ceux qui l’entourent sont des démons et des suppôts de Satan. Cette tristesse profonde se change tout à coup en une agitation violente. Alors le malade n’a plus de repos ni de sommeil ; il crie, il déclame et s’agite. Ici dominent les idées de grandeur et de richesse:

P.se croit général, aide de camp de l’empereur ; il commande des armées à

haute voix; il prononce des sentences, des arrêts de mort, châtie ses ennemis; il prend en affection quelques malades, il a de la haine pour d’autres qu’il rudoie, accable d’injures ou de menaces, et quelquefois de coups. Les bains prolongés, les saignées abondantes et les opiacés, ne produisent dans ce cas qu’un amendement incomplet et temporaire.

1861. — Geoffroy. 11

Après cette période d’agitation, le calme renaît peu à peu, et le malade revient insensiblement à son état normal. Pendant la période de calme, il est doux, facile «ssez bienveillant; c’est un travailleur intrépide et plein de zèle.

La durée des périodes a été jusqu’à présent peu variable. La période de mélancolie dure environ douze jours en moyenne; la période d’agitation est plus longue (trois ou quatre septénaires) ; la période de rémission est quelquefois plus longue encore, et dure souvent plus d’un mois.

P.sort enfin le 4 novembre 1854, c’est-à-dire au bout de huit mois, guéri,

comme l’indique son certificat de sortie. Il rentre une deuxième fois, le 31 décembre 1859, atteint d’excitation maniaque, avec loquacité, insomnie, etc., qui diminue peu à peu dès le mois de janvier suivant; sr bien que le malade sort de nouveau le 26 mars 1860, également guéri, mais cette fois sans avoir présenté de période dépressive. (Observation recueillie par M. le D r Linas, registre de 1854.)

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