OBSERVATION XXI
«Je me souviens, dit M. le D r Billod, d’un aliéné de la Maison de santé de Vanves, qui, tous les dix-huit mois environ, laissait pousser sa barbe et se présentait avec un extérieur et des manières insolites â toute la maison, comme un lieutenant d’artillerie, nommé Nabou, récemment arrivé d’Afrique, pour remplacer son frère; disant qu’avant de partir, celui-ci lui avait donné des renseignements sur tout le monde, demandant et obtenant l’honneur d’être présenté à chacun, à son arrivée. Le malade reste alors plusieurs mois dans un état d’exaltation prononcée, conformant toute sa conduite à sa nouvelle individualité. Au bout de quelque temps, il annonce le retour de son frère qu’il dit être dans le village et qui doit venir le remplacer; puis, un jour, fait couper sa barbe, change complètement d habitudes et de maintien et reprend son véritable nom. Mais il présente alors un cachet profond de mélancolie, se promène lentement, silencieux et solitaire, lisant habituellement l’Imitation de Jésus-Christ , les Pères de l’Église. II reste dans cet état mental, qui est lucide, si l’on veut, mais que je suis loin de considérer comme normal, jusqu’au retour du lieutenant Nabon.» ( Annales mé dico-psychol. , 1852, p. 368.)