OBSERV \T10N XXIII
Alternatives de dépression pendant l'Iiiver et d’excitation pendant l’été, depuis plusieurs années.
.i âgé de 26 ans, habitant au Brésil, présente, depuis plusieurs années
déjà, des alternatives de surexcitation et de torpeur pendant des saisons entières. Appartenant à une famille honorable, doué d’une intelligence et d’une instructkm très-élevées, d’un caractère parfait et d’une santé excellente, ce jeune homme ai a aucun antécédent héréditaire. Il y a six à sept ans, à la suite d’un violent chagrin d amour, il a voulu essayer de s’empoisonner. Depuis lors ses facultés mentales laissent à désirer de plus en plus; et les personnes qui l’entourent le •considèrent véritablement comme un aliéné. Voici quels sont les symptômes et la marche de la maladie :
M. X.passe la moitié de l’année (l’hiver) enfermé chez ses parents dans une
vaste maison de campagne, à une lieue de la ville, d’où il ne sort jamais ; il semble avoir oublié, dans l’apathie où il est plongé, ses parents, ses amis, la société ; il est triste, taciturne, solitaire, misanthrope, indifférent à tout; il va jusqu’à passer des semaines sans voir sa mère, sans dire bonjour à son père et à ses frères et sœurs. Quoique méfiant, il écoute encore avec assez de docilité les avis qu’on lui donne. C’est à peine s’il franchit le seuil de sa porte pour errer sans but dans les endroits les plus solitaires de la ferme.
Le printemps arrive, et, comme s’il était entraîné par le mouvement de la nature, M. X. prend les habitudes tout opposées. Ainsi de méfiant, triste, taci¬
turne, indifférent qu’il était, le voilà qui devient sociable, gai, actif, loquace même; mais, d’un autre côté, moins décile, plus irritable, susceptible et difficile à contenter ou à modérer dans ses désirs exagérés. Le voilà maintenant recherché dans sa toilette jusqu’à l’excès, insatiable de luxe, se présentant à chaque instant chez ses nombreux parents et amis, malgré les distances, malgré l’état du temps. Il mène une vie de mouvement, infatigable, n’ayant pas assez de chevaux pour fournir à ses courses ; eu changeant ou en achetant, les équipant richement de diverses façons, les soignant avec une sollicitude incroyable; il dépense beaucoup d’argent, se moque des observations qu’on lui adresse et va même jusqu’à s’en fâcher. En outre il se porte très-bien, prend de l’embonpoint, est frais, leste, agile et content. Enfin M. X..... est très-entêté et dangereux parfois dans ses penchants érotiques, que sa famille peut à grande peine réprimer. Nous terminerons en disant qu’il n’a aucunement conscience de son état et ne se rend compte d’aucun de ses actes. (Extrait d’une lettre adressée par M. le D r Charès (de Rio, Brésil), ami du malade, à M. Baillarger qui nous l’a communiquée.)
L’observation suivante, que nous n’avons voulu ranger dans aucune des catégories précédentes, va nous montrer un exemple curieux et parfait de folie à double forme compliquée de paralysie générale ; et c’est par elle que nous terminerons la seconde partie de notre travail.
1861. — Geoffroy.