OBSERVATION XXIX
(Thore, Annales médico-psychologiques ; année 1850.)
Pneumonie droite en complète résolution au bout de quatre jours; au moment de la convalescence, délire maniaque, avec hallucinations de la vue et de l'ouïe qui dure trois jours; un an plus tard, nouvelle pneumonie du même côté terminée au quatrième jour; accès de manie avec hallucination qui dure trois jours.
Cn homme âgé de <38 ans, marié, employé comme charretier chez un maître paveur, a toujours eu une conduite trèsrégulière et ne se livre point à l'abus des boissons alcooliques. Il est pris, le 20 mai 1843, d'un frisson intense avec fièvre, douleur du côté droit de la poitrine, crachats rosés, sanguinolents, visqueux,- adhérents au vase. Il y a du souffle lubaire dans un point très-circonscrit du creux de l'aisselle à droite. Le pouls est à 108. La gène de la respiration est assez forte. A la suite d'une large saignée qui est pratiquée le jour même, les symptômes s'amendent rapidement, de telle sorte que, le 24, la respiration a repris toute sa pureté, que le pouls est retourné à 68. Au milieu de cet état fort satisfaisant et sans cause connue, il se manifeste un délire maniaque caractérisé par une grande loquacité, l'insomnie, l'incohérence complète des idées, les hallucinations de la vue et de l'ouïe. Cet état persista trois jours sans se modifier beaucoup. Le traitement se borna à quelques cuillerées d'une potion opiacée: le malade se rétablit promptement et reprit ses occupations habituelles.
Une année environ après cette pneumonie, il (omba de nou veau malade.
Le 9 août 1844, je suis appelé auprès de lui; il avait une diarrhée intense depuis quelques jours ; les selles étaient liquides et glaireuses; il avait un peu de fièvre, un peu de stupeur, le ventre était douloureux à la pression, surtout dans la Fosse iliaque droite. La langue était large, humide, et couverte d'un enduit jaunâtre. Pas de toux; les voies respiratoires normales, .le prescris des lavements amylacés, des cataplasmes sur le ventre.
1-e 10 au malin, même position. Le soir, il survient un violent Frisson, bientôt suivi de l'expulsion de quelques crachais visqueux et rosés.
Le 1 I. Dyspnée, pouls à 1 12. Toux assez Fréquente avec expecloralioQ de crachats visqueux, adhérents au vase, et d'un rouge vif; d'autres présentent une teinle abricot; ils sont plus abondants, Douleur peu intense près du mamelon droit. Maillé daus "ne étendue peu considérable du sommet de l'aisselle droite, avec, souffle lubairâ, bronchophonie, elc" La diarrhée a cessé. — Saignée de 000 grammes.
Le 12. Crachais peu abondants, visqueux, jaunes; même Fréquence du pouls- L'élat local est le même.
Le 13, amélioration très-prononcée ; pouls à 81. La maliié a disparu, ainsi que les autres phénomènes stéthoscopiques. Le murmure respiratoire a repris sa pureté ; crachats rares, en- COre un peu visqueux, sans coloration particulière. Appétit. Deux bouillons.
Dans la soirée, il est pris d'un violent délire; il s'habille malgré les efforts que l'on fait pour le retenir; il descend dans la cour, lient les propos les plus incohérents, adresse des injures et des menaces à tous ceux qui l'entourent; il a des hallucinations de la vue et de l'ouïe; il voit des animaux tourner autour de lui, et prétend que des personnes qui ne sont pas aulnes de lui en parlent; qu'un homme est caché dans une chambre voisine. On le conlient avec la plus grande dilticullé.
Le 14. Il est plus calme, sans fièvre; pouls à 05. L'élat de la poitrine est très-satisfaisant; il a de l'appétit. Cependantle délire continue. Incontinence complète; association singulière des mois les plus bizarres; propos obscènes, menaces ; il se
figure que ceux qui l'approchent viennent pour le narguer. Le délire est plus tranquille et gai; les hallucinations sont aussi intenses que la veille; les yeux fixes et brillants semblent chercher, sur les parois de la chambre, une foule d'objets. La face est altérée. On lui accorde uue alimentation modérée. Potion légèrement opiacée.
Le 15. Le délire a pris plus de violence pendant la nuit; le malade veut s'habiller et sortir; il refuse de boire sa potion, parce qu'il croit que sa femme veut l'empoisonner, qu'elle veut le tourner en ridicule, etc. etc. Il n'a point eu un seul instant de sommeil, et il est impossible de fixer son attention. l e pouls est à la peau fraîche; il a un peu mangé.
Le 1(5, il s'est levé. 11 a encore de l'incohérence dans les idées; les hallucinations ont disparu ; il reconnaît qu'il a eu la tète un peu malade. L'appétit continue et le sommeil a reparu.
Le 17 et les jours suivants, l'incohérence disparaît d'une manière graduelle ; au bout de quelcpies jours, il est parfaitement raisonnable et peut reprendre les travaux de sa profession.