‹ De la folie consécutive aux maladies aiguësChapitre 31 sur 43 · HH · texte numérisé non relu

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qu'articulaire; il reprend ses forces et l'apparence de la santé.

Le 3, sans nul prodrome, tout à coup il survient dans les facultés intellectuelles de ce jeune soldat, une perturbation qui frappe d'étonnement tous ceux qui observent cette phase nouvelle et inopinée d'une maladie dont la guérisou semblait la \< ille encore, définitivement acquise.

A la visite du matin, l'infirmier du service me prévient que B déraisonne sur les séries d'idées que l'on cherche à éveiller en lui ; son délire porte principalement sur la conviction qu'il n'existe plus, qu'il est mort. Son visage a l'empreinte d'une profonde tristesse; il repousse toute tentative d'investigation et affirme qu'il n'a aucune souffrance; il est sans fièvre; son pouls est normal.

Les jours suivants, il devient taciturne, silencieux, ne parlant guère, à de rares intervalles, que pour répéter qu'étant mort il n'a besoin et souci de rien ni de soins, ni de nourriture, et de lait il refuse obstinément ses aliments, reste au lit, devient gâteux, et tombe dans une inertie absolue. En deux jours, il était arrivé à un état d'affaissement, de faiblesse, d'émaciation, de l'aspect le plus sinistre.

Le 5, son pouls était lent, petit; il était immobile, gardant invinciblement le décubitus dorsal ; le faciès altéré, plombé, pâle ; le regard morue, et nonobstant les conjonctives injectées; il ne répondait à aucune question; il était plougé par moments dans un élat comateux; lorsqu'il en était retiré, il paraissait ne reconnaître ainsi que les personnes qui le soignaient, mais il seraitimpossible de l'affirmer, il y avait incontinence d'urine et constipation permanente. Son immobilité était elle le résultat d'une paralysie générale ou la conséquence de la conception délirante; qui le faisait s'identifier à un cadavre? Je crois qu'elle dépendait à la foisdecesdeux causes qu'elle était en partie volontaire; mais aussi qu'un certain degré de résolutiou des membres coïncidait avec une lésion actuelle du centre cérébrospinal. En somme, il avait, sous beaucoup de rapports, l'apparence symptomatique des individus placés sous l'influence d'une compression du cerveau. Cet étal fut jugé des plus graves. 2 larges vésicaloires furent appliqués à la ace interne des cuisses, près d^s genoux ; je prescrivis des nilules purgatives (calomel et aloès B'0,50, julep i g''-) , màis |e malade se refusa

à les prendre. Les médications internes étaient aussi impossibles que l'alimentation; vingt-quatre heures après l'application des vésicaloires aux cuisses, on les mit aux jambes.

L'état du malade s'amenda, le pouls le releva; le corna fit place, à la somnolence qui elle-même cessa peu à peu; l'injection conjonclivale disparut.

B consentit à prendre un peu de bouillon, de tisane, puis

des aliments : on triompha lentement de sa propension à l'immobilité; lorsqu'il consentit à se mouvoir, ses mouvements ne parurent point entravés par un affaiblissement paralytique; il demanda plusieurs Fois l'urinai; il restait toujours constipé, malgré l'emploi d'une Forte proportion de crème de tartre dans sa tisane.

Le 8, le mutisme était absolu; mais livré à une agitation, à une véritable jactitatiou qui contrastait avec son inertie habituelle ; I! cherchait souvent à se lever de son lit, et parfois

à s'enfuir; on le recouchait assez Facilement, et il ne proférait alors aucune plainte.

Dans la nuit du S au!), il survint des sueurs très-aboudaiiles; il n'y eu avait pas eu, comme cela est très-fréquent dans les attaques de rhumatisme. Il sembla qu'à partir de ce moment, l'amélioration lit quelques nouveaux progrès.

Le 14 il survint une épislaxis ; ce jour-là la ligure était animée, et il se mit à uriner au lit. L'état mental devint meilleur jusqu'au 22 décembre, et à partir de ce jour, B est redevenu docile, paisible, et n'a plus manifesté d'incohérence dans ses idées, ni dans ses paroles, mais il est resté triste et peu commuuicalif.

Rappelons maintenant le dépérissement extrême et rapide qui affecta ce jeune militaire dés l'invasion des phénomènes cérébraux qui ouvrirent la seconde phase de la maladie. Ce dépérissement inspira les plus sérieuses inquiétudes, surtout pendant (pie le malade refusait toute alimentation, il ne (arda pas à s'offrir sous la Forme de la chloro-anémie la plus prononcée, qui nécessita un traitement spécial.

Le quinquina, le houblon et les amers, le régime analeptique surtout, produisirent de bous effets, et l'on devait y associer les Ferrugineux : mais la nostalgie vint compliquer en dernier ressort, la convalescence, et nous avons dû alors nous empresser de solliciter un congé pour Alexaudre B qui, parti le 27 jan-

vier 1857, sous la surveillance d'uu de ses amis, est allé chercher sur la terre natale, au foyer de la famille, la guérison définitive de la série d'accidents graves qu'il a traversés. Tel est du moins mon espoir.

Avant la maladie qui l'a conduit daus notre hôpital, Alex. B n'a jamais présenté aucun trouble intellectuel, et les manies qui naissent sous la dépendance de diverses maladies aiguës sont généralement moins graves et plus facilement curables que celles qui ont primitivement pour causes une lésion

cérébrale. Si, en outre, B n'est point sous l'influence d'une

prédisposition héréditaire, ce que je n'ai pu étudier faute de renseignements, il me paraît avoir des grandes chances pour un rétablissement complet.

OBSEBVATION XXXVI.

(Recueillie dans le service de M. Baillarger.

Rhumatisme articulaire aigu ; le quinzième jour, accidents cérébraux, délire, agitation ; amélioration ; état chloro-anémique prononcé ; idées de persécution ; hallucinations; traitement tonique; guérison au bout de six semaines.

P , âgée de 32 ans, est entrée le 21 septembre 1864 à la

Salpêtrière, dans le service de M. Baillarger.

Celte femme ne présente absolument aucun antécédent à noter, pas plus au point de vue de l'hérédité que sous le rapport de son état de santé habituel qui a toujours été satisfaisant. Pas d'hystérie, ni d'accidents nerveux ou congestifs antérieurs; pas de chagrins ni d'excès d'aucun genre.

Le 2 août elle est prise d'un rhumatisme polyarticulaire, les poignets et le genou droit furent surtout atteints.

Elle se fit soigner chez elle jusqu'au 24, époque à laquelle éclatèrent des accidents cérébraux, caractérisés par de l'agitation, du délire et autres phénomènes graves, qui motivèrent son entrée à l'Hôtel-Dieu.

Le 21 septembre, c'est-à-dire six semaines après le début du rhumatisme, un mois après l'apparition des phénomènes cérébraux, elle est amenée à la Salpêtrière où nous pouvons constater l'état suivant :

La malade est très-amaigrie et présente les signes d'un état de chloro-anémie très-prononcé. Du reste, les fonctions s'exé-

entent assez bien : appélit voraee comme dans les convalescences. On constate encore un léger gonflement du poignet gauche, avec douleurs assez vives de temps en temps.

Au sommet du poumon gauche, matilé notable; des craquements manifestes, et quelques râlès décèlent la présence de tubercules ayant déjà dépassé la période de crudité.

La sensibilité est intacte: quant aux mouvements, la Faihlesse de la malade l'empêche de se lever.

Pour ce qui est de l'intelligence, la femme A est complètement folle. Elle se plaint sans motif de toutes les personnes qui l'entourent; ses voisines lui disent des sottises : les médecins l'ont empoisonnée, et l'empoisonnent tous les jours; son mari veut la tuer pour pouvoir se remarier. De toutes ces idées assez lugubres, résulte un àtat de mélancolie acariâtre, entremêlé de pleurs et de boutades fréquentes.

Il y a des hallucinations parfaitement caractérisées; elle voit sur les toits des personnes de sa connaissance qui l'agacent et lui adressent de là-haut des reproches et des injures. .

On met la malade au régime tonique (fer, quinquina, côtelettes).

Dans les premiers jours d'octobre, elle commence à devenir plus traitable: les idées d'empoisonnement ont disparu; les forces sont revenues au moins en partie.

Lu 10 octobre, après un interrogatoire prolongé, il devient

manifeste que tout délire a disparu; la femme A rend

même pal'ailcment compte de tout ce qu'elle éprouvait, convient de l'absurdité de ses craintes d'empoisonnement, et raconte n és bien, en les attribuant à la maladie, les hallucinations dont elle était le jouet.

Elle sort le. 17 octobre en possession complète de sou intelligence et de sa raison.

L'observation de M. Mesmet est fort curieuse par l'alternance remarquable qui existe entre les phénomènes articulaires et le délire; celui-ci survenant lorsque les premiers disparaissaient, et réciproquement; et comme pour montrer d'une manière plus complète la relation intime qui existe entre les

troubles intellectuels el le rhumatisme, on voit se développer chez le malade des mouvements choréiques (|ui, eux aussi, alternent avec les accidents cérébraux. Cette coïncidence remarquable que M, Sée (1) avait déjà indiquée dans un travail antérieur ne laisse aucun cloute sur la nature rhumatismale du délire.

M, Délioux pense que l'aliénation mentale est survenue chez le sujet qu'il a observé, non comme un accident fortuit dans la convalescence, sans liaison avec l'état morbide antérieur, mais comme une manifestation de la diathèse rhumatismale, comme une métastase aux dépens des séreuses qui enveloppent le cerveau. «Ce nouveau fait, dit-il, se place par conséquent à côté des rhumatismes aigus compliqués de phénomènes cérébraux, et rentrerait sans effort d'analogie dans celles des trois catégories indiquées par M. Vigla, comprenant les rhumatismes avec délire symptomatique d'une méningite. » Quant à notre observation, elle se rattache en tous points à celle de M. Délioux.

A quoi rapporter la forme du délire dans ces trois cas de rhumatisme? car il offre dans tous les trois, chose remarquable, à peu prés le même caractère : la dépression, la mélancolie. Cette forme délirante ne serait-elle pas probablement sous la dépendance d'un épajichement séreux consécutif à la cong-estion des méninges et du cerveau? L'attention des obser-

(1) /ti ch. peu. île nuUt.. I I p ?!l ((,856).

vateurs mérite d'être attirée sur ce point d'étiologie mentale. Nous pensons que des faits ultérieurs viendront se grouper autour de ces derniers, et permet* tront d'établir une nouvelle classe des manifestations cérébrales du rhumatisme : la folie rhumatismale.

§ V. — Fièvres éruptives.

Le délire que l'on observe si fréquemment dans le cours des fièvres éruptives survient aussi quelquefois à leur suite.

Si l'on remarque l'analogue qui existe entre la fièvre typhoïde et ces affections au point de vue des complications cérébrales, n'y a-t-il pas lieu de s'étonner, en voyant ^'aliénation mentale s'observer si souvent après la dothiénentérie, et presque jamais à la suite des fièvres éruptives.

En effel . les faits seul rares : M. Thore seul a signalé jusqu'à ce jour, dans les Annales médicopsychologiques, un oas de délire survenu dans ces conditions; il l'aobservé à la suite d'une rougeole chez un adulte.

Nous le reproduisons ici à côté d'un cas de manie consécutive à une varioloïde que nous avons eu l'occasion d'observer clans le service de M. Baillarg'er.

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