OBSERVATION XXXV11I
(Recueillie dans le service de M. Baillarger. ) °as d'aliénés dans la famille; varioloïde; excitation maniaque consécutive ; délire ambitieux et érotique; guérison rapide; réapparition du délire à l'époque menstruelle.
C (Jeanne-Eugénie), âgée de 28 ans, lingère, est entrée,
le 12 octobre I8f4, à Ia3alpêtrière,dau8 le service de M. liai Ilarger.
Des renseignements précis nous apprennent que cette malade ne compte aucun aliéné dans sa famille ; elle était du reste bien portaute et n'avait jamais été folle. H y a trois semaines, avant sou entrée, elle fut prise d'une varioloide.
Il y a huit juins elle était en pleine convalescence, lorsqu'elle commença à présenter les signes du délire qui l'a fait conduire a la Salpèlrière. Ajoutons, pour compléter ce qui 'concerne, les antécédents, qu'elle a eu la scarlatine étant trèsjeune, qu'elle est bien réglée, qu'elle a eu un enfant mort en bas âge, il y a dix ans. Elle parait être de bonne constitution, a le visage animé, les yeux brillants; elle se dit «reine, impératrice; toute la France lui appartient: elle va rouler snr l'or; la Salpèlrière est sou château.» A ces idées ambitieuses se joint un délire érolique t: ès-pronoucé; elle se dit tille publique (ce qui est faux ; elle a un nombre considérable damants; elle se complaît à répéter les propos les plus obscènes. Tous ces phénomènes si marqués s'amendeut promplement.
Dès le lii octobre, le délire a complètement disparu.
Le 8 novembre, elle sort paraissant complètement guérie.
Le 17, ou la ramène dans un état analogue à celui qu'elle présentait à son entrée.
Le 2-j, les règles paraissent et l'état mental s'améliore comme par enchantement.
Elle reste daus la maison, travaille, attend et demande sa sortie, que M. Baillarger diffère jusquà la première apparition des règles.
23 décembre. L'excitation maniaque reparaît, toujours avec prédominance érolique; plus de délire ambitieux.
Le2f>, apparition des règles; la malade est toujours trèsagitée, et reste dans cet étal jusqu'au 28 où le calme répara il.
Nous ne pouvons nous empêcher d'appeler l'attention sur ce fait intéressant à tant d'égards. D'abord, tout concourt à prouver qu'il s'agit bien là d'un délire consécutif s la varioloïde; il n'y a d'an-
técédents d'aucune sorte, pas plus au point de vue de la prédisposition qu'à celui des causes occasionifi cl les.
Cela posé, il y a lieu de se demander de quoi il j-s'ag'it. On pourrait penser tout d'abord à un état snonomaniaque ; mais le délire est vraiment trop (généralisé pour qu'on puisse persister dans cette idée. D'autre part, ce n'est pas la manie ordinaire,
ia manie commune; l'agitation n'est pas considérable, puis il y a des conceptions 'délirantes qui, >sans être aussi accentuées que dans la monomanie, ssont cependant très-nettes. Bien plus, ces conceptions délirantes sont de nature spéciale : il y a des iidées de grandeur parfaitement marquées, bien que lia malade n'ait pas l'air d'y attacher une importance exagérée. Cependant elle y revient avec comiplaisance et pendant un temps assez long-. Joignons îà cela cette coloration animée du visage, cette agitation comme latente caractérisée bien plus par une •exubérance du lang^ag-e et des velléités nombreuses, que par des mouvements désordonnés, et nous auîrons presque tous les signes de la manie congestive tde M. Baillarg^er. Ce n'est pas la congestion violente
[r la première période de la paralysie générale , (c'est quelque chose d'intermédiaire, et qui, trèsjprobablement sera suivi d'une guérison plus ou imoins rapide. Une autre preuve d'ailleurs de la icongestion concomitante, c'est la recrudescence si imarquée des symptômes au moment de l'époque imenstruelle. Un degré de pins, c'est-à-dire un peu
d'embarras de parole ou d'inégalité des pupilles, et la plupart des auteurs verront là une paralysie générale déclarée et à sa première période. Pour M. Baillarger, ce ne sera encore qu'une manie congestive , seulement la paralysie sera beau] coup plus à craindre. Ces! là d'ailleurs une question à l'ordre du jour ; aussi avons-nous tenu à v insister, ce fait venant parfaitement à l'appui des idées que M. Baillarger s'efforce, avec raison, de faire prévaloir, au point de vue de la doctrine de la paralysie générale.
§ VI. Erysipèle.
Personne ne doute actuellement que la congestion cérébrale et méningée ue soit la cause prochaine de la paralysie générale; nous avons eu déjà plusieurs fois, dans le cours de ce travail, l'occasion d'insister sur ce fait maintenant classique! On ne sera donc pas étonné de rencontrer dans ce paragraphe les deux seuls cas de paralysie générale que nous ayons eu à relater parmi nos quarante^ trois observations. Personne, en effet, ne aie 1rs phénomènes cérébraux qui compliquent trop souvent l'érysipèle, phénomènes qui peuvent d'ailleurs! se produire avec une gravité plus ou moins milig'ée , mais qui n'en sont pas moins réels, consistant le plus souvent dans une congestion cérébro-nié-? ning'ée, qui va, dans certains cas, jusqu'à la méninge-encéphalite, et à la mort. Terminaison bien
laite pour ébranler les convictions de ceux qui ne vvoient là qu'une affaire purement sympathique et -sans raison organique démontrée, comme disent MM. Hardy et Béhier!
Pour ce qui est de la sympathie, nous ne demandions pas mieux que de l'admettre, pourvu qu'on mous explique le mot. Nous croyons, pour notre ipart, que la sympathie consiste là dans un afflux sanguin considérable au cerveau , sous l'influence de l'irritation développée et entretenue par l'état de la face et du cuir chevelu dans l'érysipèle.
Quoi qu'il en soit, M. Baillarger a rapporté, dans Iles Annales médico-psychologiques (1849), deux observations de paralysie générale survenue consécutivement à des érysipèles de la face. Nous en reproduisons une ; la deuxième ne nous ayant pas paru ^suffisamment déterminée au point de vue particu- Uier qui nous occupe. Nous citons également l'observation empruntée à Bayle.