OBSERVATION XXXIX
M. Baillarger, Annales médico-psychologiques ; année 1849, p. 480.)
Cinq érysipèles de la face en trois années ; paralysie générale ; mort ; autopsie.
La femme R , âgée de 36 ans, a été conduite à la Sal|>è-
trière le 20 février 1847. Voici les renseignements que j'obtins de son mari :
Il y a près de dix ans qu'il s'est aperçu d'un changement tdans le caractère et les habitudes de sa femme, qui devenait Rente vl apathique; elle se plaignait que le sang la gênait et Uni portail à la tète. Depuis trois ans elle a eu cinq érysipèles
de la lace a des intervalles irréguliers, cl il y a quinze mois qu'on a constaté un affaiblissement de la mémoire; eu même j temps on remarque chez elle une envie de briller, des goûts ' de toilette qu'elle n'avait pas auparavant; puis elle, vole çà et là desobjets de peu de valeur et fait des excès de boisson : enfin, il y a trois mois, on commence à remarquer de l'embarras dans 1 la prononciation.
Au moment de l'entrée à la Salpètrière, je notai les symptômes suivants :
R est calme, uu peu abattue ; elle passe ses journées à la j
même place, dans uue sorte d'inertie et d'engourdissement. Sa physionomie offre déjà l'empreinte de la démence; les réponses sont courtes, lentes, les idées rares, la mémoire très-affaiblie. i
R ne peut indiquer ni le mois, ni même l'année; elle se
trompe sur les faits les plus simples; elle ne parait d'ailleurs j pas avoir d'idées de grandeurs. L'embarras de la parole est peu j prononcé, mais il ne saurait cependant être mis en doute; la démarche est même assez ferme; la sensibilité générale est j très-affaiblie, et l'on peut pincer très-fortement la .peau sans que la malade manifeste aucune douleur; l'appétit est excellent \ le sommeil calme et prolongé.
Pendant huit mois nous n'eûmes à noter que peu de chan- j gemenls dans cet état. Cependant tous les symptômes s'aggravèrent, et ou constata de nouveaux symptômes : les mains étaient tremblantes ainsi que la langue; la malade avait uue I sorte de mâchonnement continuel; le mouvement qu'elle faisait semblait tout à fait automatique et ressemblait à celui d'uue personne qui déguste un liquide. On observa aussi que I la paralysie se prononçait davantage sur le bras gauche. Au j commencement du mois de novembre la faiblesse était égale des deux côtés ; les deux bras étaient souvent le siège de petites secousses convulsives. R allait et venait encore dans la I
division ; elle aidait au ménage : son intelligence était affaiblie, mais il n'y avait pas de traces de délire ambitieux ; appétit assez bon, langue profondément gercée; pas de diarrhée. La malade maigrit; elle se plaignait parfois d'éprouver de la céphalalgie.
Le 18 novembre, elle fut prise de pneumonie et succomba le 21.
Autopsie le 21. — L'arachuoide viscérale est épaissie et opaque j sur beaucoup de points de la convexité du cerveau ; la pie-
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mère LpèS-iufilU'ée de sérosité, Le liquide, dans plusieurs points, a déprimé les cireonvolulious et a loi nié de petites cavités sur les côtés de la grande scissure.
Adhérences très-nombreuses des membranes à la couche corticale dont uoe partie s'enlève avec elles. Substance |>rise, molle et de couleur rosée. La substance médullaire a sa consistance normale. Peu de sérosité dans les ventricules qui ne soul pas dilatés. Granulations très-nombreuses sur l'arachnoïde venlriculaire, et principalement dans le ventricule du cervelet, au-dessus du calamus scriplorius. La moelle est saine Les viscères de la poitrine et de l'abdomen n'ont pu être examinés.
Chez la femme qui fait le sujet de cette observation, pas d'antécédents héréditaires, pas de causes occasionnelles ni prédisposantes; Lotit à coup éclatent successivement cinq érysipèles de la face , et bientôt R.,. commence à présenter de l'affaiblissement de la mémoire et des facultés : vient ensuite la manie d'acheter, puis de voler, etc., en un mot, tous les signes de la première période de la paralysie générale : il est vraiment difficile de ne pas voir une liaison entre le développement de ces phénomènes et l'apparition des érysipèles.
Cette observation est intéressante à la fois au point de vue de l'étiologie de la paralysie générale qu'elle contribue à éclairer , et aussi sous le rapport du délire consécutif à une affection aiguë. Nul doute que l'érysipèle dans ses cinq récidives n'ait amené chaque fois une congestion violente de l'encéphale, congestion qui a eu pour résultat final l'épanchément et l'organisation des produits plastiques qui caractérisent la méningo-encéphalite chronique.
Le cas cité par Bayle est moins caractéristique;
Le malade qui l'ait, le sujet de cette observation était adonné depuis longtemps à l'usage immodéré des boissons alcooliques, qui, comme on sait , joue un rôle important dans la production de la paraylsie générale.