OBSERVATION XL
(Bayle. Traité des maladies du cerveau, p. 243.)
Excès de boissons, insolation, érysipèle, à la suite céphalalgie habituelle ; an bout d'un mois, délire ambitieux, démarche chancelante, paralysie générale; mort.
Romain- Victor B., épicier, âgé de 40 ans,d'uue Famille saine, d'un caractère gai et doux, avait commencé de très-bonne heure à se livrer d'une manière excessive à l'usage du vin el de l'eau-de-vie. Dans le courant du mois de mai 1815), il dormit pendant longtemps exposé aux rayons d'un soleil très-ardent, et ne tardapasà être atteint d'un érysipèle très-intense qui s'étendit à toute la Lire et au cuir chevelu. Depuis cette époque, il conserva une céphalalgie habituelle, ce qui ne l'empêcha pas de continuer ses excès de boissons.
Le 29 juin 1819, il lit une orgie et tomba dans un état d'ivresse, qui Fut immédiatement suivi d'une aliénation complète. Il était dominé par des idées ambitieuses. 11 était énormément riche et puissant; tout ce qu'il voyait lui appartenait, et il parlait continuellement et sans suite; il n'était pas violent et ne dormait point; sa prononciation était très-embarrassée; il marchait difficilement elen chancelant. Ces symptômes augmentèrent loin de diminuer. Deux ou trois jours après l'invasion, le malade eut des vomissements qui revinrent à plusieurs reprises.
Le 6 juillet, il fut conduit a la Maison royale de Charenton dans l'état suivant : agitation continuelle, cris, loquacité incohérente, démarche extrêmement chancelaute qui expose le malade à tomber à chaque pas.
Le 7. Face rouge et sans expressiou ; point de réponse aux
questions qu'où lui fait, agitation diminuée, regard incertain, pouls fréquent, langue rouge, signes de sensibilité lorsqu'on presse l'épigaslre.
Pendant sept à huit jours, même état, puis les facultés s'allèrent davantage : il ne comprend aucune des questions qu'on lui fait.
Vers le 15, agitation et mouvements convulsifs des membres supérieurs, carphologie , soubresaut des tendons, spasme des muscles de la face, resserrement continuel des mâchoires par la contraction tétanique des masséters, face livide, lèvres rouges, langue sèche, blanchâtre à sa surface et sèche sur ses bords ; pouls petit et fréquent. — 20 sangsues au cou, lavement purgatif.
Le 18, dents et lèvres noires et fuligineuses, langue sèche, face décomposée, respiration fréquente.
Trois verres de décoction de quinquina. Même état jusqu'au 22.
Le 23, mort.
Ouverture du cadavre.
Étal extérieur. Cadavre maigre, chairs fermes et résistantes.
Crâne. Un peu de sérosité épanchée entre l'arachnoïde et la dure-mère; une quantité assez considérable à la base du crâne. La face interne de cette dernière membrane est rouge dans la région antérieure du crâne. L'arachnoïde qui recouvre la partie antérieure des hémisphères et le lobe antérieur du cerveau, offre une vive rougeur, qui diminue en arrière et disparait auprès du cervelet, où l'on voit un réseau de capillaires injectés. Celle membrane est unie au feuillet arachnoïdieu de la dure-mère, sur les apophyses d'Ingrassias, au bord supérieur du rocher, et à divers autres points de la face interne du crâne, ;par des filaments celluleux assez faciles à rompre.
L'arachnoïde est Irès-épaissie, très-résistante, et adhérente, dans un grand nombre de points, à la substance grise, dont ou emporte la couche la plus superficielle en détachant celle imembrane.
Dans les endroits où l'arachnoïde est rouge, c'est-à-dire vers lia région antérieure de l'encéphale, la pie-mère a une couleur 'éearlalc et ses vaisseaux sont fortement injectés.
Les ventricules latéraux contiennent un peu dé sérosité léi>èremènt sanguinolente. Leur membrane séreuse est épaissie, ainsi que celle des autres ventricules. Celle du quatrième est couverte; d'une multitude de granulations à peiné visibles à Pœil nu.
La substance cérébrale est très-injectée et très-molle; elle se laisse pénétrer avec la plus grande facilité, principalement dans les ventricules. OÙ le doigt laisse son impression en louchant légèrement leur surface.
Thorax. Poumon gauche endurci dans sa partie postérieure et gorgé d'une sérosité sanguinolente.
Abdomen. La membrane muqueuse de l'estomac présenté dans sa portion cardiaque des points rouges très-nombreux et très-arrondis, entre lesquels cette membrane est blanchâtre. Celle rougeur n'existe point dans sa portion pylorique. La muqueuse d'une partie des intestins est couverte d'une bile jaunâtre et épaisse; elle est injectée d'une manière très-sensihle. Les autres organes sains.
Ainsi <|tie nous le disions, les excès de boisson avaient depuis longtemps prédisposé le malade aux congestions cérébrales : l'érysipèle n'est ici que l'épine qui détermine le mal, mais son rôle n'en a pas moins été réel. Déjà, nous avons eu à signaler un cas analogue, le l'ail d'une femme chez laquelle la fièvre typhoïde a subitement mis en jeu tous les éléments accumulés par la prédisposition liéréditaire et l'alcoolisme : c'est ici le pendant. Remarquons d'ailleurs celle céphalalgie habituelle qui persiste duranl un mois, à partir de l'érysipèle, et qu'on peut regarder comme l'indice du travail inflammatoire et congestif, dont cette affection a été le point de départ. Enfin, la durée de la paralysie a été d'autant [dus courte, que les causes ont été plus énergiques et plus rapidement accumulées.
5 VII. — Angine.
Nous ne ferons que rapporter dans ce dernier paragraphe le cas unique et remarquable d'un délire maniaque consécutif à une angine tonsillaire.
Il a été observé par M. Thore qui l'a consigné dans Jes Annales médico-psychologiques.