‹ De la folie consécutive aux maladies aiguësChapitre 36 sur 43 · OBSERVATION XLI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLI

(il. Thore, Annales médico-psychologiques ; 1850. )

Angine avec abcès de l'amygdale droiie; au moment de la convalescence, délire avec hallucinaiions de courte durée.

G. C , âgé de 44 ans, niailre carrier, est sujet à des angines tonsillaires assez graves, et qui se lermiueut le plus ordinairement par suppuration. H est d'ailleurs fort sobre et ne Fait aucun excès. Le 28 novembre 1843, je suis appelé auprès de lui pour une angine qui paraissait débuter d'une manière bénigne, el je me borne à conseiller l'emploi d'un gargarisme alumineux.

Le 1er décembre, je le trouve dans un élat d'agitation, d'anxiété; il se plaint de ne plus pouvoir respirer el d'être menacé d'asphyxie; il ne peut avaler une seule goutte de liquide. La fièvre est assez intense, la peau ebaude. La déglutition est eu effet d'une extrême difficulté, et la plus petite quantité de liquide ingérée semble provoquer la suffocation. A l'examen du fond de la bouche, il est facile de constater qu'il existe dans l'amygdale droite une collection purulente ; une incision est pratiquée immédiatement; un pus fétide s'en échappe; après celle opération, un mieux est très-marqué, el le reste de la journée se passe bien, malgré une lièvre encore très-intense. La déglutition se l'ait avec facilité; la nuit est bonne el le sommeil parfaitement calme.

Le lendemain, 2, Formation nouvelle de pus, nouvelle incision. La fièvre a cessé. Il est d'ailleurs parfaitement calme, se nourrit bien depuis l'incision, et je le considère comme guéri.

Le 3, après une nuit assez paisible, il est pris tout à coup, vers le malin, de délire avec hallucinations; il croit voir autour de lui des personnes qui n'y sont point en effet; il leur adresse la parole et converse avec elles; il veut se lever et descend plusieurs fois de son lit, où l'on a quelque peine aie maintenir; il a constamment les yeux dirigés vers la fenêtre, de là il veut parler à ses ouvriers et leur donner des ordres. Le regard est fixe, toujours dirigé vers le même point. 11 reconnaît assez bien les personnes qui l'approchent; mais il y a beaucoup d'incohérence dans ses paroles.

Le pouls est parfaitement régulier et calme, il est à 64. La peau est fraîche. L'état du pharynx et des amygdales est tout à fait satisfaisant. Je crois devoir rassurer les parents du malade, qui sont fort effrayés de son état; je me borne à prescrire une alimentation modérée et une potion légèrement opiacée.

Le 4, la nuit a été fort agitée; à plusieurs reprises il a voulu s'élancer de sou lit, en disant qu'il fait jour et qu'il veut retourner à ses travaux. L'agitation diminue vers le matin; mais les hallucinations persistent; il csi plus calme, il y a moins d'incohérence dans les idées. Pouls, 04; appétit. Au bout de peu de jours la raison est complètement rétablie, et depuis lors il n'a pas ('prouvé le moindre trouble de l'intelligence, bien qu'il ail eu des amygdalites encore terminées par suppuration.

Nous avons vainement cherché d'autres exemples analogies à celui-ci. Véritablement, dans ce cas, on ne voit pas bien la liaison, et l'on se demande quel rapport il peut y avoir entre l'angine et la folie? Pourtant le fait est bien réel, et il importe avant tout de le constater en attendant les autres. On serait, à la rigueur, tenté de rapporter ce délire à la fièvre elle-même, fièvre indiquée comme assez intense au début; cependant on ne peut s'empêcher de remarquer, qu'au contraire, la fièvre avait considérablement baissé quand le délire a éclaté ; puis il y avait là des hallucinations, tout le cortège des sigmes ordinaires de la folie, lesquels ne peuvent être confondus avec le délire incohérent des malades qui , comme on dit, battent la campagne sous l'influence de la fièvre. Quoi qu'il en soit, le cas était bon à enregistrer : c'est ce que nous avons fait.

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