‹ De la folie consécutive aux maladies aiguësChapitre 37 sur 43 · KT10L0GIE , DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

KT10L0GIE , DIAGNOSTIC

I. « J'ai la conviction qu'à une modification maladive de l'intelligence correspond toujours une modification connue ou inconnue, soit du cerveau lui-même, soit des conditions matérielles à l'aide desquelles il fonctionne» (1).

Ces paroles du regrettable M. Marcé , enlevé si prématurément à la science, résument parfaitement la doctrine à laquelle nous nous rattachons. G'esl dans cette voie, toujours ouverte à nos investigations , que nous devons résolument marcher. En dehors des rêveries de la psychologie pure, le champ des faits, toujours accessible, reste à explorer; si vaste qu'il soit, nous ne désespérons pas de le voir un jour entièrement parcouru.

Ne soyons donc pas étonné de retrouver, dans l'étiologie de la folie, signalées parmi les causes physiques un certain nombre de maladies aiguiës. Il reste a savoir quelle pari revient au juste à ces dernières dans la production de l'aliénation : tâche difficile en raison du petit nombre de faits, dont plusieurs même sont incomplets.

Aussi ne pouvons-nous donner à cet ég^ard que des indications rapides et superficielles.

(t) Marcé, Traité ries maladies mentales, p. 35,

En effet, sur les 43 observations que nous avons rapportées dans le cours de ce travail, il en est 9 seulement dans lesquelles les antécédents el causes prédisposantes ou autres sont, je ne dirai pas notés, mais recherchés; de sorte que l'on ne peut absolument rien en conclure, les auteurs ayant complètement négligé ce point important ; et pour le dire de suite , c'est dans les seules observations de M. Baillarg'er, et dans une de M. Délioux, que La recherche de l'hérédité et autres causes prédisposantes a été spécialement indiquée.

Evidemment, dans les cas qui nous occupent, l'affection aiguë est la cause accidentelle ou déterminante. La question qu'il importerait de résoudre est celle desavoir : si cette cause est unique et suffisante, ou si elle n'agit que sur des sujets manifestement prédisposés ; nous disons manifestement, car le fait en lui-même n'est pas douteux; seulement, nous pensons qu'il peut y avoir là une idiosyncrasie qui ne s'est révélée par aucun antécédent connu, l'hérédité, par exemple.

II. Parmi les principales causes dites prédisposantes de la folie, on range le climat, les saisons, l'âge et l'hérédité.

Du climat, il ne peut être question ici, tous nos faits ayant été récueillis et observés en France.

Quant aux saisons, sur nos 43 cas, il en est seulement 24 dans lesquels l'époque de l'année soit

mentionnée. Or, sur ces 24 cas, 16 ont été observés dans le semestre de mai à septembre ; celui que les statistiques indiquent en effet comme le plus chargé en général. Mais, si l'on note que là sont compris les 5 cas de choléra, qui ne peuvent être observés que dans ce semestre, on verra que l'équilibre est à peu près rétabli, et que les cas se répartissent à peu près indifféremment sur tous les mois de l'année.

L'âge ne peut non plus entrer ici en ligne de compte; car le délire est subordonné là à la maladie préexistante, qui s'observe dans ces cas comme dans les autres, à ce qu'on pourrait appeler l'âge d'élection, c'est-à-dire L'enfance et la jeunesse pour la fièvre typhoïde, l'âge adulte pour la pneumonie , etc. etc.

Mais, dans ce cas particulier, comme danstoute la pathologie mentale, la grande question à résoudre, la question dominante, était celle de l'hérédité, cette cause prédisposante si généralisée, que M. Marcé a pu dire que, sur 3 cas, elle existe au moins dans 2. Malheureusement nous n'avons que 9 observations pour trancher la question ; sur les 9, l'hérédité est signalée 3 fois. Nous ne pouvons donc rien en conclure, ni pour ni contre; H est à regTetter que cette cause n'ait pas été indiquée dans les 34 autres observations.

Il pouvait être intéressant aussi de se demander quel rôle avait joué, dans la production du délire,

le traitement dirigé contre la maladie déterminante? Ce rôle nous a paru en général assez minime. En effet, dans la fièvre typhoïde d'abord il ne peut en être question : l'organisme est débilité par la maladie elle-même, non par les agents thérapeutiques.

Dans la pneumonie, nous n'avons non plus rien de particulier à signaler, la manie s'étant déclarée indifféremment, quel qu'ait été le mode de traitement employé; de sorte que, jusqu'ici, il n'y a nullement lieu de mettre sur le compte de la saignée et des antiphlogistiques, comme on pourrait être porté à le faire, les accidents délirants déclarés conséèutivement à l'inflammation du poumon.

En résumé, et dans l'état actuel des choses, l'étude des causes prédisposantes, appliquée au délire consécutif aux maladies aiguës , ne nous apprend encore rien. Nous pouvons seulement supposer que l'hérédité joue un grand rôle. La maladie aiguë reste alors seule , comme cause unique, occasionnelle et déterminante.

Sans revenir sur ce que nous avons déjà dit, nous devons rappeler que la cause efficience pour nous est, dans la plupart des cas, une congestion cérébroméningée.

III. Le diagnostic offre quelques particularités intéressantes. Il s'agit de distinguer et de reconnaître, \ 0 s'il y a folie, 2° quelle est la variété.

1° Ici, comme en bien d'autres points de pathologie, c'est ou très-facile, ou très-difficile ; très-far cile dans les cas bien tranchés, comme, par exemple, lorsque le malade vient vous dire qu'il n'a plus de languie, ou qu'il voit des gens sur les toits, etc. Il n'y aurait que la simulation qui pût induire en erreur; nous y reviendrons. (V. ch. IV.)

Mais, ce n'est pas toujours aussi net. Ainsi, à la suite de la fièvre typhoïde surtout, il y a de ces cas embarrassants, véritablement sur la limite , et où l'on ne sait si l'on a simplement affaire à un malade très-affaibli, ou à un fou véritable. (Y. l'obs. 9.) ïl faul examiner avec soin, d'après les procédés employés en médecine mentale; ordinairement, soit directement, soit surtout par l'observation des gens qui entourenl le malade, on arrive à découvrir quelque bizarrerie, quelque excentricité qui vient éclairer le diagnostic.

Le grand point d'ailleurs, et oelui sur lequel nous ne saurions trop insister, c'est de connaître la possibilité du délire à la suite de certaines maladies, et de savoir quelles sont ces maladies.

2" Quelle est la variété ou la forme de délire observé ?

Nous avons rapporté 40 observations ; mais le numéro 19 renferme 4 faits; le numéro 29 deux, le sujet ayant eu deux pneumonies à un an d intervalle, et du délire à la suite de chacune d'elles. D'autre part, nous ne comprenons pas ici le cas d'épilepsie.

Nous avons donc en tout 43 Faits qui se répartissent de la manière suivante :

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Affaiblissement intellect.

îl\*f*P Ali cinc n q 1 1 il n ï n «i f tl\LU UU SdUS II dl 1 1101 II tl l.

(Démeuce aiguë de quelques au-

Mélancolie avec délire hy-

pochondriaque. > . . . .

Monomanie ambitieuse. .

Hallucinations

Total . . . .

C'est donc l'affaiblissement intellectuel (ou démence aigmë de quelques auteurs) qui a été le plus souvent observé, et toujours à la suite de la fièvre typhoïde; on devra donc dans certains cas, et surtout chez les prédisposés, se tenir en g^arde contre cette éventualité, et savoir la reconnaître.

Par contre, on n'aura g-uère à y songer à la suite de la pneumonie; au contraire, c'est à la manie qu'il faudra tout d'abord penser.

Après la démence aiguë et la manie, la variété le plus souvent observée est la monomanie q-mbitieuse,

Nous renvoyons à ce que nous avons dil à propos des cas particuliers (v. p. 15); mais nous tenons à insister sur celle fréquence relative des monomanies ambitieuses : variété très-rare à l'état simple, c'est-à-dire lorsqu'elle n'accompagne pas la paralysie générale. Or, sur 43 cas, nous avons 8 monomanies ambitieuses, c'est-à-dire 1/5 des cas; nous avons même 6 cas de délire bypocbondriaquc plus ou moins compliqué, ce qui est bors de toute proportion normale, ce délire ne s'observant que trèsexceptionnellemenl à part le cas de paralysie générale. Nous nous sommes déjà expliqué sur ce sujet (v.p.27). ■

En résumé, nous ne pouvions songer à entrer ici dans les détails de diagnostic différent iel que l'on trouve dans tous les traités de palbologie mentale, où ils sonl parfaitement à leur place. Nous avons seulemenl indiqué quelles sont les variétés les pins fréquemment observées, quelles sont leurs complications el 1rs maladies qui les comportent spécialement.

Et, pour le dire en passant, on peut voir par l'examen du tableau ci-dessus, que toutes les formes de délire admises par les auteurs ont été observées; on trouve là, on effet, des exemples des quatre gTandes formes d'Esquirol : lypêmânie (mélancolie), monomanie, manie, démence : bien entendu il ne pouvait être question de la cinquième forme (imbécillité, idiotie) qui suppose un vice congénital dans la conformation dés organes de la pensée.

Mais, d'autre part, jamais il n'a mieux paru com- Ibien sont artificielles toutes ces classifications. A l'exception de la manie, en effet, pas une forme qui •soit simple et à laquelle on n'ait été obligé de joindre quelque épithète ou quelque autre forme pour déterminer la maladie. Et il ne peut en être autreiment dans une classification qui ne repose pas sur U'anatomie pathologique et la nature de l'affection,

• dont l'état actuel de la science ne comporte d'ailleurs pas la connaissance complète.

Nous disons complète, car il y a déjà des donmées acquises, quoique imparfaites : nous avons ici nm élément surajouté, élément d'ordre matériel {parfaitement déterminé ; car, par la nature du délire, la forme et les phénomènes concomitants, l'esipèce des lésions appréciées clans certains cas, la plupart de ces faits se rangent tout naturellement

• clans la classe de ceux que M. Baillarger a si heuîreusement distingués sous le nom de folies congésifives.

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