PRONOSTIC, TRAITEMENT
I. Etablissons d'abord ce point important et incontestable : le pronostic est extrêmement favorable; nous verrons ensuite les cas particuliers.
Dans la pathologie ordinaire, il y a trois modes de terminaison possible d'une maladie : laguérison, l'état chronique ou la mort. Dans la pathologie mentale, il faut réduire à deux ces trois terminaisons; en ce sens que, sous plus d'un rapport, l'état chronique incurable ou la mort, c'est tout un.
Sur \'-\ faits, il n'en esl <|iie 6 dont la g*uérison ae soit pas mentionnée. Pour mettre tout au pire; sur 43 cas, 37 guérisons complètes, 4 morts et 2 cas indéterminés; en moyenne, 8 malades g'uéris sur 9. La proportion ordinaire de gmérison dans les diverses formes de folies prises indistinctement est de I sur 9.
On voit donc combien il faudra peu s'effrayer d'une pareille ('(implication si redoutable en apparence et en réalité flans les cas ordinaires. Dans la généralité des cas, on pourra rassurer la famille et prédire presque à coup sûr une g-uérison prochaine.
Car, ce qui vient encore augmenter la bénignité du pronostic, c'est la courte durée de la plupart des accès, plusieurs n'ont pas dépassé 24 heures; un
certain nombre, près de la moitié, n'ont pas été au delà d'une semaine.
Voilà certainement des résultats qui jurent singulièrement avec les faits normaux. Pour ne citer qu'un exemple, la manie, la forme la plus bénigne et la plus courte, gmérit rarement d'ordinaire en moins d'un mois; et nous voyons plusieurs de nos manies consécutives n'avoir qu'une durée pour ainsi dire éphémère.
Il est juste d'ajouter qu'il y a des exceptions, mais qui ne peuvent infirmer la règle; par exemple, le malade de l'obs. 3, qui reste un an et plus enfermé dans un asile.
Ainsi, pronostic très -favorable, quant à l'issue et quant à la durée de la maladie.
II. Voyons maintenant le pronostic des cas particuliers. Il y aurait deux manières de l'étudier, soit par rapport à la maladie ayant déterminé l'aliénation, soit quant à la forme d'aliénation elle-même. Ce dernier mode nous paraît plus commode et plus pratique , d'autant p\is qu'il peut incidemment renfermer l'autre.
. La diminution notable des facultés ou démence aig'i i e observée 12 fois à la suite de la fièvre typhoïde, a guéri 10 fois; un cas est indéterminé; une autre fois il y a mort par incident étranger. Il n'y aura donc pas lieu de s'en effrayer outre mesure ; cependant, bien caractérisée, cette forme est à redouter, parce qu'elle fait entrevoir la possibilité d'une
démence chronique et incurable, ou même d'une paralysie générale , quoique nous n'en ayons pas trouvé d'exemple.
La manie a toujours guéri, hormis dans un cas; à la vérité ce n'était plus la manie simple ou commune ; il s'agissait d'un délire aigu, maladie toujours redoutable, quelle qu'en soit la cause apparente; car il y a là une affection des centres nerveux sur la limite de la méningite, et qui 2 fois sur 3 se termine par la mort.
Les monomanies ambitieuses, d'un pronostic si grave en thèse générale, ne doivent pas en imposer ici. Sur 8 cas, 7 guérisons ; l'observation 8 est incomplète. C'est là une des particularités les plus remarquables, un des caractères les plus spécifiques du délire consécutif, que cette bénignité d'une variété ou, si l'on veut, d'un symptôme habituellemenl si grave.
Quant à La paralysie générale , nous répéterons ce que nous avons dit pour le délire aigu, à savoir : que La cause spéciale n'influe en rien sur le pronostic, puisqu'il s'agit d'une affection dans laquelle les centres nerveux portent les traces d'une lésion organique profonde et invétérée.
III. Le traitement offre ici une importance considérable. Nous ferons bon marché d'abord de la prophylaxie ; évidemment la vraie prophylaxie consisterait à empêcher l'invasion de la maladie détermi-
nante, question intéressante à soulever, mais qui ne peut trouver place ici.
Nous ne croyons pas qu'il soit possible d'empêcher la folie de se déclarer chez certains individus, à la suite des maladies qui peuvent la causer. Il y a certainement quelques précautions à prendre; mais elles se confondent avec le traitement curatif dans l'étude duquel nous allons entrer.
Il comprend, chacun le sait, des agents moraux et des agents physiques.
Nous avons peu de chose à dire des premiers, relativement au cas qui nous occupe , la cause productrice étant essentiellement ici de l'ordre physique. Nous dirons seulement un mot de Yisolementé
Cette condition « rigoureusement nécessaire » à la réussite du traitement, dit avec raison M. Marcé, condition si violemment attaquée maintenant et fort mal à propos, ne doit pas être nég'lig-ée. Je n'ai pas à insister sur les avantages qu'elle procure, et que cet auteur fait ressortir avec tant de vigueur et, de netteté (1). Quelle que soit d'ailleurs ici la bénignité du pronostic et la presque certitude de la g*uérison ; cette g"uérison, en somme, est singulièrement aidée par les agents du traitement, et Y isolement en est un capital que le médecin ne doit pas hésiter à conseiller.
Je ferai une exception pour les cas de démence
(1) Marcé, loc. cil., p. 168.
consécutifs à la fièvre typhoïde : Là 1rs Idées du malade ne sont pas très-persistantes (le plus souvenl il n'en a pas), eL la guérison peut s'obtenir au sein de la famille dont les soins alors sont plutôt utiles. .Mais, dans les cas de manie, de mélancolie, et surtout dans les monomanies ambitieuses ou hypocondriaques, le malade doit être énergiquement et d'emblée condamné à la maison de santé , si l'on peut parler ainsi , condamnation qui d'ailleurs est toute à son profit et n'est pénible que pour la famille qu'il faut s'efforcer de persuader.
Avec Y isolement , Y hygiène et le régime doivent jouer le principal rôle. La plupart de ces malades sont placés en effel dans des conditions de débilitation plus ou moins profonde; et il est vraiment remarquable de voir comment, dans plusieurs de nos observations, la reconstitution intellectuelle s'est opérée concurremment avec la réparation physique ; à mesure que le sang' reprenait sa plasticité, les tissus leur tonicité, la masse encéphalique, revenanl à ses conditions normales, retrouvait avec ses propriétés physiques, cette propriété d'ordre vital qui constitue l'intelligence*
Ainsi le régime tonique, dans toute sa rigueur, doit être tout d'abord imposé dans l'immense majorité des cas de délire consécutif, quelle que soit d'ailleurs sa nature ou sa variété; mais pourvu qu'il y a^ anémie* cachexie plus ou moins profonde de L'économie.
Il est bien entendu, au contraire, que, dans les
cas de délire aigu , par exemple , ou de manie persistante, l'étal <lu sujet étant d'ailleurs assez bon, il faudra procéder tout autrement. C'est ainsi que dans l'observation de manie n° 27 qui a duré cinq mois, on s'est bien trouvé de l'emploi des bains prolongés, non pas des bains d'une longueur démesurée, comme les donne M. Brierre de Boismont , c'est-à-dire de dix-huit à vingt heures ; mais des bains de cinq à six heures par jour, et sans interruption pendant deux, trois , quatre mois , si cela est nécessaire.
M . Bàillarger nous a cité des cas de guérison obtenus par ce moyen, et les malades, loin d'être affaiblis, sortaient de l'hôpital bien portants et avec de l'embonpoint; c'est lecas de MraeB (observation 27) qui fut soumise pendant cinq mois à l'emploi des bains prolongés.
En résumé, à part le régime tonique qui est indiqué 9 fois sur 10, le traitement, dans le reste des cas, ne diffère pas de celui employé clans les formes diverses de la folie, quelle que soit d'ailleurs la cause déterminante.
Nous ne terminerons pas cependant ce chapitre sans toucher à une question incidente qui, jusqu'à un certain point, rentre dans notre sujet, d'autant plus que nous avons à cet égard deux ou trois faits bien tranchés. C'est à savoir s'il convient de rappeler les règles, quand elles se suspendent dans le cours de la folie, et aussi, ce qui n'est pas rare, lorsqu'elles restent supprimées encore trois, quatre
mois et plus après la guérison complète. Celle question, sur laquelle on glisse généralement dans les traités de pathologie mentale, paraît à M. Baillarger d'une haute importance pratique. Il ne pense pas comme beaucoup de médecins que les règles doivent être rappelées.
D'abord, pendant la maladie, cela ne remédie en rien, ni n'améliore le pronostic; mais, l'accès guéri, les règles ne reparaissant pas, que faut-il faire? Question embarrassante, d'ailleurs souvent posée en réalité par les malades ou les parents. Quelques auteurs sont d'avis de rappeler l'écoulement menstruel par les moyens ordinaires.
M. Baillarger ne partage pas cette opinion : il pense, au contraire, que La guérison peut être sérieuse et durai île. malgré la persistance de la suppression des menstrues, qui reparaîtront d'ellesmêmes dans un temps plus ou moins rapproché, sans qu'il soit nécessaire, ni même opportun, de provoquer artificiellement leur retour.