‹ De la folie en matière de religionChapitre 10 sur 46 · DEUXIEME CLASSE LES MATÉRIALISTES · texte numérisé non relu

DEUXIEME CLASSE LES MATÉRIALISTES

Homo cum m honore titet, non inlellexit : comparât us est jumentis imipien- Htmi, et similis favlus est illis.

L'homme avait été créé Mans la glou c, el il nu pas compris, il s'est comparé aux bâtes qui sont sans rai-on, et il est devenu semblable à ces bêtes.

(Ps. si.viii, 13.)

A côté des alliées el dans la triste et nombreuse secîioii des incrédules, ees pauvres insensés, il y a une seconde classe de malades qui me semble mériter une étude sérieuse et un examen des plus importants. Ce sont les matérialistes, nom ignoble que certains philosophes n'ont pas eu honte de porter. Le matérialisme est une doctrine abjecte, qu'on a professée publiquement dans certaines écoles, et qui a trouvé quelques adeptes, principalement parmi les médecins. Les matérialistes sont des espèces de crétins qui ne croient ni à l'esprit de Dieu, ni à l'esprit de l'homme. Le matérialisme est une sorte d'idiotisme, et, dans cet état de démence, la vie de l'âme n'est rien, puisqu'on ne croit pas même à l'existence des âmes.

Nous suivrons ordinairement le même plan dans nos études : J. L'éliologie. Définir la maladie et prouver qu'elle renferme tous les caractères de l'affection men-

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laie connue sous le nom de folie. — II. La symplomatologie. Prouvei' qu'il y a une foule d'hommes, de chrétiens même, frappés de celle Iriste maladie ou qui en ont tous les signes. — 111. La thérapeutique. Nous efforcer de les guérir,

F. Est-il possible qu'il y ait eu des matérialistes, des hommes atteints de celte manie? Oui, il y en a eu, et peut-être qu'il y en a encore. Ces prétendus philosophes et ces docteurs fameux ne voulaient croire qu'à cç qu'ils pouvaient voir de leurs yeux et toucher de leurs mains; ils ne croyaient donc qu'à la matière, et delà le nom de leur école et de leur doctrine. Ils étaient matérialistes, ils enseignaient le matérialisme, el comme Dieu ne pouvait tomber sous leurs sens, qu'ils ne le voyaient pas et qu'ils ne pouvaient le toucher, ils niaient Dieu, ou ils en altéraient tellement l'idée et la nature, quecen'élait plus un Dieu, lien est de même de l'âme humaine : ils ne l'ont pas vue, ils ne l'ont pas louchée; ils l'ont niée tout simplement, et il y en a qui ont dépensé infiniment d'esprit pour prouver qu'ils n'étaient que des bêtes. Des médecins habiles, des docteurs de la faculté de Paris et de Monlpellier, des professeurs el des académiciens, nous assurent qu'ils ont bien cherché et qu'ils n'ont pas pu trouver; ils ont cherché Dieu partout, ils ne l'ont trouvé nulle part! Ils ont disséqué un corps avec le plus grand soin, ils ont fouillé partout, el la pointe acérée du scalpel n'a pas trouvé même une petite place pour loger une âme ; ils ne l'ont

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pas vue, encore une fois, et, par conséquent, ils 1 ont uiée; ils oui nié formellement l'existence de tout esprit. Il n'y a que la matière, rien que la matière; ce que l'on voit, en un mot, et ce que l'on touche.

Et une fois ce principe absurde posé, il n'est pas de folies que ces malheureux n'aient dites et soutenues avec «ne opiniâtreté, qui serait vraiment incroyable, si ce n'était un des symptômes les plus sûrs et les plus ordinaires de la maladie. Ainsi ils affirment avec gravité que c'est la cervelle qui sécrète la pensée, comme le foie sécrète la bile, comme le cœur forme le sang : c'est une fonction, voilà tout ; et, entre un homme et une bêle, il n'y a de différence que l'habit. C'est la conformation de l'angle facial qui décide tout : il est plus ou moins aigu, ou plus ou moins obtus, n'est-ce pas? Eh bien ! disent-ils, c'est ce qui fait toute la différence clans ce que les autres appellent esprit ; ainsi le singe, dont l'angle facial ne ressemble pas mal à celui d'un homme, est très-malin, très-adroit; il a beaucoup d'esprit, et, au contraire, il n'y a rien de plus bêle qu'une bécasse ou une oie; mais aussi quel angle ! Et vraiment ces folies ont été dites en français et traduites en anglais. Il y a eu de tout temps des hommes qui ont fait de cette philosophie! et il y en a encore aujourd'hui qui ont le courage de dire cela el d'autres qui ont l'air de le croire ! Le [tins célèbre des anciens matérialistes, c'est le poêle Lucrèce; c'est lui qui, ne pouvant admettre l'existence d'un grand Esprit éternel, créateur de ce monde visible, puisqu'il ne le voyait pas, et trou-

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vont qu'il était pourtant difficile de ne pas reconnaître un certain principe générateur, une cause ou une raison quelconque d'être à cet univers, c'est lui, dis-je, qui a inventé les atomes crochus, en mouvement de toute éternité, et finissant un beau jour par se saisir et s'accroclier enfin pour former tout ce que vous voyez : le ciel avec le soleil, la lune et les étoiles, la terre et la mer, les animaux et les poissons, les arbres et les fleurs, et enfin les hommes!... Et Lucrèce a gardé le nom de philosophe et ses droits de citoyen jusqu'à la fin. 11 est mort chez lui, dans une belle ville, à Rome, où il n'y avait pas encore de Petites-Maisons.

Dans des temps plus rapprochés, dans un siècle de lumières, on cite comme partisans de cette doctrine insensée un Anglais nommé Hobbes cl un Français nommé Lametlrie, qui ont écrit absolument comme s'ils croyaient qu'il n'y a pas de cause intelligente et libre qui ait créé le monda, et ils soutiennent qu'il n'y a pas non plus dans l'homme de principe intellectuel ni de libre arbitre. Ce sont deux vrais matérialistes... des matérialistes renforcés, deux fous. Enfin et presque de nos jours, un Cabanis et un docteur Broussais ont eu les mêmes idées et le mauvais goût de le dire en public. La parole de ces hommes insensés a surpris d'abord le monde ; puis on a eu pitié, et je crois qu'on n'oserait plus guère professer cet enseignement et s'afficher aussi clairement matérialiste, quoiqu'il y ait encore dans la Faculté quelques élèves de ces messieurs, et quelques feuilletonistes, de temps en temps,

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qui semblent inspirés par les mêmes idées, cl qui sonl tombés dans les mêmes égarements '.

Ne pourrions-nous pas aussi mettre au nombre des fous, et dans cette catégorie des matérialistes, certains savants qui ont prétendu tout expliquer dans la vie humaine par la science de la phrénologie et l'examen des bosses de l'occiput et du syncipul? Certes, qu'il y ait dans l'homme des tendances plus ou moins fortes, et que les passions puissent naître et dépendre en quelque manière de ces accidents et de ces formes, je ne voudrais pas le nier ; mais prétendre que l'àme ne puisse dominer ces tendances, qu'elle cesse d'être libre, parce que l'enveloppe osseuse du cervelet est plus ou moins vallonnée, c'est une folie ; c'est la folie du matérialisme qui détruit le libre arbitré et la notion du bien et du mal, cl je me souviens du mot célèbre de ce philosophe de l'antiquité que l'on avait jugé sur ces mêmes données de la forme extérieure et des traits : « C'est vrai, dit-il, j'aurais pu être tout ce que vous dites, mais j'ai triomphé de celte mauvaise nature par la force de ma volonté. »

Et maintenant si l'on voulait chercher la cause de

1 Le docteur V... semi-matérialiste, a écrit ces mois : « Dieu s'infuse dans tous les êtres, et le cerveau d'un ver de terre est l'ébauche du cerveau de riionime. n Le docteur L. .., un peu [dus avancé : « Il faut éliminer de la science et de la langue Dieu et l'àme. L'homme n'est qu'une bête comme les autres, avec un peu plus d'aptitude. » Le docteur M..., encore plus fort* établit et voudrait prouver que tout s'est fait tout seul. Et M. L. J... assure que tout est Dieu, le ver, le hanneton, la grenouille, aussi bien que l'homme.

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ces Jolies étranges cl remonter au principe de la maladie, on peut être bien sûr de trouver toujours la raison assignée par saint Augustin, je veux dire le désordre d'une vie coupable et orgueilleuse, en un mot, toutes les passions d'un cœur vicieux. Voilà ce qui a obscurci la vérité et comme éteint la lumière de la nature. « 11 n'y a jamais eu, dit-il, pour nier Dieu ou l'àme, que ceux qui ont quelque intérêt à ce qu'il n'y ait pas de Dieu, et quelques raisons pour craindre d'avoir une âme, immortelle surtout! Ainsi, pour renier, il n'y a jamais eu pour le nier que ceux qui l'ont mérité. » Deum nemo negavit unquam, uisi oui expedirel Deum non esse. Mais, comme il faut qu'il y ail toujours, même dans le mensonge, un côté qui semble vrai, et, dans la folie, un côté qui semble raisonnable, sur quoi donc a pu se former cette erreur? quel a pu être le fondement ou la cause de cette folie? Le voici, c'est que ces bommes ont confondu deux choses, ainsi qu'il a été dit dans une des conférences préliminaires : le corps et l'âme, la vie du corps et la vie de l'âme. Il est vrai qu'il y a une dépendance merveilleuse entre ces deux substances, dont se compose la nature humaine; mais aussi quelle différence entre leurs actes et leurs mouvements! Si l'âme parait souffrir et perdre de sa force dans la maladie du corps, comme elle le domine, même dans la mort ! Et ce qui, pour un esprit droit et réfléchi, prouve l'àme, a été la cause de mille (aux raisonnements et de la folie pour ces esprits malades cl ces pauvres tètes fêlées.

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II. Et c'est aussi celte dernière raison qui explique le mystère de la chute d'un grand nombre d'esprils élevés, qui se voient emportés, non pas dans les folies extrêmes d'un matérialisme spéculatif et grossier, comme celui dont nous venons de parler, mais dans un état tout aussi triste et, peut-être plus criminel encore; je veux dire la folie d'un matéralisme pratique. Ces infortunés laissent dominer en eux la partie la plus vile et la plus abjecte de leur être, le corps en un mol, la chair, qui appesantit toujours l'esprit et qui pèse sur l'intelligence même. 11 y a donc des hommes, il y a des chrétiens qui semblent oublier et méconnaître leur àme. Le dirai-je? très-peu d'hommes et de chrétiens échappent à ce délire qui prend surtout aux jours de la jeunesse. Alors tout se matérialise, la pensée comme le sentiment, car ces âmes aiment la terre, et par conséquent vivent de la terre et se transforment enterre, deviennent terre, selon l'expression de saint Augustin : Terrain amas, terra es! — Alors il n'y a plus rien dans un esprit, rien d'élevé, de céleste, de divin. Que dis-je, il n'y a plus rien de spirituel. Les idées descendent, les pensées s'abaissent et se perdent dans la bouc. — Interrogez la vie d'un riche du monde, et allez chercher ses pensées les plus secrètes ; et vous verrez qu'il ne songe qu'à l'argent, qu'il ne désire que l'argent; c'est sa vie, c'est son âme, c'est son Dieu ; et l'or, l'argent, c'est de la terre, de la boue, qu'importe la couleur!.... terra es!..

Pour les sentiments, c'est quelque chose de plus

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triste encore, tant ils sont abaissés et rapprochés de la terre. Il n'y en a plus de nobles ni de grands; les désirs sont vains, les espérances frivoles ne regardent que le temps : tout se borne à la vie du corps et se matérialise, même les dévouements, les affections, les tendresses et l'amour des cœurs. C'est l'égoïsmequi fait tomber les âmes dans cet idiotisme. En voulezvous une preuve bien triste, mais que l'expérience révèle tous les jours? Quand on parle de mariage, cette grave question de la vie... savez-vous ce qui préoccupe l'esprit, ce qui intéresse les cœurs, dans ce jour solennel et décisif? Ah ! ce n'est pas la pensée d'un avenir heureux qui inspire, ce n'est pas le désir d'être aimé qui dirige; c'est une affaire que l'on fait. Ce n'est pas un cœur, ce n'est pas une âme que l'on cherche, ce n'est pas même une femme que l'on épouse, c'est un million; et cette manière hideuse de parler ne révèle que trop les abaissement des esprits et des cœurs. Terra es !..

Mais enfin il y a un moyen sur et facile de juger les hommes et de savoir le fond même de leurs pensées. Il suffit de les entendre parler, de les voir à l'œuvre. — La parole d'abord. Eh bien, de quoi parlet-on? C'est incroyable vraiment comme tout est matériel et de la terre. . . Entrez dans les salons, montez dans un train, dans un omnihus, écoulez ; quedis-je? en passant dans la rue, prêtez un peu l'oreille et vous verrez! Les hommes ne parlent que d'affaires, c'est toujours l'argent, ce qu'on a pu gagner, ce qu'on a perdu : la

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