‹ De la folie en matière de religionChapitre 23 sur 46 · CINQUIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME CLASSE

(délai DE h A conversion)

Non tardes converti ad Dominum et ne différas de die in diem.

Ne tardez pas de revenir au Seigneur , ne remettez pas d'un jour à l'autre.

(Eccli., v, 8.)

La lumière a déjà brillé aux yeux de plusieurs de nos pauvres malades; ils ont reconnu dans leur âme les symptômes et les caractères de cette triste folie du péché et des passions. La grâce de Dieu a parlé en même temps à leurs cœurs; ils ont conçu au moins quelques désirs de sortir de cet état, peut-être même qu'ils en ont l'espérance, et qu'ils ont essayé de quelques-uns de "nos remèdes... mais ils ne sont pas encore décidés tout à fait, et il y en a beaucoup qui disent : « Plus tard, je le ferai ; plus tard, nous verrons.. . demain. » Oh ! pauvres pécheurs! Stulti, cdiqucmdo iépitel... Àh! revenez de suite, aujourd'hui même. Attendre, différer, c'est la plus grande de toutes les folies, surtout, si elle venait à prendre le caractère de la prudence mondaine et l'apparence de la sagesse ou de la raison... Parmi tous nos pauvres malades, il n'y en a pas de plus à plaindre que ceux qui veulent raisonner, discuter et prouver qu'ils ne sont pas fous, qu'ils ne l'ont jamais été, qu'il faut

les laisser sortir de l'asile el leur rendre la liberté. Cette folie raisonnante, comme on l'appelle, est un des plus mauvais symptômes. Au contraire, ce sera un signe de guérison prochaine et assurée, s'ils conviennent qu'ils étaient malades... mais qu'ils voient bien maintenant leurs erreurs, et qu'ils reconnaissent leurs illusions. C'est tout ce que je désire et tout le but de cette conférence, une des plus importantes de ce Traité. . . Mais, ici, il faut absolument séparer ces pauvres insensés, et parler à chacun en particulier. Sans ce moyen, on ne parviendrait jamais à se faire comprendre, et surtout à en convaincre ou persuader un seul. Entrons donc, non plus seulement dans une division spéciale, mais dans la cellule, dans la chambre d'un malade quelconque, et tachons de raisonner avec lui. Il ne sera pas difficile de lui prouver, qu'il ne peut pas avoir une seule bonne raison à apporter, pour différer sa conversion ou son retour à la sagesse, pour différer même d'un jour, et que ce serait une insigne folie d'attendre à demain.

Nous parlerons : d'abord à son esprit, pour l'éclairer et le ramener tout doucement à la raison ; et puis à son cœur, pour essayer de le loucher, s'il n'avait pas assez bien compris toutes les réponses que nous ferons à ses objections.

I. Quand on presse un de ces pauvres malades, c'est-à-dire un pécheur, d'avoir pitié de son ame, de penser à son salut, de revenir à Dieu, il ne résiste pas toujours, mais il répond qu'il le fera plus tard, qu'un

jour il se convertira... et, pour se défendre, il apporte une foule de mauvaises raisons, qui toutes peuvent se réduire à deux mots : je ne puis pas, je ne veux pas encore aujourd'hui ; plus tard, nous verrons, je vous le promets, je reviendrai... Eh bien, nous allons prouver que c'est une folie véritable de parler et surtout d'agir ainsi. Mais afin de ne pas blesser ou contrarier le malade en le pressant trop, je vais répondre à tous ses raisonnements et les réfuter les uns après les autres.

1° La première raison que l'on donne toujours est celle-ci : Moi! je n'ai pas besoin de me convertir, je ne fais de mal à personne, je n'ai jamais tué, ni volé. . . ainsi je ne suis pas malade, comme vous l'entendez. — Hélas! tous les aliénés, tous les fous disent cela : Je ne suis pas malade, je ne comprends pas pourquoi on m'a mis dans cette maison, il n'y a que des fous ici, c'est une infamie.. . Et, si vous essayez de raisonner, ils s'irritent; et ils pourraient, dans un accès de délire furieux, vous frapper et vous donner la mort. — Pauvre pécheur, il faut que vous soyez bien malade pour parler ainsi et dire que vous n'avez pas besoin de conversion ! C'est un aveuglement incroyable, une folie bien déplorable... Vous qui êtes si faible et si misérable, sans force et sans vertu : il faut que vous ayez tout oublié, et perdu le sentiment même de votre vie. Mais voyez donc un peu votre passé,.. Souvenez-vous de tant de misères et de crimes; et, pour le présent, considérez les ravages affreux que le péché a faits dans

votre ame et la stérilité de toutes vos œuvres ! Vous êtes si fragile et si inconstant; chaque jour vous trouve infidèle à vos résolutions, à vos promesses, à vos serments les plus sacrés; et l'esprit du monde, l'indifférence même ont ravagé tout bien en vous, et plongé votre âme dans une fatale et sombre léthargie.. . Quant à l'avenir; sachez que vous aurez encore bien des combats à soutenir et des luttes terribles contre une foule d'ennemis acharnés à votre perte. Êtes-vous prêt et assez fort par la foi pour résister? — Vous n'avez pas besoin de vous convertir, pauvre insensé? Est-ce bien vrai? le pensez-vous sérieusement? et n'auriez-vous rien à faire s'il fallait mourir celte année, ce mois, aujourd'hui même?... Où iriez-vous? Etes-vous bien sûr que vous iriez au ciel? êtes-vous bien sûr même d'être dans le chemin? — Ah! craignez plutôt d'irriter le Seigneur par tous ces retards et ces longues résistances à sa grâce. Si vous ne vous convertissez pas, il va tirer son glaive, et frapper... Nisi converti fueritis, gladium mum vibrabit. (Ps. vu, 15.) Et ne dites plus que vous n'avez pas besoin de vous convertir; c'est une folie.

2° La seconde raison n'est pas meilleure que la première; ce malheureux, cet insensé, obligé de reconnaître qu'il n'est pas encore un saint, et qu'il aurait bien besoin de changer de vie, se jette d'un autre côté, et il dit : Je l'avoue, je devrais, mais je ne puis pas ; au moins je ne le puis pas encore, nous verrons plus tard, maintenant c'est impossible. — Insipiens ! . . . Pauvre malade! qu'avez-vous dit? Je vous réponds que

vous le pouvez, et qu'il n'y a rien d'impossible du tout, même pour aujourd'hui. Voyons, qu'est-ce qui vous manque? Est-ce la lumière du ciel ou la grâce de Dieu!... Le voilà qui parle lui-même à votre âme, le voilà qui frappe à la porte de votre cœur. Il vous appelle, il vous presse dans l'ardeur de son amour infini. Ne dites pas que vous ne pouvez pas, mais dites que vous n'avez pas de courage et que vous avez peur... Vous n'êtes pas encore guéri.

Je ne puis pas, c'est impossible ! — Et pourquoi donc ne pourriez-vous ce que tant d'autres ont bien pu avant vous, et ce que tant de pécheurs peuvent encore tous les jours ? C'est le raisonnement si simple de saint Augustin, et qui suffit pour le sauver de tous ses égarements : Non poteris quod isti et istx ? Est-ce que vous n'en avez pas vu plusieurs, qui étaient malades comme vous et qui ont été guéris? Ils avaient des passions comme vous; ils étaient aussi faibles que vous. .. et ils sont revenus à Dieu ; et voilà qu'ils marchent avec bonheur dans les sentiers de la vérité et de la sagesse. Non poteris quod isti et istx? Ne dites donc pas que c'est impossible ; mais dites que vous n'avez pas le courage, et que vous avez peur; c'est toujours l'intluence de la maladie, c'est de la folie.

— Non, je ne puis pas, vous dis-je, c'est impossible ! — Mais, êtes-vous donc perdu sans ressource, damné pour toujours? Etes-vous décidé à vous laisser aller ainsi à l'abîme de l'enfer?... Ce serait la folie même du désespoir, la plus sombre de toutes ces tristes ma-

ladies. — Je ne dis pas cela, je dis que c'est, impossible maintenant, et que je ne puis pas aujourd'hui, — Eh bien, quand pourrez-vous donc? Est-ce demain? aurezvous plus de grâces, plus de lumière, plus de raison ? mirez-vous plus de force? Allons donc! ne dites pas cela, ce serait folie de le croire d'abord, et vous ne pouvez le dire sérieusement. C'est que vous manquez de courage, vous avez peur ; et pourtant Dieu sera si bon ! Il vous attend encore aujourd'hui, et peut-être^ que demain, vous ne pourrez plus réellement, et que ce sera impossible.

5° Troisième raison. Eh bien! si ce n'est pas absolument impossible, c'est trop difficile pour moi, dit le pauvre insensé. Voyez-vous, aujourd'hui, à mon âge, dans ma position; ah! que ce serait, dur, quels sacrifices vous me demandez ! C'est trop difficile. — Jnsipiens!... Pauvre insensé! Ne comprendrez-vous pas? Eh bien, quoi ! quand ce serait difficile et encore plus difficile que vous ne le supposez; il le faut, il le faut absolument; il n'y a que cela d'important et de nécessaire, votre salut; il fauL éviter l'enfer, il faut aller au ciel. C'est difficile sans doute, et Jésus-Christ même l'a dit, qu'il fallait faire des efforts, qu'il fallait combattre et remporter la victoire pour arriver au bonheur éternel. Et ne serait-ce pas une folie que de renoncer à la gloire, à la félicité même des cieux, parce qu'il faut travailler un peu et souffrir quelques jours sur la terre?

— C'est trop difficile. Eh non, pauvre malade, c'est

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un effet même de la faiblesse de voire esprit qui vous fait imaginer cela, et vous vous découragez sans raison. Demandez plutôt à ceux qui ont marché avant vous et qui ont remporté cette victoire. Ils avaient cru, eux aussi, que c'était bien difficile, et il leur a suffi de vouloir. Si vous voulez comme eux, vous pourrez triompher comme eux.

— Quoi ! à mon âge, vous dis-je, si jeune encore ! j'ai des passions ardentes... et le monde m'enchante, ses plaisirs me ravissent; j'aime tant ses fêtes et ses spectacles; je ne puis y renoncer encore... Plus tard, nous verrons, c'est trop difficile aujourd'hui ; plus lard, je vous le promets. — Insipiens! N'est-ce pas folie et ingratitude à la fois de vouloir ainsi donner aux passions et au monde le temps de la jeunesse et les prémices de la vie? comme si le Seigneur n'avait aucun droit sur le cœur de l'homme au printemps de ses années; et comme si les passions que vous allez nourrir dans vbtre âme ne devaient pas grandir de jour en jour. Ne dites donc pas encore ici que c'est difficile, dites que vous n'avez pas de courage, ni de volonté, dites que vous avez peur ; et c'est de la folie.

Oh! si vous saviez comme le Seigneur est bon! comme son joug- est aimable!... Vous ne diriez plus celte parole insensée : C'est trop difficile. D'abord il l'a dit lui-même : Jugum meum suave est, et onus meum levé. (Matth., xt, 50.) Mon fardeau est léger, mon joug est plein de douceur. Et, en effet, tous ceux qui l'ont porté et qui ont marché à sa suite, l'ont répété

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aussi ; ils assurent qu'ils avaient le bonheur et qu'ils surabondaient même de joie au milieu des plus grandes tribulations; ils étaient heureux dans les larmes et dans les persécutions, heureux non-seulement par l'espérance du ciel, Spe gaitdentes; mais de la sainte ivresse de la croix de Jésus-Christ. Ah ! c'est lui, qui est le bon maître; et le monde, au contraire, est un cruel tyran. Il est plus difficile même de se perdre en suivant les maximes de ce perfide, et en se livrant à tous ses plaisirs insensés, que de se sauver dans les sacrifices que peut demander l'amour de Jésus crucifié... Sans vouloir chercher ici d'autres preuves, j'en atteste le pauvre pécheur lui-même ; qu'il se souvienne et qu'il dise s'il a été heureux dans la voie de l'iniquité ; et, s'il a goûté une fois combien le Seigneur est bon, qu'il ose donc dire encore que c'est trop difficile de le servir et de l'aimer! Ce qu'il refusera peut-être d'avouer aujourd'hui, ce malheureux le proclamera un jour hautement, à la face du monde entier, quand il reconnaîtra sa folie: Ambulavimus vias difficiles, nous avons marché par de rudes sentiers dans le mal; Nos insensati, ergo erravimus. (Sap., v, 7.) Que ne le fait-il aujourd'hui? que ne le dit-il, pendant qu'il en est temps encore ?

4° Voici la quatrième raison ou plutôt le prétexte insensé qui le fait différer depuis longtemps : c'est le respect humain. Je me convertirais bien aujourd'hui ; mais qu'est-ce qu'on dirait de moi? J'ai des amis qui en parleraient, j'en suis sûr, ou qui s'en moqueraient...

Et il n'ose pas ajouter : Je n'en ai pas le courage. .. Plus tard, nous verrons, dit-il. — Insipiem!. . .Pauvre insensé, ne comprendrez-vous donc pas que c'est une folie? — J'en ai parlé dans la conférence précédente, et je n'ai pas la pensée de résumer ici, même en peu de mois, ce qui a été dit. Il suffira, j'espère, pour répondre à celte objection, de cette seule réflexion : Mais qu'importe, mon ami, ce que l'on dira de vous, pourvu que Dieu soit content, et que vous le soyez aussi?. .. N'est-ce pas lui qui juge?. . . N'est-ce pas de vous qu'il s'agit, et de vous seul? Appelez-en tout simplement à son tribunal, si on vous condamne dans le monde ; et vous verrez un jour comme il cassera la sentence des pécheurs, et comme ils changeront eux-mêmes leur manière de voir et déjuger. Or savez-vous ce qu'ils diront un jour? Ils diront qu'ils n'étaient que des fous, des insensés , et qu'ils se sont trompés .

— Ne songez donc plus à ce qu'ils diront peut-être aujourd'hui, mais à ce qu'ils diront certainement demain. Et puis, encore une fois, qu'importe ! . .. qu'ils disent ce qu'ils voudront. Etes-vous libre enfin ou esclave? — S'ils veulent que vous alliez en enfer, êtes-vous décidé à le faire? C'est pourtant Là que vous conduirait celte sotte et ridicule crainte des hommes, celte folie malheureuse, la crainte du qu'en dira-t-on.

Mais puisque ce mot a tant de magie sur certains esprits égarés, je veux le reprendre et le leur expliquer un peu ; et je vais dire à ce pauvre malade, que ce vain prétexte arrête encore, je vais lui dire ce qu'on dira.

— Eh bien, mon ami, on dira que vous avez bien fait de

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vous convertir ; on admirera votre conduite et votre courage. Vos parents, vos amis véritables diront : Quelle grâce et quel bonheur! Mais vraiment on devait bien s'y attendre : un homme si bon, un cœur si droit, une âme si honnête, un homme si charitable ne pouvait finir autrement. Et puis, c'était l'enfant des Saints; vous n'avez pas connu son père ni sa mère, vous; mais, si vous saviez, c'était un ange que sa mère ; son père était un saint : ils auront bien prié dans le Ciel pour leur enfant, et le voilà enfin tout à fait digne d'eux. — Je vous assure que c'est là tout ce que l'on dira de vous, comme je l'ai entendu dire de tant d'autres. Maintenant, pour les incrédules, qu'ils disent ce qu'ils voudront, qu'importe! mais si vous y tenez, je vais vous dire encore ce que l'expérience m'a appris. D'abord ils ne diront rien du tout ; ils seront tout étonnés et confus; et s'ils disent quelque chose, ce sera pour approuver ce que vous avez fait ; et peut-être qu'ils feront comme vous, et ils feront bien. J'ai vu souvent des fous guéris, parce que celui qui était à côté d'eux était soudain revenu à la raison* Ayez donc un peu de courage et de confiance, pauvre malade, pauvre pécheur» et convertissez-vous aujourd'hui.

5° Mais voici sa dernière objection, la plus mauvaise de toutes. — Eh bien, oui, dit-il, je reviendrai, je me convertirai, mais plus tard. J'en ai toujours eu la pensée et le désir d'abord, et tout ce que vous venez de dire me touche et m'a convaincu ; je le ferai, je vous le promets, je vous le jure... mais plus tard, nous ver-

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rons, ne me pressez pas... plus tard. — Insiptensf... Pauvre insensé, fou que vous êtes, vous ne comprenez donc pas ? Plus tard ; ah ! ce sera trop tard pour vous comme pour tant d'autres, qui ont été surpris par la mort, le jour où ils n'y pensaient pas, à l'heure où ils n'étaient pas prêts; et, c'est de foi, remarquez bien, que l'on doit être surpris de cette manière, Qua kora non putatis.. . (Luc, xii, 40) ; Quanescitis hora. (Matth. , xxiv, 42.) Plus tard ! mais avez-vous donc fait un pacte avec la mort, vous? et quand ce serait, je vous dirais encore de vous en défier ; elle est si perfide! Noli esse stultus, nemoriaris intempore nontno. (Eccl.,\, 18.) Ne soyez pas si insensé, de peur que vous ne mourriez dans un temps autre que celui que vous fixez ainsi.

— Plus tard ! mais c'est qu'elle vient vite, la mort; si vous attendez à demain, et qu'elle vienne aujourd'hui, vous êtes perdu. Mors non tardât, et elle ne tardera pas longtemps, cito véniel, elle va venir, sicut fur, comme un voleur... Stulte, hacnocte animant tuant repetunt a te. (Luc, xn, 20.) Pauvre insensé ! ce sera peut-être cette nuit qu'on va vous demander votre âme!

— Plus tard ! mais êtes-vous bien sûr de pouvoir plus tard vous convertir?... bien sûr même de vouloir vous convertir demain? Aujourd'hui vous avez la grâce , la lumière, et demain la nuit va venir. Il y en a beaucoup qui ne pouvaient plus même dire un mot, le jour qu'ils avaient fixé pour leur conversion, c'est-a-dire le jour de leur mort. D'autres n'avaient plus la conscience, le moindre sentiment d'un désir^ d'une volonté. Pour

plusieurs, ou a vainement cherché partout un prêtre, ils n'ont pas pu se confesser. — Plus lard ! et, en attendant le pardon de Dieu que vous espérez, vous allez donc continuer de l'offenser et d'outrager tous ses attributs et sa miséricorde, sur laquelle vous comptez avec tant de présomption! Il ne faut pourtant pas se moquer ainsi de lui ; on ne le fait pas impunément, dit l'Apôtre, et je vous enavertis : Deus non inridetwr . (Galat., vi, 7.) Voyez donc s'il ne faut pas être fou pour différer ainsi, et oser dire cette parole imprudente : Plus lard!... C'est d'ailleurs troubler, déranger tous les desseins de Dieu sur vous, et tous les plans de sa providence paternelle sur votre salut et votre bonheur, et par conséquent, e'est vous exposer mille fois à vous perdre.

Eh bien ! voyez maintenant si vous avez une seule autre raison pour différer encore votre conversion. J'atteste que je n'en connais pas ; jamais un pécheur ne m'en a donné d'autres ; et, quand je le pressais de se rendre, d'avoir pitié de son âme, il n'a jamais su répondre que cela : Je ne puis pas, je ne veux pas encore, nous verrons plus tard... Il n'y a pas là une bonne raison; c'est une réponse insensée... Ce délai de la conversion est une véritable folie. — C'est bien démontré.

II. Et maintenant adressons- nous au cœur de ce pauvre malade. Il est bien convaincu, il voit son état et sa triste position ; mais il n'est peut-être pas touché, il hésite encore peut-être : il a peur de Dieu, il a peur

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de son père... Mais ce serait là le comble même de la folie! Dieu est si bon ! c'est le Père des miséricordes. Enfant ingrat, est-ce que vous l'avez oublié?... est-ce que vous ne le connaissez plus? — Mais c'est sa voix qui vous parle ici, c'est son cœur qui vous rappelle... Que dis-je?... sa tendresse vous poursuit, son amour vous presse!... Pauvre enfant prodigue, après tant de folies et d'égarements, après lant de malheurs et de ruines, revenez à lui, et, si vous voulez savoir comment il vous recevra, lisez celte histoire touchante de ses pardons et de ses larmes, voyez la révélation qu'il en a faite luimême, dans la plus belle page de son livre, en saint Luc, chap. xv. — J'aime à faire lire celte parabole aux pauvres pécheurs, parce que j'en ai vu plusieurs qui sont revenus à leur Dieu, seulement par ce souvenir de leurs beaux jours; et c'est dans l'espérance de guérir un pauvre cœur malade, un esprit égaré, que je me décide à transcrire ici celte touchante histoire, sans y changer un seul mot, sans commentaire. C'est votre histoire, ô mon frère, pauvre pécheur ; lisez. Toile, lege!... « Un homme avait deux enfants, et le plus jeune dit « à son père : Mon père, donnez-moi la part du bien « qui doit me revenir. El le père leur fit le partage de « son bien.

« Peu de jours après, le plus jeune de ces deux ence fants ayant ramassé tout ce qu'il avait, s'en alla voya- « ger dans un pays fort éloigné, où il dissipa tout son « bien, en excès et en débauches.

« Après qu'il eût tout dépensé, il arriva une grande

m I'ULIE DES CROYANTS.

« famine en ce pays-là: cl il commença à être dans « l'indigence.

« Alors il s'en alla, et se mil au service d'un des hâte bitanls du pays, qui l'envoya à sa maison des champs, a pour y garder les pourceaux.

« Et il eût souhaité remplir son ventre des restes de « ce que les pourceaux mangeaient; mais personne ne « lui en donnait.

« Enfin, étant rentré en lui-même, il dit : Combien « il y a de serviteurs dans la maison de mon père, qui « ont du pain en abondance, et moi ici je meurs de faim .

« Je me lèverai et j'irai à mon père, et je lui dirai : « Mon père, j'ai péché contre le Ciel et contre vous,

« Et je ne suis plus digne d'être appelé votre fils : « traitez-moi comme l'un de vos serviteurs qui sont à « vos gages.

« Il partit donc, et s'en vint trouver son père. Lors- « qu'il était encore bien loin, son père l'aperçut, et en « fut louché de compassion, et courant à lui, il se jeta « à son cou et l'embrassa.

« Et son fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le « Ciel et contre vous, et je ne suis plus digne d'être « appelé votre fils .

a Alors le père dit à ses serviteurs : Apportez prompte lement la plus belle robe^ et l'en revêtez, et mettez- « lui un anneau au doigt et des souliers à ses pieds.

«Amenez un veau gras, et le tuez. Faisons bonne « chère, et réjouissons-nous,

« Parce que mon fils, que voici, était mort, et il est

« ressuscité ; il élait perdu, et il est retrouvé... » (Saint Luc, chap. xv.)

Méditez un insiant; priez et levez -vous, faites un pas et la miséricorde de Dieu va tomber sur vous : les larmes de votre père vont vous purifier, le sang- même de Jésus va couler sur votre âme; courage et confiance. Il attend, il espère, il pardonne! Revenez à lui; pauvre pécheur, et vous serez sauvé.

Allez aujourd'hui même vous jeter aux pieds du prêtre, qui pardonne et guérit au nom du Seigneur. Le père de votre âme, celui qui vous a fait faire votre première communion, attend, et il prie depuis si longtemps; comme il va se réjouir avec les anges de votre retour, el vous donner avec bonheur le pardon du Ciel ! Courage donc et confiance!" Et lorsque vous serez guéri, vous direz, avec tant d'autres qui avaient cru, comme vous, que c'était difficile, impossible; vous direz que vous étiez fou d'avoir des idées si fausses sur la conversion du cœur; vous voudrez le répéter à tous ceux que vous savez encore malades, pour les éclairer, pour les toucher aussi et les ramener à Dieu ; et, pour vous, pour l'Eglise même et pour le Père de votre âme, ce zèle sera le témoignage le plus sûr, la preuve la plus certaine d'une guérison parfaite cl d'un retour complet, à la raison, à la vraie sagesse, qui seule fait le bonheur de cette vie, et peut nous assurer la félicité des cieux.

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