‹ De la folie en matière de religionChapitre 29 sur 46 · TROISIÈME CLASSE LA VOLUPTÉ OU LA SOIF DU PLAISIR · texte numérisé non relu

TROISIÈME CLASSE LA VOLUPTÉ OU LA SOIF DU PLAISIR

Concupiscentia camis...

C'est la concupiscence de la chair. (Jean., ii, 16.)

De loules les passions, la plus odieuse, la plus humiliante, la plus insensée, la plus directement opposée à la gloire de Dieu et à la dignité de l'homme, c'est l'amour de la volupté! C'est, . . il faudra bien prononcer ce mot..., c'est le vice de la chair ou l'impureté, avec ses désirs honteux et ses convoitises abominables, qui abrutissent l'intelligence humaine et souillent le cœur. L'impureté, folie horrible; ordinairement triste et sombre, presque toujours incurable, quoique souvent la victime de celle passion retrouve quelques instants lucides, qui ne servent, hélas! qu'à rendre son malheur plus grand et son désespoir plus affreux encore par le poids des remords. — La volupté, qui outrage Dieu dans tous ses attributs de gloire, Dieu, dis-je, le Père trois fois saint, qui, dès l'origine, avait créé l'homme à son image et qui s'en est repenti bientôt, quand il le vit tombé dans celle fange impure; Dieu qui, dans sa colère, et pour purifier le monde, ouvrit les cataractes des cieux, et qui, après les eaux du déluge, envoya les flammes de sa vengeance sur des villes coupables, -*

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La volupté, qui outrage surtout le fils de Dieu, fait homme dans le temps, le Verbe fait chair, Verhumcaro factum... cl qui voit par ce crime son corps profané cl ses membres souillés; Jésus-Christ qui, dans sa pas sion, pour réparer et expier ces infamies, a voulu subir les horreurs de la flagellation, et, supplice encore plus grand pour un Dieu, la honte de se voir trois fois dépouillé de ses vêlements, au jour de ses ignominies el de sa mort sur la croix. — La volupté, passion encore plus odieuse à l'Esprit-Saint, qu'elle centriste dans son temple et qu'elle chasse de son propre tabernacle, c'està-dire de notre âme. . . Car il ne peut plus demeurer dans l'homme devenu chair : Ton permwiebit Spùritus mevs in homine quia cwroest. (Gen., vi, 5.) — La volupté, enfin, si opposée à la nature de l'homme, dont elle détruit et anéantit les plus essentielles facultés, en asservissanl l'âme au corps, l'esprit à la chair, et en blessant la vie même de son cœur. Tout cela sera prouvé quand nous dirons les effets et les caractères de celte folie! Ah! que ne puis-je du moins espérer de guérir quelques malades! Il y en a tant! La plupart des hommes, a dit le grand évèque de Reims, le bon saint I»emi, la plupart se perdent, se damnent, par les désirs honteux de la chair : Propter rilium caniis pauci salcantîir. — Le nombre de ces fous malheureux est infini, Slullorum infinitus est numerus.

Nous suivrons le plan ordinaire : I. La nature ou les caractères, c'est-à-dire le diagnostic, l'étiologie. IL Le traitement où la thérapeutique de cette affreuse maladie.

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I. L'impureté ou l'amour de la volupté est la plus insigne des folies, parce qu'elle suspend, diminue et ravage même toutes les facultés humaines, en asservissant l'âme à la matière, au corps1. Déjà nous avons touché à ce point, en parlant des effets du péché en général ; mais, il y a dans le sujet qui nous occupe, des considérations toutes spéciales et des preuves encore plus frappantes.

Ainsi : 1° pour l'intelligence et la mémoire, n'cst-il pas bien remarquable que les païens eux-mêmes aient reconnu la vérité de ce fait capital? Les philosophes d'Athènes et de Rome assurent, que les grandes pensées et les nobles sentiments ne peuvent, s'allier avec les désirs coupables d'un cœur gâté et corrompu. L'esprit s'aveugle et rien ne peut plus dissiper ces ténèbres volontaires, pas même la crainte de perdre l'honneur ou la vie. Combien d'anges tombés dans cette fange impure ! Combien de ces lumières célestes éteintes dans la bouc ! Et qui n'a pas vu ces ravages de l'impudicité ! . . . Un jeune homme, aux jours de son innocence, donnait au monde et même à l'Église de sublimes espérances ; il s'élevait à son aurore comme un astre éclatant ; on avait salué avec bonheur ses premiers succès ; et puis, tout cela est tombé, il est mort. Ecce mysterium dico (I Cor. , xv, 51 ) ,

1 Dans le langage médical on doit entendre par aliénation mentale (folie) la diminution, la suspension ou l'abolition passagère ou durable des facultés intellectuelles, morales ou affectives, qui fout perdre au malade la raison, la conscience de ses actes, son libre arbitre (le Dr llermel). On verra qu'il n'y a pas un mot dans toute cette définition qui ne doive s'appliquer aux malheureuses victimes de la volupté.

c'est un grand mystère que je dis en ce moment, mais c'est une vérité bien sûre et bien importante. La raison de celle chute, de cet obscurcissement, c'est le péché impur, qui suffit seul pour éteindre le flambeau sacré du génie et la flamme du cœur. — Celui qui n'a pas vu ces trisles ravages, c'est qu'il a des yeux pour ne pas voir, car ces ruines se trouvent partout dans le monde. Et qu'on ne me dise pas qu'il y a de grandes exceptions ; qu'on ne vienne pas me parler de quelques impies ou incrédules, qui ont eux-mêmes fail l'aveu et comme la confession publique de leurs faiblesses, et qui auraient toutefois conservé quelques rayons éclatants d'intelligence et les inspirations d'un génie supérieur, car, je répondrais aussitôt que je ne puis le croire. Il y avait bien encore, dans ces esprits déchus, certaines lueurs vagues et incertaines, comme ces feux trompeurs qui attirent le voyageur imprudent et le conduisent au précipice. Dans d'autres, j'ai vu des flammes rouges mêlées aux tourbillons d'une sombre fumée, j'ai vu des feux lugubres, semblables à ceux qui sortent des flancs d'une montagne embrasée ou du cra* tère des volcans, et qui portent au loin la (erreur, le ravage et la mort... Mais des pensées sages et vraiment élevées, des sentiments généreux et sublimes ; non, il n'y en avait plus dans ces esprits souillés par le vice impur! Cela est si vrai, que l'on saura bien jusqu'à la fin des âges reconnaître, dans les œuvres de ces hommes, ce qu'ils ont fait aux jours, où leur âme n'avait pas encore été blessée. 11 n'y avait rien alors du délire

falal, rien des pensées extravagantes que l'on a remarquées avec douleur, depuis la chute de cet ange, depuis que cet enfant sublime est descendu si bas ! ... La torche enflammée que l'on s'obstine à laisser sur la tombe de l'un de ces philosophes, est l'image sensible, non de la lumière qu'il a jetée dans le monde pour r éclairer, mais du feu impur des passions qu'il a répandu partout au sein des sociétés, et qui les dévore et les consume aujourd'hui. Il a incendié la terre, cet homme-là; et il brûle encore nos campagnes, et jusqu'aux plus pauvres chaumières.

2° xWais voici un autre malheur, c'est la perte de la liberté. S'il est vrai que toutes les passions de l'homme le rendent esclave et le dépouillent de cette faculté essentielle, qui sépare et distingue la créature raisonnable des êtres inférieurs et sans raison ; il est certain aussi, qu'entre toutes les passions, il n'y en a pas de plus tyrannique que la volupté. Les malheureuses victimes de ces plaisirs grossiers, deviennent semblables à la bète, qui n'a pas l'intelligence ni le libre arbitre ; ou plutôt , et, pour ne pas sortir un instant de notre sujet, elles deviennent semblables à ces insensés qui ne savent plus ce qu'ils font, qui ne sont plus maîtres de leurs actions ni de leurs mouvements, et qui, tantôt se jettent comme des furieux sur ceux qui passent auprès de leur loge, et tantôt tournent contre eux-mêmes leur propre rage, et vont jusqu'à se donner la mort. Plaignezles, mais n'essayez pas de leur faire des observations nu des reproches ; ils ne comprennent pas et ils re-

commenceront encore le lendemain, emportés par la même fureur. Saint Augustin a été, pendant quelques aimées, en proie à cette triste maladie, et il nous assure qu'il était comme enchaîné par des liens de fer. J'ai vu, moi, un grand nombre de ces malheureux que j'avais crus sauvés, parce que dans un jour de calme et de lucidité parfaite, ils avaient déploré leur triste état et promis, juré même devant Dieu, de ne plus se laisser aller au mal; et en effet, pendant quelques jours ils avaient été très-raisonnables et très-sages. On les croyait bien délivrés et complètement guéris ; mais, hélas ! ce n'était qu'une intermittence; et voilà que la passion se réveillant dans leur cœur et venant à troubler leur tête d'un nouveau vertige, ils se livraient avec plus de fureur encore aux mêmes excès. Infortunés esclaves, tristes victimes, ils retombaient dans la fange; et c'est alors que, découragés et désespérés, ils avouaient que le mal était plus fort qu'eux, et qu'ils ne savaient plus ce qu'ils faisaient dans ces moments de crise; absolument enfin, comme des fous, vous le voyez ! C'est la proposition même de tout ce discours; et la preuve, tirée de l'aveu de ces pauvres malades, me semble bien digne de toutes nos réflexions.

5° Enfin c'est le cœur même ou le sentiment, que la volupté change et dénature dans l'homme; cette faculté morale et affective, la plus noble de notre âme. Le cœur ne devient plus que de la terre, parce qu'il n'aime plus que la terre; il devient de la boue, parce qu'il n'aime que la boue. Loi sacrée découverte par le

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grand docteur sainl Augustin : Tenant amas, terra es l Un cœur vicieux n'est plus qu'une cendre immonde, une poussière impure, plus vile que la fange, avaient dit le roi Salomon et le grand prophète Ezéchiel : Cinis est enim cor ejus, et luto vilior vita. (Sap., xv, 10.) Tu es terra immunda. (Ezech., xxn, 23.) Mais ce n'est encore là que le commencement des ravages de la passion... Le cœur, livré à ce mal et privé de la lumière de sa raison, va devenir semblable à celui des bêtes, insensible, dur et cruel comme celui des bêtes : Cor ferx delur ex. (Dan., iv, 13.) Viscera impiorum crudelia. (Prov., xxii, 10.) C'est alors qu'on voit des enfants sans pitié, des enfants sans cœur, des enfants dont l'âme semble n'avoir été pétrie que de sang et de boue. .. Leur mère dont l'âme est de feu et de larmes s'efforce en vain de les reconnaître. Ah ! combien dans ma vie de prêtre, en ai-je vu de ces mères désolées.. . et qui venaient pleurer à mes pieds ! — J'ai perdu mon enfant, disaient-elles... Ah! qu'y a-t-il donc dans son cœur? il ne me comprend plus, il ne m'aime plus... Autrefois, quand je pleurais, il pleurait avec moi, il dévorait mes larmes, et maintenant jour et nuit je verse des pleurs... 11 ne m'aime plus ! qu'y a-t-il donc? — Ah! pauvre mère! ce qu'il y a!... C'est le péché qui a changé son cœur... Que dis-je? changé.., il n'en a plus! La volupté va jusqu'à tuer l'âme et ôter le cœur. Cet enfant ne peut plus vous aimer. Il y a deux passions qui détruisent, qui ôtent et qui tuent le cœur : la volupté et la sensualité ou l'intempérance ;

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Foniicaliu et viiium auferunt cor. (Osée, iv, 11.) Mais l'enfant, l'homme qui a perdu son cœur, est-ce seulement un insensé, un fou? N'est-ce pas une brute insensible, un animal sans raison, une bête?

Faut-il ajouter, pour compléter ces notions sur la folie de la passion impure, qu'elle étend ses ravages jusque sur le corps même qu'elle dégrade et abrutit ? Oui, elle éteint le feu, la flamme du regard; elle couvre le front de nuages ou de rides précoces. J'ai vu des enfants devenus en quelques jours méconnaissables aux yeux mêmes de leur mère. Ainsi, un homme avant d'être frappé dans son intelligence, avant d'être devenu fou, avait la dignité, la distinction de sa naissance; il marchait d'un pas ferme et régulier, comme le roi de la nature; et depuis son malheur il baisse la tète, son regard est bas, sa parole n'a plus le même son, et tout en lui porte le signe de la dégradation, de l'abrutissement.

Faut-il ajouter encore que la folie de l'impureté, avec ces caractères odieux que nous venons de signaler et tous ces tristes symptômes, en présente encore de tout particuliers et même contradictoires selon la nature et la complexion des sujets malades? Ainsi, quoique le plus souvent elle soit incurable, elle est aussi intermittente, à tout âge. On a vu des enfants gâtés et corrompus de bonne heure, des jeunes gens emportés dans leurs désirs jusqu'à la fureur, et même des vieillards décrépits et encore livrés à l'esprit impur. On en a vu de si sensibles, par moments, au remords et à la

honte, qu'on aurait pu croire qu'ils étaient guéris; ils pleuraient amèrement, ils disaient que c'était fini... mais, hélas! ce n'était qu'une intermittence, un moment lucide, un rayon de raison, et puis on les voyait retomber dans leur insensibilité ordinaire et dans leurs habitudes honteuses.

Àjouterai-je que, de toutes les folies, celle de la volnplé est la plus contagieuse, la seule même qui soit réellement et directement contagieuse? Il a suffi d'un mot pour la communiquer, d'un regard pour la donner, et faire perdre à un cœur l'innocence et le bonheur! Quelquefois il a suffi d'un mauvais livre qu'on a laissé traîner sous les yeux d'un pauvre enfant, pour troubler son imagination et lui ravir la raison, pour le jeter enfin dans tous les désordres de cetle folie malheureuse. Veillez donc, parents chrétiens, mères vertueuses, veillez sur vos petits enfants, si vous voulez qu'ils soient préservés, si vous tenez à leur bonheur.

Ajoulerai-je enfin, pour conclure cette première partie, une remarque aussi essentielle dans notre sujet? c'est que l'impureté, comme l'orgueil et l'amour des richesses, est non-seulement une folie aux yeux de la foi, mais que cette pass'on conduit ordinairement ses malheureuses victimes ou à la mort ou à une véritable aliénation; au crétinisme, à l'idiotisme stupide ou à la fureur du désespoir. Je l'affirme, et ce n'est qu'après avoir consulté les médecins les plus savants en cette matière, après avoir lu les livres qui traitent spécialement de ces tristes affections; je l'affirme, et j'ajoute

que la folie, résultant des passions honteuses, n'affecte jamais que l'un de ces trois caractères : ou c'est une obscénité telle qu'il faut reléguer ces malheureux dans des loges séparées et semblables à des prisons; il faut à jamais les cacher dans les ténèbres, de peur qu'ils ne souillent les yeux ou les oreilles des autres; ou bien c'est un idiotisme abject qui les tient penchés vers la terre et aussi insensibles que la bêle; ou bien c'est une manie, une fureur qui les agite et les exalte, et alors ils poussent des cris de rage, et, s'ils n'étaient comprimés par des liens de force, qui les retiennent comme enchaînés, ils se jetteraient sur leurs gardes, ou se tueraient eux-mêmes. — Allez, allez et demandez à visiter ces tristes asiles de la démence, et quand vous verrez des malades, avec ces symptômes, ne pensez pas faire un jugement téméraire, en disant dans votre cœur : Sans doute celui-ci était un libertin... et celui-là aussi est une victime de l'impureté1 ! . . Hélas! et com-

1 L'idiotisme est quelquefois si complet, et l'état de stupeur et d'insensibilité si marqué, qu'un aliéné de cette sorte n'a pas même l'instinct des animaux... La vie se passe dans une alternative d'un égarement erotique et de l'apathie la plus stupidc. — De pareils vices sont un des grands obstacles à la guérison de la manie, et lors même qu'on est parvenu à dissiper ses symptômes les plus violents, il succède une débilité plus ou moins marquée de la raison, ou plutôt un état de démence qui confine pour toujours ces insensés dans les hospices. On voit ces malheureuses victimes de la débauche se jouer de tous les moyens de répression qu'on peut prendre ; aussi ne resle-t-il plus qu'à les confiner dans des loges écartées, et à les laisser se plonger dans toutes les saletés que leur imagination abrutie leur suggère, sans infecter les antres par leur exemple. (Pinel, n° 81.) Est-il au pouvoir de la médecine de rétablir une raison égarée par l'épuisement et l'abus extrême des plaisirs? et n'est-ce pas une sorte de démence accélérée? (172.)

bien pensez-vous que chaque jour il meure en France, et à Paris seulement, de victimes insensées de ce vice abominable?... La gloire de nos armées tombe sous ses coups ; il y en a plus qui succombent à cette passion que dans les combats les plus longs et les plus acharnés. Nos hospices, les salles de nos asiles en renferment plus que les champs de Solferino et les fossés de Sébastopol! — Pleurons, gémissons sur leur sort... Essayons de guérir ceux qui ne sont pas encore désespérés, et de prémunir contre ce danger et ces folies quelques âmes innocentes et pures !

II. Traitement de la maladie. — On est si exposé dans le monde que je ne comprends pas comment il y en a qui échappent! Il y a partout tant de pièges et de scandales ! L'air que l'on respire dans les grandes villes est comme souillé, infecté du vice impur, et il est impossible de s'y soustraire à une sorte de vertige qui trouble les esprits. Malheur, malheur au monde, à cause de ses scandales! la mort y est partout. Mors ubique. (Tert.) Que voit-on? qu'entend-on?qu'esl-ceque la vie du monde?... Soirées et concerts, bals et spectacles, fêtes et banquets... Et ces modes profanes et scandaleuses !. .. et ces brochures licencieuses, et ces feuilles impures qui apportent régulièrement chaque jour une dose de poison, pour ruiner l'intelligence et gâter le cœur. Qui donc pourra jamais échapper à ces fatales influences et éviter la mort?

Il y a deux sortes de remèdes pour prévenir cette

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triste maladie, et deux aussi pour en guérir, quand déjà on a été atteint du mal.

El d'abord je vais indiquer les remèdes préventifs. Jésus-Christ même nous les a fait connaître dans la parole célèbre qu'il a adressée à ses Apôtres, la veille de sa mort. Vigilate et orate, disait-il; veillez et priez. Tout est là!

1° La vigilance ou la fuite des occasions... Vigilate Vous èles si faible par vous-même, et vous êtes environné de tant d'ennemis acharnés à votre perte; si vous avez le malheur de vous exposer au danger, vous êtes sûr de trouver la mort. On a vu des anges chancelé]', on en a vu tomber du ciel. II a suffi d'un regard imprudent, pour entraîner dans un délire fatal des âmes pures et innocentes... Souvenez-vous de David; il était si saint, si doux et si juste; et pour un seul regard, il a été bouleversé; son intelligence s'est troublée soudain, et son cœur est devenu cruel et plein d'iniquité. . . Souvenez-vous deSamson; il a perdu toute sa force et sa vertu... Souvenez-vous de Salomon ; sa sagesse s'est évanouie, et sa gloire est tombée dans les passions honteuses. Etes-vous plus saint que David? plus fort que Samson? plus sage que Salomon?... Veillez donc, déliez-vous de vous-même, ou vous périrez dans un accès de cette triste folie.

Vigilate : Cette vigilance, nécessaire à tous, l'est encore bien plus à la jeunesse, d'abord, et puis à ceux qui ont déjà été malades, c'est-à-dire à ceux qui auraient eu déjà, dans un temps, quelques accès de

ce délire malheureux, ou douué quelques signes de folie.

J'ai dit à la jeunesse, parce que c'est l'époque de la vie où l'on est plus exposé. Le roi Salomon a écrit sur cette prédisposition du jeune âge des choses admirables au livre de la Sagesse, et notamment au chapitre cinquième de ses Proverbes. . . Il suffit, dit-il, pour perdre ces pauvres enfants, d'un regard, d'un cheveu, d'un cil... Us voient passer devant eux une image, et ils la suivent; ils sont comme entraînés... La voix de la sirène qui al tire aux écueils et à la mort, n'est qu'une ligure bien imparfaite, pour nous faire comprendre tous ces dangers. Que la jeunesse veille donc; mais aussi que les parents veillent sur le trésor de son innocence, et qu'ils s'efforcent d'éloigner des yeux des enfants tout ce qui peut les souiller, et d'écarter de leurs cœurs tout ce qui peut les flétrir.

Vigilate : Veillez surtout, ô vous qui avez déjà connu et éprouvé le vertige de la passion. Il est démontré par l'expérience que l'on ne guérit jamais parfaitement de cette folie malheureuse. Le roi de la Sagesse l'a dit en parlant au nom du Seigneur. On a vu, mystère profond ! abîme de la faiblesse de l'esprit humain! on a vu des hommes guéris depuis plus de quarante, et cinquante ans même, et qui n'avaient pas donné le moindre signe de démence pendant ces longues années, on les a vus, pour une simple imprudence, retomber dans cet état, que dis-je? dans un état plus affreux encore et y rester jusqu'à la mort. C'est après ces rechutes sur-

tout, que ce genre de folie devient incurable. Des vieillaids, qui avaient été la sagesse même, se sont perdus, et ils ne savaient plus ce qu'ils faisaient; c'était pour leur famille une honte, une consternation ; un désespoir pour leurs enfants. Si des saints, si des colonnes du ciel, si des anges môme peuvent chancclcnet tomber, que ne doivent pas craindre des hommes du monde, surtout quand déjà ils ont connu leur faiblesse? Veillez donc et tremblez, vous qui êtes si fragiles!

2° La Prière, orale. Il faut prier, avant la tentation, et prier surtout à l'heure du danger. Et c'est déjà une grande sagesse, dit l'Esprit-Saint, que de demander à être sage, puisque nous ne pouvons l'être sans un don particulier de Dieu, sans sa grâce: NisiDeus det. (Sag., vin, 20.)... Et hoc ipsum erat sapientia. (Ibid.) Oui, sans le secours du Ciel, c'est impossible, NisiDeus det. Les gens du monde le savent bien. Disons mieux, ils ne savent qu'une chose, c'est qu'il est impossible d'être sage, c'est-à-dire pur et chaste. Ils pensent donc que tous les hommes sont faibles comme eux, fous comme eux; ils le disent avec une sorte de bonne foi, et ils refusent de croire à la sagesse, à la vertu, à la pureté même des prêtres ou des épouses de Jésus-Christ; parcv qu'ils ne savent encore une fois qu'une seule chose, c'est que cela n'est pas possible. Mais s'ils savaient, comme nous, ce que peut la prière; s'ils savaient la grâce, la force que donne la prière, ils ne seraient plus n incrédules, et ils pourraient eux-mêmes en faire la douce expérience. Orale, priez, priez donc et vous ver-

rez. C'est la condition; mais sans cette condition, je le dis aussi, c'est impossible, et je ne croirai pas non plus, je ne croirai jamais à la vertu de celui qui ne prie pas, fût-il d'ailleurs l'homme le plus honnête du monde, fût-il même un prêtre... fût-il un ange du Carmel, un ange de la chanté ! Orale; oportet semper orare! (Luc, xviii, 1.) 11 faut prier, prier sans cesse, mais surtout dans la tentation. Il faut appeler le secours au moment du combat, à l'heure du danger.

Lorsque vous sentez que déjà le délire de la passion commence, quand les idées se troublent et que la raison s'obscurcit, quand le cœur déjà ressenl, je ne sais quelle atteinte de cette flamme impure qui l'agite; ah! priez, car ce sont les premiers symptômes de la maladie, c'est le vertige qui s'annonce; criez au secours. Allez vous cacher dans les plaies, dans le Cœur même de Jésus-Christ, sous le manteau de la Vierge Immaculée; appelez-la à votre aide; invoquez les anges du ciel. Voyez Paul; il a prié trois fois, quand l'esprit de Satan allait le souffleter, et il a obtenu la grâce suffisante, la force et la victoire. Souvenez-vous, dans ces moments, de dire et de répéter les prières que l'expérience des chrétiens nous a recommandées plus spécialement. Il yen a de vraiment miraculeuses, et je puis dire que je connais des âmes très-faibles et dans lesquelles on avait reconnu les prédispositions les plus certaines à la folie de la volupté, et qui dans la jeunesse avaient inspiré des craintes sérieuses; j'en connais, en qui on avait pu remarquer les plus tristes symptômes de la maladie, et

qui ont toujours été préservées par ces petites prières: « 0 Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui « avons recours à vous. » ... Per sanctissimam irirginitatemet ImmaculatamConceptionem tuam, opurisaima YirgoMaria, mundacor meumet carnem meam. « Far votre sainte virginité, par votre Immaculée Con- « ception, ô très-pure Vierge Marie! purifiez mon cœur « et mes sens... » Soyez sûr que si vous priez, surtout la Reine des anges, vous serez pur, vous serez préservé de cette triste folie.

Et maintenant disons un mol des remèdes pour guérir les âmes qui auraient eu le malheur d'être tombées dans cet affreux délire : comment faut-il traiter ceux qui ont donné déjà des signes certains d'une démence impure? Il y a deux grands remèdes aussi, indiqués par le Sauveur ; et deux autres non moins efficaces que l'expérience a fait connaître aux amis de Dieu. — Je veux dire le travail et la mortification; — mais surtout la confession et la communion.

Le travail peut être également recommandé pour prévenir et pour guérir. J'ai vu dans des asiles d'aliénés de pauvres malades, qui ont été réellement sauvés par ce moyen. On les occupait du matin au soir; on ne leur laissait pas le temps de songer aux vaines idées qui avaient troublé leur esprit; le calme se faisait peu a peu, ils guérissaient. Et vous aussi vous pouvez, par un travail constant éloigner, détourner toutes les pensées du mal, et fermer l'entrée de votre âme aux suggestions du perfide ennemi. C'est le conseil des plus sages kdi-

recteurs ; l'expérience des saints amis du ciel, et l'exemple des pères du désert, nous auraient appris ce secret : Semper te diabolus occupatum inveniat, dit saint Jérôme. Que toujours le démon vous trouve occupé... et vous serez pur.

La mortification. — Jésus-Christ l'a dit aux apôtres : Hoc genus dsemoniorum non ejicitur nisi in oralione etjejunio. (Malth., xvu, 20.) C'est par la prière et le jeûne, c'est-à-dire par la pénitence et la mortification que l'on peut chasser ce genre de démons. N'est-ce pas d'ailleurs une loi universelle et déjà rappelée plusieurs fois, que Ton guérit les contraires par les contraires. La volupté asservit l'âme au corps par l'amour insensé des plaisirs; et la pénitence vengeant lame, lui fait dominer la chair, et la crucifie. Quiconque a parcouru la vie des saints et cherché avec soin le secret de leurs vertus, ne pourra douter un seul instant de la vérité de cette proposition : La pénitence est le plus puissant remède contre ces faiblesses honteuses de la chair. Elle a guéri les plus malades, et préservé miraculeusement les autres. Saint François d'Assise, en se roulant au milieu des épines ; Louis de Gonzague en imprimant à sa chair innocente les stigmates de la Passion, et tant d'autres saints par les plus cruelles macérations ont, non-seulement obtenu d'être à l'abri de ces passions malheureuses, mais ils ont mérité le privilège insigne de guérir tous ceux qui les invoquent avec confiance, pour éviter ce danger et triompher de l'enfer.

Maintenant il nous est encore donné deux autres

remèdes plus puissants contre la chair et ses convoitises. C'est le sacrement auguste de la Pénitence, et l'Eucharistie.

La Pénitence d'abord ou la Confession. Là on consulte un médecin charitable et sûr ; un médecin tendre et éclairé. Ses avis, ses conseils paternels, pourvu qu'on ne lui cache rien et qu'on ait le désir de se sauver, sont toujours efficaces... Sa parole guérit infailliblement, mais c'est à la condition formelle qu'on aille souvent le trouver; loties quoties, chaque fois que l'on a éprouvé quelques atteintes de ce délire malheureux; chaque fois que clans ce délire on aura fait quelque faute, il faut aller retrouver le médecin, le père de votre âme ; et il aura bien pitié de vous. Ne craignez pas, pauvre pécheur, et faites-en vous-même l'expérience; la confession vous sauvera, vous guérira toujours. Mais, hélas ! un des symptômes les plus sûrs d'une folie complète en ce genre, c'est la répugnance pour un remède si simple, et une sorte d'horreur pour toute consultation des médecins, même les plus habiles; et voilà pourquoi il y a, en effet, si peu de nos pauvres malades qui guérissent; ils refusent obstinément et pendant de longues années de faire l'aveu de leurs misères. La même résistance se manifeste aussi à l'égard du dernier remède le plus fort, le plus doux, le plus puissant de tous, la divine Eucharistie.

Ah! si les pauvres pécheurs savaient le don de Dieu, la puissance de ce pain des anges et la douceur de celle manne des cieux ! Si scires donum Dei !... (Jean, iv,

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