‹ De la folie en matière de religionChapitre 39 sur 46 · L'IRRÉFLEXION · texte numérisé non relu

L'IRRÉFLEXION

encore un peu, et qui se croit assuré de savoir, de connaître, marche sans défiance et s'égare de plus en plus. Or, tel est l'état d'une âme qui ne réfléchit point, et il y en a tant! Slultorum infinitus est numerus.

Il est évident que cet homme irréfléchi sera dominé, ou par son imagination ou par une passion quelconque, et dès lors il est condamné à devenir la dupe de mille et mille pensées, plus ou moins absurdes et déraisonnables. Qui ne sait les folies de l'imagination x? Un saint prêtre, un missionnaire célèbre de ce siècle, a eu raison de lui attribuer tous les maux qui troublent la société, et la famille chrétienne. Je me propose d'exposer dans la prochaine conférence les ravages que font les mauvaises lectures dans l'intelligence des hommes, eh bien ! c'est par l'imagination que tout cernai se fait. Cette faculté se trouve tellement exaltée par la peinture d'un bonheur idéal, dont on lui présente le charme dans ces malheureux romans, que la vie réelle devient impos-

1 L'imagination, cette faculté de l'entendement qu'il est difficile de contenir dans de justes bornes, quelquefois même pour l'homme doué de la raison la plus saine, l'imagination qui donne si souvent lieu dans la vie civile à tant de scènes folles, ridicules et déplorables, pourrailelle ne pas devenir la source la plus féconde des illusions, des écarts et des opinions extravagantes que manifeste l'aliénation mentale?... Etaprès en avoir cité plusieurs exemples, le bon docteur l'inel ajoute : On serait tenté de traiter de. fictions vaincs et de fables les idées fantastiques dont ces pauvres malades sont la dupe, si elles n'étaient attestées par le rapport unanime de tous les observateurs anciens et modernes, et si les exemples ne s'en renouvelaient chaque jour. (P. 10G, 109.) Et il termine en disant que le moyen de ramener ces esprits égarés et de les calmer, c'est de les faire réfléchir, en les entretenant avec douceur, el dans l'isolement.

sibleà une foule d'âmes... Que faudrait-il pour se préserver de celle folie, en supposant même que l'on ail eu l'imprudence de lire quelques-uns de ces livres coupables? Il suffirait de réfléchir un peu eL sur ce qu'ils contiennent, et sur la manière dont se font ces misérables petites brochures. On n'y trouve en effet que des rêves d'imaginations creuses et trop souvent dépravées; les inspirations d'esprits exaltés, et toujours échauffés par les fumées du vin. Les écrivains eux-mêmes, qui vivent du travail de ces productions échevelées, en conviennent. Le jour et la nuit ils ne cessent de boire, de fumer et de rire, en se moquant du public sur la folie duquel ils comptent avec raison pour vendre et débiter toutes ces fadaises. . . Et croyez bien que, si je le dis aussi clairement, c'est que je le sais 'très-positivement, et par l'aveu des auteurs et même des éditeurs. Quant aux passions, leur influence sur l'esprit de l'homme est encore plus sensible, et elles dénaturent entièrement les jugements de l'intelligence, en lui faisant voir chaque chose sous un faux jour. De là toutes les folies que nous avons eu l'occasion de remarquer dans le cours de ce traité ; les folies de l'orgueil, de la cupidité, de la volupté. Si l'on réfléchissait un peu, estce qu'il serait possible d'être dupe à ce point de ces vaines pensées?... Je n'en donnerai qu'une seule preuve, mais frappante: cela est si vrai, que dans le traitement de toutes ces diverses affections mentales, nous aurions toujours pu signaler comme premier remède la réflexion. Si vous pouvez obtenir d'un pauvre

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