‹ De la folie en matière de religionChapitre 4 sur 46 · ETUDES GENERALES. 1J · texte numérisé non relu

ETUDES GENERALES. 1J

requirens Deum. {Ps. xm, c2, 52, 5.) El nous, en commençant ce petit traité de la folie des hommes en matière de religion, quand nous considérons l'état intellectuel et moral de nos frères et même des chrétiens, nous ne pouvons nous empêcher de répéter la parole du Roi de la Sagesse : Stultorum infinitus est numerus. Pour le prouver, il suffira, dans ce premier discours préliminaire, de bien définir la folie, cette triste maladie, d'en étudier les symptômes, les caractères généraux, et défaire une application de ces principes et de toutes ces notions à l'état d'esprit de la plupart des hommes, dans la question qui nous occupe, la plus grave incontestablement de toutes et la plus importante, je veux dire la religion, Dieu, notre âme, notre éternité. Peut-être que celte première leçon va paraître aride cà quelques esprits; mais ceux qui réfléchissent en comprendront de suite la nécessité. Ces principes une fois bien établis, et la définition bien comprise, il sera facile de prouver la proposition de ce discours, renfermée dans le texte de Salomon : Stultorum infinitus est numerus.

I. Or, d'après les maîtres dans celte partie de la science médicale que nous avons consultés et dont nous avons étudié la doctrine, la folie, qu'ils appellent quelquefois manie, démence, mélancolie, et plus souvent encore du terme plus général d'aliénation mentale, est un état maladif qui prend l'âme ou l'intelligence humaine et met le trouble dans ses facultés ou

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les anéantit. — C'est un affaiblissement, ou un anéantissement de l'esprit; un désordre dans les pensées, ou un manque absolu de raison; en un mot, cette triste maladie qui affecte lame, la blesse seulement ou la tue. Et de cette simple définition découlent naturellement toutes les divisions indiquées dans les écrits des maîtres spéciaux, et des docteurs qui ont traité ces questions.

I! y a donc, d'après eux, des folies partiel les et des folies complètes; il y a des folies incurables et des folies intermittentes. La plus triste, la plus irrémédiable de toutes paraît être celle qu'ils appellent Y idiotisme ou le crétinisme, stupidité absolue qui rend l'homme insensible, pour ainsi dire, à tout. Le malheureux réduit à cet état n'a point de pensées, ou, du moins, il n'a pas de paroles ni de regard même pour les exprimer. Il mange et il dort; il mange ce qu'on lui donne aujourd'hui, sans songer au lendemain ; il dort où il est; il ne sait aimer ni reconnaître personne, pas même sa mère, si ce n'est par un petit cri, et encore rarement. Il y a une Ame pourtant sous cette enveloppe, mais elle ne paraît pas; cette flamme, est, sinon tout à fait éteinte, au moins si cachée, qu'elle n'éclaire et n'échauffe rien. C'est une vie purement animale, mais sans l'instinct que nous admirons dans les bêtes, et sans le cœur qui nous attache à elles et nous les fait aimer. Ces pauvres malades n'ont donc pas de pensée ni de sentiment, ils semblent n'avoir que la sensation ; ce sont, les plus à plaindre, parce

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qu'il y a moins d'espérance de guérison ; mais ce ne sont pas les plus malheureux cependant, parce qu'ils doivent avoir moins l'idée, l'appréhension et le sentiment de leur état1.

11 y a une autre espèce de folie bien autrement dangereuse et complète aussi, que les médecins appellent manie, d'un mot grec qui signifie fureur ; ici ce n'est pas l'absence des idées, c'est la confusion, l'incohérence, le désordre absolu de toutes les pensées. On remarque dans ces pauvres malades des transports étranges, une agitation incessante, des emportements soudains ; ce sont parfois des cris aigus et prolongés, suivis de longs silences ; des pleurs amers, et parfois aussi des éclats de rire, qui attristent encore plus l'âme.

Voilà les deux plus grands termes de l'aliénation mentale, et l'état ou la condition extrême de la démenée complète, dont les caractères se retrouvent dans la vie de bien des hommes, quand il s'agit du salut éternel ; nous le verrons bientôt : mais il faut encore, avant d'entrer dans l'application de ces caractères à

1 La plupart des idiots no parlent pas, ou ils se bornent à marmotter quelques sons inarticulés ; leur figure est inanimée... un élat habituel de stupeur, une sorte d'inertie invincible forme leur caractère. J'ai eu longtemps sous mes yeux, à Bicêlre, un de ces malheureux, victime d'excès d'intempérance ; il restait presque toujours immobile et taciturne, ou bien, par intervalles, il laissait échapper une sorte de rire niais et stupide ; nulle expression dans les traits de sa figure, nul souvenir de son état antérieur, etc.. L'idiotisme est quelquefois si complet, et l'état de stupeur si marqué, qu'un aliéné de cetle sorte n'a pas même l'instinct des animaux. (Pinel, p. 65.)

l'âme humaine, dire quelques mois des blessures moins profondes et de la maladie qui, sans affecter à ce point l'intelligence et l'anéantir complètement, altère quelqu'une de ses facultés, et semble l'enchaîner et l'entraver dans ses fonctions. — Les uns, en effet, sont frappés dans la mémoire seulement et oublient tout, jusqu'à leur nom. Les autres sont atteints dans l'imagination et se nourrissent de mille pensées vaines, se bercent dans les illusions les plus extravagantes : mille fantômes les effrayent le jour et la nuit, tandis que, dans la même classe, on en voit qui vivent sous le charme d'un bonheur imaginaire et qui semblent nager dans les délices de l'extase, ou dans les douceurs d'un ravissement continuel.

Outre ces caractères généraux de la folie, on peut encore signaler quelques symptômes spéciaux et des effets particuliers aux différentes espèces de ces affections si variées, et, ce qui paraîtra plus extraordinaire, des contrastes surprenants clans les sujets atteints de la même maladie. On en voit qui passent, sans aucune raison, d'un excès à l'autre, qui travaillent avec ardeur et sans but, et qui resteront ensuite des jours et des semaines dans l'inaction la plus complète, immobiles et comme morts. D'autres parlent sans cesse pendant des jours et des nuits, et puis s'obstinent à garder un morne silence des mois entiers. On en a vu d'une douceur charmante, qui tout à coup devenaient furieux et qui auraient, dans ce transport, donné la mort à ce qu'ils avaient le plus aimé. Quelques-uns versent des

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larmes amères, poussent des sanglots à fendre les cœurs, et soudain on les entend éclater de rire, comme dans l'ivresse d'une joie ineffable.

De là, sans doute, les divisions principales indiquées par les docteurs Pinel et Esquirol, qui ont plutôt défini la nature de ces maladies par leurs effets que par leur cause ; ils appellent folie sombre, délire exclusif, ou mélancolie, celle qui affecte plus souvent ce caractère de la crainte, de la tristesse, du silence ; manie, celle qui éclate en transports de fureur, et folie gaie celle qui porte à la joie, à l'exaltation des espérances, au charme d'un bonheur inconnu, aux rêves enchanteurs de la vie.

Nous signalerons encore avec ces grands maîtres de la science quelques nuances importantes dans cette étude préliminaire, et une nouvelle division qui lient à la nature même de la maladie. — Ils appellent folie absolue ou complète celle qui trouble toute l'intelligence et met du désordre dans toutes les idées, et spéciale ou partielle celle qui ne trompe l'esprit que sur un point : c'est une idée fixe qui arrête et qui suffit pour déranger tout... Ce sont quelquefois les plus difficiles à traiter. — On nomme incurables celles qu'aucun remède connu n'aurait pu jusqu'à ce jour apaiser ou guérir, et intermittentes celles qui, après avoir été guéries parfaitement en apparence, reviennent à certaines époques et avec les mêmes caractères. Au contraire, un accès de folie passagère, un trouble ou un désordre momentané dans les idées, des paroles même

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cittravaganles et insensées, signe certain d'une affection mentale qui ne laisse pas de U'ace, prendra le nom de simple délire.

Enfin, si l'on veut considérer plutôt la cause que les symptômes et les tristes effets de ces maladies intellectuelles, on arrive à une dernière classification, la plus importante de toutes peut-être, et surtout dans l'application que nous aurons à faire de cette doctrine à l'état des âmes devant Dieu. Il y a donc des folies dont la cause est purement physique; un accident, une chute de cheval ou de voiture a suffi pour déterminer ce malheur... On peut espérer la guérison, elle est plus facile, et souvent il a suffi d'une réaction dans le sens contraire pour l'amener. J'en ai vu moi-même des exemples frappants. — Mais si la folie est le fruit d'une cause morale, c'est plus difficile, et, il faut le dire, c'est bien plus ordinaire... Quelques grandes passions des excès en quoi que ce soit, des ambitions déçues, une fortune renversée, des désordres honteux... ont souvent plongé les plus belles intelligences dans la nuit, et peuvent éteindre la flamme des esprits dans la boue. — Enfin la cause de la maladie peut être simplement accidentelle ou liéréditaire. — Accidentelle, si aucun membre de la famille du malade n'avait encore été frappé; c'est alors un malheur personnel sans cause antérieure connue, et dont les conséquences sont moins graves; si au contraire plusieurs membres ou quelques-uns seulement, surtout en ligne directe, parmi les auteurs de celle famille ont

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déjà donne des signes de la même maladie, on neuf dire qu'elle a été transmise dans la naissance et qu'elle est héréditaire; c'est un des symptômes les pins effrayants, c'est ordinairement une folie incurable.

Les savants, nos plus habiles mcntalistes assurent que l'aliénation doit être souvent attribuée à la conformation plus ou moins régulière du crâne et surtout du front1; mais je n'attache pas beaucoup d'importance à cette remarque, d'ailleurs contestée, parce qu'elle ne peut avoir aucune utilité directe et pratique dans l'application que nous devons faire de ces principes à la vie des âmes et à leurs tristes infirmités. Entrons donc dans l'examen et l'étude de ce que nous avons appelé la folie des pécheurs.

II. Oh ! que cela est triste à penser, que cela e-t humiliant à dire! Mais nous retrouvons dans une foule d'âmes tous les caraclèrcs, les symptômes et les suites affreuses de cette maladie. Cette vérité sera démontrée à chaque page de ce livre; il ne s'agit pour nous en ce moment que de reprendre les définitions et les divisions générales. Nous verrons des analogies frappantes, des caractères identiques; c'est de la véritable folie. Il

! Le docteur Pinel combat celle assertion, et, après l'élude la plus sérieuse et un grand nombre d'expérience, il a reconnu qu'il était impossible de démontrer que ces différences du iront ou du crâne fussent la raison des maladies qu'il était tous les jours appelé, par ses fonctions, à traiter, à Bicétre et à la Salpêtrière. L'analyse et les recherches les plus minutieuses lui apportant sans cesse des expériences contradictoires. (P. 460.)

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y a un nombre infini de fous sur la terré : Stultorum infuiitus est numéros.

El d'abord il y a des hommes qui ont vu leur intelligence s'éteindre et s'anéantir dans le trouble et les désordres des passions; des hommes dont l'esprit s'est égaré tout à fait et perdu dans une sorte d'insensibilité absolue ; et cet état ressemble à la première forme des affections mentales que nous avons appelée l'idiotisme ou le crélinisme, qui abaisse les pensées et les sentiments, on les annihile dans une vie toute animale et matérielle... N'est-ce pas là le caractère de la vie honteuse et grossière d'une foule d'hommes qui ont résolu de ne plus lever les yeux, mais qui les tiennent toujours attachés à cette boue de la terre? Oculos suos statucrunt declinare in terrain (Ps. xvi. 11); hommes devenus semblables a la bête... Animalis homo, qui n'ont plus les pensées ni le goût des choses d'en haut, du ciel, de Dieu, nonpercipit ea quse suiitDei (I Cor., ii, 14); hommes donnés à la terre, dit saint Augustin, Homo terrx datas... et ne vivant que de la terre, devenus semblables à la boue même puisqu'ils n'aiment plus que cela. Terrain amas, terra es! Folie honteuse et d'autant plus dégoûtante que ces malheureux paraissent s'y complaire et ne voudraient pas sortir de celle fange, Nohrit intelligere, parce qu'ils s'y nourrissent sans travail et presque sans remords.** Animalis homo.

D'autres infortunés, sans être aussi bas, ont été seulement atteints dans les plus nobles facultés de leur

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