‹ De la folie en matière de religionChapitre 43 sur 46 · TROISIEME CAUSE LA MAUVAISE ÉDUCATION · texte numérisé non relu

TROISIEME CAUSE LA MAUVAISE ÉDUCATION

Proverbium est : Adolesccnsjuxta viam suam, etiam eum senuerit , non recède!

ab ea.

Voici un proverbe : l'en tant marche dans une voie, la voie où on le met, et même, quand il sera vieux, il n'en sortira pas, il ne s'en écartera guère.

(Prov., xxn, 6.)

J'aborde une des questions les plus graves qui puissent se présenter dans le sujet qui nous occupe; et ce n'est pas sans trembler que je l'aborde, car je vais toucherai] cœur des sociétés humaines et de la famille chrétienne, en révélant la cause première de tous nos malheurs, et la raison des progrès effrayants de ces tristes maladies qui affectent les esprits égarés, et qui vont jusqu'à perdre les intelligences; la cause, en un mot, de la folie en matière de religion, et la raison de ce grand nombre de fous que l'on voit partout dans le monde. J'affirme que l'on doit, avant tout, attribuer ce malheur à la triste éducation que l'on donne aux enfants. On leur transmet pour ainsi dire avec le sang le germe fatal de la maladie ; on le développe imprudemment dans leur cœur, et alors la folie devient d'autanl [dus difficile à guérir qu'elle est vraiment comme héréditaire, el de famille. Or, c'est une des plus dange-

reuses conditions, un des caractères les plus effrayants dans l'espèce, d'après tous les médecins spéciaux et les plus consciencieux.

Je dirai d'abord ce que la raison demanderait, ce que la sagesse exigerait des parents pour prévenir ce malheur, c'est-à-dire 1° ce qu'il faut pour qu'une éducation soit bonne, et puis II0 j'exposerai les défauts ordinaires des éducations du monde, si propres à troubler les esprits et à corrompre le cœur des petits enf.nls ; et l'on verra combien une bonne éducation est rare, combien d'enfants sont mal élevés, et Tonne sera plus étonné qu'il y ait tant de fous sur la terre: StuUorum infinitm eH numcrus.

I. Dieu a confié aux parents une bien haute et sublime mission en leur donnant un enfant... Ils doivent apprendre à ce petit être chéri à connaître, à servir et aimer leur père et créateur qui est dans les cieux, et pour cela il faut élever cet enfant; méditez, comprenez ce mot qui est plein de sagesse et de lumière : élever un enfant. Hélas! combien de parents imprudents les abaissent plutôt, et les tournent vers les choses d'en bas ! et comment pourrait-il en être autrement puisqu'euxmêmes ils sont penchés et inclinés vers la terre?... Il faut absolument que les parents se disent et comprennent la parole profonde que Dieu même prononça au conseil des cieux, le jour où il devint le père de l'homme : FaciamiiH hominemad imaginem nostram (6'en.,i, 26), faisons-le à notre image, à notre ressemblance... Oui,

cet entant sera l'image de ceux qui lui ont donné le jour. 11 sera sage, s'ils sont sages, insensé et fou, s'ils sont fous et insensés... On va lui apprendre à marcher bientôt ; prenez garde, car il ne sortira point de la voie où on le mettra... Etiam cum senuerit, non recedet ab ea. (Prov., xxn, 6.)

Que faut-il donc pour élever un enfant dans le chemin de la sagesse? Que doivent faire les parents, s'ils veulent sauver cette ame et la préserver de la folie, celte maladie si commune de nos jours, et surtout dans la jeunesse? Il faut : 1° aimer cet enfant ; 2° le nourrir ; 5° le former ou le diriger.

1° Il faut aimer les enfants. Dieu ne l'a pas dit dans sa loi écrite sur la pierre, bien qu'il ait dit aux enfants d'aimer leurs parents. Cette parole avait été si bien gravée dans le cœur des pères et mères, qu'il eût été inutile de la répéter au Décalogue. Et moi aussi je pense que je ne dois pas insister sur ce premier et essentiel devoir ; il suffit de le rappeler : je n'ajouterai qu'un mot. On doit les aimer, tous également, et sans caprice, sous peine de voir bientôt naître des sentiments d'envie, de jalousie, qui troubleraient aussitôt la douce harmonie des cœurs, et qui pourraient même aller jusqu'à la haine, la vengeance etla mort. Joseph a étébien longtemps malheureux parce qu'il avait été plus aimé que les autres; et sans tous les prodiges d'un Dieu, il aurait été victime de ses frères jaloux. Mais ce que je vous recommanderai encore plus instamment, c'est d'aimer surtout l'âme de vos enfants^ de les ai-

iner pour leur bien, pour l'éternité. H y a des parents dont le cœur petit et étroit n'aime que pour le temps, il y a des pères qui ne se préoccupent que du bonheur matériel de celte vie si courte, sans penser à l'avenir ; et il y a des mères qui n'aiment dans leurs enfants que la forme extérieure, sans jamais songer à l'âme. Elles aiment ce qui doit silôt leur être ravi, la beauté des traits, l'éclat des yeux, quesais-je? les cheveux même que la plus petite maladie peut faire tomber ! Et l'âme, la beauté, l'innocence de l'âme, l'éclat de la grâce, les trésors de vertus ne les louchent pas ; les blessures et les maladies, la mort même de l'âme les laissent insensibles et indifférentes!... N'est-ce pas une fatale illusion, une sorte de folie, qui aveugle à ce point les parents malheureux ?

2° Il faut les nourrir... Le corps, sans doute, mais l'âme aussi, c'est précisément ce que nous entendons par ce mot admirable élever. — Pour le corps... ô mères chrétiennes qui lisez ceci, je vous en prie, nourrissez vous-mêmes l'enfant que le ciel vous a donné, C'est une gloire et un bonheur; si vous le pouvez, faites-le. Ce sera aussi pour vos enfants un bien réel, et vous pouvez par là prévenir bien des peines et même des désordres. Dieu ouvre sur le cœur des mères une source mystérieuse, où ce petit être chéri doit aller puiser la force et la vie ; ne l 'éloignez pas de votre cœur ; c'est le plus doux berceau pour un enfant, le sein de sa mère. Mais enfui, si le ciel vous avait refusé celle gloire, et, si vous avez vu larir eelle source sacrée, pie-

nez bien garde et choisissez entre mille celle qui devra vous remplacer. Qu'elle soit digne de cette mission ; que ce soit une mère vertueuse, et que son lait soit pur!... N'avez- vous pas remarqué une chose, comme moi, dans la vie des 'saints : c'est que presque toujours ils avaient sucé l'amour de la vertu avec le lait de leur mère?... Et dites-moi, quel malheur si la sainte Vierge avait été obligée de donner son fils à une autre, et de confier le divin Jésus à une étrangère pour le nourrir ! . . . Il y a des enfants qui, dans ce sens, ont été vraiment changés en nourrice; ils étaient nés avec tous les instincts du bien et de la vertu, et ils ont goûté h une source impure l'attrait du mal.

Nourrir; encore un mot, et qui sera compris des pères et mères : Oui, ayez confiance; Dieu même vous donnera toujours ce qui est nécessaire; ne craignez pas que ces chers petits manquent jamais de pain : et si le Seigneur vous donne beaucoup d'enfants, soyez sûrs qu'il les bénira. N'offensez point votre Dieu qui est l'auteur delà vie, et qui s'est toujours montré le père des familles nombreuses.

Mais c'est surtout l'âme que l'on doit nourrir; l'esprit ou l'intelligence par l'instruction, cl le cœur par l'éducation, puisque malheureusement on ne peut pas encore se servir du mot élévation, qui rendrait bien mieux la pensée vraie. L'esprit des petits enfants est extrêmement actif, il y a en eux une curiosité naturelle et pleine d'ardeur ; ils veulent tout savoir; ils interrogent sur toutes choses : profilez-en pour leur dire

toujours la vérité. C'est un bien mauvais système de ne bercer les enfants qu'avec des contes et de les nourrir de fables, quand on pourrait leur enseigner tant de belles choses, qui les amuseraient cl les instruiraient en même temps. Ne vous pressez pas trop cependant, et ne cherchez pas à faire de votre fils un petit prodige, un puits de science : ces natures forcées tournent mal, ces fleurs printanières avortent et n'ont presque jamais de fruits. Plusieurs de ces enfants sont devenus idiots, crétins, par la faute des parents, d'autres se sont montrés insupportables par leur orgueil ; quelques-uns même sont morts fous, et avant douze ans. Vous aurez à veiller dès le plus bas âge sur le choix des bonnes. Ah ! voilà encore un mot superbe de notre langue ; il y en a si peu de bonnes domestiques aujourd'hui ! Choisissez comme pour la nourrice, et tâchez qu'elle ne fausse pas l'esprit de votre enfant par des contes effrayants qui troubleraient son sommeil ; et par-dessus tout, qu'elle soit honnête et modeste. Après les bonnes, ce sera le choix des maîtres qui commenceront son instruction; ce choix est aussi important que celui des livres que vous mettrez bientôt entre ses mains... Veillez, si vous voulez que votre enfant apprenne bien, et qu'il soit sage.

C'est le soin principal, ou la nourriture du cœur, l'éducation. C'est, à proprement parler, le travail de Y élévation ; ce qui doit faire l'homme et le chrétien, ce qui forme h; caractère. 11 faut d'abord bien vous persuader que tout est renfermé dans ces deux mots de la loi du Seigneur : Aimer Dieu elle prochain.

Si vous apprenez cela à un enfant, il en sait assez. Mais pour qu'il aime Dieu il faut qu'il le connaisse, donc avant tout la science de la doctrine chrétienne ou du catéchisme. S'il connaît et s'il aime ce Dieu, il ne manquera pas de lui exprimer ce sentiment de son cœur, donc la prière, que l'on apprendra de bonne heure aux enfants, et que l'on lâchera de faire toujours avec eux.

Pour le prochain, vous vous appliquerez surtout à leur inspirer le sentiment de pitié [tour les pauvres, et vous leur ferez donner souvent l'aumône. Quand la charité passe par la main de ces petits innocents, elle est plus agréable à Dieu ; et c'est parce que Vincent de Paul avait appris dès Kenfance à laisser la moitié de son pain à ceux qui n'en avaient pas, qu'il s'est élevé si haut, et qu'il a mérité d'être appelé le père des pauvres.

5° L'enfant grandit ainsi dans la sagesse. Mais ce n'est pas assez, il faut le diriger désormais dans la vie; et cette direction doit commencer par prévenir le mal, couper, retrancher tout ce qui ne serait pas dans l'ordre ou conforme à la raison et à la vertu ; puis il n'y aura plus qu'à mener ou conduire le jeune élève dans sa voie. Uuant cà la répression du mal, à la correction des vices naissants, il faut autant de force que de douceur. La force est donnée au père avec l'autorité, et qu'il se souvienne d'Héli, du prêtre Héli qui a perdu ses enfants Ophni et Phinées par une trop grande faiblesse. Mais la douceur et la pitié ne doivent pas abandonner la mère; elle détournera la menace, elle apaisera la

colère; au moins elle essuyera les larmes de son pauvre enfant, elle lui rendra du courage et de la conliance ; et celui-ci, de peur d'irriter encore son père, de peur d'affliger sa mère, ne retombera plus dans la faute qui a été justement punie. C'est ainsi qu'il s'élèvera, et que, encouragé et soutenu surtout par les exemples de ses parents, il s'avancera rapidement dans la pratique de tout bien. Il se montrera, comme eux, fidèle à la loi du Seigneur, et respectera son saint jour; fidèle aux préceptes de la sainte Eglise, il n'en rougira jamais ; et parce que dans cette famille on aura cherché avant tout le règne de Dieu, tout le reste lui sera donné par surcroît. Un bon ange conduira lui-même les pas de ce jeune homme, quand, pensant à son avenir, il voudra se fixer ou s'établir, comme on dit encore. Ses parents aussi le dirigeront, dans le choix de son cœur ; sans contrainte, sans violence, sans s'opposer à la voix du ciel, ni à une vocation sainte, dans le cas où Dieu viendrait à parler ; et ils le béniront avec espérance et amour. Ecce sic benedicetur homo. (Ps. cxxvii, 4.) Voilà les conditions d'une bonne et sage éducation ; comment on pourrait éviter et prévenir tant de malheurs au sein delà famille chrétienne; comment on peut assurer le bonheur de tous les membres qui la composent. Car il y a des promesses magnifiques faites par le Seigneur à ceux qui garderont ainsi sa loi. Il y en a pour le temps et pour l'éternité.

Dans le temps, c'est la récompense de l'union des cœurs, qui assure la paix et la félicité constante de tous

les membres de cette famille; et, encore aujourd'hui, sous la loi nouvelle, des jours heureux, une douce et longue vie. Je sais que nous avons des promesses d'un ordre supérieur ; mais celle-ci n'a pas été encore retirée; elle ne le sera jamais, et Dieu se plaît à le prouver souvent, en nous montrant de belles et nombreuses familles qu'il a bénies dans trois et quatre générations. Vous en connaissez, mon cher lecteur, j'en suis sûr ; et je pourrais moi-même en citer beaucoup d'exemples.

Quant à l'éternité, seule chose nécessaire, c'est là toute l'espérance des parents chrétiens, qui auront bien élevé leurs enfants : eh bien ! ils n'en perdront pas un seul ; ils les auront élevés pour le ciel : ils iront tous, ils s'y retrouveront un jour, et ensemble ils béniront le Dieu des miséricordes qui sauve ceux qui espèrent en lui.

Mais hélas! combien il est rare aujourd'hui, qu'on élève les enfants dans ces conditions de la sagesse! Aussi de tous côtés j'entends des plaintes, on dit même partout qu'il n'y a plus d'enfants ; et il est bien vrai, il n'y en a plus, de purs, d'innocents, de dociles; il n'y en a presque plus de tendres ni d'affectueux ; il n'y en a plus que de terribles, et je prétends bien donner ta cette expression un sens plus profond que celui qu'on y attache communément dans le monde. Mais aussi que de folies dans la jeunesse, et que de malheurs dans la famille ! . . .

II. Je vais dire maintenant la cause la plus réelle de nos maux, en exposant les défauts les plus ordinaires de

l'éducation de nos jours, elles châtiments réservés à cette coupable négligence, qui transmet par un fatal héritage à ces pauvres enfants la folie malheureuse de leurs pères. En un mot, voyez-vous, on les abaisse au lieu de les élever. Mais, afin de mettre de l'ordre dans nos preuves, je dirai : 1° comment, dans quelques familles, on néglige, comment on abandonne absolument ce soin de l'éducation ; 2° comment en d'autres, on fait ou plutôt on défait, on dénature ce premier travail, c'està-dire en faussant les pensées de l'esprit, et en dépravant les sentiments du cœur ; 5° comment enfin souvent on perd et l'on détruit en quelques jours une éducation bien faite *et terminée dans d'assez bonnes conditions. En trois mots : Education nulle, éducation manquée, éducation perdue !

1° Suivons le même plan et revenons sur les idées que nous avons déjà touchées. D'abord au lieu d'aimer les enfants, on les gâte, et je prie le lecteur de méditer un instant sur ce mot que je souligne à dessein, parce que, encore une fois, notre langue est pleine de ces expressions admirables de sagesse. Oui, on les gâte par un excès de tendresse, de faiblesses, de caresses! On flatte ainsi leur vanité, on amollit leur caractère, on énerve en eux le sentiment de la force. Et pourquoi aime-t-on les enfants ? Et qu'est-ce qu'une mère imprudente aime le plus en eux et avec des préférences marquées et même hautement avouées? c'est l'enveloppe matérielle, la forme, la grâce, la couleur ! et ces pauvres enfants n'entendant parler que de leurs grands

yeux, de leur poli le bouche, de leurs beaux cheveux, croient que c'est là le principal, et voyant bien que l'on n'aime que cela, ils apprennent bientôt, et nécessairement à n'aimer que cela aussi. Ils se gâtent.

Nous avons dit que le second devoir des parenls était àenourrir les enfants. Eh bien! c'est en ce point surtout qu'on les gâte encore et d'une manière plus déplorable, parce que les conséquences seront plus difficiles à réparer. Pour le corps d'abord ; ce sont souvent des soins exagérés, des délicatesses funestes, même à la santé ; et comme l'enfant voit bien qu'on ne s'occupe que de cela : nourrir; vêtir le corps, il pense qu'il n'y a rien de plus important, de plus nécessaire dans la vie, et que l'âme ne mérite pas tant que l'on s'occupe d'elle. Peut-être même qu'on ne lui en a pas encore parlé !

Cependant les années de la première enfance étant passées, il faut bien penser à nourrir autre chose que le corps, et l'on va s'occuper de l'éducation et du caractère. Mais comment! Je l'ai dit; c'est avec la plus coupable négligence que des parents abandonnent ce premier soin et ce devoir essentiel et le plus important, puisque c'est le seul moyen d'élever l'esprit et le cœur des enfants et d'en faire un jour des hommes et des chrétiens. Dans les classes pauvres, et souvent même dans les familles les plus riches, c'est par intérêt que l'éducation entière sera compromise. Pour les pauvres d'abord, au lieu de les envoyer chez les Frères ou chez les Sœurs, par exemple; dans une bonne école enfin,

on se haie de les faire travailler, de les enfermer dans un atelier, où ces malheureux enfants apprendront à nouer et attacher un fil, pour gagner quelques sous, qu'ils perdront à jouer le même jour peut-être ; mais ils ne sauront rien de Dieu, rien du ciel, et ils vivront sans désir, sans espérance, que dis-je? sans la pensée d'une autre vie... Ils sont donc bien exposés à vivre toujours comme des indifférents, et même comme des matérialistes et des athées. Ils seront donc du nombre de ces insensés bien certainement, et toute leur vie. Pour les riches, c'est aussi souvent par intérêt, que l'on se dirige dans leur éducation. S'il s'agit d'une maison, et que l'on n'ait pas réussi à obtenir une bourse, n'importe dans quel collège, on choisira l'institution qui demande moins. S'il est question d'un précepteur, on prendra de suite et sans autres informations, celui qui a des prétentions moins élevées. L'enfant sait déjà très-bien que tout est dans la fortune ; on ne parle que de cela devant lui. Il a déjà quelque chose à la Caisse d'épargne ; il sait qu'on a mis une petite somme sur sa tête dans une maison de banque et dans une compagnie d'assurances... Je ne dis pas que ce soit trèsmal de faire ces choses ; mais au moins qu'on ne lui en parle pas toujours! mais qu'on lui donne aussi une petite bourse pour les pauvres ! autrement je vous dis qu'il ne pourra jamais aimer que l'argent, qu'il croira que l'or est le Dieu du monde, que la richesse est le seul bonheur; et vous l'exposez à devenir lou, comme tant d'autres, par la convoitise des biens de la terre,

fou par cupidité et avarice. Son esprit sera nécessairement frappé de ces fausses idées, les seules qu'on lui aura données.

Et malheureusement son cœur sera encore plus mal nourri. J'ai dit que l'élévation du cœur se faisait par la vérité et par la charité... la vérité de la foi, la charité ou l'amour de Dieu et du prochain. Eh bien! où l'enfant trouvera-t-il cette nourriture sacrée, cette lumière de vérité? et qui lui donnera ce pain substantiel que son âme désire? La vérité, c'est dans l'Eglise de Dieu son père qu'il la trouvera ; c'est le prêtre qui la donne; c'est au catéchisme en un mot. Or, pour une multitude étonnante d'enfants, ils ne peuvent pas y aller, ou bien ils ne le veulent pas, parce qu'on leur a dit qu'on pouvait bien s'en passer; et ils vivront dans les ténèbres, semblables à des animaux sans intelligence ; semblables à des crétins sans raison. Dès lors aussi sans amour de Dieu, sans amour du prochain. Dieu ! ils ne le connaissent pas, on ne leur a pas dit qu'ils avaient un Père dans les cieux; ils ne savent pas lui parler. D y a si peu de familles aujourd'hui où l'on apprenne bien à prier aux enfants, où l'on fasse ensemble la prière du soir, qui serait si douce pourtant et si délicieuse pour un père et pour une mère ! Et quant aux pauvres, je l'ai dit, on ne leur a pas appris à les aimer, à les secourir; ils n'en ont peut-être jamais vu, comment pourraient-ils les aimer? D'ailleurs l'égoïsme a déjà resserré leur cœur, et un vil intérêt a desséché en eux le sentiment de la pitié et de la com-

passion. J'expose seulement ici les faits, je dirai plus tard les châtiments réservés aux parents insensés, qui négligent ainsi l'éducation de leurs enfants.

2° D'autres non moins imprudents et tout aussi coupables, sans abandonner absolument ce devoir essentiel, s'en acquittent si mal, qu'au lieu d'élever, ils abaissent ; au lieu de former, d'éclairer et diriger, ils dénaturent, ils faussent les sentiments ; ils gâtent tout; je reviens encore à ce mot, qui en fait d'éducation me semble renfermer tant de choses, mais j'en restreins ici la signification,, pour ne l'appliquer en ce moment qu'au caractère. On gâte donc le caractère, le cœur et l'âme même des enfants, par faiblesse. Des parents insensés (des mères même! qui cependant ont plus de foi) non-seulement ne préviennent pas le mal, ne répriment pas les premiers mouvements des passions naissantes, et ne corrigent pas les défauts ordinaires de l'enfance ; mais il en est qui sourient quelquefois à certaines petites malices précoces, et qui semblent applaudir à quelques paroles étonnantes dans un âge si tendre. On prévient les désirs et les caprices; on flatte la vanité ; on encourage la coquetterie des petites filles; on donne des bals d'enfants! on leur fait jouer la comédie !... Vous me direz sans doute qu'on ne fait tout cela que dans les familles les plus mondaines ; oui, et c'est-à-dire les plus insensées...

Mais il y a beaucoup de mères qui, sans aller aussi loin, ne savent pas faire le moindre reproche, et qui par mollesse ne peuvent jamais gronder leurs enfants. Qu'on

le sache bien, ne pas gronder quelquefois, c'est les perdre, et les gâter. Saint Augustin a fait une étude admirable sur les passions des enfants, et il nous apprend qu'A tout âge, au berceau même, il est nécessaire de réprimer, de corriger leurs petits défauts, sous peine de perdre leur âme. Il en a vu, dit-il, qui sur le sein de leur mère se montraient déjà pleins de colère, Filii irx, et qui tournaient des yeux d'envie sur un autre enfant que celle-ci venait de caresser. Il parle d'un autre qui, dans sa rage jalouse, alla même jusqu'à mordre le sein qui l'allaitait. A peine l'enfant sait parler, que déjà il sait mentir; on voit l'envie, la colère briller dans les regards de ces pauvres petits : il y en a qui pâlissent et trépignent de fureur. Us sont gourmands, aussitôt qu'ils savent manger. On en a vu, chose incroyable, qui à trois ans savaient déjà voler; d'autres, à cet âge, paraissaient aimer le vin, et déjà s'étaient enivrés. On m'a dit qu'un enfant de quatre ans avait, par jalousie, tué sa petite sœur, en la jetant dans l'eau. Il avait ensuite simulé un grand chagrin, en criant et pleurant pour faire croire à un accident, à un malheur... On me l'a assuré, et on le savait de science certaine, et par l'aveu du coupable même... qui mourut quelques mois après, avec le pardon de son crime!... Oh! malheur, malheur aux parents qui, par une funeste tendresse, n'auront pas réprimé ces passions naissantes ! Que de larmes ils auront un jour à verser, quand ils verront, leurs pauvres enfants tomber dans toutes les folies où doivent les conduire ces tendances malheureuses!...

Ils peuvent déjà prévoir dans quelle classe il faudra un jour les mettre; incrédules ou indifférents; mais il est certain que ces enfants seront, par leurs désordres, la douleur de leur père et la honte de leur mère, Dolor patris filins stultus... Stultus despicit matrem suam1. (Prov., xv, 20. — xix, 15.)

5° Il y a souvent un autre vice dans l'éducation, et il est difficile d'expliquer la conduite des parents qui s'y laissent entraîner, car c'est une inconséquence et une sorte de contradiction dans leurs principes. Vous trouverez des familles honnêtes, et même des familles chrétiennes, où après avoir tout fait pour l'éducation des enfants, on gâte, que dis-je, on détruit toutes ces espérances, on perd tous les fruits des plus grands efforts. On dirait que Ton se hâte de faire disparaître les traces mêmes de ce premier travail, et les souvenirs des années passées dans l'innocence et la pratique delà

1 Rien de plus remarquable que les observations du docteur Pinel sur les conséquences d'une mauvaise éducation. « Les maisons de correction, dit-il, et les établissements consacrés aux aliénés en fournissent sans cesse des exemples. Combien de fois dès reproches amers pour les fautes les plus légères, des menaces ou même des coups, ont précipité de pauvres enfants dans une aliénation déclarée! Mais a-t-on moins à craindre un autre extrême opposé, une tendresse peu éclairée des parents, et une complaisance sans bornes? » Et il cite de tristes exemples de ces excès... et il conclut : « Que d'analogies entre l'art de diriger les aliénés et celui d'élever les jeunes gens ! C'est une grande fermeté que l'un et l'autre exigent, et non des manières dures et repoussantes; c'est une condescendance raisonnée et affectueuse, et non une complaisance molle et asservie à tous les caprices... Une éducation molle ou mal dirigée peut produire les premières nuances de cette espèce d'aliénation (manie, ou emportement maniaque, sans délire), comme le prouve l'histoire suivante. » etc. (Page 156.)

religion et de ses œuvres. Un père, pour faire élever son fils dans la vertu, a fait des sacrifices immenses, je ne dis pas seulement de fortune, mais de cœur; il a eu le courage de se séparer de cet enfant unique, et de confier son éducation à un prêtre vertueux, peut-être même à des religieux, qui lui ont inspiré le sentiment du bien et le désir de la perfection... L'enfant vient de terminer ses classes; il a fini, dit-on, son éducation. C'est un jeune homme pur, mais ardent, et, à l'âge convenu, on lui donne sa liberté, on le lance sans précaution, sans conseils dans ce monde, où il doit trouver des dangers à chaque pas... Il peut aller où il veut, lire ce qu'il veut, faire ce qu'il veut. Il a de l'argent pour s'amuser, tant qu'il veut! Mais, en vérité, il est mille fois impossible qu'il ne fasse pas de folies.. . Vous allez tout gâter, tout détruire en quelques jours.

On aura fait élever une jeune fille avec un soin extrême, et pendant toutes les années de sa première jeunesse, on l'aura tenue si éloignée des dangers du monde, qu'elle n'a pu même les soupçonner ; on ne lui a pas laissé faire un pas sans une gouvernante, qui lui a inspiré tous les sentiments de la plus tendre piété; ou bien au couvent, car on a eu le courage de se séparer d'elle pendant les dernières années, on l'a initiée à tout ce que la religion a de plus élevé, et la dévotion même de plus saint, elle est devenue si fervente qu'elle communiait tous les huit jours, et qu'elle a mérité d'être reçue enfant de Marie; elle a même présidé les réunions de ces enfants privilégiées; et puis, le jour où elle sort de cet asile sacré, on l'ex-

pose à tous les orages de ce monde pervers; on lui parle de ses plaisirs; on la conduil au bal, au spectacle, on lui fait chanter des romances qu'elle dit d'abord en rougissant, mais qu'elle va comprendre bientôt. SU frons teritur, sic pudor amittilur, dit un saint Père, c'est ainsi qu'en peu de jours elle perdra sa pudeur, son innocence. On gâte tout, on détruit tout, et bientôt il ne lui restera plus de cette éducation sainte et sévère, que sa médaille, qu'elle ne sait plus comment porter. . . Cette œuvre de ruine, ce travail de destruction sera d'autant [dus vile achevé, qu'aux leçons perfides que ces pauvres jeunes filles reçoivent ainsi au dehors, elles trouvent au dedans de la famille des exemples encore plus puissants, qui leur feront croire que le bonheur est dans ces vains plaisirs, et qu'on peut bien se passer de prière, de sacrements et de religion.

0 parents insensés ! mères imprudentes ! que de regrets vous aurez un jour, et quelles larmes vous aurez à verser sur le sort de vos enfants ! . . . Sans parler plus longtemps des folies dans lesquelles ils seront entraînés, je vais vous dire quel châtiment Dieu vous prépare... Le Ciel m'est témoin que je n'ai qu'un désir, c'est de prévenir tous ces malheurs ; mais je suis bien sûr que je vais toucher à des plaies vives et profondes; car en disant les tristes conséquences de cette conduite insensée, je vais dire certainement ce qui est déjà arrivé pour plusieurs de ceux qui me liront. Lisez cependant et méditez.

Eh bien! vous qui, en ne parlant que d'argent, avez

inspiré cette passion de la fortune, celte soif de l'or à vos enfants, je vous prédis que vous en ferez des joueurs et des dissipateurs, et je prie Dieu pour que vous n'en voyiez pas même de voleurs ! . . . ils vous ruineront, ils vous déshonoreront. Ils deviendront prodigues ou avares, pas de milieu.

Et vous qui gâtez vos enfants, vous qui par faiblesse les laissez dans le mal , sans les reprendre et les corriger, je vous prédis deux choses : — ou bien Dieu vous enlèvera celui que vous aurez le plus aimé, et ce sera une bien grande grâce pour hù.Raptusest nemahtiamutaretintelleclumejus. (Sap., iv, 11.) Dites-moi, n'est-ce pas toujours ainsi? Il semble que ces enfants-là ne peuvent vivre. — Ou bien, et ce sera pour vous le plus grand châtiment, cet enfant gâté ne vous aimera point; il vous fera plus de peine que tous les autres; ses folies vous feront mourir de honte et de douleur.

Et vous qui, après avoir mis de la religion et de la piété dans le cœur de vos enfants par une éducation sage et religieuse, avez ensuite tout détruit par vos paroles et vos exemples, quand ils vous ont été rendus; vous qui avez mis la religion de côté pour vous, et qui leur avez fait croire qu'on pouvait s'en passer dans le monde, vous aurez un fils sans honneur, une fille sans pudeur, et l'un et l'autre seront malheureux dans la folie qui va nécessairement s'emparer de leur esprit et de leur cœur; et cetle folie étant héréditaire, par votre faute, elle sera incurable à jamais, dit l'Espril-Saint : Non recedet ab ea... Ils ne sortiront pas de la roule

que vous leur avez fait prendre; rien ne pourra guérir ces âmes infortunées et ces cœurs malades ; leur folie durera toujours : Non auferetur ab eo stultitia ejus. [Prov., xxvii, 22.)

Pères et mères, pour prévenir ces malheurs, n'aimez pas le monde d'abord; veillez sur vos enfants, de peur qu'ils ne se perdent dans l'esprit du siècle et dans ses scandales. Ces enfants que Dieu vous a donnés, aimezles, mais aimez-les bien, c'est-à-dire aimez leur àme, aimez-les pour l'éternité. C'est à vous qu'ils doivent la vie du temps; et vous pouvez, par une bonne éducation leur assurer la vie éternelle. Educate illos in dise ip lina .... (Eph., vi , 4 . )

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