‹ De la folie en matière de religionChapitre 8 sur 46 · LES ATHÉES · texte numérisé non relu

LES ATHÉES

lière, à l'infini du nombre. ! ce qui est absurde, comme la raison el les mathématiques le démontrent parfaitement. Il y a eu pourtant dans l'antiquité deux ou Irois philosophes insensés qui ont soutenu ces absurdités avec un entêtement prodigieux, et quelques autres têtes malades en plein dix-huitième siècle.

Mais enfin pour juger si un homme a été frappé dans son intelligence, et si la souffrance ou une affection de quelque nature qu'elle soit, lui a fait perdre la raison, il ne peut y avoir qu'une seule règle, une seule preuve; il n'y a qu'à constater le (rouble de ses idées, l'incohérence de ses pensées; et si surtout ses sentiments et ses pensées sont en opposition aux sentiments et aux pensées de tous les autres; c'est là toute la symptomatologïe de l'aliénation mentale, c'est la question décisive; el de là, en effet, celle expression frappante el qui tranche la question : on dit de ce malheureux qu'il n'a plus le sens commun, qu'il a perdu la tète ou la raison... en un mot, qu'il est fou... Or, si nous appliquons cette règle aux athées, la conséquence est évidente, et ils seront convaincus de folie, puisque depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, et dans tous les pays de la terre, à Paris comme à Home, dans la Chine comme au Japon, et jusqu'aux plages les plus désertes, et dans les îles les plus sauvages, toujours enfin et partout on a cru à l'existence d'un Dieu, d'un être suprême, d'un grand Esprit. On le prie, on l'adore parlout..., el figurez-vous qu'an milieu de ce concert unanime de

fous les hommes et de tous les siècles, c'est à peine si vous pouvez entendre la voix, le cri de quelques ridicules bipèdes qui disent : Non il n'y a pas de Dieu, Non est Demi . . Que leur répondrez-vous donc? Insipiens! Ils sont fous. — C'est comme si un homme, un pauvre aveugle venait à crier qu'il n'y a pas de soleil dans les cieux... ou que le soleil n'éclaire pas; est-ce qu'on perdrait le temps à raisonner avec lui pour le convaincre? Non, on tâcherait de le mettre au soleil et de le réchauffer aux rayons de cet astre, qui fait le charme du jour et qui donne la vie aux fleurs. — Et que ne nous est-il donné aussi à nous de rendre la raison à des milliers de pauvres Ames, qui, sans êlre tombées dans ce dernier degré de la folie de l'athéisme, participent cependant à ce fatal délire, et vivent à peu près comme s'il n'y avait pas de Dieu !

II. Oui vraiment, il y a beaucoup moins de ces insensés, de ces athées proprement dits, on n'en voit plus autant de nos jours qu'autrefois, et surtout au commencement de ce fameux siècle ; au moins on en connaît peu qui parlent ou qui écrivent, ils sont plus tranquilles et ne font plus autant de bruit. Ils se cachent môme, à moins que par hasard ils ne viennent à se rencontrer, car alors ils sont moins honteux, et ils affectent une certaine assurance. Il reste bien peu de vrais athées par système ou par réflexion, je l'assure. Mais, hélas ! il y a une foule d'hommes qui vivent en athées, qui sont athées pratiques, puisqu'ils

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vivent absolument sans Dieu, et comme s'il n'y en avait pas. Je le prouve, et je prouve que ce sont des insensés, <Jes fous, et delà pire espèce.

El d'abord, il y en a qui vivent ainsi, sans Dieu. Ils ne pensent pas plus à lui que s'il n'existait pas; ils ne s'occupent pas plus de lui que s'il n'avait aucun droit sur eux. Us sont des jours, des années entières sans lui dire un mot; jamais de prière ni d'adoration, comme s'ils n'avaient rien à lui demander, ni rien à lui rendre; comme s'ils n'avaient aucun besoin de lui, comme si on pouvait bien s'en passer ! Ce Dieu tout-puissant et éternel, infiniment jusle, a fait des lois, ils ne s'en inquiètent pas, ils s'en moquent ; il a fait des promesses, des promesses magnifiques à ses fidèles serviteurs, et ils en rient!... ]1 a fait des menaces, des menaces terribles pour l'éternité, mais c'est en vain qu'il fait gronder son tonnerre, ils font semblant de ne pas entendre, et ils bravent sa colère!... Ce grand Dieu a des attributs essentiels de gloire, des perfections infinies, il sait tout; du haut de son trône il interroge la terre et sonde les cœurs; il dirige toutes choses avec une sagesse et une puissance infinies; et ils le traitent comme s'il était aveugle cl sans force; en un mot, ils vivent sans lui, comme s'il n'était pas. Est-ce vrai ce que je dis? et qui ne connaît pas de ces athées pratiques? Il y en a partout dans le monde, il y en a parmi les riches et parmi les pauvres, il y en a dans les villes et dans les campagnes; parmi les savants et les ignorants ; parmi les pauvres ouvriers

(Si FOLIE DES INCROYANTS.

nomme parmi les plus riches spéculateurs. Il y en n dans toutes les familles; n'en connaissez-vous pas dans la vôtre? Enfin, quoique cela soit plus rare, il y en a même parmi les femmes. El celle folie dure des années entières; pour plusieurs elle dure jusqu'à la mort. A peine si dans le cours de celte affreuse maladie, on peut remarquer encore quelques moments lucides... C'est, par exemple, au jour de peine et de deuil... Comme celui qui se dit vraiment alliée s'écrie sans y penser: 0 mon Dieu, mon Dieu!... appelant ainsi à son secours celui dont il nie l'existence ; on voit alors ces pauvres insensés, ces athées pratiques, se souvenir de ce Dieu qu'ils avaient autrefois connu et aimé ; on en voit qui reviennent à lui, qui le prient même dans les larmes, et qui se trouvent instantanément guéris de leur fatal délire.

Car il est certain que croire à l'existence de Dieu, et vivre comme s'il n'y en avait pas, c'est une folie plus triste que l'athéisme même. Quelque difficile qu'il soit en effet qu'un homme parvienne à éteindre toutes les lumières de la vérité qui lui révèlent ce grand Dieu, à force de répéter son blasphème dans son cœur, il finira peut être par y habituer ses lèvres et son àme, et il parviendra à vivre comme les bêtes, sans remords, peut-être même qu'il mourra tranquille ; il n'y a plus rien à craindre pour lui de ce grand juge de l'éternité ; il le pense, il le dit dans sa folie. Mais, l'autre, celui oui n'est athée que par oubli ou mépris de Dieu, par indifférence ou impiété, est mille fois plus inconséquent

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