‹ De la folieChapitre 15 sur 73 · Lésions de la Sensibilité cérébrale ou animale · texte numérisé non relu

Lésions de la Sensibilité cérébrale ou animale

Je n'ai a m'occuper ici que de la perception des sensations cutanées et internes , ayant parle précédemment des fonctions des sens.

Nous trouverons chez les insensés toutes les aberrations de cette faculté vitale , depuis une insensibilité complète, jusqu'à une extrême susceptibilité.

La plupart des idiots sont peu ou nullement sensibles à l'action physique des objets extérieurs sur la peau j ils restent au froid ou à la chaleur , sont atteints de plaies considérables , de maladies douloureuses, sans paraître en souffrir. Les aliénés en démence approchent plus ou moins de cet état.

La période d'excitation de la manie , de la m.onomanie et de la stupidité, est presque toujours caractérisée par une insensibilité physique qui rend les malades peu impressionnables , plus ou moins îndifFérens à l'action du froid, des excitans qu'on peut appliquer à l'extérieur.

et des maladies qui peuvent les atteindre. C'est alors qu'on voit des aliénées se promener volontiers au fort de l'hyver , sans bas ai souliers, en cliemises et avec une seule couverture sur les épaules , marcher dans l'eau ou sur la glace , rester exposées à toutes les intempéries de la saison 3 bien peu demandent même qu'on les en préserve *, seulement , quand on fait du feu dans le cliauffoir , la plupart y vont avec plaisir. L'habitude que prennent certaines maniaques de marcher les pieds et les jambes nus (malgré tout ce qu'on peut faire pour les en empêcher ) , leur occasionne souvent des gonllemens oedémateux, puis inflammatoires de ces parties , dont elles ne se plaignent pas j et si on n'y faisait une extrême attention, il surviendrait des congélations des extrémités, qu'on ignorerait si on attendait que le malade en avertit. Il est des mélancoliques qui se plaisent à se tenir couchées des heures entières sur le carreau ou sur la terre , sans avoir égard à la \ température de ces lieux. C'est à cet état de l'organisme , cfu'on peut appliquer cet aphorisme d'Hippocrate , Quicumquealiquâ corporis parte dolentes dolorem ferè noîi sentiunt , his mens œgrotat. Cet affaiblissement de la sensibilité physique doit tenir non-seulement à l'affection organique du cerveau, mais il ariive sans doute

ici, comme dans toute contention d'esprit, une espèce d'oubli des autres parties du corps ; les aliénés ne vivent pour ainsi dire que dans la tête, ils ne s'occupent plus du monde extérieur ; la succession rapide ou la fixité de leurs idées les absorbent presqu'entièrement.

Il est bien important de connaître cette dis- ]X)sition de l'économie des insensés pendant cette période 3 étant averti qu'ils ne se plaignent pas, on saura que ce n'est pas par leurs plaintes qu'on découvrira leurs souffrances ; on veillera pour eux a les préserver des influences pernicieuses d'un froid extrême , de l'humidité -, on cherchera des signes de leurs maladies dans la manifestation d'autres phénomènes que la douleur , etc.

Passé la période d'excitation , lorsque la tension générale a diminué ou entièrement cessé , à cet état d'insensibilité succède quelquefois une susceptibilité extrême ; les malades ne peuvent supporter les moindres impressions désagréables ; le froid les fait extrêmement soufr frir ; ils recherchent avec empressement le^ lieux chauds *, si les poêles n'étaient entourés de grillages, il arriverait souvent des accidens. Ce changement ne doit point nous étonner ; toutes les fois qu'un organe a cessé ses fonctions depuis un certain temps, il devient en se

rétablissant, très-sensible a l'action des différens stimulus avec lesquels il est naturellement en contact. L'être qu'on a tenu long-temps dans ini lieu obscur, ne peut revoir la lumière qu'avec beaucoup de ménagemens *, l'estomac privé d'alimens pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, ne reçoit d'abord que quelques cuillerées de bouillon , sans en être incommodé , etc.

Page 1