CHAPITRE V
TRAITEMENT DE LA FOLIE (i),
Lj e traitement est , sans contredît , la partie la plus nécessaire et la plus difficile de l'iiistoire de la folie. Toutes nos reclierclies , toutes nos observations , sur le vivant comme sur le cadavre , doivent avoir , en définitive , ce but d'utilité , l'application rationnelle des remèdes, la guérison des maladies ; et les connaissances médicales qui ne tendent point à nous y conduire , ne sont qu'accessoires, ou propres à nous guider dans cette étude principale. On a tant administré de remèdes pour guérir cette maladie avant de la connaître , comme s'il était possible de combattre des effets dont on ignore la nature et la cause ! L'aveugle empirisme nous^a tant encombré de prétendus moyens spécifiques , que ce n'est pas une tâche facile que de chercher à séparer le vrai du faux , l'u-
(i) Ce chapitre devrait se trouver le dernier; des circonstances particulières me forcent à le placer ici.
tile de l'inutile, ce qui peut être dangereux pour la maladie et pour le malade , de ce qui ne leur fera ni bien ni mal. Aucune affection n'a plus exercé l'imagination inventive des médecins; plus elle leur était inconnue, et plus ils agissaient avec assurance dans le traitement ; leurs remèdes étaient aussi extraordinaires que la nature du mal leur était peu connue : les douches , les bains froids, les bains de surprise , les sauts , les chutes , les machines rotatoires , tous les médicamens les plus énergiques , suffisaient a peine pour attaquer une cause organique , peut-être bien légère, et qui au moins doit avoir quelque analogie avec d'autres causes morbifiques, pour lesquelles on n'a jamais songé à mettre en usage un tel arsenal thérapeutique A\ n'y a pas long-temps que la meilleure méthode curative, consistait a ne rien faire : si on laissait alors quelquefois la nature dans l'embarras, du moins ne l'y mettait- on pas. Depuis des années , l'auteur du Traité de la Manie a fait justice de ces moyens épouvantables, et les a remplacés par d'autres plus simples, et en rapport avec la marche philosophique de la médecine; il a pensé, sans doute , que le premier organe de l'économie méritait , lorsqu'il est malade , au moins autant de ménagemens, que ceux qui sont bien loin d'être aussi importans que lui, et qu'il
fallait avoir autant d'égards pour le cerveau que pour l'utérus , les reins ou la peau.
Des connaissances moins vagues sur le siège de la folie, sur la nature , le développement , la marche et les terminaisons de ses phénomènes divers, assimilés à tous les autres phénomènes morbifîques , mettent à même de perfectionner beaucoup le traitement de la folie , de l'établir sur des' principes entièrement avoués par la raison. Je suis loin de me ilatter de pouvoir arriver à une telle perfection ; je sens trop que mes forces et ma faible expérience ne me le permettent point : je ferai seuleinent quelques efforts pour en approcher. Long-temps à portée d'observer les résultats de l'excellente pratique des deux médecins, qui ont la direction de l'établissement de la Salpétrière , (MM. Pinel et Esquirol) , guidé aussi par la manière diiFérente dont j'ai envisagé cette maladie dans quelques points , je vais tâcher d'exposer les principales règles de conduite a observer dans l'administration des moyens curatifs •, je ferai toujours en sorte d'en motiver l'emploi sur l'état organique, c'est -a-dire, de le rendre rationnel. Je ne m'occuperai que fort peu de ce qu'ont écrit sur ce sujet les auteurs anciens , ou même des modernes-, et dut-il en résulter quelques lacunes, j'aime mieux ne dire ce que j'ai pu
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voîi par moî-méme , sur un grand nombre de malades , que de risquer de m'appuyer sur des opinions , des conjectures données pour de l'expérience, sur des résultats tirés défaits peu nombreux , ou même uniques , plus ou moins dignes de foi,
(Quelques principes de Thérapeutique générale .^
Pour traiter méthodiquement une maladie , il faut, 1.° connaître son siège et sa nature j -T.° considérer la nature, le mode d'action de ses causes -, 5.° tenir compte de certaines dispositions individuelles, relatives au sexe, à l'âge, au tempérament , etc.
A ujourd'kui , les médecins s'occupent spécialement de rechercher la cause prochaine des pliénomènes pathologiques ; la médecine empirique , des symptômes , perd de son crédit : on sait que ce ne sont point les ramifications, mais la source du mal , (ju'il faut atteindre, qu'on ne doit point donner de remèdes sans en connaître l'action , et sans prévoir les effets qu'il pourront produire , tant sur l'organe malade que sur le reste de l'économie 3 et qu'enfin, s'il est malheureusement des cas, où nos connaissances ne nous permettent pas d'agir rationnellement, du moins devons-nous y apporter toute la prudence
possible^ et faire en sorte que le remède ne devienne pas plus violent que le mal , comme il est arrivé chez une épileptique dont l'estomac a été corrodé , troué en plusieurs endroits , aminci et privé de sa muqueuse , dans toute son étendue, par l'usage continué pendant dix-huit mois , du nitrate d'argent à haute dose. Il est juste de dire que ce n'est point à la Salpétrière jqu'on a fait de pareils essais avec si peu de mé-wagement , la malade qui y est venue mourir j sortait d'un autre hôpital.
S'il est utile de connaître le siège d'une maladie pour attaquer la véritable cause de tous les phénomènes qui la constituent, il n'est pas moins nécessaire de pouvoir apprécier le mode d'altération , la forme de l'état maladif de l'organe pour lui appliquer des moyens convenables Cette dernière connaissance , ordinairement la plus difficile à acquérir, est peut-être plus indispensable que la première , quoique l'une et l'autre soient d'une utilité non contestée. Les maladies , tant nombreuses qu'elles peuvent être, se rapportent toutes a un certain nombre de types fondamentaux 5 caractérisés par des symptômes généraux qui ne sont que peu modifiés par la partie qui en est le siège, et présentent , a-peu-près, toujours les mêmes indications euratives, les moyens de les remplir variant seuls>
suivant les localités. Quel que soit le siège d'une inflammation aiguë, d'un cancer, d'un polype, on ne guérira la première que par la méthode anti-plilogistique , et les derniers qu'en enlevant la partie qu'ils affectent. Et quand bien même il arriverait qu'on ne connaîtrait pas au juste , le siège d'un état maladif bien caractérisé d'aii leurs , le traitement pourrait ne pas en souffrir beaucoup-, ainsi , qu'une pKlegmasie at-« taque le cœur, le péricarde, ou le poumon, cliez un sujet fort et robuste , des saignées gé^ néraks et locales , des boissons aqueuses abondantes , conviendront toujours. Qu\ui cancer affecte ie foie ou Pestomac , l'intestin ou l'utérus, calmer le malade , le laisser mourir tranquillement , c'est tout ce cju'il convient de faire.
Pour arriver a la connaissance de l'état maladif d'un organe, il faut, en général, se garder d'attacher une importance trop exclusive aux dérangemens de son action j ils ne fournissent assez souvent que des renseignemens incertains ; ils annoncent qu'il y a maladie, sans indiquer laquelle. La perte d'appétit, le dégoût, les envies de vomir ou les vomissemens , la difficulté ou l'impossibilité de digérer , accompagnent un grand nombre d'affections de l'estomac. Combien de lésions diverses du cerveau présentent du délire, une perte complète de connaissance
OU la paralysie î La dyspnée , caractérise presque toutes les affections des poumons -, enfin tous les genres , espèces ou variétés de l'aliénation mentale , n'ont encore pu être rapportés a aucune altération cérébrale déterminée. Ce sont les phénomènes nouveaux qui surviennent dans l'organe mallade , la douleur , les cliangemens de texture , de poids , de volume , les désordres qui se développent dans le voisinage ou au loin, qui fournissent les signes propres k conduire au but c[u'on cKerclie à atteindre.
Ces principes jîont en tout applicables a la partie rationnelle , improprement appelée médicale, du traitement de la folie, qui comprend l'administration dtis moyens médicamenteux externes et internef», et dans laquelle on se propose d'attaquer les difFérens vices que paraît présenter le cerveau. Il faut consulter s'il y a excitation ou asthénie , etc. , et non le genre du délire. Quant a la partie empirique , dite morale , elle est fondée r»ur des principes opposés : son administration n'a presqu'aucun rapport avec l'état présumé du cerveau : les troubles intellectuels seuls , eu fournissent a-peu-près les élémens.
En quoi la connaissance des causes des maladies est-elle utile pour le traitement ?
Il est nécessaire de tenir compte des causes.
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elles influent plus ou moins sur le traitement des maladies, dans les cas suivans:
1.° Lorsqu'elles sont pathologiques et donnent naissance à des affections sympathiques : ici , il faut détruire en même temps , sinon primitivement , la cause et l'effet , pour que la guérison soit radicale.
2.° Lorsqu'elles agissent directement sur l'organe, physiquement ou physiologiquement, et d'une manière permanente: il est clair que tant qu'un intestin sera étranglé , le cerveau comprimé par une pièce osseuse , les accidens persisteront 3 que si on n'éloigne les causes morales d'un grand nombre de folies , elles ne guériront point.
3.° Lorsqu'elles aident a découvrir le sie'ge et la nature des symptômes observés : ainsi , vous trouvez une personne sans connaissance, vous auriez bien de la peine à savoir ce qu'elle a , si dans sa chambre bien close , vous ne trouviez un fourneau de charbon embrasé; une autre est pâle, défaillante, a le hoquet, vomit: un reste de poison quelconque , vous apprend que l'estomac a été violemment altéré -, une troisième présente des symptômes d'apoplexie, et des vomissemens vineux , ne laissent pas de doute sur l'état d'ivresse.
Hors ces cas, et toutes les fois qu'une maladie
est idiopathîquement produite par une cause passagère , de quelque nature que ce soit , le traitement n'en reçoit a peu près aucune modijScation : qu'une pleurésie provienne d'une suppression de règles, de transpiration cutanée ou pulmonaire , ou d'un coup d'épée , elle réclamera toujours les mêmes moyens curatifs j et vous auriez beau vous en prendre a. la cause, chercher à rétablir les règles ou la transpiration , qu'elle n'en parcourrait pas moins ses périodes accoutumées. Il ne faut même pas croire, qu'en détruisant une cause persistante, pathologique ou autre , la maladie cesse aussitôt •, une fois altérée à un certain degré , l'orgaiiisatioai ne revient à son état naturel , que lentement et^en suivant une marche déterminée ; et faire disparaître alors l'influence , la cause qui l'entretient, ce n'est que rendre la guérison possible, ramener la maladie a un état plus simple , sans empêcher ses périodes de se succéder. Un corps étranger appliqué sur la conjonctive , y occasionne et entretient une ophthalmie ; malgré que vous le retiriez , elle durera autant, que si elle tenait a. une cause passagère.
\ Dans le traitement de la folie , nous n'aurons guère à éloigner , a combattre que des causes physiologiques directes, cette maladie n'en re-
sSa TRAITEMENT
connaissant que fort peu^ d'autres ', et elles se trouveront dans le domaine de la méthode empirique, des moyens moraux et intellectuels, pouvant seuls être opposés a des inliuences de même nature. Mais dans un grand nombre de cas , leur action ayant été passagère, Pétat du cerveau et de ses fonctions , guidera exclusi- Tement dans l'emplci des moyens curatifs.
Quelques considérations sur les modifications qu'apportent l'âge, le sexe, la constitution, etc. , dans le traitement de la folie, trouveraient sans doute leur place ici ;, mais ces dispositions individuelles exerçant leur influence sur la maladie elle-même, devenant assez souvent la cause qui fait varier les indications qu'elle présente, et dont nous parlerons bientôt, je crois inutile de m'en occuper d'une manière spéciale.
Manière d'agir sur les organes , dans le Traitement des maladies.
Ce que nous avons dit de Faction des causes , est en tout applicable a la manière d'agir des moyens curatifs ^ qui ne sont eux-mêmes que des causes d'eifets provoqués dans un but op- , posé, pour ramener l'organe a son état ordinaire, au lieu de l'altérer. Nous leur reconnaîtrons donc, deux voies pour exercer leur action sur l'organisme.
1.* Voie directe. Tous nos organes ne sont pas sîisceptibles de recevoir l'action immédiate des moyens curatifs. Ceux, qui seulement font partie des surfaces gastro pulmonaire, génitourétrale et cutanée , et ceux soumis a l'empire de la volonté , se trouvent dans ce cas. Ces derniers qui comprennent les systèmes de l'intelligence et des mouvemens volontaires, et en partie le canal digestif, ne reçoivent guère d'influences qui modifient leurs fonctions , que de la volonté. Il en résulte tantôt une diminution d'activité , le repos , et d'autres fois une augmentation d'éaergie ou une direction nouvelle donnée aux facultés. Les autres, dans lesquels entre aussi le canal digestif, reçoivent immédiatement l'action d'agens destinés a agir physiquement ou pliysiotogiquement sur eux^ une plaie réunie par des emplâtres, un bandage , des vomitisemens produits par de l'émétique , sont des exemples de ces deux manières d'agir.
Les fonctions soumises a l'empire de la volonté, peuvent facilement être modifiées , momentanément du moins , dans leur exercice ; fermez les paupières et vous ne serez plus frappé par la lumière ; reposez-vous et vos muscles ne fatigueront plus ; éloignez- vous des personnes qui vous tourmentent, occupez-vous, au lieu
d'être oisif, votive esprit alors reprendra sa tranquillité, et sa vigueur ordinaires. ïl est aussi extrêmement facile de reposer le canal alimentaire , par la diète , ou de modifier son action par la quantité et la qualité des alimens et des boissons.
2." F'oie indirecte. Tous nos organes sont susceptibles d'être atteints de cette manière , beaucoup ne peuvent Pêtre qu'ainsi. Trois systèmes , dans un rapport immédiat avec les objets extérieurs , exerçant une très-grande inlluence sur l'économie en général , servent d'intermédiaire à l'action des moyens destinés à agir au loin : ce sont les organes de l'intelligence et des mouvemens volontaires, la peau , et le canal digestif.
Nous n'avons pas besoin de rappeler quelle influence exerce l'intelligence sur toute l'économie , et par conséquent sur le caractère des maladies , de quelle importance peuvent être pour le médecin , les différentes émotions de l'âme qu'il pourra faire naître. N'est-ce pas en frappant fortement l'imagination de jeunes filles, que Boërhaave arrêta une affection convulsive qui devenait contagieuse parmi elles? Le calme de l'esprit est souvent une condition aussi essentielle à la guérison d'une maladie , que tous les médicamens possibles ; combien la conva-
iescence n'est-elle point abrégée par des idées gaies , récréatives , et que de rechutes , causées, par des commotions morales trop \ives: la cessation dès mouveraens volontaires , le repofj, sont de rigueur dans le plus grand nombre des maladies aiguës.
Tous les moyens médicamenteux destinés à agir au loin , sont appliqués sur la peau , C;u ingérés dans le canal digestif. Mais leur acti'on varie de trois manières : tantôt bornée à ces organes, c'est par sympathie qu'elle s'étend ailleurs j tels agissent les dérivatifs , comme cautères , vésicatoires , purgatifs. Tantôt , le médicament absorbé se répand dans toviie l'économie^ et ainsi dans la partie malade j dans ce cas , &e trouvent les boissons aqueuses , les bains tièdes, etc. Enfin d'autres fois, quelle que soit la voie par laquelle pénètre la substance cuirative , elle ne s'arrête à-peu-près que dans l'organe sur lequel elle exerce une action spéciale ; uu purgatif administré en frictions ^ ne produit d'effets que sur le canal intestinal -, le nitre excite les reins ; le kermès , la mu queuse bronchique , etc.
Dans toutes les maladies où cela est possible ^ on cherche a modifier l'organe f dtéré , à le ramener a son état ordinaire par ces deux voies^ et souvent ce que l'on ne pvçdu} t pas d'un çoté^
on PoLtîent de l'autre. Mais en général , les moyens que l'on emploie , de quelque côté que CG soit , sont destinés k produire des effets prév\is, déterminés d'avance, qui tendent au même but j en sorte qu'ils sont classés , dans le traitement d'une maladie , bien plutôt d'après leur actic»iî que d'après le lieu de leur application. Ainsi dans une gastrite aiguë , les débilitans , les ém^olliens que vous donnez , sont appliqués extérie urement , et ingérés intérieurement ; l'action qu'ils vont produire est prévue, ils tendront a ^diminuer l'irritation, la douleur , etc.
Dans le traitement de la foiie nous ne serons point jiussi heureux , nous ne pourrons pas toujours p revoir, ni déterminer d'avance , les changemens'. qui devront s'opérer dans Foi-ganisation v et ce seront sur-tout les moyens les plus efficaces qui nous seront ainsi inconnus dans leur manière d'agir., Nous connaîtrons bien ce que nous nous' proposerons de faire par les moyens indirects j ils' agissent sur le cerveau, à-peu-près comme sur to us les autres organes :un toniqne, un stimulant, un débilitant, fortifie, excite ou affaiblit égaîen lent toute l'économie. Quelques substances mên le, exerceront sur cet organeune action spéciale. , les narcotiques, par exemple. Mais les princî paux agens de guérison, ceux qui tendent dira, ctement a ramener l'organisa-
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tioa cérébrale , en modifiant d'abord Pexercice des facultés , nous sont tout - à - fait inconnus dans leur manière d'agir , n'ayant encore rien pu saisir des changeniens de forme j de situation relative, de texture , qui accompagnent cet exercice. , ,
Voila donc deux ordres, de moyens, les.uiis indirects^ rationnels , qui tendent à niodifiej' les facultés par l'organisation , et les autres dijrects^ empiriques, qui tendent, au contraire, h, redresser l'organisation p^r . l'exei^xice des faculté^ elles-même^. Ce qui met une difFérenc^ très-grande ^ntr'eux^, ce qui, les rend to.ut-4fait distincts, c'est qu'on est obligé de les e pi ployer séparément , d'après des indications particulières , à chacun, sans savoir quels çffets ils produiront en commun , si l'action des uns ne pourra peut-être pas contrarier ,,., neutraliser celle des autres. Ainsi , espérant calmer l'irritation cérébrale , par une évacuation de sang, des bains, des boissons abondantes , etc. , je ne suis pas sûr que les dispositions , émotions , coaimotions morales , que j'imprimerai a l'aliéné, fortifieront cette tendance. Les signes qui prescrivent l'emploi des uns , n'ont aucun rapport avec les autres. Les moyens rationnels , indirects , sont indiqués pai* l'état patliologique du cerveau, et des organes sur lesqueis il
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exerce de l'influence ^ les moyens empiriques, moraux , sont tout-à-fait relatifs à l'état des facultés intellectuelleSé
Très-certainement la science aura fait un pas immense sur ce point, et on guérira un bien plus grand nombre de malades, le jour où, pouYant apprécier la relation qui existe entre les troubles intellectuels et l'altération cérébrale, les moyens curatifs seront combinés, classés d'après le résultat de leur action sur l'organisation 3 alors ils seront tous rationnels , et l'action des uns ne sera plus dans le cas de "détruire celle des autres. Mais cette époque est sans doute encore loin de nous} jusques- ^a , on sera toujours forcé d'adopter cette division dans l'exposition qu'on en veut faire, et dans la pratique, d'en combiner l'action , sinon par le raisonnement, du moins d'après des résultats positifs de l'expérience.
L'emploi de ces deux sortes de moyens curatifs n'est pas également avantageux. Ceux que nous appelons directs, empiriques ou moraux , toujours nécessaires, produisent des effets presque constans et d'une utilité bien plus constatée que les autres. Seuls , ils peuvent guérir beaucoup de folies. Les autres n'agissent ordinairement que secondairement , se bornent quelquefois à détruire des symptômes sympathiques , à rendre
la santé à toute rëcoDomie, excepté aux fonctions intellectuelles. On pourra peut-être se rendre un compte assez satisfaisant de cette différence d'action, si l'on examine, 1." que les premiers attaquent tout juste la source du mal, en suivant et pouvant atteindre les causes qui l'ont produit ; 2.° qu'il ne serait pas impossible que d'après les deux ordres de fonctions que nous avons reconnues au cerveau, l'état pathologi-* que de cet organe, qui guide dans l'emploi des moyens indirects , appartint seulement a la partie chargée de Tiniluence nerveuse , lésée sympathiquement par la portion chargée de l'intelligence , qui dans tous les cas est primiti- Tement affectée 3 nous ne serions plus étonnés d'après cela , de voir la santé de toute l'économie se rétablir , tous les troubles cesser , excepté ceux des facultés intellectuelles j nous conce- Jrrions aussi très-bien , comment le rétablissement de ces mêmes facultés , entraîne en même temps presque toujours le rétablissement entier du cerveau et des autres organes^ 5.° qu'eniin , comme nous le verrons , les indications qui se présentent à remplir, soflt bieïi plus positives , bien mieux déterminées pour les moyens moraux que pour les moyens rationnels.
Je passe maintenant à l'exposition de ces moyens divers y et des cas auxquels ils convien-'
irr..
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nent. J'appellerai traitement cérébral direct empirique ou moral et intellectuel , celui pai lequel on tend a modifier d*abord l'exercice des facultés intellectuelles. La plupart des auteurs l*ont appelle simplement mor«/. Je n'aime guère cette expression, parce qu'elle tend a exclure l'idée d'une action sur l'organisation , et qu'elle n'indique qu'une partie de rintelligence;je m'en servirai cependant pour éviter des répétitions ou de longues circonlocutions. Et je nommerai traitement cérébral indirect ou rationnel , celui qui comprend l'emploi des moyens qui exercent d'abord leur action sur des organes éloignés du cerveau.
§. I. Traitement cérébral direct ,
ou MORAL ET INTELLECTUEL.
Il est entièrement physiologique : aucun agent physique ne peut exercer son action sur le cerveau, comme moyen curatif de la folie ; et d'ailleurs, tout ce qui pourrait atteindre cet organe de cette manière , causerait toujouis des dérangemens plus graves que ceux qu'on voudrait détruire •, tels seraient di^s coups , des chutes sur la tête. Quand bien même de tels accidens auraient produit par hasard une guérison , il ne s'en suivrait pas qu'on dût les
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employer métHodiquement ; est-ce a dire que parce qu'un fou est guéri après s'être jeté par la fenêtre , il faille faire subir cette épreuve à tous les aliénés? Que ne propose-t-on aussi de mettre le feu a la maison d'un paralytique pour le faire courir , parce qu'il est arrivé à quelques-uns de recouvrer l'usage de leurs jambes , dans un pareil événement.
Voyons, en peu de mots, le but que nous nous proposons de remplir, en agissant sur le moral des aliénés , avant d'indiquer les moyens d*y parvenir.
D'après ce que nous avons dît de l'action des causes , de la nature des désordres intellectuels et des actions que commettent les aliénés , il est facile d'établir les indications qui en naissent : elles consistent, 1.°, k atténuer, détruire des causes , qui , après avoir provoqué le développement du délire, l'entretiennent, tendent à le perpétuer , ou pourront le renouveler avec le retour à la raison , leur action n'ayant été suspendue que par une déraison complète. L'amour, la religion, la jalousie, une frayeux^ vive, sont plus particulièrement de nature à perpétuer, a renouveler ainsi leurs effets, à augmenter et souvent rendre la folie incurable : les sacrifices que commande un amour contrarié, sont éternels j il faut du temps ^ de la
force d'âme , pour s'y habituel. Les idées et les scrupules religieux sont d'autant plus tenaces , qu'ils sont fondés sur des motifs puissans , sans cesse commandés au nom des choses les plus saintes ; et tant que vous n'aurez pas ramené Totre malade a une indifférence religieuse presque complète , vous devrez craindre une guérison très -peu certaine, et une rechute à la moindre occasion. Il en est à peu près de m.ême de la jalousie j il est difficile d'oublier les ressentimens qu'elle fait naître. 1." A s,éparer le malade d'objets ou de personnes qui, s'ils n'ont point causé la maladie , deviennent des motifs de délire , de fureur , soit par l'erreur des sens de l'insensé , ou par un faux jugement porté sur leurs attributs, qualités , actions, etc. S.** A le mettre dans une position telle, qu'il ne puisse commettre des actes préjudiciables à lui ou aux autres. 4.° A rectifier les fausses sensations, les erreurs des sens , d'où naissent des hallucinations , et une foule d'idées et d'actions bizarres. 5." A fixer l'attention du maniaque sur un petit nombre d'objets j le forcer de penser, de réfléchir à ce qu'il dit et fait, l'empêcher de divaguer sur tout , sans s'arrêter à rien. 6.° A détourner l'attention des monomaniaques , trop fixée sur certains objets j détruire , faire oublier les idées fausses , vicieuses , qui les ob-
sèdent, les poursuivent , les attristent , les effrayent j contre-balancer des penchans trop exaltés, leur faire diversion en cherchant a en exciter d'opposés. 7.° A exciter la faculté pensante des aliénés stupides , chez lesquels elle est nulle, ou leur donner la force de débrouiller leurs idées, d'en exprimer d'abord quelquesunes. 8.** A redonner du courage aux lypemanlaques , les tirer de la tristesse , de l'abattement moral qui les accablent, g." Enfin à ramener tous les aliénés a leurs penchans et affections ordinaires , dont l'aliénation est un signe certain et presque constant de folie , et le retour annonce souvent la convalescence, et assure une guérison solide.
Pour remplir ces indications diverses , nous pouvons agir sur l'intelligence des aliénés, de deux manières: passivement , par V isolement ^ la manière de les conduire , et activement , par ce que j'appellerai V éducation médicale,