Education Médicale
Jusqu'ici nous n'avons clierclié à agir sur Fintelligence des aliénés qu'indirectement , qu'extérieurement et tout-a-fait par les sens, en les abandonnant, pour ainsi dire, a leurspropres forces- Maintenant nous allons cultiver leur esprit, lui redonner, lui rendre, par une éducation nouvelle et en faisant disparaître les inégalités d'idées, de penchans ou d'affections qui le déparent ^ Fharnionie qu'il avait auparavant. Ce n'est pas une tâche facile a remplir que celle de médecin de l'âme : à une connais' sance approfondie de tous les replis du cœur humain, aussi indispensable que celle de la physiologie en général pour le reste de la pathologie, il faut joindre une grande habitude de voir les malades , pour saisir les motifs de leurs actions , le temps, l'instant, l'occasion d'agir favorablement et avec succès sur leur esprit , sans se tromper de route pour y arriver. Le médecin ne doit pas seulement se mettre à même d'exercer de telles fonctions ; tous ses subordonnés doivent faire partie de lui-même, le seconder en sa présence, le sup-
pléer en son absence , faire continuellement ce qu'il ne peut faire que plus rarement.
L^éducatlon médicale ne peut être mise en usage dans toutes les périodes , dans toutes les les formes du délire. Ce n'est que lorsque , par l'isolement et l'administration de moyens rationnels , on a diminué l'irritation générale et cérébrale , lorsque les idées ont perdu de leur iixité , de leur ténacité , que le cerveau est devenu capable de recevoir, d'apprécier des impressions nouvelles ^ qu'on devra espérer d'eu retirer du succès. Ce serait bien en vain que vous vous adresseriez aux aliénés dans la période d'excitation ou dans un état continuel de fureur-, ils seraient insensibles. Le&monomaiîiaques vous comprendront plus promp-^ tement , seront plus vite en état de faire quelques actes de raison. Les maniaques doivent, pour ainsi dire , passer par cette forme de délire pour arriver au. même point. Enfin , les aliénés stupides recouvrent ordinairement, pres-^ que subitement , l'exercice de leurs facultés.
La nature simple ou compliquée des impres-^ sions qu'on veut produire, l'ordre des facultés sur lesquelles on veut agir,^ offrent aussi , sous ce rapport, d'importantes considérations. Plusles moyens d'éducation seront simples , à la portée du malade , familiarisés avec son esprit 3,
sSô TRAITE M EïîT
moins ih d«émanderont de force de combinaison intellectuelle, et plus tôt ils pourront être mis en usage avec fruit. Le travail manuel, agreste , quelques objets réoréatlfs, remplissent a--peu-près ces conditions. Ceux aussi qui tendront a agir sur les pencbans , les affections , produiront des effets plus tôt et plus facilement, que ceux destinés à modifier les autres facultés de l'intelligence -, il esl; bien plus facile de sentir que d'exprimer le résultat des sensations , que de raisonner- un fou pourra manifester le désir de voir ses proclies, ses enfans, ses amis , éprouvera le sentiment de la honte, du plaisir ou de la tristesse , long-temps avant d'être à même de vous donner le motif de ses actions, de soutenir le moindre raisonnement.
Je vais exposer les principes qu'on doit suivre et les moyens généraux qu'on peut employer pour s'y conformer, sans entrer dans des détails de circonstance, individuels , si variés , que c'est au médecin a s'y attendre, et a se conduire alors comme il le jugera convenable, et d'après ces mêmes principes.
1 er Principe. Ne jamais exercer l'esprit des aliénés dans le sens de leur délire. Agir autrement, ce serait absolument comme si on cultivait une brancbe ^parasite, au lieu de la retrancher , laquelle finirait par envalhir tous les sucs
nourriciers de l'arbre. Si tous laisser le dévot siaivre tous les écarts qu'un zèle scrupuleux lui suggère , l'ambitieux qui se croit roi , se complaire dans l'idée de supériorité , de commandement, ou de domination , tous les rendrez inévkablement incurables. On croit généralement qu'il faut unir la folle par amour à l'objet de tous ses vœux-, c'est une faute : on aurait pu prévenir la maladie en la mariant, mais une fois déclarée, ce moyen , loin d'être favorable , pourrait devenir tout-a-fait contraire , augmenter le délire-, il arrive souvent alors que l'amant n'est plus qu'un perfide : il faut le faire oublier. Croyez -vous qu'une nouvelle Messaline recouvrerait la raison en satisfaisant ses impudiques désirs ? Loin de la , les résultats seraient contraires a vos espérances; l'une n'en serait que plus éloignée et les autres plus impérieux. Un excès d'épuisement serait promptement inévitable. D'ailleurs, n'est-ce pas un précepte de thérapeutique générale , applicable aux désordres des facultés intellectuelles, de »e point exercer une partie malade trop excitée ?
jl me Pri]\ïcïpe. Ne jamais attaquer de fronts ouvertement les idées , les affections et lespenchmis exaltés des fous. Les aliénés ne se croient pas malades j et le jour où on peut leur persua-
2'83 TRA.ITEMENT
der qu'en effet ils le sont, leur guérison n'est | pas élQignée. Ils croient leurs discours et leurs ^ actioriS pleins de sens et de raison ) rien au monde ne peut les en dissuader. Dites à un dévot qu'il croit a des erreurs, il se cabre , TOUS ariatîiématise , vous fuit , et ne vous accordera jamais sa confiance ', a un prétendu roi, qu'il ne l'est pas; il vous répondra par des invectives : à un autre qui se croit abandonné de tout le monde, indigne de vivre, que ses parens , ses amis le chérissent toujours , iï n'en croira pas un mot -, k un halluciné , que les fantômes qu'il croit voir , les voix qui lui parlent, sont des êtres imaginaires , et vous ne le convaincrez nullement. Bien plus , en agissant ainsi , non-seulement vous ne gagnez point la confiance de vos malades , ou vous la perdez , mais vous les rendez plus opiniâtres dans leurs opinions •, vous les obligez de chercher les moyens de les soutenir , de même qu'on aiguise ses armes pour se préparer au combat. Une telle conduite aurait pour résultat inévitable, ou d'éloigner beaucoup la guérison , ou de la rendre impossible.
Ce n'est que lorsque la raison a repris en grande partie son empire , lorsque le malade «ait apprécier la plupart de ses erreurs passées ^ qu'on peut , sans ci^ainle et avec espoir de suc-
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ces , chercher à détruire directement par le raisonnement , le peu d'idées fausses qui peuvent persister. Une femme s'est crue enceinte , devant savoir ne point l'être; mais elle est arrivée au point de bien concevoir qu'elle est dans la maison depuis dix ou douze mois , qu'elle n'a pas vu d'hommes , que ses règles reviennent ; on peut alors lui faire voir tout le ridicule d'une pareille idée. ,
jU ma Prijxcipe, qui n'est que la conséquence des deux précédens. Faire naître , par des impressions diverses y des idées nouvelles f des onctions f des commotions morales , réveiller ainsi des facultés ïnactives , lesquelles auront pour objet, i.° d'occuper l'espritdumaladed'un autre côté , et lui faire oublier les idées déraisonnables. Nous produirons ces effets en agissant sur les facultés intellectuelles , par le travail manuel , agreste , les objets de récréation , etc. 2.° De contrebalancer et de détruire enfin, par leur opposition , les idées dominantes. Je veux plus particulièrement indiquer ici l'action des passions ', si elles deviennent souvciit des causes de folie, on peut aussi les faire servir à la guérison. Plus elles agissent puissamment sur le moral, et plus elles pourront, heureusement dirigées , faire une puissante diversion aux id^pes douiinaiites. 3,° De donner des motifs pour
combattre les idées vicieuses. Au lieu , P^r exemple , de refuser a un aliéné la qualité de roi qu'il prétend avoir , prouvez-lui qu'il est sans puissance ; que vous , qui n'êtes rien moins que cela , pouvez tout sur lui ; il rétiéchira petit-ètre. qu'en efïet il pourrait bien se faire qu'il fut dans l'erreur. Ne dites point a des hallucinés , qu'ils n'entendent rien j mais entrez avec eux. dans le lieu d'où partent les voix , le bruit qui les obsède j renouvelez souvent cet expédient, et peut-être en retirerez-vous quel qu'effet j rarement cependant il en produit de bien positifs. Un aliéné se croit entouré d'ennemis , est effrayé de tout ; mettez à côté de lui un serviteur, faites-le couclK;r dans sa chambre, et vous pourrez finir par le rassurer. 4.'* D'exciter l'action cérébrale des aliénés stupides, de certains lypemaniaques , d'émouv<ïir fortement , de rompre la chaîne des idéies vicieuses. Telles agissent quelquefois certaines affections vives de l'âme, suscitées k propos. Le sentiment de la honte , d'une surprise extrême, d'une joie subite , etc. , ont, dans certains cas , rétabli presque subitement l'harmonie intellectuelle ; il m'est souvent arrivé de chercher à faire apprécier à des aliénées leur situation , la nature de leurs vétemens , l'éloignement de tout ce qu'elles avaient de cher ^ ieur coupable indifférence pour leurs parens ,
etc. Si un silence marqué , un écoulement de larmes survenaient , c'était un très-bon signe, M.'"^ M , stupide depuis près d'une année > était dans un état complet d'indifférence sur son sort et celui de sa famille ; tous les matins, pendant près de quinze jours ^ je Texcitai ainsi avec succès , et la convalescence se déclara peu de temps après.
Voilà les effets que nous nous proposons dé produire sur le moral des aliénés ; voyons maintenant par quels moyens nous y arriverons. Ils consistent à-peu-près tous dans les conversations, les conseils du médecin, la société des aliénés convalescens , le travail manuel, agreste, les objets récréatifs , la vue des parens ou amis y dans la diminution , puis la cessation d© l'isolement, dans les voyages.
Le médecin, chef suprême de l'établissement, îçxerce une très -grande inlluence sur l'esprit des malades ; ceux qui sont encore privés de leur raison , apprennent bientôt que tout dépend de lui , qu'il faut l'écouter, lui obéir pour çn obtenir quelque chose ', et ceux dont la tête commence à revenir , qui conçoivent en partie leur maladie , il leur assurera facilement la confiance d'une guérison prochaine , leur redonnera de l'espoir ; ils prendront alors tous les remèdes convenables , que jusqu'ici ils
avaient refusés. Un moyen qui réussit assez souvent pour prendre de l'ascendant sur certains malades dès la première visite , résulte de l'information que l'on a , sans qu'ils s'en doutent , de toute leur conduite passée ; après les avoir fixés quelque temps , vous leur dites d'un ton prophétique : « vous avez de funestes desseins j vous cLercliez a vous détruire -, vous vous êtes mal conduit chez vous ; vous n'aimez plusvotre mari, vous repoussez vos enfans, etc » Etonnés de pareilles prédictions et du talent de celui qui les fait, ils confessent ordinairement la vérité , conviennent qu'ils ont eu quelques accès de /lèvre chaude , ce qui les familiarise avec l'idée de les traiter , et vous accordent promptement leur confiance. J'ai vu des résul-„ tats extrêmement heureux de ce pouvoir sur l'imagination des aliénés, Une jeune personne sortie depuis un mois de la Salpétrière , en très bon état, revient, le cœur gros, le désespoir dans l'ame , consulter sur quelques incommodités, qu'elle craint d'être le prélude d'une rechute -, en effet , c'était ainsi qu'avait débuté sa maladie. Après l'avoir consolée, M. Esquirol écrit au bas d'une consultation : Je réponds de
la guérison de mademoiselle Convaincue
que ce médecin ne voudrait pas compromettre sa réputation , en assurant si positivement, ce
dont il ne serait pas certain , elle reprit espoir, et dès -lors tous les accidens disparurent.
Le médecin exerce aussi un très-grand pouvoir sur les aliénées , en sa qualité d'homme. Il en est qui se soumettent a faire tous les sacrifices qu'il reclame , écoutent ses conseils et les suivent , par cela seul? qu'il leur plait. Voila pourquoi on pense qu'en général , il est convenable qu'il soit plutôt bien que mal , que sur-tout il n'ait pas de défauts physiques trop marqués , qui prêtent k la dérision.
Le médecin ne se contentera pas de voir les malades à une visite du matin -, il doit être sans cesse au milieu d'eux , étudier les motifs de leurs actions , les variations de leur caractère , les reprendre , voir s'ils exécutent les promesses qu'ils ont faites de manger , être tranquilles , travailler, etc.
Piien n'est plus favorable pour accélérer îa guérison , que les réunions d'aliénés plus ou moins convalescens. Ils sont d'autant plus confians entr'eux, qu'ils ont tous un intérêt commun , celui de sortir le plus tôt possible pour rentrer au sein de leurs familles ; qu'ils n'ont point à se défier d'anciens gardiens, qui, ayant pu les mécontenter, pourr-aient encore les tromper. Ils se servent mutuellement d'exemples ; tel qui sort aujourd'hui^ prouve a tous les autres
que la mênae faveur leur sera accordée, quand ils seront guéris comme lui. Ils se donnent de^ secours , des conseils affectueux ; il arrive souvent qu'un aliène' bien portant,, en adopte un autre, prend à cœur de le distraire , de le ramener a. la raison , lui redonne de Fespoir , en se montrant à lui comme ayant été dans des conditions bien moins favorables j ces soins désintéressés, ces conversations eiitr'infortunes, sont d'une utilité si remarquable danSi le traitement de la folie, qu'on doit,, je pense, en grande partie attribuer le peu de succès qu'on obtient dans l'isolement particulier , à ce qu'alors il est impossible de les remp lacer -
Pour se procurer ces avantages, dans les asiles généraux, tout est distribué de manière k éviter la solitude. Un atelier, un jardin, un réfectoii^e communs , fournissent de nombreuses oecasious de contact. Ayez cependant soin d'éviter le rapprochement de malades trop tristes , désespérés, avec penchant au suicide^ ils se perdront. Divisez-les, coniiez-les a d'autres plus rassurés, plus gais.
Un travail plus corporel qu'intellectuel , a été conseillé par tous les auteurs , et notaïument par M. Pinel , comme un des principaux moyens de traitement. C'est en effet, non-seulement un bon signe;, que le retour au désir de
s'occuper, mais le corps ainsi exercé, tout en. se fortifiant , détourne rattention trop fixée de certains aliénés y fixe au contraire celle des autres , habitue l'esprit à former des combinaisons d'abord simples , combat ainsi le délire sans violence. A la Salpétrière , des ouvrages de couture et de tricot , sont k la disposition des malades , qui en retirent une légère rétribution ; ou les engage , paf tous les moyens possibles, à s'occuper ; c'est une condition imposée pour obtenir des faveurs , pour passer aux convalescentes , voir sa famille , sortir de la maison, etc. On en obtient de trèsbons eïTets. Pour les hommes , on pourrait mettre a leur portée , dés travaux anàl0gues k leur genre de vie. La culture des champs , l'exercice de certains métiers , rempliraient parfaitement le méuie but.
Mais il est impossible de mettre en usage de pareils moyens dans les classes élevées •, une grande dame rie voudra pas exercer ses doigts , ni un hotnme habitué k ne rien faire, se fatiguer le corps. C'est certainement un malheur j il faudra tâcherd'obvierk cet inconvénient, par des occupations plus analogues k l'état des personnes , tels que des jeux d'adresse , de billard, de bagues , l'exercice de talens acquis , du chant , de la peinture , le jeu ti'instrumens de musique. M. Esqui-
2gO TRAITEMENT
roi n'a retii^é aucuns bous effets des spectacles, des coacerts , comme moyens de distraction. Les premiers ont souvent prêté a des allusions fâchviuses^ et les seconds, fort indisposé des malades qui croyaient qu'on se jouait de leur infortune. Cependant , je pense qu'a une époque très-avancée de la convalescence , ils pourraient récréer , agréablement l'esprit et opérer une utile diversion. La lecture ne doit non plus être permise que fort tard , et avec discernement, il faut sur-tout prendre garde que \^ malade n'y trouve des opinions , des situations qui puissent l'inquiéter, augmenter son délire. On pourra quelquefois permettre l'étude de quelque branche d' histoire naturelle, de la botanique, par exemple. , >
Toute maison d'aliénés , doit renfermer de grands jardins , de vastes enclos , pour servir de promenade. Que ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas travailler , puissent au moins marcher : les furieux même , contenus avec le gilet de force , doivent être laissés libres de courir , dans des enclos séparés -, rien n'augmente la fureur comme le repos forcé. Quils dépensent l'excès de vie qui semble agiter tout l'organisme : le corps ainsi fatigue, l'esprit p us ou moins distrait, amèneront .du repos pour la nuit, de l'abattement, sinon du sommeil.
Les personnes riches , trouvent un puissant moyen de distraction dans les voyages. Des objets toujours nouveaux , procurent des sensations agréables, toujours variées. En même temps l'organisme se fortifie, le cerveau affaibli, reprend son énergie. Je conseillerai a toute personne qui le peut, de consolider ainsi sa guérison.
La cessation de l'isolement , par les visites des parens ou amis , nous mettra à même de produire des impressions très -importantes sur le moral des aliénés. Ce ne sont pas des considérations indifférentes , que l'époque de ces entrevues et la manière de les opérer. En général, on ne doit les accorder que lorsque les malades désirent eux-mêmes voir leurs parens, qu'ils les demandent depuis quelque temps. 11 faut aussi , pour prévenir des effets qui pourraient être dangereux, annoncer d'avance au malade , le jour de la première visile , le nom des personnes qu'il verra. SM est raisonnable, se plaît avec elles sans vouloir les suivre et s'en aller, on pourra rapprocher la seconde et les suivantes. Ces conversations de famille, le ramèneront à ses anciennes affections , lui feront faire des efforts pour hâter sa guérison , afin d'en jouir plus à son aise ; la mère désirera soigner ses enfans , la femme retourner à son
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ménage. Mais tant que les malades ne demandent pointa revoir leurs parens, il serait a-peuprès inutile , sinon nuisible , de les amener en leur présence j ou ils ne voudraient pas les reconnaître , et ne leur parleraient pas , ou bien ils les invectiveraient. Cependant , dans certains cas d'indifférence prolongée , d'insensibilité morale , on pourrait , par ce moyen , susciter une affection vive de surprise , une commotion mentale qui réveillerait le cerveau , le rappellerait a son action ordinaire j il faudrait alors que l'entrevue fût inopinée.
Enfin, on ne doit pas oublier qu'il est des règles à observer , dans la convalescence de l'intelligence , comme dans celle des autres fonctions , et de même qu'on donne k un estomac qui commence à se rétablir, les alimens les plus légers et en petite quantité , de même aussi , il faut ménager le cerveau en voie de guérison , ne point l'exposer a des affections m^orales trop vives et trop subites , se garder de le fatiguer par des combinaisons d'esprit trop profondes , un travail trop soutenu, etc. , Et encore après le parfait rétablissement des facultés intellectuelles , les causes de la maladie ayant pris naissance dans l'exercice même de ces facultés, qu'on se souvienne toujours que leur source ne cesse pas d'exister, et qu'il fatit
soigneusement éviter toutes les circonstances , toutes les occasions qui pourraient les rappeler. Un principe général de thérapeutique trèsimportant , et que je dois rappeler ici d'une manière spéciale , parce qu'il est trop souvent oublié, violé dans le traitement moral de la folie , est celui qui établit qu'une fonction doit rester en repos , être exercée le moins possible , lorsque l'organe qui en est chargé est dans un état d'irritation. Que dirait-on, par exemple , du médecin qui ordonnerait de faire courir un goutteux ou un rhumatisant, respirer, à grande haleine , un air glacé à un péripneumonique *, qui ferait donner abondamment k boire et à manger , à l'individu atteint d'une gastrite ? Qu'il est un insensé , et que de la sorte il augmentera au dernier degré les accidens déjà existans. Ne font-ils pas la même chose , ceux qui se plaisent a tourmenter un aliéné , en l'excitant continuellement sur l'objet de son délire , et le contrarient sans cesse , en voulant lui fdém^outrer, par le raisonnement, qu'il est dans l'erreur ? Voyez , en effet, ce qui résulte de ces divertissemens cruels : un redoublement d'activité cérébrale , des efforts pour sortir de la lutte , de la colère ou de la fureur , avec tous les phénomènes qui accompagnent cet état, tels que U transport du sang vers les parties supérieu-
2q4; traitement .
res , la rougeur, 1 1 chaleur de la face et du crâne , des b^tteiiicns frequens et forts des artères , etc. j et croit-Oii que par la on n'augmente pas l'irritation de l'organe intellectuel? On n'a qu'à se reporter a Tétat de l'esprit chez une personne raisonnable qui vient d'éprouver quelqu'atfdctioa vive de l'âme , un accès de colère, et on sera bientôt convaincu de la vérité de cette assertion. Heureusement, qu'aujourd'hui en France, on ne fait plus voir ces infortunés au public , comme des bétes curieuses. 11 est vrai qu'il n'y a pas long -temps que cette mesure a été prise dans tous les hôpitaux de Province : j'en esterais un , vs'il n'était trop près de mou pays natiil , où cet usage barbare existait encore il y a quelques années. On m'a assuré qu'en Angleterre il n'est pas encore aboli , même dans lesétablissemens les plus marquans*, j'ai p *ine à croire qu'une nation aussi éclairée, chez qui l'étude de la folie a fait tant de progrès , fasse encore un spectacle de ce malheureux état de l'inteiligence humaine.
§. II. Traitement cérébral indirect ou rationnel.
Il n'y a pas bien longtemps qu'il eût été absuriedj qualifier ainsi l'emploi des moyens médicamenteux) lorsque leplusaveugîe empirisme
présidait à leur administration , qu'ils étaient donnés sans distinction de cas , de personnes , d'âge, de sexe, de périodes, etc., qu'ainsi on saignait les maniaques jusqu'à extinction, et qu'on purgeait de même les mélancoliques, que des remèdes secrets, de prétendus spécifiques devaient guérir tous les malades , certes ils n'étaient rien moins qu'employés rationnellement. Et comment en eût-il été autrement? puisqu'on avait mis la folie hors des lois de la pathologie , pouvait-on consulter les principes de la thérapeutique pour la guérir? Les médecins qui en plaçaient le siège dans le sang, la bile ou l'atrabile , saignaient ou purgeaient.
M. Pinel, le premier en France, on pourrait dire en Europe , jeta les fondemens d'un traitement vraiment rationnel, en rangeant la folie au nombre des autres affections organiques ; il rendit hommage à la force médicatrice de la nature, en débarrassant la marche de la maladie , de cette foule de remèdes disparates ou opposés, qui ne tendaient qu'à l'entraver, à la pervertir, et en réservant une conduite active pour les seuls cas qui rindicjuassent positivement. C'est, sans contredit , à une méthode aussi philosophique que sont dus, en partie, le grand nombre de succès obtenus par ce professeur et par M. Esquirol , tant à la Salpétricre que dans leur pratique particulière.
Cependant, l'œuvre si bien commencée par ce grand maître , n'a point été continuée avec tout le succès désirable , sans doute à cause de l'obscurité qui a toujours régné sur la nature et le siège du mal. La plupart des auteurs qui se sont occupés de cet objet , au lieu de tracer des règles de conduite bien motivées sur l'état organique, nous ont donné une espèce de traité de matière médicale, en passant en revue toutes les classes , tous les genres de remèdes , pour y chercher des moyens de guérison. Et pourtant n'estil pas bien pi us important de déterminer les indications qui se présentent, que de connaître tous les moyens qui peuvent les remplir ? d'ailleurs, la première connaissance ne conduit elle pas nécessairement a la seconde? quand par l'observation d'une grande difficulté de respirer, d'une douleur profonde de poitrine, d'un pouls dur et plein , de la soif , j'aurai établi la nécessité de la méthode antiphlogistique et débilitante , rien ne sera plus facile que d'arriver à mon but.
J'ouvre, pour confirmer ce que j'avance, le Traité du Délire , plein d'érudition , mais fort peu pratique, de M. Fodéré(i), publié en 1817.
Le chapitre du traitement médical consiste
(1) Tome II , page 388 , SSg, Sgo et Sgi.
DE LA. FOLIE. 2gn
dans une longue description générale et spéciale des moyens qu'il appelle i." régulateurs , sédatifs et caïmans ; 2." révulsifs ; 5." éçacuarts des matières morhifîques ou produites par la maladie; ^° antispasmodiques , toniques , antipériodiques ; 5." provocateurs de la fièvre ; 6.° révulsifs , perturbateurs internes , purgatifs drastiques , antimoniauoc , mercuriaux , etc. ; '^.'^ perturbateurs externes, submersion , chutes , etc. Une foule de remèdes fournis par le hasard , ou essayés sans sujet , y sont préconisésd'après des succès uniques, <jui peuvent être dus à toute autre cause-, quelques-uns sont tirés de faits fort singuliers : ainsi , l'auteur propose l'asphyxie par submersion ou pendaison , les chutes de haut , parce que « Un marchand de Londres se pend de désespoir ; la corde est coupée a temps, il est rappelé à la vie et ne veut plus recommencer. — Une femme se fait la même opération , sans le même succès •, mais j'ai appris, dit-il, que l'asphyxie n'avait pas été complète , les pulsations du coeur n'ayant cessé de se faire sentir. — Une jeune fille , maniaque , se jette de trente pieds de haut et est guérie. — Une jeune personne tombe sur le front et recouvre la raison , etc. » Ce qui est plus surprenant, c'est que tous ces moyens ont toujours produit des effets presque miraculeux, et n'ont
jamais été, du moins au dire des auteurs qui en sont les proneiirs , suivis de non-succès. Les uns ont guéri tous les fous avec l'émétique a haute dose , d'autres avec le vinaigre radical , etc. Comment ne pas croire , après avoir parcouru i'iîistoire de tous ces remèdes , qu'aucun cas ne dût être incurable?
Sans doute que pour e'tablir des règles rationnelles de tr-îilement , il existe de grandes difficultés à vaincre , de grands obstacles à surmonter : mais pourquoi se les dissimuler , pourquoi voiler son ignorance par une apparence de certitude , un vain étalage de préceptes sans principes ? INe vaut -il pas beaucoup mieux , quand nous sommes obligés d'agir empiriquement , le dire tout simplement ^ sans cherchera nous en défendre, ce sera mettre à même, non - seulement d'éclaircir les points encore obscurs pour nous , mais d'éviter de grandes erreurs en pratique. Des moyens actifs . inconnus dans leur action sur l'organisme , peuvent n'avoir que peu d'inconvéniens entre les mains de l'homme instruit ; mais combien de médecins imprévoyans pourront en abuser !
Ce qui embarrassera long temps , ce qui empêchera peut-être pour toujours qu'on ait une connaissance parfaite du mode d'altération du cerveau dans la folie , et des moyens qui con-
viennent pour y remédier, c'est i.** que nous ne pouvons apprécier les changemens qu'il présentera dans ses attributs physiques , nos sens ne pouvant pénétrer ses enveloppes , la folie n'étant pas mortelle, et ces changv^mens, d'ailleurs, étant si peu perceptibles qu'il nous échappent. 2.° Qu'il nous sera quelquefois difficile ou même impossible d'établir des rapports bien précis entre les symptômes sympathiques ou locaux , et la nature de l'affection organique qui les produit , ceile-ci ne pouvant , dans la plupart des cas , être assimilée , et dans beaucoup même, être comparée, à d'autres états pathologiques bien connus du cerveau ; nous ne reconnaîtrons ni inflammations , ni hydropisies , etc. , c'est une lésion toute particulière quireste adétermuier. 3.° Que l'absence de tout autre symptôme que le délire , que nous rencontrerons dans des cas , nous forcera ou a ne rien faire ou à agir empiriquement. 4.'' Que nous ne connaissons point du tout le mode d'action des médicamens , qui agissent spécialement sur le cerveau. Nous savons que l'opium porte au sommeil , mais nous ignorons comment ', en sorte que nous ne savons pas s'il augmentera ou diminuera un état donné de cet organe , à moins que l'expérience ne nous l'ait appris. 5.° Enfin, nous ne pourrons non plus que difficilement
apprécier , calculer , prévoir , soit d'une manière absolue ou relativement aux âges , aux tempéramens , aux cas, etc., les effets sympathiques des remèdes dirigés sur la peau , le canal alimentaire ou le système sanguin ) d'où, il suit que nous ne serons jamais bien certains de modifier comme nous le voudrons , l'action du cerveau ; ce qui sera produit dans un cas , pourra ne pas l'être dans un autre , qui paraîtra semblable. On conçoit que cet organe , principale source de la sensibilité , étant malade , les autres organes doivent être altérés dans leurs propriétés , ne plus être affectés, et ne plus réagir comme dans l'état de santé.
Ainsi donc , difficulté d'établir des indications curatives, difficulté aussi grande de les remplir sûrement , tel est le double écueil contre lequel viendront encore échouer beaucoup d'efforts. Loin de moi la prétention d'avoir de beaucoup avancé la science sur ce point ; il faudra non seulement une expérience longue , mais de nouvelles recherches physiologiques pour y parvenir d'une manière satisfaisante. Un jour, sans doute, M. Esquirol rassemblera les nombreux matériaux qui enrichissent ses cartons , ou qui se trouvent épars dans le Dictionnaire des Sciences Médicales , et mettra mieux a même de remplir un pareil objet. Je
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crois seulement suivre la seule route qui doive conduire a des résultats heureux , par laquelle on puisse arriver à la connaissance de la vérité. C'est sur -tout ici, que, me défiant de l'expérience d'autrui , je veux me borner à n'exposer que ce dont mes yeux ont été témoins; il ne s'y trouvera pas de miracles ', mais les miracles ne sont pas faits pour les gens raisonnables. Si je ne donne qu'un petit nombre de règles , au moins elles seront fondées sur l'observation -, rien ne sera dissimulé, tant sur les cas incertains , que sur la conduite empirique qu'on tient quelquefois. Nous ne devons pas sur-tout nous faire illusion sur la puissance des médicamens, sur leur utilité dans le plus grand nombre des maladies. Les praticiens de bonne foi, conviendront avec moi , qu'a l'exception d'un petit nombre de cas où l'on ne peut contester leurs effets salutaires, ils ne peuvent nous servir que faiblement à cbanger ou à modifier bien sensiblement la succession des phénomènes , et que le médecin , borné au rôle de spectateur, fait déjà beaucoup pour la guérison, en éloignant les influences qui ont causé les désordres , les circonstances qui pourraient les aggraver , qu'il sera heureux s'il peut prévenir , lever les obstacles qui s'opposeraient à une fin heureuse. Combien de iuédicamens ont été vantés pour des vertus que
leurs auteurs t>euls ont reconnues! Combien d'autres sont donnés pour spécifiques de maladies, que ia nature a guéries sans eux ou malgré eux .' 11 y a beaucoup à faire sur les propriétés des niédicamens, et la première condition puur bien les apprécier , c'est de ne point oublier la force de l'organisme, de lui laisser une bonne part des effets produits , à moins que leur instantanéité n'en indique visiblement la source étrangère. Dans ces derniers temps, M. Fouquier crut trouver dans la noix vomique , un remède contre la paralysie, et à la Salpetrière , on n'a pas pu guérir une seule malade avec cette substance ; d'où il ne faut pourtant pas conclure contre les succès de 3M. Fouquier, mais seulement contre les vertus du médicament.
Les maladies présentent des indications curatives différentes , selon que leur marche est simple , franche , régulière, avec tendance a une solution favorable a la santé de l'individu ( je ne dis pas seulement de l'organe malade), ou entravée , contrariée par des circonstances relatives ii l'âge, au sexe, aux dispositions générales, aux idiosyncrasies , et qui changent l'état maladif , l'éloig.jent du cours ordinaire qu'il faudra rétablir pour obtenir la guérison , ou donnent naissance a des espèces
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OU variétés qui réclament des secours spéciaux; selon, enfin , qu'il se présente au loin des effets, des symptômes sympathiques devenus assez importans , assez influe ns sur le reste de l'économie , pour fixer l'attention du médecin.
En général , c'est bien moins en embarrassant la marche naturelle de la maladie , par l'emploi intempestif de médicamens plus ou moins énergiques , qu'en mettant le malade hors d'influences défavorables, en prévenant les accidens qui peuvent survenir , ou en favorisant une terminaison plutôt qu'une autre moins heureuse, qu'on conduit la plupart des maladies à à laguerison. C'est sur-tout lorsqu'elles ne présentent pas actuellement ou dans l'avenir, de dangers, de signes d'une issue fâcheuse, qu'on doit se garder de chercher à troubler violemment la succession des périodes. On fait alors la médecine expectante j en reposant l'économie , en faisant cesser tou^e fonction qui a de grands rapports avec l'organe malade, comme la digestion et l'intelligence -, en satisfaisant quelques besoins près ans , tels que la soif, en favorisant les sécrétions naturelles des selles , des urines, de la transpiration, on fait naître les circonstances les plus favorables au rétablissement , que souvent des remèdes actifs jae pourraient que détruire. Ce serait bien en
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Tuin que \oiis employerie? pommades et onguents, pour liâter la cicatrisation d'une plaie suppurante simple , que vous chercheriez à empêcher le coryza de suivre ses trois périodes d'excitation avec suppression de la sécrétion muqueuse, etc.
Au contraire, lorsque la maladie suit une marche incompatible avec la guérison , est entravée par des accidens , qu'il y a trop ou trop peu d'excitation , qu'une terminaison fâcheuse s'annonce , que la durée dépasse ses limites ordinaires, et fait craindre un état chronique ou d'incurahilité, le médecin alors, peut et doit agir pour rétablir l'ordre , prévenir des suites funestes: l'inaction serait coupable. Un malade ïi'avâât naguères qu'un catarrhe intense ; mais les signes d'une péripneumonie violente> d'une congestion sanguine pulmonaire surviennent -, le sujet est d'ailleul'S fort et vigoureux ; vous ne balancerez pas à le saigner copieusement , ce que vous n^aviez pas pensé a faire jusquesla. Une pleurésie qui , au lieu de cesser à l'époque ordinaire , semble , en se prolongeant , indiquer un état chronique , ûlie suppuration Ou une exhalation de sérosité , vous autorise à recourir a des dérivatifs énergiques. Enfin le^ maladies qui s'annoncent dès le commencement comme très-giaves ou mortel les , permettent im-
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médiatement l'emploi de moyens perturbateurs , guidé toutefois par la raison et l'expérience.
La même affection peut offrir des espèces ou des variétés , qui réclament un traitement particulier, tout différent même -, tandis que vous guérirez une angine essentielle par les antiplilogistiques , vous ne pourrez faire céder l'angine vénérienne qu'aux spécifiques de la syphilis.
Si dans la plupart des cas , les symptômes sympathiques ne présentent pas d'indications caralives particulières , et disparaissent en même temps que leur cause , et par les mêmes moyens, il arrive cependant quelquefois qu'ils font exception a cette règle, qu'ils peuvent, soit par leur intensité, ou la nature de l'organe qui en est le siège , former une affection nouvelle distincte , et qui pourra agir k son tour désavantageusement , tant sur Péconomie en général, que sur l'organe primitivement affecté , entretenir ou même augmenter la maladie principale. Un érysipèle , simple résultat de désordres du canal digestif, mérite à peine qu'on s'en occupe , mais s'il est phlegmoneux ou gangreneux , il fixera en grande partie l'attention du médecin.
Ces considérations , applicables à toutes les jHaladies, le sont aussi a la folie : nous avons
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décrit précédemment sa marche simple, heureuse-, nous Terrons cette marche troublée, arrêtée par des étals particuliers de l'organe malade-, quelques symptômes réclameront qu'on s'en occupe spécialement, enfin plusieurs variétés m^ériteront d'être considérées a part. C'est aussi en suivant cet ordre , que nous allons chercher à établir les règles du traitement.
Soins hygiéniques.
Je ne parlerai point des préceptes généraux d'hygiène : on doit les connaître -et en faire l'application aux aliénés comme aux autres malades : je veux cependant dire deux mots sur Cjuelques cas qui les font varier.
La diète, qui conviendrait dans plusieurs circonstances, doit toujours être volontaire-, si l'aliéné veut manger laissez-le faire -, seulement donnez-lui des alimens appropriés. En le forçant, vous perdriez, par la colère, la fureur et autres phénomènes que vous feriez naître, ce crue le repos des organes digestifs aurait pu procurer de calme : si au contraire l'aliéné ne veut pas manger, sans y élre porté par l'état de ses organes, et s'autorise de motifs moraux erronnés, comme la crainte d'être empoisonné, de ne pouvoir avaler , ou le désir de se laisser mourir , vous l'y contraindrez par la persuasion j, les menaces ou la punition.
Il en est de même de l'exercice du corps. L'inaction , qui pourrait souvent être utile au repos de tous les organes , ne doit pas être forcée. Si le furieux que vous avez renfermé dans une loge obscure, persiste a vouloir en sortir^ il ne faut pas long-temps l'en empêcher , autrement vous le rendriez bien plus indocile, bien plus méchant 3 il se défierait constamment de vous.
Beaucoup d'aliénés aiment k être peu couverts , même en hiver ; quelcjues uns resteraient volontiers continuellement nus. Si la décence oblige a ne pas les laisser sans vêtemens aucuns, l'expérience prouve qu'il est essentiel de ne point les contraindre de se vêtir , se serrer, s'étouffer, comme ils le disent, par des habits trop chauds. Il faut les laisser s'aérer , s'ils le désirent. Toutefois , on aura soin de les empêcher d'aller pieds nus, sur-tout en hiver, de s'exposer aux intem.péries de l'atmosphère. Le coucher demande quelques soins : on peut donner des lits ordinaires aux convalescens et aux aliénés tranquilles et propres. Mais les furieux , les malpropres, C[ui déchirent et salissent continuellement , ne peuvent avoir cette faveur, sur-tout dans un établissement où l'économie^ doit entrer en ligne de compte. A la Salpétrière, de la paille d'avoine , souvent renouvellée ,
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contenue dans une espèce d'auge en bois , lient lieu de matelas. Des couvertures et des draps couvrent ces iits. Les malades qui ne veulent pas se coucher la nuit , et préfèrent rester sur le carreau, sont tenus de force dans leurs lits.
Il est bien essentiel de veiller a ce que la propreté règne autour des aliénés , dans leurs vétemens , et dans leur habitation j comme surtout ils ne se gênent pas d'y faire toutes leurs ordures , on aura soin de les en débarrasser pour qu'ils ne soient pas incommodés par l'odeur, l'humidité fétide, etc. Les loges seront lavées tous les matins.
Action des Médicameîis sur les Aliénés.
On a beaucoup répété que les médicamens agissaient plus difficilement sur les aliénés , qu'on était ainsi souvent obligé d'en augmenter la dose pour produire des effets déterminés, il faut distinguer : ceux qui agissent spécialement sur le cerveau, comme les narcotiques, éprouvent en effet ces variations -, cet organe résiste plus ou moins , quelquefois tout-k-fait a leur action. Les autres organes sont en général affectés par les applications médicamenteuses , comme dans les autres circonstances de la vie -, ainsi les vésicatoires , les sétons , les moxas ,
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excitent et font très-bien suppurer la peau. L*émétique h la dose ordinaire , provoque très- Lien le vomissement -, je n'en ai jamais vu employer au-delà de deux grains, et toujours avec succès •, de même pour les purgatifs , etc. Mais il n'est pas probable que l'action locale produise les mêmes effets sur le cerveau -, que cet organe en éprouve les mêmes modifications que dans les cas où il n'est pas spécialement malade. La raison nous le fait pressentir : et en outre , si nous nous reportons a. ce que nous venons de dire des narcotiques , si nous faisons attention que l'application des excitans externes est en général peu sentie , peu douloureuse pour beaucoup d'aliénés ; que les purgatifs , souvent long-temps continués , changent peu ou nullement le moral de ces malades , tandis que , dans toute autre circonstance de la vie , une simple purgation produit quelquefois un abattement extrême , nos conjectures se changeront en conviction. Voila un point de physiologie extrêmement important a. éclairer pour la pratique.
Il n'est pas toujours facile de déterminer les malades a prendre des médicamens •, puisqu'ils se croient bien portans , ils n'en voient pas la nécessité. Ou fera tout son possible pour les y engager-, les promesses, les récompenses, les menaces, serviront utilement à cela.
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Marche simple et régulière de la Folie.
La maladie parcourt successivement ses périodes sans obstacles, jusqu'à ia convalescence et la guérisoo ; les fonciions , plus ou moins troublées dans leur exercice , reviennent peuà-peu à leur ancien état. La nature ne réclame de nous que des secours pour ainsi dire passifs, propres à mettre l'organisme a même de se rétablir par ses seules forces , en écartant les circonstances qui pourraient l'en empêcher, en favorisant les tendances heureuses qui se préparent , et sur-tout en ne troublant pas son travail réparateur par des moyens perturbateurs. Voyons en quoi nous pouvons l'aider aux diverses époques de la maladie.
Période d' Inciihation. Rarement le médecin sera appelé à donner ses soins dès le commencement, presque toujours ignoré ou méconnu des parens. Ce serait alors qu'on pourrait combatire efficacement des causes lentes qui n'auraient point encore troublé la raison. Il suffirait , en effet le plus souvent , de faire cesser leur action , pour que le cerveau encore peu altéré, pût revenir facilement a son état ordinaire. Tant que nos organes n'ont point éprouvé les changemens <iui constituent une maladie ou la rendent im iiii nente , on peut espérer, en les SQu:,trayant
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promptementaux inlkiences qui leur sont contraires, cjuand elles n'agissent pas subitement, d'éviter que i'eiïet déjk produit ne fasse des progrès en mai. Si vous retirez à temps un corps étranger qui irrite la conjonctive , vous préviendrez une oplitlialmie , et l'œil n'aura presque rien éprouvé. De même , unissez deitx amans €[ui ne peuvent vivre séparés , rendez la paix a la femme tourmentée dans son ménage , reparez des injustices commises , empêchez vos filles ou vos femmes, déjà très-dévotes, de courir les prédications de missionnaires fougueux et emportés, et vous parviendrez souvent a pr/venir le développement de la folie , quoique la raison ait déjà éprouvé quelqu'àtteinte et ne soit plus très-saine.
Mais si au lieu d'attaquer le mal dans sa source , vous allez prendre des effets pour la cause , soit qu'on vous cache les inlluences véritables qui trouljlent l'économie, ou Cfue vous n'en déduisiez pas les conséquences naturelles ^ si vous vous attachez k combatti'e quelques phénomènes sympathiques toujours plus apparens pour le vulg^tire , vous risquerez beaucoup de tourmenter l'organisme inutilsnient, ou même d'empirer le mal. Ce n'est point avec des purgatifs , des narcotiques , des emménagogues , des analeptiques , que vous rappellerez i'ap-
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petit ^ le sommeil, récoulement menstruel ou Femboopoiiit ; mais c'est en faisant cesser l'excitation , l'exaltation des fonctions cérébrales , Cjue \ous produirez promptement ces effets, que vous rétablirez le calme et l'ordre partout. L'amante prête à descendre dans la tombe , se réveille au seul espoir de revoir son amant, et sa santé sera bientôt rétablie si vous ne trompez pas son attente.
Lorsque la marche des phénomènes annonce une invasion prochaine , si l'on est appelé a temps , on peut quelquefois la prévenir -, mais comme presque toujours on a affaire a. des rechutes dans des cas pareils , nous indiquerons plus tard par quel^ moyens on y parvient.
Période d'Excitation. Une fois séquestrés de la sociétîé , placés dans une section relative à leur caractère, et mis dans l'impossibilité de se blesser ou de blesser les autres, leur état indique clairement quelle médication il convient de faire = Les signes de cette période, que nous avons donnés précédemment , annoncent de Tirritation , de la tension , du spasme dans le cerveau et les organes sympathiquement altérés par lui. La chaleur, l'agitation musculaire , quelquefois convulsive, si fréquentes alors, dénotent une excitation nerveuse non douteuse. Tous les moyens qui seront employés et qui
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devront tendre a calmer ces désordres, appartiennent a ce qu'on appelle rafraîcbissans et émolUens.
Il faudra d'abord avoir soin que les malades ne reçoivent point une lumière trop vive , qui les agite toujours. Pour cela, il est bon de les placer au Nord en été , de faire en sorte qu'ils ne restent jamais long-temps exposés a Tardeur du soleil j ils peuvent bien se promener au grand air , mais dans des avenues ombragées. Si l'on peut, sans trop de contrainte , retenir les furieux dans des loges obscures, plusieurs lieures par jour , ils en éprouveront de bons elfcts ; les fonctions cérébrales seront alors moins actives , les objets extérieurs , la lumière du jour , cessant d'exciter les sens. Les mélancoii(|ues et les aliénés stupides devront rester le plus long-temps possible hors de leurs habitations •, car renfermés, les premiers n'en seraient que plus disposés à se livrer tout entiers à leurs idées, et les seconds n'en retireraient aucun avantage, puisque les objets extérieurs n'excitent guère l'action cérébrale chez eux.
Les cheveux seront coupés assez courts, surtout ceux des femmes , qui par leur longueur offrent plus d'inconvéniens. Les malades les mêlent d'une manière inextricable , et il n'est pas facile de les peigner sans les faire souffrir:
ils entretiennent , fomentent une chaleur qui ne fait qu'ajouter a celle qui existe déjà par le fait de la maladie, et cela davantage si l'on n'a soin de les tenir propres. Cette opération diminue le travail nutritif, et ainsi l'action vitale de la peau de la tête; enfin des applications peuvent être faites plus immédiatement sur cette partie. Les malades qui ne voudront pas mettre de bonnets ou de chapeaux , ne devront pas y être contraints -, c'est ordinairement pour exposer leur tète a l'air frais, qu'ils veulent la tenir nue.
La soif est ordinairement très-grande •, des aliénés ne cessent jour et nuit de demander à Jjoire. On leur donnera en abondance des boissons rafraichissantes et acidulées ou mucilagineuses , selon leur goût et leur constitution , tels que l'orgeat, la limonade, l'émulsion, l'orangeade, tous les sirops rafraichissans, ou bien la décoction d'orge simple, acidulée ou tartarisée, l'eau de gomme, etc. Ceux qui dans la crainte d'être empoisonnés , ne voudraient que de l'eau , on ne la refusera pas •, on pourra la leur édulcorer, et y ajouter un peu de vinaigre. Il faut avoir soin que les malades aient de quoi boire la nuit ', à la Salpétrière, des veilleuses vont tout exprès, et h. plusieurs reprises, les satisfaire sous ce rapport.
L'été , on donnera a profusion des fruits aqueux et acidulés, des groseilles, des cerises, du raisin. Ils remplissent le double but de satisfaire agréablement le goût et l'estomac, sans augmenter l'action de celui ci , et de ])roiluire des effets anaicgues à ceux que déterminent les boissons que je viens d'indiquer.
Le vin, la bierre fore, seront bannis du régime des aliénés dans cette période ; on pourra seulement leur donner a l'heure des repas, de i'eau, rougie avec un peu de vin.
Les bains tièdes , forment une des bases fondamentales du traitenieiit de la Salpétrière. Toutes les femmes cliez lesquelles il n'y a pas de contre-indication , sont baignées plusieurs fois la semaine , ou même tous les jours, selon le besoin. On les laisse plus ou moins de temps chaque fois, selon l'étendue des effets qu'on veut produire, et la possibilité de les supporter. Les aliénés vigoureux, très -agités, de quelque genre que ce soit , maniaques , monomaniaques ou stupides , seront tenus tous les jours, et le plus long-temps possible dans le bain, depuis une demi-heure jusqu'à une, deux heures ou plus. Ceux au contraire qui sont faibles, dont la poitrine est étroite, les apoplectiques, seront baignés plus rarement et pendant un court espace de temps. Quelqucfori.
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même on ne le peut sans provoquer des étouffemens , le crachement de sang , ou une forte tendance à l'apoplexie; on fera bien alors de cesser tout-a-falt. Le médecin jugera des cas intermédiaires à ces deux extrêmes, et variera ainsi l'emploi de ce moyen curatif , ou le suspendra, quand il le jugera a propos.
L\isage des bains concourt puissamment à diminuer l'excitation générale, à calmer les organes nerveux , à affaiblir et faire disparaître? l'état de tension , d'agitation , d'exaltation des forces musculaires ', a redonner de la souplesse, de la fraîcheur à la peau aride et desséchée de certains mélancoliques. C'est aussi un moyen de propreté très-utile , souvent essentiel.
On aura un soin tout particulier de remédier aux effets de la constipation qui pourrait survenir , de prévenir la rétention de matières dures dans le canal alimentaire. Les malades en ressentent une chaleur incommode, quelquefois de la douleur, il leur faut faire des efforts considérables et douloureux pour débarrasser le gros intestin. Comme ils ne rendent pas facijenient compte de leur situation , les gens de service s'assureront, s'ils vont ou non à la garde-robe; le médecin pourra connaître lui-même l'état du colon descendant, en palpant l'abdomen dans le liane et la fosse iliaque gauches. Si les bois-
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soiis rafraicîiissanles et éaioiiieiites ne sujQisent pas pour prévenir cet état intestinal, on pourra les rendre légèrement laxatlves , avec le tartrate acidulé de potasse, les tamarins, les décoctions de fruits cuits, etc. On fera usage en même temps , de lavemens simplement émoliiens j il est seulement utile, pour le moment, de faciliter la sortie des matières fécales. îl n'est pas encore temps d'attaquer la source secondaire du mal, qui disparaîtra d'ailleurs avec la principale. Nous dirons pins tard quand il convient de remédier aux causes de la constipation devenue opiniâtre.
C'est avec ces moyens simples , doux , ou d'autres analogues , qu'on doit traiter la période d'excitation de la folie, tant qu'elle marclie régulièrement et sans présenter d'indications spéciales.
Mais dans une maladie où l'imagination a fait mettre empiriquement en usag€ , tant de moyens perturbateurs et extraordinaires, il est sans contredit bien plus utile de dire ce qu'il ne faut pas faire , bien plus urgent de combattre des erreurs funestes, que d'exposer la conduite a tenir, si facile à déduire de l'étude, de la considération de la nature, et de la succession des phénomènes qui la constituent.
Les moyens perturbateurs sont, ou utiles ou
dangereux , il n'y a pas de milieu. Ils produisent toujours du trouble , de grands effets , dans un sens ou dans l'autre, contre ou pour la maladie, pour ou contre la santé du malade. Prenons un exerâp'e frappant : tirez du sang dans une fièvre cérébrale pernicieuse, simulant une pneumonie violente , et vous tuerez le malade-, donnez lui du quiaquina , et vous le sauverez. Donnez au contraire, du quinquina dans une pneumonie franche, la mort pourra s'ensuivre: tirez du sang, et vous remplirez le vœu de la nature. Il faut donc bien prendre garde de se tromper avec de pareils moyens ^ avoir des signes non écjuivoques de leur utilité, pour les employer , ou désespérer en grande partie de la vie du malade, aucjuel cas ii est permis de recourir à des moyens extrêmes , pourvu toutefois qu'on puisse en espérer c|uelqu'tlFet salutaire, La folie ne présente pas de cas semblables ; elle n'est pas mortelle , l'existeoce de l'individu n'est pas compromise, du moins directement j elle nous offrira souvent des signes positifs pour exclure des moyens perturbateurs , et seulement de fort douteux pour en admettre quelquefois. Et c'est précisément dans cette maladie , qu'on en a fait un usage plus obstiné, plus général, contre tous les principes , toutes les règles de pathologie et de thérapeutique.
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CependanI quel organe, plus que le cerveau, a besoin de ménagemens ? quelles secousses ne doitil pas éprouver de la chute d'énormes colonnes d'eau sur le crune, quelle excitation ne doit pas lui être communiquée par l'application du feu sur la même partie, etc. ? Et combien il est urgent que de semblables moyens ne soient appliqués qu'aux cas où ils conviennent évidemment .'
Cependant, comme la raison est un bien presqu'aussi précieux que l'existence , nous pourrons aussi tenter de la reconquérir par des moyens extrêmes ou empiriques , mais seulement après avoir vainement essayé des autres , et lorsque nos connaissances trop bornées, ne nous permettront pas de saisir la nature du mal.
Examinons plusieurs de ces moyens , qui ne doivent point être employés dans la période d'excitation, et dont on a fait beaucoup d'abus. Il sera facile ensuite , d'apprécier tous ceux de même nature. Nous vei-rons qu'en s'en servant, on a fait la médecine du symptôme, quand on n'a pas agi empiriquement.
La saignée est un de ceux dont on a le plus abusé , et qui a produit des effets extrêmement funestes. M. Pinel en fut tellement frappé , lorsque, médecin de Bicêtre , il y recevait, comme devant y terminer leur existence, les
aliénés ti^aités à l'Hotel-Dieu et déclarés incurables , qu'il n'a cessé de s'élever avec force dans tous ses ouvrages , contre l'émission sanguine générale, dans les cas ordinaires. Ces malheureux y arrivaient ex-sanguins , exténués, dans un anéantissement moral complet, et pouvaient à peine a la longue recouvrer en partie, par un régime tonique, leurs forces physiques. Quelques-uns seulement étaient assez heureux pour se rétablir tout-a-fait.
C'est par de fausses notions sur les propriétés du sang, et sur le rôle qu'il joue dans les actions organiques , qu'on a été conduit à ces déplorables résultats. Celluide n'a d'autre usage que de servir de véhicule aux clémens nutritifs et sécrétoires. Les glandes , et les organes très-actifs , qui dépensent beaucoup, en reçoivent plus que les autres , et davantage , pendant l'exercice de leur action que dans le repos. Il n'est jamais le principe d'aucune action organique 3 il peut bien entrer pour quelque chose dans la production d'un phénomène , mais secondairement et àpeu-près comme les alimens servent a la digestion j antérieurement à son arrivée, il existe une faculté irritable , cause première de tout ce qui survient. Ce n'est pas le sang qui pro^duit la faculté digestive , mais c'est l'estomac , qui, pour digérer, appelle le sang à son se-
cours. Voila pour l'état sain : la même chose arrive dans les maladies locales ( je ne parle pas de la pléthore générale. ) marquées par un abord plus considérable de ce lluide -, il existe toujours une cause organique primitive , dont ce phénomène n'est qu'un effet ; c'est un état d'ir- Vitation dans l'indammation et la congestion active ^ et de faiblesse dans la congestion passive ; irritation et faiblesse qui doivent être combattues.
Il ne suit pas delà qu'il ne soit jamais utile de tirer du sang; je suis loin de penser ainsi : une fois appelé en trop grande quantité dans une partie , il peut devenir un nouvel irritant , et s'opposer au travail réparateur de la nature. Mais il faut bien distinguer les cas où l'on doit, l'extraire localement ou généralement, de ceux, où l'on ne doit que chercher à le détourner du point qui l'attire.
La saignée générale ne convient que dans les cas de pléthore , dans les maladies aiguës, ( je ne dis pas dans toutes), dans celles du cœur et des gros vaisseaux, du poumon, et de quelques organes profonds. Ici on conçoit de suite l'effet qu'on veut produire; l'action est directe sur les organes malades : difficilement on remplirait le même but , et à moins de frais , d'une autre manière,
Dans toutes les inflammations aiguës des au« très organes , la saignée locale doit être préférée. Non-seulement le plus souvent on va plus droit au but qu'on se propose de remplir , mais pour obtenir le même effet , un effet déterminé par l'autre moyen , il faudrait affaiblir beaucoup toute l'économie , rendre tributaires tous les organes de l'affection de l'un d'eux. Dans la péritonite, la pleurésie , l'arachnitls , des sangsues sur l'abdomen , sur le côté , ou à divers endroits du cou et de la tête , conviennent à-peu-près exclusivement.
Reste un troisième ordre de maladies dans lesquelles le sang joue un certain rôle -, ce sont les congestions sanguines actives , et par la je ne veux entendre qu'un afflux plus considérable de ce fluide, déterminé par l'exercice trop soutenu , exalté ou perverti de l'action de -l'organe. C'est ce qui arrive aux vaisseaux de la conjonclive, par un travail trop loog-temps prolongé à une lumière vive , avant qu'il ne se développe une inflammation j à ceux du cerveau, dans un accès de colère, ou les travaux intellectuels trop soutenus -, et c'est aussi précisément la ce qui arrive , le plus ordinairement dans la folie, les cas d'un état inflammatoire étant plus rares. Le sang n'est point appelé à demeure comme dans l'inilamaiation ; il circule
librement , mais en plus grande quantité et plus rapidement. 11 faut alors s'adresser directement à la source du mal , diminuer , corriger l'excès ou la perversion de l'action organique. Si la saignée est employée alors , c'est comme moyen dérivatif, et pour étaJjlir un nouveau foyer d'activité. En affaiblissant outre mesure l'organe malade , vous ne ferez que suspendre les désordres qui renaîtront avec les forces , et saigner un fou pour calmer la fureur, c'est comme si on voulait , par le même moyen , empéclier un homme de se livrer à des mouvemens de colère , ou faire usage de ses facultés intellectuelles.
A tous ces motifs d'exclusion de la saignée dans la période d'excitation de la folie , on peut ajouter , ce que l'expérience prouve , le peu d'effet qu'on retire , en général , des évacuations sanguines dans la plupart des maladies nerveuses. Nous exposerons dans la suite, les cas où ce moyen est utile.
Les aliénés ne dorment pas , donc il faut leur procurer du sommeil ; c'est très-bien , mais ce n'est pas avec des narcotiques que vous y parviendrez ; ce n'est pas en irritant de nouveau un organe déjà très-irrité , que vous le calmerez. En général , c'est pour faire oublier quelques instans des souffrances continues, trop vives,
qu'on force ainsi le cerveau a suspendre une partie de ses fonctions , avec ces sortes de remèdes -, et encore est-ce déjà en Paffectant , qu'on y parvient ; le sommeil qui en résulte loin d'être réparateur, n'est que pénible, débilitant. Mais les fous ne souffrent pas , et en outre par une telle conduite, on ne ferait qu'augmenter le mal dans sa source , sans autre résultat, car chez eux , avec de l'opium , on produirait plutôt un empoisonnement que le repos. C'est enfin absolument comme si vous vouliez donner de l'appétit à un malade atteint d'une gastrite aiguë ^ avec du vin d'absynthe ou de la teinture de gentiane. Les narcotiques doivent donc être exclus , à cette époque de la maladie. Le plus souvent , dès le début de la folie , il survient des symptômes gastriques j défaut d'appétit , langue chargée , bouche sèche ou pâteuse, soif, douleur d'estomac, etc. , ce qui porte , comme nous l'avons vu , des médecins à les reconnaître pour la cause du délire , et a les traiter de suite par des vomitifs. Leur opinion fut-elle vraie , il serait encore douteux que la conséquence en fût juste , et qu'il ne fallût pas recourir d'abord a un régime rafraîchissant. Mais nous l'avons reconnue pour fausse , et c'est encore une raison de plus pour rejeter l'emploi de ce moyen perturbateur. Ne trou-
blez pas la marclie de la nature -, calmez la soif par des boissons abondantes, diminuez l'irritation cérébrale, et le canal alimentaire reprendra bientôt l'exercice de ses fonctions.
Les purgatifs ne conviennent pas plus que les vomitifs, dans le traitement de la période d'excitation de la folie. Les uns et les autres ne seront employés que comme révulsifs ou dérivatifs dans des circonstances que nous déterminerons , et qui seront rarement motivées sur rétat du canal alimentaire.
Un symptôme a-peu-près constant de la folie , cbez la femme , c'est la suppression des règles. Les auteurs Pont encore pris pour une cause , et ont employé tous les moyens possibles pour la combattre. Maisd^abord nous avons vu précédemment , qu'une maladie une fois développée , on aura beau détruire les causes qui l'ont produite, a moins qu'elles ne soient pathologiques, que l'effet persistera , et ne disparaîtra qu'en suivant une marche donnée, plus ou moins régulière ', qu'ainsi une pleurésie, suite de suppression de transpiration cutanée , ne sera pas guérie parce qu'on aura rétabli cette sécrétion. La même chose arriverait pour la folie, dans un cas semblable. Les règles reviendront presque toujours seules , ou aidées de queîquesi moyens, avec le rétablissement de Fordre^ avee
la diminution de l'irritation cérébrale et générale. Nous parlerons plus loin des cas de suppression opiniâtre.
Les excitans externes , tels que vésicatoires , moxas , sétons, cautères , synapismes, etc., ne conviennent pas plus que les moyens que je viens d'examiner. Plus tard ils nous seront d'une grande utilité , mais c'est lorsque nous ne craindrons plus d'établir de nouveaux centres d'excitation , capables d'augmenter encore le foyer principal.
Les bains froids, les applications froides sur la tête, la douche, ne seront jamais employés dans la période d'excitation, et de plus je suis entièrement convaincu qu'on ne doit se servir de la douche dans aucun cas, si ce n'est comme moyen de répression et pour agir moralement. Ses effets sont si grands , elle doit produire des secousses, des ébranlemens si forts du cerveau, et qui nous sont inconnus , qu'il faudrait avoir, en se décidant à l'employer, un but bien certain à remplir , sans crainte de dévier de la route à suivre pour y arriver. Déjà M. Pinel, dans son Traité de la Manie , conseille de réduire la colonne d'eau à un filet , pour arroser simplement la tête. A la Salpétrière , très - peu de femmes la reçoivent , et seulement pendant quelques secondes , ou au plus deux ou trois
-Wiinutes. Encore , M. Esquirol est-il h-peu-près convaincu, que ce moyen n'a jamais produit de bons effets marqués , et qu'il n'en est point ré-> suite des avantages assez prompts , pour qu'on doive les lui attribuer. On peut dès-lors très-bien supposer que les cliangemens favorables, qui arrivent pendant l'administration de la douclie, surviennent sans elle, et peut-être malgré elle.
Je voudrais que les médecins qui conseillent ce moyen, en fissent d'abord Fessai sur euxmêmes, et on ne verrait pas, je pense, assom* mer des malades par la chute d'énormes colonnes d'eau , pendant trois quarts d'heure ou une heure sur la tête, comme j'en ai été témoin dans un hospice de Province. Ici, le patient était garotté dans une espèce d'auge en pierre qui retenait l'eau et en baignait tout le corps, en même temps que la tête recevait le poids de la colonne j une bonne sœur se trouvait chargée de faire ce traitement , ( on n'en faisait pas d'autres ), pendant neuf jours , après lesquels la maladie était déclarée incurable. Je l'ai vu administré à plusieurs personnes. L'une vint mourir à Charenton, deux autres n'eurent pas la peine d'aller si loin pour avoir le même sort.
Qu'on se figure une montagne de glace qui écrase par son poids, et anéantit par sa température , qui empêche de respirer et de se
Saâ TRAITEMENT
plaindre en obstruant la bouche et les narines , et on aura une idée des effets de la douclie ; c'est par expérience que j*en parle. Ce sont des souffrances si grandes, que les aliénés les plus furieux, ont assez de raison pour demander instamment qu'on les leur épargne. Les premières fois , il survient ordinairement des faiblesses d'estomac , des nausées , quelquefois des vomissemens j la tête devient froide comme l'eau qu'elle reçoit, et peu après il se développe une chaleur considérable dans cette partie. La douche doit finir par désorganiser le cerveau, et déterminer l'incurabilité de lafoiie dans bien des cas. Je pense donc qu'on doit la proscrire entièrement comme moyen médical , nous la remplacerons dans les cas où elle pourrait convenir, par des lotions, affusions^ sans craindre, du moins autant, de produire des effets tout contraires à ceux qu'on désire déterminer.
Le bain de surprise est encore un de ces moyens violerts qui peuvent produire quelques avantages, dans des cas que le hasard seul fait connaître , et qui dans une foule d'autres, empirera le mal, ou le rendra incurable. Ou doit en dire autant de la machine rotatc^ire» dont on fait usage à Best lin.
Je ne pense pas qu'il soit besoin de^ riea dii^ei
de l'asphyxie par submersion ou pendaison , des cliutes d'un troisième ou quatrième étage , de Tope'ration du trépan, de la castration , proposées pour guérir les fous. Un simple énoncé suffit pour montrer le ridicule et l'odieux de pareils moyens. La médecine d'observation, rationnelle , a fait trop de progrès , les véritables doctrines médicales ont jeté de trop profondes racines, pour que dorénavant , les médecins aillent ainsi prendre des remèdes à nos m.aux , au hasard , et sans être guidés par les principes généraux de pathologie et de thérapeutique.
Telles sont les règles de conduite , qui doivent être observées dans le commencement du traitement de la folie j ce sont aussi k-peu-près celles qui sont applicables k toutes les maladies aiguës. Et pourquoi en serait- il autrement? Nous l'avons vu, c'est bien moins le siège que la nature d'une affection, qui détermine le genre de médication qui convient. Nous n'avons pas d,es remèdes pour chacun de nos organes, mais bien pour les altérations diverses dont ils peuvent être atteints,
11 est sans doute inutile de revenir ici sur ce que j'ai précédemment exposé de la marche des phénomènes de la maladie , de la disparition ordinairement assez prom.pte des lésions sym-«
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pathiques du canal alimentaire , de la diminution des autres symptômes , de l'agitation mus^ eulaire, etc. , on doit avoir à l'esprit le contenu du chapitre précédent.
C'est ainsi qu'on prépare une issue heureuse, qu'on favorise le décjin et la convalescence.
Au lieu de m'occuper de suite des indications que peuvent présenter ces périodes, je préfère passer à l'étude des irrégularités de la folie, des obstacles qui empêchent ou éloignent le retour à la santé. Plusieurs raisons me portent à agir ainsi : parmi les modes d'affection que je Tais décrire, les uns succèdent, après un temps plus ou moins long , a la période d'excitation , ou du moins n'est-ce qu'alors , qu'en général , nous pouvons les reconnaître *, tels sont le passage a l'état chronique , ou a la démence; et les autres ont souvent des caractères qui sont presque ceux de cette période , et ne s'en distinguent que par l'époque où ils sont observés, que parce que la maladie dure depuis un certain temps, tels que la congestion cérébrale active, l'état inflammatoire, etc. En sorte que dans tous les cas, on devra se conduire jusrju'ici, à peu de choses près, comme nous venons de le dire, et ne pas songer auparavant , à combattre ce qui n'existe qu'en apparence, ou ce qu'on ne reconnait pas. De plus , quelle qu'ait
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été la marche de la maladie , si elle gue'rit , elle doit finir par le déclin et la convalescence , comme elle a commencé par l'exciitation ; il de* vient donc naturel de placer entre ces deux extrêmes, ce qui ç'yp^csente dans l'ordre même des choses.
J'arrive à la partie la plus difficile de l'histoire de la folie : c'est ici que va se faire sentir le défaut de connaissances positives sur la nature de la lésion cérébrale , d'où résulte la grande difficulté de saisir les rapports des effets avec les causes , des phénomènes avec l'altération qui les fait naître , et le besoin de nouvelles recherches , de recherches multipliées , pour éclaircirce point, et arriver au but auquel doivent tendre tous les efforts du pathologiste. D'un côté , point de symptômes locaux et physiques : de l'autre, l'obscurité qui règne , tant dans le mode d'exercice, que dans la nature et l'étendue des fonctions cérébrales , ne nous permettra que difficilement de tirer des inductions certaines, des changemens qui pourront survenir, sur-tout s'ils sont isolés ou en petit nombre. Une autre source d'erreur , et que l'observateur éclairé aura toujours présente a l'esprit , s'il ne veut point hasarder ses jugemens, qui devra augmenter sa défiance, le rendre circonspect dans ses opinions , prudent
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dans la pratique , provient de ce qu'une même cause organique peut produire des effets différens selon la constitution , l'idiosyncrasie , la situation présente, physique ou morale, etc. , et que des effets semblables peuvent naître de causes diverses. Une indigestion occasionne du mal de tête à l'un , de la cardialgie a l'autre , amène le vomissement ou la diarrhée , ou bien il n'en résulte aucun accident -, une plaie déchirée peut se borner a une suppuration indispensable pour la guérison , ou faire développer le tétanos chez un individu très-nerveux. Les symptômes de paralysie musculaire peuvent tenir à une compression cérébrale , à l'affaiblissement ou à un état de congestion , k un ramollissement de cette partie , a un épanchement sanguin ou séreux dans sa substance, ou enfin à des lésions de la moelle épinière. S'il est facile d'apprécier les effets , quels qu'ils soient , d'une cause aussi visible que la déchirure des parties extérieures , en peut-il être de m.ême de ceux qui tiennent a l'altération d*organes aussi mystérieux dans leur action , aussi cachés, que le cerveau et tous les nerfs en général ?
Les différens modes d'existence de la folie, que je vais exposer, ne seront pas tous également bien caractérisés , ne seront pas toujours îissez distincts poui' ne pas être quelqufois
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confondus les uns avec les autres. Il en est que je conçois mieux que je ne puis les exprimer. Si dans Pétude des autres maladies , l'observation clinique est essentielle , dans celle-ci , il faut une bien grande habitude de Toir et de soigner les malades , pour juger de leur état •, et encore doit-on être souvent sur ses gardes pour éviter les méprises. Je tâcherai d'établir les indications curatives qui se présenteront dans ces cas , et d'indiquer les moyens les plus propres pour les remplir. Qu'on ne me reproche pas surtout dans le traitement de la folie, de faire trop attention à l'état du cerveau 3 puisque c'est cet organe qui est le siège essentiel , idiopathique du mal , c'est k lui que nous devons nous adresser. Est-ce donc l'état de la vessie ou de l'utérus que vous consulterez pour guér rir une pleurésie ? D'ailleurs tout ce que nous avons vu jusqu'ici, symptômes caractéristiques, causes essentielles, traitement moral, tout n'estil pas cérébral ? Je crois que c'est précisément parce qu'on a trop oublié le cerveau , que les guérlsons ne sont pas en raison de la légèreté j, apparente du moins , de la maladie •, je suis persuadé qu'un jour on rendra davantage d'aliénés à la société, lorsqu'on aura établi des règles de conduite^ d'après des principes sains de phyjeiologie et de pathologie générales.
Tous les cas que j'ai pu observer, qui en déviant la marche simple et régulière , demandent des soins particuliers , peuvent être rapportés aux modes d'affection designés par les noms suivans : i.° pléthore générale ; 2.° débilité, atonie ; 5.° congestion cérébrale active j 4.° état inflammatoire du cerveau ; 5.° état irritable ; 6." stupeur y 7.° tendance à Vétat chronique y 8.° folie suite de couches , g.° manie intermittente.