Pléthore générale
Diagnostic, La plénitude du système sanguin n'est pas rare chez les aliénés : cet état se présente après quelque temps de repos , lorsque les fonctions digestives ont repris leur activité, et quelquefois une activité nouvelle, que des hémorrhagies arrêtées ne reparaissent plus. Les sujets jeunes , vigoureuxet naturellement sanguins , les femmes vers l'âge critique, y sont plus particulièrement disposés. Il en est de même des aliénés insoucians , et qui ne s'affectent point de leur nouvelle position. La pléthore se reconnaît a la plénitude , la fréquence du pouls , a des lassitudes spontanées , un sentiment de pesanteur dans toutes les parties j les veines superficielles sont gonflées, les vaisseaux capillaires injectés. 11 survient sou-
vent des hémorrliagies nasales, de l'ojîpression, le crachement de sang. Loin d'augmenter ou de causer la fureur , l'excès de sang diminue l'énergie nerveuse ; la turbulence diminue ; le malade devient paresseux à exécuter les mouvemens; il cherche le repos. Il se présente quelquefois des symptômes de paralysie, de la difficulté à parler.
Indication curative. Il est évident qu'il faut diminuer la masse du sang.
Moyens curatifs. La quantité de sang a tirer en une ou plusieurs fois , varie suivant plusieurs circonstances que le m.édecin appréciera facilement. On consultera les forces , l'âge du malade ; on jugera , par l'effet qu'aura produit une première saignée , s'il en faut faire une seconde , une troisième, etc. On suppléera l'écoulement menstruel des femmes qui viennent de cesser de voir , par de petites saignées répétées plus ou moins souvent. Chez les personnes qui ont une hémorrhagie naturelle supprimée, on pourra de préférence tirer du sang de manière à rétablir son cours interrompu. Ainsi , l'ouverture des veines du pied , l'application de sangsues aux cuisses dans la suppression des règles , sera plus convenable. Cependant si le malade est méchant , ne veut pas se laisser opérer , ce sera au bras qu'il faudra le saigner.
Les émissions sanguines peuvent n'avoir pour effet que de faire cesser l'état pléthorique , et laisser subsister le délire sans le diminuer en rien. Cependant j'ai vu la convalescence s'établir peu de temps après la saignée.
Tant que durera l'état pléthorique , les bains tièdes devront être suspendus j ils occasionneraient de la difficulté de respirer, peut-être le crachement de sang, ou une congestion cérébrale, ou même l'apoplexie chez les personnes qui seraient disposées à cette maladie.
Les malades qui font facilement une trop grande quantité de sang , seront nourris avec des alimens peu nutritifs , avec des végétaux très-aqueux. On leur tiendra le ventre libre avec des boissons aqueuses abondantes ou légèrement puï'gatives. L'exercice, le travail, la promenade devront remplacer les habitudes du repos ou de la paresse.
a.** Débilité , Atonie,
Diagnostic, Affaiblissement général , pâleur, maigreur, pouls faible, ou petit et fréquent. Il peut , malgré cela , exister un délire plus ou moins violent. Plus souvent, c'est ou une stupidité complète , ou une loquacité qui approche de la démence. Cet état nait dans
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deux circonstances différentes. Tantôt il date du commencement de la folie , et Ta même précédé. C'est ce qui arrive chez des malheureux qui perdent la tête parce qu'ils n'ont pas de pain. Ils dépérissent de misère , et le délire n'est que la suite de l'épuisement du cerveau 3 des jeûner austères et prolongés produisent aussi ce résultat. D'autres fois il est secondaire , et provient ou d'un mauvais traitement , ou de l'abus de moyens débilitans , comme la saignée ou les purgatifs. J'ai vu des aliénées entrer a la Salpétrière, après avoir été saignées quatorze ou dix-huit fois en moins de vingt jours : ou bien de l'obstination qu'ont certains malades à ne pas prendre de nourriture , des excès que certains autres font de la masturbation.' L'habitude où on est encore dans des hôpitaux de province , de claquemurer les furieux dans des souterrains humides et infects, leur fait promptement perdre la santé. On reçoit quelquefois dans la maison , de ces malades dont les membres décharnés portent de fortes empreintes des liens qui ne les ont point abandonnés.
Indications curatii^es. Les causes et les effets sont ici tellement évidens, qu'il est difficile de se méprendre sur la conduite k tenir. Relever les forces, redonner du ton aux organes, forti*
fier, nourrir l'économie, éloigner les causés , Toilà ce qu'aura en vue le médecin. 11 devra sur-tout donner tous ses soins au rétablissement des fonctions digestivesj c'est par là que les meilleurs fortifians seront introduits.
Moyens curatifs. Les aliénés chez lesquels l'épuisement et la misère amènent le délire , guérissent en général assez promptement. Ces malades ne sont pas rares à la Salpëtrière. Ou leur fait prendre un bain de propreté de peu de durée , à cause de la faiblesse j on leur fait donner des tisanes acidulées. Au bout de peu de jours, l'appétit revient; elles mangent des alimens beaucoup plus succulens que chez elles , et peu-à-peu leurs forces reviennent , l'embonpoint reparait , et le cerveau , comme tous les autres organes , recouvre l'exercice complet de ses fonctions. Les aliénés , épuisés par un grand nombre de saignées , se rétablissent difficilement. Ils restent long-temps pâles et décolorés , indolens , difficiles à faire de l'exercice. Si la démence ne s'ensuit pas, au moins l'intelligence ne reprend-elle que rarement son énergie primitive. On tiendra ces malades à un régime alimentaire succulent et abondant , autant que leur estomac pourra le supporter. On leur prescrira des médicamens toniques ) les préparations d'ox}des
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de fer, l'eau ferrée, peuvent être d'une grande utilité.
Les aliénés qui viennent d'hôpitaux , où on lésa laissés long-temps dépérir faute de soins hygiéniques , ne guérissent jamais de leur délire . Seulement leur nouveau genre de vie, la liberté plus grande qu'on leur laisse , les rendent bientôt plus calmes et capables d'exercer leurs forces physiques.
Les aliénés oui s'adonnent a la masturbation, se corrigent difficilement. Les femmes sur-tout s'y livrent avec une fureur incroyable. Le marasme, la phthisie , ou au moins l'incurabilité delà folie, la démence, en sont la suite. Il est d'autant plus difficile de s'opposer aux excès honteux de ce vice , que ces êtres n'étant que peu ou nullement accessibles a aucune affection de l'âme , n'entendent guères les représentations qu'on peut leur faire. Le gilet de force sert utilement chez les hommes , mais les femmes n'en sont point embarrassées pour commettre cet acte. On tâchera de calmer l'irritation des organes génitaux, par les bains tièdes, les boissons aqueuses, un régime doux , etc. Il faudra sur-tout faire promener les malades , empêcher qu'ils ne restent seuls , ou avec quelque odieux complice.
Lorsqu'un aliéné se laisse exténuer en s'obs-»
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tinant à ne pas prendre de nourriture , et que toute influence morale a été employée inutilement, on devra lui faire passer de force des alimens dans l'estomac. On lui fera facilement ouvrir la bouclie en pressant les parotides ', il résulte de cette pression une douleur si vive , que le malade ne résiste pas. S'il ne voulait pas encore avaler, on introduirait une sonde de gomme élastique dans l'œsophage , par laquelle on injecterait du bouillon , du lait , du vin , etc. On pourra en même temps donner des lavemens semblables , et même des bains , si la for*^ tune le permet.