CONSIDÉRATIONS SUR CETTE MALADIE
SON SIEGE ET SES SYMPTOMES, LA NATURE ET LE MODE d'action DE SES CAUSES, SA MARCHE ET SES TERMINAISONS, DIFFERENCES QUI LA DIS- TINGUENT DU DÉLIRE AIGU , MOYENS DE TRAI- TEMENT QUI LUI CONVIENNENT ; AVEC DES RECHERCHES SUR l'ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES» ALIÉNÉS.
JA APPELONS le but essentiel de cet ouvrage, et disons la route que nous suivrons pour le remplir. J^ai sur-tout en vue de déterminer d'une manière positive le siège de la folie, de reclierclier si cette affection est idiopathique ou sympathique , et enfin d^indiquer les moyens de traitement les plus avantageux. Les considérations précédentes nous mettent sur la voie qui peut nous conduire a résoudre ces questions : 1 .° Nous verrons d^abord , quels sont les symptômes constans , caractéristiques de cette maladie , c'est-a-dire , quelles fonctions , quels organes sont essentiellement et toujours lésés ; et
quels autres ne le sont qu'accidentellement ou d'une manière peu sensible. Pour savoir si elle est idiopatliique ou sympathique , nous examinerons : 1.° le mode d^action , la nature des causes qui la produisent j 2.° l'importance relative , la marche , l'ordre de développement et les terminaisons de ses phénomènes divers j 3.° nous établirons les différences qui existent entr'elle et le délire aigu des maladies graves , 4.° nous tâcherons de tirer parti des ouvertures de corps, en cherchant a distinguer parmi les altérations organiques qui se présentent après la mort , chez les aliénés , celles qui ont rapport a la folie , de celles qui ne sont que la suite des maladies accidentelles qui les font succomber. Enfin , nous arriverons ainsi naturellement à l'application des remèdes.
Auparavant d'entrer dans l'exposition particulière de chacun de ces chapitres , ne convient-il pas d'en faire connaître sommairement le contenu, pour que le lecteur, sachant d'avance les idées principales qui y sont émises , soit ainsi préparé à les mieux apprécier dans la suite -, et de traiter très-brièvement les questions que je viens d'énoncer , pour qu'il puisse les discuter et les juger avec nous a. mesure qu'elles se présenteront ? Ce sera une espèce de définition , un tableau tracé rapidement de la maladie elle-même
Cette manière de procéder, YÏcieuse quand il s^agit de l'étude éiémeDtaire d'une science, où, pour ne rien avancer que d'intelligible, on doit commencer par la description des faits avant d'en venir aux résultats généraux , me semble avantageuse , toutes les fois qu'on est supposé devoir connaître en quelque point l'objet dont on veut s'occuper, sur- tout s'il fait partie d'un ensemble soumis à des lois qu'on a déjà méditées. Une définition, c'est-à-dire un exposé sommaire de qualités distinctives , de caractères principaux , ne donnera aucune idée d'une maladie à l'élève, s'il ignore ce que c'est que la pathologie , et lui sera au contraire d'une grande utilité , s'il n'a plus qu'à augmenter la somme des connaissances qu'il possède déjà sur cette science, puisqu'elle lui indiquera le sujet de ses recherches, et le mettra à même d'en tirer tout le profit possible.
Je dirai d'abord quelques mots, des opinions que plusieurs auteurs ont émises sur la nature et le siège de la folie , pour qu'elles puissent être comparées avec celles que j'adopte sur le même sujet.
Jusque dans ces derniers temps , il n'a guère été possible de se faire une idée juste de cette maladie. Dès l'instant qu'on ignorait, ou qu'on Jie voulait pas reconnaître le siège , la cause mar
térielle des fonctions lésées , de l'inlelligence , il était tout naturel qu'on fit des lésions de ces fonctions , des affections toutes particvilières y différentes des lésions de tous les autres organes -j on les plaçait ainsi hors des lois de la pathologie y et il n'est point alors de rêveries hypothétiques qu'on n'ait imaginées pour en expliquer la cause. Les anciens , Platon , Démocrite , faisaient de la folie , une maladie surnaturelle , produite par des génies , des esprits. Plus tard , sous la domination du fanatisme religieux , on l'attribua à une influence divine ou diabolique : ces légions de possédés , de sorciers , de devins , d'oracles , de convulsionnaires, de magiciens , de faiseurs de prodiges , qui ont désole l'Europe pendant plusieurs siècles , ne se composaient que de malheureux aliénés dignes des petites maisons, ou d'imposteurs qui méritaient bien autre chose. Les médecins humoristes , tels que Galien , Boerhaave , Van Swiéten , Stoll ; les animistes avec Stalh , Vanhelmont, ont tous successivement bâti des systèmes selon les idées dominantes , en faisant jouer le rôle principal tantôt a la bile , au sang, à l'atrabile ou à la pituite ; tantôt a l'âme ou a l'archée , au principe vital ou aux esprits vitaux. Toutes ces opinions, sont tellement éloignées des principes acr tuels de physiologie et de pathologie, que je ne
m'arrêterai point à les exposer plus longuement.
M. Pinel , a imprimé une marche nouvelle à l'étude de la folie : ce n'est bien réellement que depuis les recherches de ce savant modeste, qu'on sait quelque chose de positif sur cette maladie. En la rangeant simplement , et sans différences aucunes, au nombre des autres dérangemens de nos organes, en lui assignant une place dans le cadre nosographique, il fit faire un pas immense à son histoire. L'observation en devint facile dès qu'elle fut soumise aux lois générales de la pathologie -, on lui assigna des caractères propres à la faire reconnaître 5 ses causes furent plus ou moins bien appréciées dans leur mode d'action, et enfin des moyens curatifs basés sur la raison et l'expérience, purent être administrés.
Mais il est arrivé ce qui ne manque guère en pareilles circonstances : une circonspection extrême a remplacé la manie des explications. Tous les auteurs,, qui, comme M. Esquiroi ,OD.t marché avec succès sur les traces de M. Fine!;. se sont , en général , avec ce professeur , contentés d'observer les phénomènes, sans chercher à remonter a leur source , de décrire scrupuleusement les faits ^ sans vouloir les rattacher
a une cause productrice. « Caserait (i) faire un y> mauvais choix que de prendre l'aliénation » mentale pour un objet particulier de ses rey> clierclies, en se livrant à des discussions va- » gués sur le siège de l'entendement et la na- ■» ture de ses lésions diverses ; car rien n'est » plus obscur et plus impénétrable. Mais si on » se renferme dans de sages limites , qu'on s'en » tienne a l'étude de ses caractères distinctifs » manifestés par des signes extérieurs et qu'on » n'adopte pour principes du traitement que » des résultats d'une expérience éclairée , on y> rentre alors dans la marche qu'on suit en gé- » néral dans toutes les parties de l'histoire na- » turelle j et en procédant avec réserve dans s> les cas douteux , on n'a plus a craindre de s'éy> garer ». Rien de plus sage et de plus philosophique, que ces principes émis à une époque où tout était k commencer , où rien n'existait de positif sur la folie *, c'est d'ailleurs toujours ainsi, qu'on doit procéder dans l'étude des sciences d'observation; recueillir un grand nombre de faits analogues avant d'en vouloir déduire des conséquences générales , est la seule méthode qui coj:iduise a un but sans craindre de s'égarer.
(i) Traité de ia Manie ^ Introduction à la première édition.
Aujourd'hui j que nous avons des connaissances plus positives sur le système nerveux et sur les fonctions du cerveau , que nous possédons un grand nombre d'observations recueillies avec soinaulitdu malade, que de nombreuses ouvertures cadavériques faites sans prévention , nous ont pu révéler la cause d'une foule de phénomènes, nous sommes bien plus à même de nous occuper avec quelque espoir de succès , de déterminer le siège et la nature de la folie , de savoir si elle est idiopathique ou sympathique. M. Pinel, a émis d'une manière générale, en passant et sans paraître y attacher beaucoup d'importance, quelques idées sur la cause première de cette maladie. Il dit (1) : « Les préludes de » l'invasion et du retour des attaques de manie » peuvent être très-variés ; mais il semble en » général que le siège primitif de cette aliéna- )> tion est dans la région de l'estomac et des » intestins, et que c'est de ce centre que se » propage comme par une espèce d'irradiation » le trouble de l'entendement. Il se manifeste » fréquemment dans ces parties un sentiment » de constriction, un appétit vorace ou un dé- » goût marqué pour les alimens, une coosti- » pation opiniâtre, des ardeurs intestinales
(1) Traité, etc. yS."»" édit. , page 141.
» (jiii font rechercher les boissons rafraîchisî> santés , etc. » Dabord, tous ces désordres sont loin de se présenter généralement j plus souvent il ne survient que de la perte d appétit , de la soif, et quelquefois quelques autres signes d'embarras gastrique , qui durent à peine quelques jours , rarement plusieurs semaines *, et d'ailleurs , il nous sera facile de démontrer que ce ne sont que des effets , des symptômes consécutifs*, que toujours leur apparition est précédée par l'action directe de causes cérébrales , le développement de symptômes de même nature.
M. Esquirol, a parlé a-peu-près dans le même sens , dans ce court passage (i) : « Tantôt les exî^ trémités du système nerveux et les foyers de 5> sensibilité placés dans diverses régions, tan- 5> tôt l'appareil digestif, tantôt le foie et ses * dépendances sont le premier siège du mal » .
Comme on le voit , ces auteurs , les seuls en France dont l'autorité soit ici imposante , ont très-peu insisté sur ces explications , qu'on aurait , ce me semble , gravement tort de considérer comme des opinions positives , affirmatives sur ce sujet j je ne dois donc pas craindre de me trouver en opposition directe avec mes maîtres j en cherchant à prouver, et en prouvant
{i)Dict. des Se- Méd. , art. FoU€>.
DELAFOLIE, 7$
effectiyement le contraire de ce qu'ils n'ont fait (pi'açancer ou indiquer, c'est-à-dire, en démontrant que la folie est une affection cérébrale idiopathique .
Plusieurs causes , ont particulièrement contribué à faire conside'rer cette maladie, comme sympathique d'affections thoraciques ou abdominales. La première, résulte de ce que l'intelligence n'ayant pas été placée au rang des autres fonctions , on a mal apprécié le mode d'action des causes appelées morales , qu'on n'a point regardées comme agissant primitivement sur le cerveau , de même que l'ingestion d'une boisson froide excite d'abord l'estomac. La seconde , provient de ce qu'on n'a pas fait assez attention à l'ordre de développement, à l'importance relative des symptômes ; ainsi , il est Lien certain que les désordres cérébraux se manifestent toujours les premiers, et sont aussi les plus importans ou même souvent les seuls existans. Une troisième , vient de ce que les auteurs ont tiré de fausses conséquences du résultat des ouvertures de corps : ils n'ont point tenu compte des maladies accidentelles, nées de l'action d'influences extérieures , et qui finissent par faire succomber les aliénés ; de là est venu , qu'ils ont pris toutes les altérations organiques pour des causes de la folie ; et comme
le cerveau n*en présente que fort peu de bien apparentes , mais au reste comme cela arrive dans la plupart des affections nerveuses , tandis que le canal alimentaire, les poumons , le foie, etc., en offrent presque toujours , ils ont regardé ces organes comme le siège primitif de cette maladie. Enfin, le délire aigu des maladies graves n'a point été distingué de la foliej comme il est presque toujours sympathique , et qu'il consiste de même dans des désordres cérébraux , on a prêté son caractère à cette maladie j mais nous verrons qu'il en diffère essentiellement, et qu'il devient difficile dans la presqu'universalité des cas , de confondre ces deux modes de lésion du même organe.
M. Fodéré, dans son volumineux traité du délire, nous a voulu reporter aux siècles de Paracelse et de Galien , par ses vaines théories sur le principe vital , qu'il regarde comme le siège de la folie , sur le sang , qu'il considère comme le véhicule de ce principe vital et ainsi de la folie , et par une foule d'autres explications semblables dont je ne fatiguerai pas l'attention du lecteur.
Voici maintenant, quelles sont mes opinions, ou au moins celles que j'adopte, sur le siège et la nature de la folie.
La folie est une affection du cerveau ; elle est
îdiopathique , la nature de l'altération organique nous est inconnue.
La première proposition résulte des considérations suivantes :
1." Le symptôme essentiel de cette maladie, celui qui la caractérise et sans lequel elle n'existerait pas, sur qui reposent les divisions en genres, espèces et variétés, dépend d'une lésion des fonctions cérébrales -, il consiste en des désordres intellectuels auxquels on a donné le nom de délire 3 il n'y a point de folie sans délire.
2." Le délire est toujours précédé , accompagné ou suivi de plusieurs autres désordres cérébraux ou nerveux très-importans j ce sont l'insomnie , les céphalalgies , différentes lésions de la sensibilité et de la contractilité , des états d'irritation inflammatoire , de congestion, de pléthore, etc., de l'organe encéphalique.
5.° Les troubles des autres fonctions ne sont ni constans , ni graves 3 ce sont d'ailleurs les mêmes que ceux qui accompagnent toute lésion subite d'un organe de quelque importance , comme la perte d'appétit , du dégoût, de la soif, la diminution de Fembonposnt , la suppression des règles chez les femmes ", ils se dissipent ordinairement en peu de jours ou aii
moins avec la période d'excitation , et laissent subsister les symptômes essentiels.
4.° Les causes agissent directement sur les fonctions du cerveau ; celles considérées comme Sympathiques , physiologiques ou pathologiques, ne sont que des effets , des suites de l'action ou du résultat des preijriières ; quelques autres ne doivent être regardées que comme des prédispositions, des complications ou des accidens simplement concomittans.
5." La terminaison naturelle de la folie, lorsqu'elle ne guérit point, et que l'aliéné ne meurt pas trop tôt par une maladie accidentelle, est un affaiblissement, une atonie du cerveau , qui se manifeste par une abolition plus ou moins complète de l'intelligence , et un état de paralysie, d'abord partiel, puis général; plus de la moitié des aliénés incurables sont paralytiques j tous ceux qui approchent du terme fatal, cessent d'être furieux, et bientôt ne disent presque plus rien.
La seconde proposition résulte de ces autres considérations :
1.° Les symptômes cérébraux peuvent exister seuls j il n'est pas rare de voir des aliénés qui n'ont jamais éprouvé de dérangemens sensibles dans les autres fonctions. Dans tous les cas ils se développent toujours
DELAFOLIE. -77
les premiers; quelques-uns même devancent souvent de plusieurs mois j de quelques années , rinvasion du délire*, tels sont l'insomnie, les céphalalgies. Le délire lui-même, comme nous verrons dans la période d'incubation, peut commencer à naître et subsister long-temps d'une manière cachée pour les assistans, et n'être aperçu que du malade, qui a bien soin de dissimuler l'état où il se trouve.
2.° Les symptômes qui se manifestent dans les autres organes sont toujours consécutifs , sympathiques. J'ai parlé de leur importance , de leur marche et de leur durée.
3.° Les seuls cas d'une invasion subite , lorsque tous les désordres paraissent naître en. même temps , pourraient en imposer à l'observateur peu attentif ; mais s'il considère qu'alors le cerveau a été primitivement ébranlé par une forte commotion morale, une émotion vive de l'âme, il en conclura facilement que cet organe est la source de tous les phénomènes qui se présentent. D'ailleurs , dans ces cas même , il est bien rare que le délire ne précède pas de quelque temps le développement des autres symptômes.
4.° La folie ne reconnaît donc point de causes pathologiques , les seules , cependant , qui donnent naissance aux maladies appelées sympa-
thiques ; et les auteurs qui en ont admis, ont ainsi pris Peffet pour la cause , des symptômes pour l'affection première.
5.° Les ouvertures de corps viendront aussi à notre secours ', si elles ne nous offrent pas un grand nombre de preuves positives, en revanche elles nous serviront beaucoup négativement j c'est-à-dire , que si nous trouvons peu d'altérations organiques qui aient un rapport direct avec la cause prochaine , première de la folie y nous en trouverons beaucoup qui en sont toutà-fait indépendantes , sont nées de l'action d'influences extérieures , comme il serait sans doute arrivé chez tout autre individu non aliéné, et qu'on aurait ainsi grandement tort de confondre avec cette cause. Bien plus, nous reconnaîtrons l'état cérébral d'où naît la folie , comme pouvant produire , favoriser les maladies qui amènent la mort, ou au moins leur imprimer un caractère particulier, de même que dans le principe nous l'avons vu devenir la cause de phénomènes sympathiques. Si la folie était mortelle par ellemême et en peu de temps , nous retirerions beaucoup plus de fruit des ouvertures de corps ', nous ne risquerions pas de nous tromper , en prenant pour ce qui lui est propre, le résultat d'affections étrangères ; nous pourrions au juste, savoir quel est l'état apparent du cer-
DELAFOLIE. 79
veau et des autres organes , qui en résulte évidemment. Mais au lieu de cela , les malades ne m.eurent que 3, 4, 5, lo, 20 ou 3o ans après qu'ils ont perdu la tête , et ont été exposés a l'action de tous les agens destructeurs qui entourent continuellement les ^tres vivaus ; il faut donc , si l'on veut éviter l'erreur et tirer des conséquences justes des altérations organiques, tenir compte de la marclie, de la durée de l'aliénation mentale, de la nature de ces agens, et des effets qui doivent en résulter naturellement sur l'économie , dans toutes les circonstances de la vie , non-seulement des aliénés, mais de tout autre classe de personnes. C'est ce que nous tâcherons de faire.
Tout en accordant que la folie est une affection cérébrale , cela étant incontestable , on me reprochera peut-être de vouloir être exclusif, en la regardant , dans tous les cas , comme idiopathique , tandis que presque tous nos organes peuvent être lésés sympathiquement. Je réponds à cela, que je ne prétends peint que les fonctions intellectuelles du cerveau ne puissent aussi l'être de cette manière j mais je dis qu'alors il n'en résulte point ce que nous appelons folie, mais bien du délire aigu, comme nous le voyons , dans toutes les maladies graves *, que c'est précisément \k un des principaux caractères qui dis-
tinguent ces deux modes d'affection, que l'un soit, direct et essentiel , et l'autre indirect et symptomatique. Et ne voyons-nous pas une foule d'autres maladies qui se développent k-peuprès toujours idiopathiquement , telles que la plupart des inflammations aiguës , beaucoup de maladies chirurgicales, la pKtliisie tuberculeuse, etc., etc. Le panaris est-il donc quelquefois sympathique ? Pourquoi ne voudrait -on pas qu'il en pût être de même pour l'aliénation mentale ?
Nous trouverons quelquesraisons en faveur de nos opinions , jusque dans les dénominations di- "verses employées par les auteurs et le vulgaire, pour désigner cette maladie et ceux qui en sont atteints, dans les sensations qu'éprouvent et dont se plaignent les aliénés. Les expressions de maladie mentale ou de V esprit , aliénation mentale, folie , manie , démence , etc. , ont rapport au cerveau. On dit des fous, qu'ils ont perdu la tête ou la raison, qu'ils sont malades de tête, que leur esprit est égaré , etc. Beaucoup de ces malades se plaignent d'avoir la tête malade ou mal à la tête , V esprit ou la tête faibles , des ah» sences d^ esprit ■i le cerveau njide , le cerceau embarrassé y et toujours en portant la main vers cette partie , sur-tout du côté du front.
La nature de l'altération cérébrale qui donne
D E L A F O lie; 8i
naissance aux symptômes de la folie nous est inconnue, de même qu'il arrive dans une foule d'aJBfections du système nerveux; nous ne chercherons donc point k pénétrer un mystère aussi caché. Nous nous contenterons , sous ce rapport j d'observer les phénomènes sans vouloir en expliquer la production. On l'a dite ner-veuse : on a eu raison , si on a voulu dire cérébrale ; autrement , c'est apprendre par cette expression a-peuprès autant que nous, c'est-k-dire rien du tout.
La connaissance de la nature , du siège d'une maladie , et du mode d'action de ses causes , est d'une haute importance pour le traitement. Si elle est idiopathique, l'organe d'où émanent tous les désordres, mérite de fixer toute l'attention du m.édecin : en rétablissant ses fonctions , le calme renaît par-tout. Mais si elle est sympathique , il faudra plus particulièrement s'adresser k sa cause , a l'affection éloignée qui l'a produite et l'entretient ; autrement on ne ferait que pallier, faire disparaître pour quelque temps, des effets qui ne manqueraient sans doute pas de x^enaître. Le traitement de la folie doit donc être spécialement fondé sur l'état du cerveau ; les trQiubles des autres organes qui serviront d'ailleurs, comme signes diagnostiques, pronostiques de cet état, disparaîtront d'eux-mêmes ; ils
pourront toutefois réclamer l'emploi de moyens particuliers, dans le cas très-rare, où ils deviendraient assez graves pour constituer une maladie nouvelle, ou bien s'ils persistaient opiniâtrement après le rétablissement des fonctions céxébi'ales.