CHAPITRE VI
RECHERCHES CADAVERIQUES.
Etude de V Anatomie pathologique.
I-^*ANAT0MIE patliologique est certainement la là partie plus importante de l'histoire des maladies •, elle a pour objet la connaissance et la reclierche des lésions ou des altérations organiques qui les constituent essentiellement sans leurs symptômes , car il faut bien se garder de confondre ceux-ci avec celles-là, un écho avec l'élément sonore qui le produit. Elle a pour but d'éclairer le diagnostic, c'est -k- dire de faire connaître le siège véritable, la cause matérielle, organique , des troubles observés pendant la vie, leur nature primitive , et de distinguer ainsi ceux qui pourraientavoir quelque ressemblance, quoique la source en fat différente. Les moyens de parvenir à ces résultats sont l'ouverture des cadavres , la dissection , l'étude des organes înaîadesou présumés tels. Objet, but, et moyens que nous allons examiner.
Le défctut d'ouvertures cadavériques, a fait que |e§ anciens ne voyant les maladies que dans
RECHEllCHES CADAVÉRIQUES. Sy^)
les symptômes qui les expriment , nous les ont offertes dans une collection plus ou moins nombreuse de ceux-ci , en faisant toujours abstraction de la cause prochaine , cause qu'ils n'étalent point à même de découvrir. Delà sont nées de funestes erreurs, dont plusieurs se sont perpétuées même jusqu'à nous. Ils cal fait des maladies , simples modifications de la vie qu'on pourrait définir des lésions ou altérations organiques exprimées par des symptômes , des êtres réels , qu'ils ont décrits comme des objets d'histoire naturelle , pouvant se fixer sur ua organe ou sur un autre , ou sur tous en même temps ; ils ont pensé aussi que le principe vital avait ses affections propres , indépendantes des organes , delk des lésions vitales. Ainsi ils ont pris l'effet pour la cause , des sympiômes pour la maladie elle-même, des symptômes généraux pour une affectif? générale , des désordres dont iis ne reconnais saient ni ne recherchaient le siège organique, pour une lésion vitale.
Les connaissances positives sur la pathologie ne datent que du moment qu'on a pu étudier , apprécier après la mort , la cause prochaine des troubles survenus pendant la vie. Alors les faits ont commencé à remplacer les hypothèses, les recherches de Bonnet, Morgagni j. Lieu-
taud , Portai , ont fait oublier les rêveries des liiimoristes , des animistes , etc. De nos jours cette étude est devenue générale , et par les résultats îieureux qu'elle a déjà produits , nous devons espérer que la science des maladies pourra un jour être placée au rang des sciences exactes, acquérir un degré de certitude voisin de la conviction; elle nous a fait connaître des causes organicjues locales^ de maladies regardées comme générales , des causes organiques de maladies prétendues nerçeuses , vitales , ou autres. C'est plus particulièrement aux travaux de Bichat, de Rayle, de MM. Portai, Corvisart, Laennec , Dupuytren , qu'on doit attribuer les étonnans progrès qu'a faits l'anatomie pathologique dans ces derniers temps.
S'il est donné à l'homme de pouvoir un jour connaître exactement toutes les dispositions de son organisation , l'usage et le mode d'action de tous ses organes , je suis convaincu qu'aloi'S il lui sera démontré qu'aucune maladie n'attaque en même temps et primitivement tous les systèmes , et que toutes sont organiques , dépendent d'un dérangement matériel , plus ou moins appréciable dans les tissus. Aujourd'hui que nous sommes cependant loin d'être arrivés à ce degré de perfection anatomique et physiologique, en procédant du simple au composé^
du connu a l'inconnu, de ce qui est a ce qui doit être , et considérant que les mêmes lois régissent tout l'organisme, nous pouvons, nous devons encore par induction , par analogie , admettre que toutes les maladies, comme toutes les fonctions, ont un siège organique, une existence matérielle.
Outre que je conçois difficilement qu'un agent quelconque, attaque en même temps tous les organes ( je ne parle point ici de vices constitutionnels inliérens a l'organisation , comme une atonie géne'rale , etc. ) , l'étude même de ces maladies générales, m'a toujours laissé dans un vague extrême. Ne sachant a quoi rattacher la production des phénomènes donnés comme caractéristiques , il m'était très-difficile de me les rappeler, même après les avoir observes ; plusieurs fois j'ai été obligé de les apprendre par cœur , pour les retenir plus sûrement. Il ne me paraissait pas plus essentiel de considérer d'abord les uns, plutôt que les autres, de commencer a explorer la tête , le thorax , l'abdomen ou les pieds. Jamais au contraire l'étude d'une maladie primitivement locale, n'a laissé ce vide dans mon esprit , ne m'a mis dans un tel embarras. Il me suffisait de connaître ou de soupçonner l'organe affecté , pour diriger mes recherches en premier lieu sur lui , savoir pres^
que d'avance les désordres qu'il devait présenter dans sa texture et ses fonctions , et ceux qui surviendraient ailleurs.
Ce n'est pas seulement le défaut d'ouvertures de corps , qui a causé des erreurs sur l'étendue ptrimitlve des maladies -, c'est aussi le développement et la marche des symptômes des lésions organiques.
L'organisme résulte de l'ensemble de systèmes, composés eux-méme d'appareils et d'une grande quantité d'organes. Ces éiémens du tout n)ital, d'un côté, sont assez distincts pour exercer avec une certaine liberté, l'action, la fonction dont ils sont cliargés , se trouvent en rapport avec des stimulus , des agens particuliers , l'œil avec la lumière , l'estomac avec des substances qu'on appelle alimens , le cceur avec le sang, la vessie avec l'urine, le cerveau avec les sensations, etc. , agissent ainsi chacun de leur côté, produisent des phénomènes qui leur sont propres. De l'autre , tous concourent au même but, la conservation et l'entretien de la A'ie , et doivent pour cela être unis, communiquer entr'eux , s'entendre pour que l'harmonie ne cesse nulle part , ou cesse par-tout , et que ces organes soient, si je puis m'exprimer ainsi, prévenus de leurs maux respectifs , y compa' tissent et s'habituent a les supporter.
11 suit de-lk deux clioses. D'abord, cfue les organes ainsi isolés jusqu'c^i un certain point, dans leurs propriétés physiques comme dans leurs fonctions, ne doivent guère être atteints par des causes œorbifiques, que dans leurs attributs particuliers ; il n'est pas d'agent extérieur qui ne doive exercer primitivement son action sur une partie plus ou moins circonscrite ; ceux dont on ignore l'essence, tels que les miasmes contagieux, ne peuvent point être cités en preuve du contraire -, on ne doit tout au plus en tirer que de simples conjectures. Et qu'ensuite, presque toutes les maladies s'accompagnent de symptômes locaux, qui se passent immédiatement et primitivement dans l'organe affecté , et de symptmnes généraux qui surviennent dans ceux qui sympathisent le plus avec lui, et bientôt, si le mal augmente , dans toute l'économie. Si les symptômes locaux bont intenses, circonscrits, viennent d'un organe, d'un appareil ou d'un système peu inilueiits sur les autres , il n'y a ordinairement pas de doute sur l'étendue primitive de ia maladie , on la regarde comme locale > Dans le cas cpntraire, si l'organe, l'appareil ou le système primitivement affectés , le sont profondément , exercent une grande iniluence sur touî; l'organisme , président à tovis ou plusieurs de ses actes, on con-
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çoit facilement que les désordres locaux et généraux seront presque simultanés -, et de plus, si l'ouverture cadavérique ne montre point d'altération sensible là où il devrait en exister, ou même en fait voir ailleurs, on pourra, si Ton se fie aux apparences , se méprendre sur la production , l'ordre de développement des phénomènes observés , les croire généraux dans le principe.
Deux systèmes présentent particulièrement les conditions nécessaires pour donner lieu à ces affections générales, qu'on a encore appelées fièvres -, ce sont le canal alimentaire et le cerveau. L'un et l'autre, et sur -tout le dernier, ont un rapport intime avec toutes les parties , exercent un empire immense sur l'exercice des fonctions. Leurs moindres dérangemens sont ressentis avec promptitude dans tout Torgaiiisme. Et une chose digne de remarque , et qui n'a pas peu contribué à induire en erreur , c'est qu'en général les maladies de ces organes sont peu ou nullement douloureuses , laissent ainsi facilement croire qu'il n'existe point un foyer morbifique principal ; il faut souvent comprimer assez fortemeot l'abdomen pour provoquer cette sensation , quoiqu'a l'ouverture du corps on trouve queicjuefois une inflammation des plus vives et des plus étendues. Le cerveau
malade, ne peut que rarement apprécier ses propres souffrances.
Je ne sais si celte manière de voir est ancienne ou nouvelle , mais ce dont je ne doute nullement, c'est qu'elle se trouve en principe, toute entière dans la Nosograpliie philosophique. Je suis même encore à me demander comment les dissidens comme les adhérens, peuvent s'accorder a ne point reconnaître ou proclamer la vérité de ce fait, les premiers pour paraître des novateurs , et les seconds pour se porter les défenseurs d'une cause qui se défend d'ellem.éme. On dirait que les uns et les autres aiguisent leurs armes et livrent le combat , sans connaître le terrain. Les nouveaux défenseurs de la doctrine des fièvres, ont, ce me semble , prêté à M. Pinel, des opinions qu'il n'a jamais écrites nulle part. Aucun auteur n'a, plus que lui, fait d'efforts pour assigner un siège organique à toutes les maladies , sans exception des fièvres elles-mêmes. Une preuve évidente qu'il n'a jamais prétendu que les fièvres fussent sans siège , c'est qu'il leur a imposé des dénominations tirées des organes qu'il a cru plus particulièrement affectés -, c'est qu'après avoir exposé les principaux phénomènes, qui les caractérisent dans leurs périodes diverses , il cherche toujours dans la nature même de ces phéao-
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mènes, dans les résuilats des ouvertures de corps , a remonter a la source première de tous les désordres. S'il s'est trompé quelquefois , faut -il donc en conclure qa'il n'a jamais eu raison ? Les expressions de fièvres ataxique ou nerveuse , raeningo-gastrique , adéno-ményngée, adéoo- nerveu^se, indiquent positivement des affections d'organes ou d'appareils circonscrits, appartenant sur-tout aux systèmes nerveux et digestif. La fièvre aJyiiamique ellemême, dont le nom ne désigne qu'un symptôme, a été regardée par le Professeur, comme affectant plus spécialement les muscles.
Il est donc certain que M. Fine! a ckerclié à assigner des sièges a toutes les maladies, et que sur-tout il n'a jamais avance nulle purt, qu'il pût en exister sans cette condition. S'il a lgîiservè le nom antique de fièvres a quelques-unes, ce n'est pas un mal irréparable , et en outre il les a toujours qualifiées de manière a ne pas se méprendre sur la nature qu'il leur a supposée. La dispute devient ainsi une véritable dispute de mots ; ce sont toujours les mêmes affections, soit qu'on les appelle fièvre mcnyngo gastrique, ou gastro-entérite, fièvre ataxique, ou maladie cérébrale, etc.
Je n'irai pas plus loin , quoique je m'éloigne ainsi de mon sujet , sans dire un mot sur le