‹ De la folieChapitre 52 sur 73 · C A D. V É RI Q Ù É S · texte numérisé non relu

C A D. V É RI Q Ù É S

Lien et le mal , qu'à mon avis , la doctrine de M. BroLissais a produit en palhologie. Je ne veux point examîuer au fonds les opinions de ce médecin , je ne les connais point assez pour cela-, d'un côté le professeur n'a rien écrit, et de l'autre , ses éiè ves s'entendent si peu , que sur plusieurs réunis, j'en ai rarement vu deux entièrement d'accord. Biais ce que tout le monde peut apprécier , ce sont les cliangemens qu'elles ont apportés dans la thérapeutique , véritable et seul but où doivent tendre à nous conduire toutes nos connaissances.

On doit, je pense, savoir gré à M. Broussais: 1 ," D'avoir appelé l'attention sur les affections iocûles , et notamment sur celles du canal alimentaire. Les organes digestifs , par la nature même de leurs fonctions, doivent être trèsexposés aux maladies *, ils reçoivent plusieurs fois par jour les substances les plus différentes, souvent les plus contraires a la santé tant par leurs qualités que par la quantité. Combien sont fréquentes, la gourmandise cbez les riclies, l'ivrognerie, la mauvaise nourriture chez les pauvres ! L'ouverture des corps d'individus mortâ de fièvres adynamiques, montre presque toujours des inllammatiôns plus ou moins vives, quelquefois gangreneuses du conduit intestinal;, il n'est pas douteux, selon moi, qu'elles

ne soient le résultat de l'afFection locale primitive , qui k déterminé tous les désordres. Beaucoup de médecins les croyent secondaires, mais je pense qu'ils sont dans l'erreur.

2.° D'avoir étendu l'emploi de la méthode débilitante et des saignées locales, et fait voir le danger de l'usage intempestif des médicamens toniques , stimulans , prétendus antispasmodiques. La diète et le repos , sont deux conditions essentielles à la guérison des maladies aiguës ; les médicamens n'arrivent qu'en seconde ligne, et ne sont souvent utiles, il faut en convenir, que pour satisfaire les assistans et l'imagination du malade. Je suis bien convaincu aussi, (|ue dans ce qu'on appelle fièvres adynamique et ataxique , on a beaucoup trop fait attention a la faiblesse , à l'abattement extrêmes indirectement produits par l'affection locale du canal alimentaire , ou d'un autre organe dans la première, et du cerveau dans la seconde. Tout , du reste , annonce dans ces maladies , une grande irritation dans un système important. Tels sont: l'état local des parties de la tête, la congestion cérébrale, la rougeur, la pulvérulence , le brillant des yeux , le coma ou le délire, les convulsions qui caractérisent la fièvre ataxique -, l'état de l'abdomen , la rougeur vive ou la noirceur et la sécheresse de la langue.

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les douleurs épigastrlques ou d'une autre région abdominale , le ballonnement du ventre , la douleur que fait naître la pression sur cette partie, douleur qui n'est quelquefois exprimée que par un changement subit dans les traits de la face au moment de la pression , les déjections fréquentes, muqueuses , sanguinolentes , fétides ou autres, qui caractérisent le plus souvent la fièvre adynamique. Or, je le demande, était-il bien rationnel de donner dans des cas pareils, tout ce que la matière médicale possède déplus énergique en stimulans, toniques, etc., comme quinquina, musc, camphre, ammoniaque etphosphorel Des malades s'en sont bien trouvés, me dira -t-on-, mais combien ne peuvent en dire autant. Est-il d'ailleurs un seul remède qui ne compte quelques succès? Et puis cette bonne nature n'est -elle pas toujours là pour parer autant que possible , aux erreurs de la médecine ou du médecin, amener la guérisoix avec, sans, ou malgré les efforts que nous tentons pour arriver au même but.

Lessaignées locales peufortes, quelquefois de quelques sangsues seulement,et souvent répétées dans les phlegmasies chroniques, plus étendues dans les phlegmasies aiguës, me paraissent offrir de grands avantages. J'ai indiqué ailleurs (i),

(i) Chapitre V.

dans quels cas généraux elles étaient préférables à la saignée veineuse, et quand au contraire on doit avoir particulièrement recours k la section d'une veine.

Je ne parle point ici de l'excellent Traité des plilegmasies chroniques, qui est bien antérieur à la nouvelle doctrine médicale.

Mais on peut reprocher à M. Broussais, comme en générai a tous les novateurs, k tous les chefs de secte , qui ne peuvent jamais convenir de la réalité des choses qui seraient dans le cas de contrarier ou de porter atteinte a leurs systèmes, a leurs doctrines , etc. , d'avoir des idées touta-fait exclusives , i .° sur les maladies en général, en les considérant toutes comme étant de même nature dans le principe j 2.° sur les maladies en particulier , en les voyant toutes , soit primitivement, soit secondairement , dans le canal alimentaire et désignant celles de ce conduit par l'expression unique de gastro - entérite , quoiqu'elles ne soient pas de même nature ; 3.° de faire un usage k-peu-près exclusif de la méthode débilitante dans toutes les maladies.

Je ne puis rien dire des opinions de Pauteur sur la nature des maladies ; je ne sais point ce qu'il entend par irritation , iiifiammation , subinflammation .

11 fait de Pestomac , le foyer principal des

maladies ) il regarde cet organe comme un . sixième sens , un sens interne. Nous avons déjà dit que nous pensions en effet que le canal alimentaire offrait souvent des dérangeraens , même primitifs. Mais de ce que dans toutes les maladies il se trouve affecté, il n'en faut pas conclure que l'attention du médecin doive être exclusivement dirigée de ce côté, et nullement ver> le mal éloigné qui a provoqué les désordres. Parce que, dans un panaris , il surviendra de la perte d'appétit, de la soif, etc. , faudrat-il oublier le doigt , pour donner l'émétique ou appliquer des sangsues à l'épigastre, et dans une péripneumonie , une maladie cérébrale, laisser de côté le poumon et le cerveau ?

Gastrite, entérite, gastro-entérite, signifient dans le langage médical r^çu, une inflammation plus ou moins étendue du canal intestinal. Heureusement pour l'humanité qu'elles ne sont pas aussi fréquentes que l'i^iiteur le ferait croire , car on sait qu'elles sont le plus souvent mortelles. Mais M. Broussais a forcé , dénaturé la signification naturelle de ces mots, en les appliquant à toutes les maladies de ces organes , depuis le simple embarras gastrique, jusqu'à la phlegmasie la plus aiguë -, voilà pourquoi , selon lui , le traitement ne varie point non plus. Je crois qu'on a beaucoup abusé des vomitifs ,

et qu'ils ne doivent jamais être employés quand il y a des signes prononcés d'irritation abdominale , fièvre , douleur épigastrique , etc. ; mais dans ces cas même je les al vu employer quelquefois avec succès , et sur-tout sans qu'il en soit résulté des inconvéniens marqués seulement une seule fois. Certes pourtant, s'il y avait gastrite , un pareil moyen devrait l'augmenter a un point extrême. La plupart de ce qu'on appelle des embarras gastriques sans lièvre, peuvent facilement disparaître à l'aide de la diète et de boissons mucilagineuses, acidulées; si on y ajoute l'application de quelques sangsues , il n'en pourra résulter de mal. Un émétique produit le même effet, sans que pour cela on f\\sse comme si l'on jouait la vie du malade à té Le ou pile.

Les personnes qui ont suivi la pratiqué de M. Broussais, savent combien ce médecin a quelquefois abusé de la méthode débilitante ; ses élèves ont été encore plus loin que lui. Si plusieurs centaines de sangsues , des bains tièdes pour en augmenter l'action , une diète toujours excessivement rigoureuse pendant fort longtemps, etc. , ont diminué ou fait disparaître des inllammations , il faut avouer que ces mojens pourraient bien produire de graves incour veoiens.

Il résulte nécessairement d'une pareille doctrine , que non seulement toutes les maladies réclament a - peu - près le même traitement , mais qu'il suffit de le diriger y ers le canal alimentaire. S'il en est ainsi, est -il donc besoin de faire de si pénibles études médicales, de compromettre si long-temps sa santé dans des hôpitaux toujours mal-sains, pour apprendre k établir le diagnostic souvent si diflicile de chaque affection? Les élèves peuvent se dispenser de travailler ; l'officier de santé en sait tout autant que le médecin le plus instruit.

Voila ce que je pense de la direction donnée à la pathologie, par M. Broussais ; les louanges et les reproches ont été faits avec franchise et bonne foi. Je peux m'étre trompé d'un coté comme de l'autre , mais c'est sans intention et avec ia volonté de rectifier les erreui^s que j'aurai commises , dès que j'en serai averti et que je les aurai reconnues.

Je viens de parler de l'étendue primitive des maladies: je devrais examiner la question de savoir si elles sont toutes organiques , s'il en existe de vitales *, mais je l'ai déjà traitée ailleui"s (1) , et j'aurai occasion d'y revenir dans l'instant. Je vais dire un mot das altérations des humeurs.

(1) Introduction^

SqO RECHERCHES

'Que doit -on entendre par maladies humorales'^ Les anciens ont-iis eu tort de les admettre presqu'cxciusivement , les modernes Oiit-ils raison de voir d'une manière opposée? Les humeurs que renferment les vaisseaux ou des réservoirs, sont vivantes*, une fois sorties du corps, tout en Conservant leurs principes chimiques, elles perdent leurs qualités animales *, le sang se coagule pour ne plus redevenir lluide , le lait se décompose en sérum, Jait et fromage. Il est incontestable que leurs principes coastituans doivent varier selon une foule de circonstances , ne plus être en harmonie, et enfin la liqueur animale se trouver dans un état tel, qu'elle ne puisse plus remplir le but auquel elle est destinée, ou même avoir des propriétés opposées et devenir un irritant , un véritable corps étranger. Que va-t-ii en résulter? Que cette humeur ne faisant plus la m^énie impression sur l'organe ou le système qu'elle parcourt, le dérangera nécessairement et pourra causer une maladie 3 maladie qui aura son siège dans Porgane, et reconnaîtra pour cause Faltei^ation iiuinorale. Je ae peux conce\oir autrement la chose, prenons un exemple: je suppose que de la bile séjourne en trop grande quantité, ou trop long-temps dans le duodénum, qu'elle y acquiert des propriétés irri-

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tantes ; il en pourra résulter une irritation , une inflammation de cet intestin. Le liquide bilieux aura agi ici comme un corps étranger*, il n'est que cause occasionnelle de l'entérite , dont la cause prochaine réside dans l'intestin. Ainsi, je pense donc que les humeurs altérées peuvent produire des maladies. Mais ces humeurs sont toutes le résultat d'une action organique-, le sang avant d'être artériel, rouge, nutritif, a d'abord été un liquide blanc, chyleux , formé par l'action digestive-, ce chyle après un moment de circulation, s'est mêle au sang veineux , noir , a passé dans le cœur et delà dans le poumon pour y recevoir le reste de ses propriétés vitales. Le lait est formé par les mamelles , la bile par le foie , l'urine par les reins, etc.', c'est donc à ces organes que nous devrons attribuer les défauts de leurs oeuvres •, ce sont eux qui les premiers ne sont plus dans les conditions de la santé, et deviennent la cause première de tous les désordres subséquens.

Pour faire des recherches d'anatomie pathologique et en tirer des résultats propres k éclairer le siège , la nature , et le diagnostic des maladies, il ne suffit pas d'ouvrir des cadavres: il faut encore posséder des connaissances préalables, sans lesquelles ces recherches devien-

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(Iraient inutiles ou dangereuses , pourraient égarer, induire en erreur sur la valeur des faits observés. Pour que cette partie de la pathologie puisse atteindre le degré de perfection que nous de\ons désirer, il est indispensable 1.° que nous connaissions exactement tous les attributs physiques des organes, leur texture, le mode d'exercice de leurs fonctions dans l'état saiuj 2.° que nous adoptions un langage rigoureux, significatif de description pour désigner, décrire les altérations variées de tous les tissais -, 3.° que les ouvertures de corps soient faites avec tout le soin , toute la patience con- Tcnables. Alors seulement on pourra tirer des conséquences justes , utiles des recherches cadavériques. Au contraire, tant que ces conditions né seront pas remplies , les lésions organiques ne pourront , en général , qu'être produites à V appui d'opinions, sans les motiver exclusivement ; elles fourniront des preuves alllrmatives , mais difiicilement de négatives , c'est-à-dire qu'une altération profonde donnera bien rex-|3iication de symptômes graves, mais qu'une intégrité apparente d'organes peu connus dans leur texture et le mode d'exercice de leurs fonctions , ne devra point faire prononcer qu'il n'exi&te aucuns désordres physiques. Examinons en particulier, chacun de ces » -^rois points.

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Organes dans Vétat sain.

1 ." Attributs eoctér leurs des organes. Le mécanisme de la vie , la cause première de tous les pîiénomèues nous seront probablement toujours inconnus , c'est un mystère impénétrable. Mais il n'GiiL est pas de même de ce qui est matériel, sensible, et fait partie du domaine de nos sens ^ nous pouvons apprécier le volume, la forme , le poids , la situation relative et absolue , la consistance , la couleur des organes *, c'est aussi la ce qu'il y a de plus facile en anatomie.

Il ne faut pas croire , néanmoins , que nos connaissances ne laissent rien a désirer sur ces attributs physiques, qu'ils soient tellement invariables , que nous puissions reconnaître facilement s'ils ont changé. Des différences notables apportées dans tel ou tel organe, tel ou tel système, ou dans tout l'organisme par l'âge , le sexe , le tempérament , l'idiosyncrasie, rendent la chose beaucoup plus difficile , et souvent nous avons la plus grande peine à distinguer l'état sain , de l'état malade. Prenons pour exemple le foie et la rate : certainement que ces deux organes doivent jouer un grand rôle dans l'hématose, et par là avoir beaucoup d'influence sur la nutrition, car on ne peut pas croire qu'avec

un tel volume et recevant une si grande quantité de sang , ils soient simplement destinés k former un peu de bile , ou bien à remplir les hypochondres et se faire respectivement un contre-poids. Leur couleur est des plus variables j le foie peut être blanchâtre, jaune foncé, rougeâtre , brun , verdâtre , etc. Son volume varie de même j je l'ai trouvé occupant tout le flanc droit, quoique me paraissant parfaitement sain. La rate peut peser quelques gros ou plusieurs livres , être livide ou rouge lie de vin , inégale dans sa couleur , molle ou ferme , etc. Est-il bien facile , maintenant , de saisir les altérations physiques de pareils organes , et devons-nous être surpris si leurs maladies sont si peu connues ^ U me serait aisé de multiplier les exemples.

En outre , ce n'est qu'après que la vie a cessé que nous pouvons scruter l'intérieur de riiomme , et on sait que par le seul fait de la m.ort, tout devenant inanimé , rentre sous l'empire des lois générales de la nature, les tissus ne conservent plus les mêmes propriétés que pendant la vie. Le sang, refoulé dans les vaisseaux capillaires , abandonné à son propre poids, détermine , dans le premier cas , une injection particulière , une couleur rouge plus ou moins foncée dans quelques organes^ et sur-

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tout dans la membrane muqueuse gastro-intestinale , souvent aussi dans le cerveau , et dans le second, des ecchymoses, des vergetures, une sorte d'engouement dans les parties déclives , dans la partie postérieure du poumon , par exemple , si le cadavre est placé quelque temps sur le dos. L'on se tromperait grossièrement f si l'on prenait ces dispositions organiques pour un état naturel ou de maladie. Rem.arquons aussi que les maladies, lorsqu'elles deviennent graves s'accompagnent de symptômes généraux , c'est-à-dire, de désordres dans tous les organes ; et quand après la mort , nous regardons comme sain tout ce qui est éloigné du foyer principal , nous nous trompons ; quoique i'aitération doive être peu sensible , encore existe -t -elle.

Je viens de parler des varié es de coloration du foie et de la rate : on n'est guère plus d'accord sur la couleur naturelle de la muqueuse gastro-intestinale ; que de discussions patlioiogiques en sonf résultées dans ces derniers temps ? Où i'un ne voyait rien de particulier , ou bien les effets presque mécaniques de l'injection des capillaires de cette mjmbrane , si ordinaires dans les lésions du cœur et les agonies longues , l'autre y découvrait une inllammation m.anifeste. J'avoue même que j'ai

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été emLarrassé dans plus d'un cas semblable. 2.° Texture , organisation intérieure. C'est ici que commencent a se présenter en foule des difficultés insurmontables , pour l'anatomiste ; une fois qu'il pénètre l'intérieur des organes , les sens sont bientôt insuffisans pour apprécier une texture, une organisation plus ou moins compliquée dans ses élémens devenus homogènes. Vaisseaux, nerfs, tissu lamineux , parenchyme particulier , tout se confond et de- •vient méconnaissable. Savons - nous comment les vaisseaux artériels se terminent et communiquent avec les veines ? nous ne pouvons que faire des conjectures h cet égard. On pense généralement qu'il existe des réseaux capiU laires entre ces deux ordres de vaisseaux. Mais on pourrait tout aussi bien supposer que les artères finissent et déposent le sang dans des aréoles organiques où les veines viennent le reprendre. Nous pourrions peut-être mieux , par cette derriière explication, nous rendre compte de certains faits physiologiques. La moindre piqûre faite à une partie et sur- tout a la peau,, détermine la sortie d'un peu de sang ; si l'on admet les réseaux capillaires , il faudra revenir nécessairement a cette ancienne idée t que tout le corps n'est que vaisseaux, puisqu'on les trouve ainsi partout. Voilà déjà un très-

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grand mystère de l'organisation : et cependant combien est grand le rôle que jouent , dans beaucoup de maladies , ces vaisseaux capillaires ? Comment pourrons-nous reconnaître s'ils sont ou non altérés; si nous ne les connaissons pas ? Venons a des choses un peu moins cachées : voyons ce que sont nos connaissances sur l'organisation , même apparente , de quelques tissus , du foie et du cerveau , par exemple.

Sur dix foies regardés comme parfaitement snins, vous n'en trouverez peut-être pas deux qui présentent le même aspect intérieur. La couleur de la surface incisée sera tantôt jaune clair , jaune foncé, grisâtre , rouge marrontoii très-brune , etc. , le tissu paraîtra presqu'homogène ou très-granulé. On trouve souvent cet organe dépourvu de liquides , ses vaisseaux sont vides et ne laissent rien échapper j d'autres fois il s'écoule en abondance , des humeurs sanguines et noires, ou bilieuses et jaunes , trèsfluides ou plus consistantes , poisseuses.

L'organisation du cerveau et des nerfs en général, est encore bien moins connue que celle du foie, il n'y a même pas long-temps qu'on étudie cet organe comme un corps qui a eu vie -, on le considérait tout simplement comme une jnasse a faces , bords et angles , sillonnée

par des anfractuosités , séparée en plusieurs lobes , creusée de cavités, percée d'ouvertures , diviséeeii deux substances , l'une grise et 1 autre biancke. Du reste , 00 s'occupait fort peu de la texture , de la direction des fibres nerveuses \ la dissection consistait d faire des coupes en sexis divers, sans ijutres règles que la voloiité de Panalomiste. Deputs qu enfin on a étudié l'encéphale comme un corps organisé , on a commencé à découvrir qu'il est foroié d'après des lois positives, qu'il est composé défibres réunies en plus ou moins grand nombre pour donner naissance à des cordons, des faisceaux , des lames, des membranes, qui se portent en sei^ divers, s'anastomosent ou s'entrecroJsent, unissent ou séparent des parties , et circonscrivent ainsi des canaux, cavités, voûtes, etc., que ces libres évidemment entrecroisées dans la moelle aîongée, deviennent plus nombreuses à mesure qu'on se dirige vers les parties supérieures, où elles s'épanouibsent et se transforment en une large membrane plissée , adhérente par presque toute sa face intérieure, et figure ainsi des espèces de circonvolutions intestinales. Une suijstaoce molle, grisâtre, accompagne ces fibres partout, et sert, a ce que l'on pense, à leur fournir des matériaux nutritifs^ Nous devons la plupart de ces utiles découvertes

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aux reclierches des docteurs Gall et Spurzhelm. D'après le peu que nous connaissons de l'organisation encéphalique , nous devons être convaincu que nous ignorons beaucoup. 11 en est de même pour tout le système nerveux. D'ailleurs , nous rencontrerons toujours de grands obstacles dans l'ignorance où nous sommes sur les usages de chaque partie de cet organe j il n'est certainement pas probable que des fonctions si multipliées aient «ne cause unique, le cerveau doit être composé. D'après cela, je le demande , que devons nous penser de l'anatomiste qui après avoir fait quelques tranches avec le scalpel , prononce hardiment il n'y a rien , au lieu de dire je n'y 'vois rien ? IXous sommes encore probablement bien éloignés d'une instruction suffisante , pour prendre une décision aussi affirmative.

3.° Modes d'action des organes. Nous ne pouvons jamais apprécier que les résultats et non le mode d'action intérieure des organes -, nous voyons les alimens se transformer successivement en chyme , en chyle et en fèces ; le sang poussé dans toutes les parties et ramené au cœur , la pensée résulter de la réaction cérébrale sur les sensations , etc. 3 mais nous ne connaissons pas les mouvemens intérieurs qui doivent se passer dans le tissu

du canal digestif, du cœur et sur-tout du cerveau. Les glandes reçoivent du sang , qu'elles changent en un liquide nouveau , coniiiient cela se fait-il? quels mouvemeas ont lieu dans cette opération ? Quelques expériences semblent bien prouver qu'il y a communication entre les vaisseaux sanguins et les canaux excréteurs, cela doit être ainsi-, cependant nous devons admettre quelque chose d'intermédiaire pour compléter l'action de la glande. Si nous ne pouvons avoir connaissance du mode d'action des organes , des cliangemens physiques qui l'accompagnent, la cause malérielle d'une foule de lésions devra nous échapper , et cela d'autant plus facilement qu'il régnera plus d'obscurité dans l'exercice des fonctions.

Enfin nous sommes si peu instruits sur la cause productrice des phénomènes vivans, qu'à l'inspection d'un organe sain , nous ne poiîrrons presque jamais dire d'une manière positive , comment il devait exercer ses fonctions. Un grand volume est, en général, une présomption en faveur de facultés étendues. Cependant combien de colosses sont sans énergie musculaire, de grosses tètes sans esprit, et au contraire combien ne voit -on pas de petits athlètes , d'hommes spirituels , avec un front moins qu'ordinaire. Ces différences tiennent pourtant

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à l'organisation ', mais nous ne sommes point à même de les apercevoir.

Cet examen de l'homme sain doit nous convaincre que des difiicultés insurmontabies s'opposeront toujours à ce que nous puissions tirer des recherches d'anatomie pathologique, des résultats tous positifs. Voyons si ces diûicullés sont les seules que nous ayons à surmonter.

altérations organiques.

Les organes sont altérés, i." d'une manière inappi-éciable à nos sens ; ce sont les lésions vitales, nerveuses ou autres , des auteurs ; 2.° dans quelques-uns de leurs attributs physiques , dans leur texture, mais sans désorganisation, c'est à-dire, que si la maladie est susceptible de guérison , la partie reviendra a son ancien état , et que, dans le cas contraire, on reconnaît facilement son tissu , quoique déformé , changé en quelques points ; o.° dans toutes leurs propriétés, et transformés en des tissus nouveaux tout-à fait différens de l'organisation primitive ; 4.^ enfin ils recèlent des corps étrangers à l'économie. Les trois premiers états pathologiques ne sont souvent que des degrés d'une même affection -, je veux dire que toutes les maladies commencent par des

changemens d'organisation peu sensibles , et peuvent finir par aller jusqu'à la désorganisation plus ou moins complète , si l'on n'en arrête le cours destructeur. Elles sont d'autant plus faciles a guérir, qu'elles sont moins avancées •, les tissus peu altères reviennent mieux à l'état sain *, les transformations sont incurables.

Les altérations vitales ou insensibles , deviendront sensibles, au moins en partie, avec les progrès de l'anatomie et de la physiologie, et si l'on continue avec ardeur les recherches pathologiques. Elles ont déjà prodigieusement diminué depuis que nous pouvons ouvrir des cadavres; aujourd'hui elles sont presque reléguées dans le système nerveux , et pourront y rester long-temps presque les mêmes, car tout doit nous faire craindre que nous n'arrivions jamais à la connaissance parfaite de ces organes et de leurs fonctions. Il est de ces lésions qui existent visibles pendant la vie et disparaissent avec la mort : telles sont la rougeur légère , la tension des parties; ce que nous ne pouvons observer qu'à l'extérieur, doit aussi arriver à l'intérieur , et probablement que plusieurs changemens organiques nous échappent de la même manière.

Lesaltérations sensibles sans désorganisation, ^ont ei^trêmement nombreuses 3 elles consistent

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en des cîiangeraens plus ou moins considérables dans les attributs physiques, la position relative et absolue , les connexions des organes. Tels sont une augmentation ou une diminution de poids , de volume, de densité, de consistance , des variations dans la couleur extérieure et intérieure , la présence de liquides séreux , purulens , sanguins ou gélatineux disséminés ou réunis en foyers, des déplacemens , des solutions de continuité , des adhérences contre-nature , des dilatations ou obstructions de canaux, réservoirs, vaisseaux, etc. Un grand nombre de ces altérations sont les suites des phlegmasies aiguës ou chroniques j Pinllammation est une maladie très - fréquente , dont sont susceptibles presque tous les tissus ; elle peut s'accompagner dans ses diverses périodes selon son siège , le degré d'intensité , ses terminaisons, des phénomènes sui vans : rougeur, injection sanguine, phlogose, tension, augmentation de volume, engorgement extrême des vaisseaux , d'où résultent ce qu'on appelle hépatisation , ou une extravasation sanguine , des exsudations séreuses , couënneuses , des fausses membranes , des adhérences , l'épaississement , l'induration des tissus , des escharres gangreneuses, etc.

Il serait bien im,portaiît qu'on pût fixer au

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juste le sens pathologique du mot inflammation ,dire où cette affection commence et jSnlt, quels sont les caractères particuliers qui peuvent toujours la faire reconnaître, quel que soit l'organe atteint. Elle peut exister sans douleur; beaucoup de plilegmasies chroniques sont dans ce cas : sans tumeur ; on n'est pas bien sûr si les séreuses s'épaississent, on conçoit difficilement une augmentation de volume du cerveau: sans chaleur ; cela arrive très-fréquemment quand elle est chronique : il y a toujours, il est vrai , rougeur , injection des vaisseaux sanguins, présence du sang dans des vaisseaux qui n'en contiennent point ordinairement : mais ce phénomène ne suffit pas pour caractériser cette maladie , la distinguer de la congestion-, il faut de plus, l'un des symptômes précédens , ou quelque disposition organique que nous ne connaissons pas. On voit combien on doit quelquefois être embarrassé à l'ouverture du corps pour décider si la rougeur qu'on remarque est inflammatoire, dépend d'un simple état de congestion, ou même d'une injection presque mécanique survenue pendant l'agonie, ou à la suite d'une lésion du cœur ou des gros vaisseaux. J'avoue que j'ai souvent été embarrassé dans des cas pareils; je ne savais de quelle nature étaient des taches, des plaques rouges.

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l'injection d*une partie plus ou moins étendue de la muqueuse gastro-intestinale, sur-tout du jéjunum et de l'iléon ; il ne s'était manifesté pendant la vie, rien qui dut les faire soupçonner -, pas de douleur , de soif, de rougeur ni de sécheresse delà langue, de dévoiement, etc. ; la membrane n'était ni épaissie ni ulcérée, je finis par douter que cela fût toujours maladif, et par croire que ce n'était point inflammatoire.

Dans les transformations organiques , la substance des organes a tellement changé, qu'elle est méconnaissable ; elle est réellement devenue un tissu nouveau, qui jouit de propriétés toutà-fait nouvelles 3 tissu qui est toujours de même nature , quelle que soit la partie qui lui donne naissance. Il y en a de deux sortes : les uns ont des analogues dans l'économie j telles sont les ossifications accidentelles de parties molles : les autres sont entièrement étrangers , e| toujours le résultat de maladies. MM. Bayle et Laennec nous en ont faite connaître quatre espèces bien distinctes : le tubercule , le sqiiirrhe , r encéphaloïde ou matière céréhri forme , et les mélanoses. Ces altérations ont des caractères propres , une marche régulière -, elles ne peuvent jamais guérir que par l'ablation de la partie affectée , quand elle est possible.

Je crois qu'on doit regarder comme un tissu

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nouveau , la transformation graisseuse ou adypocireuse du foie tourné au gras } le foie n'est pas le seul organe qui soit susceptible de la présenter j je l'aï trouvée plusieurs fois dans le poumon gauclie -, la ressemblance était parfaite. La dégénération du tissu cellulaire dans l'élépliantiasis et quelques autres affections clironiques, a beaucoup d'analogie avec cette altération organique.

Les corps étrangers qui peuvent exister dans nos organes , sont animés ou inanimés , naissent en nous ou viennent du dehors •, telles sont les différentes espèces de vers, les calculs vésicaux , biliaires ou autres , des corps introduits par les ouvertures naturelles ou des plaies, etc.

Ouvertures cadavériques , leurs résultats matériels, les conséquences qu'on en peut dé-

uire.

Si les recKerclies cadavériques ne produisent pas toujours tous les résultats désirables, on peut quelquefois en accuser la manière dont elles sont faites : non-seulement il est nécessaire d'y apporter beaucoup d'attention, d'avoir constamment l'état sain présent a l'esprit , mais il faut encore beaucoup d'habitude pour voir les choses ce qu'elles sont, n'être

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pas surpris , étonné des phénomènes les plus naturels comme les plus ordinaires *, voilà pourquoi ce n'est guère que dans les hôpitaux qu'on peut se livrer avec fruit à de pareils travaux; la facilité qu'on a, dans ces asyles, de voir souvent Ics mêmes objets^ de pouvoir les comparer, met à même de découvrir la vérité , de rectifier des erreurs nées d'un jugement précipité ou mal 'assuré.

Les recherches doivent être faites avec d'autant plus de soin que la causé que l'on cherche parait plus cachée , que les organes supposés affectes d'après l'observation des symptômes , sont moins connus dans leur organisation et leur action. Ainsi , tandis que le jx)umon laisse facilement apercevoir les changemens survenus dans ses propriétés physiques, on ne peut souvent les. découvrir dans le cerveau, que lorsque la maladie a fait de grands progrès , et qu'ils ne sont plus que les effets de l'affection primitive : c'est ce qui arrive dans la parai ,sie chronique , suite de la folie. L'anatomie pathologique de cet organe est encore bien peu satisfaisante ; outre les raisons que j'ai données pour expliquer ce fait, il en existe encore d'autres : d'abord, on ne l'examine point avec assez d'attention-, on se contente le plus souvent de le couper en plusieurs sens, de péneti-er dans

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l'intérieur de ses cavités , etc. -, et en outre , on voudrait trouA'^er des désordres physiques presquVvussi appareils que dans les tissus les plus simples; oubliant ainsi que le plus léger dérangement de la substance cérébrale, que quelques gouttts de sang épanchées dans l'intérieur du crâne produisent les plus graves accidens , quoiqu'à l'ouverture l'on ne puisse rien découvrir de contraire a l'ordre naturel. Combien de lésions aussi légères, ou que nous regardons comme indifférentes, doivent nous échapper î

En général, on ne fait l'ouverture d'un corps, que lorsqufon a. observé pendant la vie des phénomènes dont on veut reconnaître la cause organique ; alors on commence l'examen par la partie qu'on regarde comme principalement affectée, et on poursuit selon ce que l'on se propose de chercher. Quelquefois , dans des cas de médecine légale, on est obligé de faire l'autopsie de cadavres sur lesquels on n'a aucuns rens;:ignemens. C'est sur-tout ici qu'il faut prendre garde de confondre des dispositions naturelles avec le résultat de maladies, des plaies qu'on uuruit faites inconsidérément avec le scalpel , pour des blessures: les conséquences de pareilles méprises peuvent être de la plus haute iaiportance.

Auparavant de chercher k tirer des consé-

quences de l'ouverture d'un corps, on doit rendre compte des résultats matériels, des altérations organiques qu'on a cru observer. Autrement, si vous alliez dire sans détails, que d'après vos recherches vous avez été convaincu de telle chose ou de telle autre, on serait en droit d'en douter; car, ce que vous prenez pour un état pathologique peut en être un auti'e , la route que vous avez suivie peut n'être pas botine, vous avez pu oublier d'explorer avec attention des organes importans , ce qui vous a paru indijBférent peut être d'une grande importance, etc. 11 faut donc d'abord décrire les faits observés et ne pas seulement les désigner par des termes qui expriment des choses convenues •, ainsi , au lieu de dire simplement que tel organe est enflammé, bepatisé, cancéré, etc. , on donnera des détails sur ce que l'on croit être ces modes d'altération, et le lecteur, du moins, sera à même de pouvoir rectifier les erreurs commises. Ce qui me fait insister sur ce précepte, c'est que j'ai souvent vu survenir des discussions k l'occasion des faits les plus matériels-, par exemple, l'un prenait pcar une inflammation de la muqueuse iritestinale , ce que l'autre regardait comme une phlogose légère , et ce qu'un troisième considérait comme l'état sain , et la même altération était appelée

4ïO RECHERCHES

inflammation, phlogose, injection des Taîsseaux sanguins , etc. En traçant le plus exactement possible ce qu'on observe, cliacun est libre à'j découvrir ce qu'il voudra.

La description exacte des altérations organiques n'est pas sans difficultés ; il arrive souvent , ou qu'on ne saisit pas bien la différence d'avec l'état sain , ou bien qu'on n'a pas d'expressions justes, rigoureuses, pour indiquer en quoi consiate cette différence. Ainsi , j'ai souvent été embarrassé pour dire si un crâne d'aliéné était plus ou moins épais , plus ou moins dense , plus ou moins compacte, etc. , que celui d'un autre individu ; si le cerveau était de même plus ou moins mou , décoloré ou non , offrait des différences dans le volume , la consistance de ses diverses parties. Aussi je me défie toujours de ces assertions affirmatives , sans aucun doute. Quand Greding avance que tous les crânes d'aliénés sont épais , je serais tenté de penser qu'il n'en a jamais vus , mais j'aime mieux croire qu'il ne les a pas comparés avec ceux des personnes qui n'ont point perdu la raison : je dirai la même chose des auteurs , qui , mettant leur imagination à la place des faits , ont cru voir tous les cerveaux des furieux, très-coiîsistans et même friables , et tous ceux des mélancoliques , plus ou moins mous.

CADAVÉRIQUES. 4l 1

Ces assertions erronnées peuvent provenir de deux causes : la première , de vouloir déduire des conséquences générales, s'élever s. des résultats généraux , d'après des faits peu nombreux ou mal observés ; la seconde , de faire toujours les mêmes recherches sur un même genre de malades.

Le manie de bâtir des systèmes , de faire des théories, de fonder une doctrine nouvelle , jointe à l'aniour propre qui fait facilement naître chez l'homme l'idée de supériorité, quelquefois même d'infaillibilité , a enfanté et enfantera encore long-temps des erreurs sans nombre. Une imagination ardente, témoin d'un phénomène , d'un fait qui lui paraissent extraordinaires , s'en empare, les généralise, pose des principes, trouve les lois de leur existence , etc. ; mais une nouvelle observation vient bientôt faire écrouler un échafaudage si peu solide. Combien avons-nous vu , dans toutes les sciences , même dans celles qu'on nomme physiques ou exactes, de théories ainsi détruites et remplacées par d'autres ! Voyez où en est la chimie aujourd'hui , et dites ce que deviendrait Stalh avec son phiogistique , et si Lavoisier et Fourcroy , les régénérateurs de cette science , ue paraîtraient pas un peu surannés , s'ils revenaient dans leurs laboratoires ? Ce ne doit donc

être qu'avec la plus grande réserve , et toujours d'après des faits nombreux et bien constatés , que l'homme judicieux tentera de s'élever a des résultats généraux. Si en m.édecine Pou suivait cette marche sage , la science ferait des progrès réels j et nos successeurs, au lieu d'être occupés d'abord à combattre nos erreurs , n'auraient qu'à suivre la route de la vérité.

Si l'habitude de ne voir qu'un seul genre de maladies rend plus familier avec leur étude , elle empêche aussi de faire des comparaisons toujours utiles, la science pathologique se composant d'objets qui ont tous des points de contact ; on peut finir ainsi par oublier, pour ainsi dire, qu'il en existe d'autres , et par ,rapporter tout ce qu'on observe pendant la vie comme après la mort , à celles dont on s'occupe presqu'exclusivement. Voila probablement comment il se fait que dans la folie , Vun a vu tous les crânes épais , l'autre , tous les cerveaux consistans et même friables, chez les furieux , etc.

Nous arrivons enfin, à travers tant de difficultés et d'obstacles , au but que nous désirons atteindre, aux conséquences que nous devrons déduire des recherches cadavériques que nous avons faites *, recherches entreprises pour éclairer le sié^^e et la nature des maladies. Nous

CADAVÉRIQUES. 4l5

allons clierclier k établir les rapports des efFets et des causes, voir si les uns peuvent bien s'expliquer par les autres , ce que l'on doit penser des cas qui paraissent embarrassa ns.

L'observateur, arrivé h ce point, nedoitpas oublier que la maladie d'un organe consiste dans une lésion , une altération quelconque de son tissu , dont la suite nécessaire est la manifestation de troubles dans la fonction dont il est chargé ; ces deux choses sont, en général , Inséparables Mais il peut arriver i.° que la lésion organique soit assez légère ou assez peu aiguë pour ne déranger en rien l'exercice vital, ne pas donner naissance à des symptômes qui la fassent reconnaître. 2.° Que des désordres très-graves de fonctions soient produits par un dérangement organique qui nous paraît peu sensible ou même que nous ne voyons pas ; et dans ces deux cas, l'absence, pour nos sens du moins , de l'une des conditions ordinaires de l'existence de la maladie , n'empêche pas que nous n'en placions le siège dans l'organe où nous rencontrons cette seule condition ; ou en d'autres termes, que la lésion d'un organe sans troubles de la fonction dont il est chargé , et le trouble de cette fonction , sans lésion apparente de l'organe , constituent toujours une lésion organique. D'où il résulte deux moyens d'établir le

4)4 R EC H ERCHES

siège d'une maiadie : l'observation des symptômes et l'ouverture du corps ; cjuand ces deux moyens fournissent des preuves également positives , il n'y a aucun doute, les conséquences sont rigoureuses. Mais l'un des deux peut aussi conduire a des résultats satisfaisans : et c'est , par exemple , une grande erreur de croire que l'ouverture du corps doit toujours confirmer l'observation des symptômes. Je ne conçois même pas comment des médecins vîtalistes ou animistes , peuvent admettre un principe si contraire à leur manière de voir 3 eu effet, les lésions qu'ils appellent axîtales , n'attaquant pas l'organisatioa , ne doivent pas laisser de traces de leur existence , et il deviendrait ainsi impossible de leur assigner un siège-, conséquence rigoureuse, quoique non admise. C'est cependant d'après ce principe, qu'on dit encore aujourd'hui : la folie n'est pas dans le cerveau, puisque souvent ou ne trouve rien dans cet organe , et que les lésions qu'il présente quelquefois , ne sont pas exclusives a cette maladie -, mais par la même raison , on serait en droit dé dire qu'elle n'est nulle part, car les autres organes ne présentent que des lésions accidentelles , et ces mêmes lésions se rencontrent extrêmement souvent chez des individus qui n'en n'ont pas moins

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conservé toute leur raison. La fièvre ataxique cérébrale n'est pas non pius dans le cerveau, car à l'ouverture on n'y découvre ordinairement rien , et sa cause n*est pas ailleurs , car presque toujours le reste du corps est sain. Mais que d'un côté, on se reporte aux considérations que nous venons de faire sur les recherches pathologiques , et de l'autre , qu'on étudie les symptômes de ces maladies, la nature des causes qui les ont fait naître , et on n'aura pas le moindre doute sur leur siège.

Les adversaires de M. Broussais , ont quelquefois eu beaucoup de supériorité sur lui , précisément parce qu'il a ainsi toujours voulu trouver la cause matérielle de la fièvre ataxique, et reconnaître souvent pour telle , quelques taches rouges de la muqueuse intestinale. U a été extrèmemenl facile de lui montrer des cadavres à l'ouverture desquels on ne voyait absolument rien, qui pût déterminer une semblable maladie. Des désordres dans les fonctions cérébrales, comme ceux qui la caractérisent, ne peuvent être produits sympathiquement , que par des altérations assez graves, assez évidentes , pour qu'on n'ait pas besoin de les chercher ou de les créer. Si ce médecin eût été bien convaincu de cette vérité, que le cerveau peut être affecté dans l'exercice de ses fonctions^

sans en laisser de traces organiques appréci. blés , ii aurait beaucoup mieux défendu sa cause.

îl faut distinguer aussi le s^ége d'une maladie , de celui des piienomenes niorbifiques qui la composent. Je m.'e: piique: une maladie j dabord locale, s'étend bie^t 1, pour peu quelle soit grave, a toute l'écononiie -, i'ensembie de tous ces desordres est rapporté à une même cause, qu'on nornihe son siège : ainsi nous disons que la foiie est dans le cerveau, et nous considérons comme ses dépendances, tous les troubies qui se passent ailleurs. Les phénomènes morbifi(jues, au contraire, toujours pris isolément et indépendamment de leur cause éloignée, reconnaissent pour cause prochaine, l'organe qui leur don le naissafice. Frenoas encore la folie pour exemple : parmi ses symptômes, les principaux sont cérébraux , tels que le délire, l'insomnie, les ceplialaigies , l'accéleretion de la circulation cérébrale , etc. j d'autres sont gastriques , tels que la perte d'appétit, quelques coliques, etc. , quelques-uns sont utérins, la suppression des règles, etc. Cette distinction est extrêmement importante à établir; car la grande difficulté n'est pas le plus souvent de découvrir le siège des phénomènes morbifiques , mais bien celui de la maladie

CADAVÉRIQUES. 4l7

q^u'ils caractérisent^ la cause première qui leur a (iouné naissance j nous j>e sommes pas embarrassés de Siivoir que Ses troubles cérébrinux , gastriques, utérins , dépendent chacun des dérangemens du cerveau , du cajial alimentaire, de i'uterus •, mais ce qui noiïs iniporti à connaître, <jt fait l'objet pri^ss|u'excîr«sif des recherches cariavévic[u. s , c'est lequel de ces trois appareils est le siège d;^ la maladie.

J'ai déjà traité aliieiirs (j-j, sous plusieurs rapports, la question des affections sympathiques; ici, je ne l'envisage que sous celui des ouvertures de corps. Dans le plus grand nombre de cas, on aura besoin de faire des rapproçhemens de toutes les circonstances propres à éclairer le jugement -, les recherches cadavériques seules , sans notions positives sur la nature des symptômes et l'ordre de leur développement, ia nature; des causes , etc, , pourraient n'apprendre rien ou même tendre à induire en erreur.

Pour que les lésions organiques fournissent des preuve.i ■?rniti('es au siège a'uuv' mai;;idie , il faut, 1.° qu'elles soient en rapport avec les eifets produits , 2.° qu'elles se présentent constamment dans les mêmes circonst.iaces , et ra-

(i) Introduction.

4l8 RECHERCHES

roment dans d'autres. Mais les reclierches cadavériques peuvent nous conduire au même but, par une voie opposée; c'est-a-dire , que par des preuves négatives de la lésion d'un organe, et en procédant par voie d'exclusion, nous finirons par remonter à celui qui doit être le siège de la maladie. Examinons ces deux sortes de preuves.

Preuves positives ou directes. Je dis que l'altération organique que l'on regarde comme la cause des effets produits , doit être en rapport avec l'étendue , l'importance de ces mêmes effets. Si un organe qui n'a que peu de relations avec le reste de l'économie, ne paraît que légèrement lésé dans une affection très-grave , on ne devra pas douter qu'il n'y soit étranger comme cause première *, ce serait un renversement des lois physiologiques, que d'admettre le contraire. Ce n'est pas non plus avec quelques taclies rouges de la muqueuse gastro - intestinale , qu'on pourra se rendre un compte satisfaisant et bien motivé , de ces désordres cérébraux qui s'étendent a toute la vie de relation -, nous devons en clierclier la source ailleurs. Cependant, il ne faut pas oublier ce que nous avons dit de la difficulté ou de l'impossibilité où l'on est souvent d'apprécier les cliaagemens qu'éprouvent certaines parties, ieur

CÀDAVÉRiQiJES. 4l9

Oi^ganîsation ne nous étant que très-imparfaitement connue. Le système nerveux , pour cette raison et encore par l'iiiiportance de ses fonctions , i'iniluence qu'il exerce sur toute l'économie . peut être ie siège de pliéisomènes extraordinaires, quoiqu'il n'en reste que peu ou même point de traces.

En c<utre ^ i'aiteration organique supposée la cause d'une maladie , doit se présenter constamment dans les mêmes circonstances, et rarement dans d'autres , une même cause devant toujours produire les mêmes etïets. C'est pour cela que nous ne trouvons point dans le cerveau des insensés, de preuves directes du siège de la folie -, en eiîet , les désordres physiques que nous otfre cet organe , ne sont pas couhtans chez tous ces malades ou même chez ia plupart, et se rencontrent chez d'autres individus qui n'ont pas été fous; nous pourrons tout au plus les considérer comme des suites de la lésion première cjue nous n'avons pu apprécier , et comme des causer des affections nerveuses chroniques secondaires, si fréquentes chez les aliénés. Et alors même nous en tirerons très-bien parti , parce que nous remarquerons que ces désordres et ces affections secondaires, ne sont aussi frèquens dans aucune classe de malades , autre que les fous.

Rappelons aussi sans cesse, que puisque nos moyens d'investigation sont souvent assez bornés pour que nous ne puissions pas apprécier les cliangemens organiques , il devra nous arriver d'en confondre de très-différens, quoique semblables en apparence. Et c'est toujours plus particulièrement au système nerveux que ceci s'applique.

Preuçes négatives ou indirectes. « Ces autopsies, (i) sont utiles lors même qu'elles ne nous offrent aucune altération morbide, que nous puissions considérer comme la cause de la maladie qui existe. La négative, en pareil cas , est d'autant plus utile à connaître , qu'elle nous , éclaire souvent sur des erreurs qui auraient pu nous déterminer a prescrire les remèdes les plus contraires-, trop heureux alors, si nous ne les avons pas commises ! » Dans ces maladies presque subitement graves et générales, ou dans celles qui sont très-lentes, mal caractérisées, et semblent s'étendre a plusieurs organes voisins, il est facile de se méprendre sur leur siège primitif. Quant a l'ouverture du corps, on ne trouve que peu de désordres a l'endroit qu'on croyait être le foyer principal,

(i) Discours de M. Portai , prononcé lors de la nonùlîation des élèves internes et externes, en 1819.

et qu'au contraire on en rencontre ailleurs qui peuvent suffisamment expliquer la manifestation de tous les phénomènes morbifîques , le jugement porté d'avance est par la rectilié. S'il arrive qu'on ne découvre nulle part dé dérangemens orgaliiques; on se conduira d'après plusieurs des considérations précédentes ^

on consultera la nature des deransemens or-

dinaires de chacun des organes aCtueilenïent affectés , les effets qu'ils produisent , etc. ;, on soupçonnera d'abord comme', l'aiitèur' des-^feaiix des autres^ celui qui avec les moindres altérations, produit les plus grands troubles ; en général dans ces sortes de cas, c'est toujours au cerveau qu'il faut remontery lui seul offrant beaucoup de maladies trè^- graves et très-généï'ales, sans cause apparente; ' * ' ' '

Le siège des maladies aiguës et nlortèlles par elles-mêmes , est ordinairement facile a déter- -miner d'après l'inspection cadavérique ; un seul organe est affecté, et l'est assez gravement pour qu'on ne puisse s'y méprendre -, une péripneumonie , une gastrite, une hépatite aiguës qui causent la mort en peu de temps, laissent voir le poumon , l'estomac et le foie tellement changés dans plusieurs de leurs attributs physiques ^ que l'on n'a pas besoin de rechercher ailleurs la cause de cette issuei funeste. Il n'en est pas

de même des maladies loriguts et cli ironiques , ou de celles qui ne sont qu'accidentellement mortelles. Les preaiièi^es peuvent être peu caractérisées des leur début , se propager dans des organes voisins, et présentera l'ouverture du corps un même degré d'intensité, de manière qu'il sera diliicile ou i ripossible de distinguer le siège primitif du mal. Dans les secondes, on peut prendre, si l'on n'y fait atlentîon , le résultat des maladies qui ont amené la mort , pour la cause de l'affection antérieure. C'est la précisément l'erreur commise par presque tous Jes auteurs qui se sont occupés de l'anatomie pathologique des aliénés.

Voilu pour le siège des maladies. Les rejclierches cadavériques ont encore pour objet d'éclairer sur ieui' nature, de faire connaître la valeur des signes extérieurs ; cette partie de la pathologie se nomme- séméiotique. Ce n'est pas tout que d'avoir découvert l'organe lésé ', il faut encore , et c'est d'une grande importance > d'une absolue nécessité pour le traitement, reconnaître de quelle affection il est atteint, à quel degré est cette affection ; savoir si c'est une inilara,matiqn , un cancer ou des tubercules ; si cette inilammation , légère et commençante, ne consiste enpore qu'en un simple état de tension et d'engorgement , ou si

elle tend a l'hépatisation , a la suppuration , a la gangrène , etc. L'ouverture des corps presque seule, a pu détermiaer la valeur des signes extérieurs qui nous annoncent ces dispositions souvent avec précision. L'observation des maladies externes , a aussi contribué à nous conduire à ce résultat. Je ne fais qu'énoncer sans détails , ce point de pathologie , parce qu'il est trop étranger à mon sujet.

J'ai cru devoir m^éiendre aussi longuement sur l'exposition de ces principes d'anatomie pathologique , parce qu'ils forment les fondemens de la science , et sont aussi applicables à l'étude de la folie ; cette maladie a si souvent été considérée isolément, et comme si elle n'a- Tait pas de pareilles dans l'économie , qu'il est toujours utile de ne rien négliger pour la remettre à son rang dans le cadre nosologique. INous éviterons d'ailleurs ainsi d'entremêler le récit des faits, de rédexions qui pourraient en diminuer l'intérêt , ou de répétitions souvent fastidieuses et peu utiles.

Résultats d'ein'iron trois cents ouvertures de corps d'aliénées mortes à L'hospice de La SaLpétrière.

Non-seulement les ouvertures cadavériques

n'ont pas jusqu'ici produit des résultats aussi avantageux pour écuÀrer le siégo et la nature de la folie , que dans la plupart des maladies, mais eîies r nt donné lieu a des erreurs. Ce n'tbt que demi mal, quand dans la recliercîie de la Aerilé, on ne trouve rien qui puisse la faire découvrir, avec de la persévérance on pourra être plus heureux. Il n'en est pas de même , lorsqu'on se trompe sur la nature et i'orii^ine des cl) oses j alors il faut autant , et peut être plus d'ciforts pour revenir de la fausse route qu'on a prise , et pour faire quelques pas en avant; en outre^ l'esprit de l'homme par une sorte de force d'inertie presque naturelle, aime ce qui existe pour ne pas se donner la peine de le changer , se contente souvent des plus fausses explications, dans la crainte de faire queiqu'effort pour les combattre , ou pour combler le vide qui résulterait de leur destruction; voilà pourquoi l'esprit humain fait, en général, des progrès si peu rapides , mars he si lentement vers la perfection, J'ai déjà fait entrevoir diras les considérations qui précèdent , et dans plusieurs autres endroits , ia plupart des causes qui ont pu retarder ou empfcclier les progrès de i'anatomie pathologique chez les aliénés et donner naissance a de fausses inductions ; je vais les récapituler suc-^

CAD A V É R ï Q U E S. 49.5

cinctement , et y ajouter celles qui ii*ont point encore trouvé leur place. Ce sera ainsi nous rendre un compte exact de ce que nous devons espérer de faire , des difficultés cjue nous rencontrerons , et indiquer la marche qui nous paraît la plus sûre pour ne pas nous égarer.

Parmi ces causes , les unes sont relatives a l'organe affecte , à la nature de la maladie , et les autres , a la direction donnée aux reclierches. Les premières peuvent se rapportera celles-ci : 1.° Le cerveau est le siège de la folie : nous avons assez fait voir combien de difficultés et d'obstacles insurmontables s'opposent a la connaissance de la cause prochaine des maladies de cet organe, pournous dispenser d'y revenir j 2.° On ne trouve point dans cet organe de preuves positives qui indiquent le siège de cette maladie , si ce n'est dans l'idiotie •, chez les autres aliénés , les altérations qu'il présente sont postérieures au développement de la folie, dont elles paraissent être une conséquence. Il en resuite que ce ne sont pas les altérations i mais les ailëctions secondaires qu'elles produi- *sent, qu'il nous faudra confronter avec la cause prochaine de la folie, pour savoir quels rapports les unissent, si les premières surviennent souvent a la suite de la dernière. JNous sommes ainsi réduits a chercher des preuves

négatives , en arrivant au centre cérébral après avoir parcouru les autres systèmes organiques, et démontré que ceux-ci ne sont lésés que consécutivement à lui, soit par son influence ou par celle des agens extérieurs.

3." La folie n'est pas mortelle par ellemême; les aliénés peuvent vivre long-temps et ne succombent ordinairement qu'a une affection accidentelle , restent ainsi exposés a l'action d'une foule d'influences différentes , contractent un grand nombre de maladies avant d'arriver a la dernière \ si on ne tient compte de ces circonstances , on prendra pour des causes, des accidens tout-à-fait étrangers. Les secondes sont a-peu-près celles-ci : 1.® En général, les auteurs ont d'abord dirigé leurs recherches sur le cerveau 5 mais ils "voulaient trouver dans cet organe des dérangemens incompatibles avec la nature ordinaire de ses maladies ; et comme ils ont été trompés dans leur attente , ils ont de suite faussement conclu qu'il n'était pas le siège de la folie, et que ce devait être des organes dont les altérations étaient bien plus évidentes. Ils ont, de la sorte,' non-seulement confondu le siège d'une maladie qui est toujours la où se manifestent ses symptômes caractéristiques, avec la cause éloignée qid Ta produite, mais admis en principe

que nulle affection n'existe sans qu'on n'en l'Oie la cause organique , ce qui n'est pas du tout vrai , comme nous l'avons vu précédemment , et en outre regardé l'aliénation comme occasionnée par des accidens qui lui sont plus ou moins étrangers.

2.° Les aliénés ne sont pas , comme tous les autres genres de malades , susceptibles d'être soumis a l'observation assidue de beaucoup de médecins. Rassemblés en grand nom.bre dans des établissemens spéciaux , les personnes seules qui sont chargées de la direction sont a même de faire des recherches ; malheureusement les Bonnet , les Morgagai , les Lieutaud^ les Portai, n'étaient pas dans cette position, et n'ont pu disséquer que quelques individus. 11 est des maladies qui laissent toujours après elles assez de traces de leur existence, pour qu'un petit nombre de faits suffisent pour éclaircir les différeus points de leur histoire ', telles sont les inllammations , les cancers , la phthisie , etc. Mais il n'en est pas de même de la folie , comme de la plupart des des affections nerveuses qui ne donnent que quelques preuves éparses et souvent peu probantes , de leur passage j il faut ;, dans ce cas , rassembler un grand nombre de faits , avant que d'essayer d'en vouloir déduire des conté-

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