‹ De la force du droit et du droit de la force ou De la restauration du droit divin dans l'ordre social et du droit national dans l'ordre politique E. de ValmyChapitre 17 sur 31 · CATHOLICISME. — CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

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Réalisation des principes de liberté, d’égalité et de fraternité. — Liberté d’examen. — Liberté religieuse; l’établissement du protestantisme a été une violation de cette liberté — Influence de l’Église catholique sur la liberté politique.

Si le contrat social donné à l’homme sur le mont Sinaï est indissoluble, et si la raison ne peut substituer à cette œuvre divine que des chimères ou des calamités; si, d’un autre côté, le contrat politique, œuvre de l’homme, ne peut jamais atteindre la perfection que les législateurs poursuivent vainement, depuis un demi-siècle, à travers tant de

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désastres; quel espoir reste-t-il à la société française d’améliorer sa condition sociale et politique?

À cette question la réponse est facile : Si la société française persiste à chercher le progrès, sans autre guide que la trompeuse infaillibilité de la raison ; si elle reste dans la voie où l’orgueil aveugle et infini des philosophes du dernier siècle l’a entraînée , elle ne recueillera que d’amères déceptions et d’implacables haines ; si, au contraire, la société

française appelle à son aide les lumières de cette raison supérieure dont les générations précédentes

avaient accepté et reconnu la bienfaisante autorité , elle assurera non-seulement la paix entre les hommes, mais encore le développement de la civilisation qu’ils ont droit d’ambitionner.

Il y a un demi-siècle que les novateurs les plus audacieux ont résumé toutes les espérances de la civilisation dans une formule célèbre qui est encore aujourd’hui le symbole des plus modernes et des plus téméraires prophètes. « Liberté, égalité, fra-

« ternité, ditM. Pierre Leroux, sont les trois mots « de l’humanité et la fortune de la révolution. »

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M. Pierre Leroux a dit vrai en ce sens que le monde est séduit par l’attrait de ces principes, et que la révolution tire toute sa force de son dévouement hypocrite à leur réalisation. Mais M. Pierre Leroux se trompe lorsqu’il espère formuler une théorie sociale et politique qui établisse parmi les

hommes le règne de la liberté, de Légalité et de la

fraternité. On a pu voir que des législateurs plus habiles et plus audacieux avaient échoué à une époque où ils étaient secondés par les illusions d’une génération facile à passionner pour toutes les erreurs; on a pu voir comment on avait sacrifié à l’espoir d’une réforme idéale un contrat politique adopté par une longue suite de siècles, comment ceux qui avaient tout à perdre ont mis la main à la sape et à la mine non moins ardemment que ceux qui avaient tout à gagner, et avec quelle liberté on a forgé les lois qui devaient nous assurer les bienfaits de la liberté , de l’égalité et de la fraternité.

Cependant, il faut bien le reconnaître, malgré ces universels efforts, malgré ce concours loyal de

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toutes les volontés , on n’a pas fait un progrès réel dans l’application de ces principes; au contraire, plus on a voté de décrets pour atteindre ce but, plus on s’en est éloigné et plus on a propagé l’oppression et la haine , à tel point que le dernier mot de la grande réforme révolutionnaire a été le règne de la terreur.

Ce n’est pas à dire que la liberté, l’égalité et la fraternité soient des principes sans application possible; mais seulement qu’il y a de la démence à vouloir établir, de par la loi humaine, le règne pacifique et incontesté de ces principes, et que le législateur aveugle, qui poursuit cette séduisante chimère , ne décrétera jamais que des thèmes féconds en utopies extravagantes et en commentaires sanglants.

Si la France veut donner quelque réalité à ses rêves de liberté , d’égalité et de fraternité ; si elle veut assurer le paisible développement de ces principes qu’elle se rappelle, avec quelle sagesse et quelle infatigable constance l’Église les a propagés depuis dix-huit cents ans. Si l’œuvre a été lente,

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c’est parce que la loi religieuse elle-même a été trop longtemps sans empire sur les sociétés, et parce qu’elle n’a presque jamais régné en même temps sur les forts et sur les faibles. On doit comprendre

qu’il ait fallu beaucoup de temps à l’Église pour renverser les idoles du vieux monde et pour ramener les hommes à des idées plus justes sur la Divinité; cependant cette entreprise n’était pas la plus difficile : il y avait dans les dogmes chrétiens des séductions puissantes , des idées d’ennoblissement et de rédemption qui relevaient l’homme à ses propres yeux et lui faisaient mépriser les idoles qui l’avaient abaissé en abaissant la Divinité ellemême. Une tâche plus pénible était celle de renverser les principes que le paganisme avait infiltrés dans les habitudes et, pour ainsi dire, dans le sang des peuples. Cette régénération , qui semblait impossible, a été poursuivie avec une infatigable persévérance et une religieuse ardeur. Souvent la semence est tombée sur un terrain ingrat, où elle ne pouvait éclore ; mais elle a porté les plus heureux fruits partout où elle a rencontré un champ

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fertile, partout où un rayon (le soleil est venu réchauffer son immortelle sève.

Et pourquoi ce privilège (Tune action lente et

sûre ? pourquoi cette progression pacifique et constante vers la liberté , légalité et la fraternité sous l’empire de la religion ? Parce que le catholicisme, en publiant le premier ces principes, que les socialistes modernes ont trouvés assez larges pour les écrire sur leur drapeau, a enseigné en même temps les limites qu’il ne fallait jamais franchir ; et telle a été son intelligence des droits et des de-

voirs de l’homme, des exigences delà liberté et

des nécessités de l’ordre , qu’il a surpassé sous ce 'double rapport tout ce qui avait été fait par les législateurs précédents, depuis le commencement du monde.

Les philosophes païens avaient parlé de liberté, mais ils avaient condamné la majorité de l’espèce humaine au plus dur esclavage; le catholicisme, en promettant la liberté à tous, a su écrire la règle qui pouvait en conjurer les périls, car il a dit à l’homme : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on

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« te fasse à toi-même. » Le principe et la limite de la liberté se trouvent à la fois dans cette maxime.

Les païens n’avaient compris l’égalité que par exception pour les races privilégiées; l’égalité régnait parmi les esclaves comme parmi les maîtres, mais entre les premiers et les seconds il y avait la distance d’un homme à une brute. Le catholicisme a seul proclamé le principe d’une égalité réelle, lors- * qu’il a dit que tous les hommes étaient fils d’un

même père et tous égaux devant Dieu . Mais en r>

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même temps il ne leur a pas promis l’égalité des ;

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biens et des jouissances, égalité chimérique que re- *{/ ^ A

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poussent toutes les lois de la nature. Il a reconnu, ^ au contraire, le principe de l’inégalité des droits et m V • o ,

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des devoirs dans la société, lorsqu’il a recommandé

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sion. Tout ce qui était humainement possible pour

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adoucir l’inégalité des conditions sociales, pour Cùvu> A

rétablir l’équilibre entre le fort et le faible, il l’a du &\ k.

fait en enseignant à tous le principe de la frater-

nité; principe sacré que les anciens ne pouvaient pas même connaître et qui a fondé, dans le moyen

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âge, à côté des institutions charitables les plus fécondes, des institutions sociales non moins précieuses, notamment ces confréries à la fois civiles et religieuses qui ont été la première organisation du travail, et jusqu’à ce jour, la seule qui ait porté d’heureux fruits. Ainsi , d’une part , l’esclavage aboli , le monde chrétien couvert d’innombrables asiles ouverts à la misère et à la piété; d’autre part, les mœurs païennes purifiées, la tyrannie des barbares mitigée , la législation du travail régularisée , en un mot les principes de liberté, d’égalité et de fraternité successivement introduits dans les institutions françaises, telle a été l’œuvre de l’Église chrétienne.

Qu’a-t-on proposé pour accélérer le développement d’une civilisation si laborieusement et si heu reusement conquise ? qu’a-t-on inventé, depuis l’origine du monde et dans ces derniers temps , pour amener l’humanité à l’application immédiate et ab-

solue de la liberté, de l’égalité et de la fraternité? Des.utopies aussi usées que criminelles, une liberté absolue habilement déguisée par les comédiens du

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socialisme, mais franchement appelée anarchie par le seul réformateur qui ait le courage de son opinion; une égalité absolue, qui n’est elle-même qu’une suprême inégalité , et qui a été condamnée il y a longtemps par un philosophe païen dans des termes qui semblent écrits pour notre époque : « Si « semblable honneur, a dit Cicéron, est exactement « rendu aux hommes les plus éminents et les plus « infimes, il est inévitable que l’égalité même de- « vienne la plus injuste inégalité; » une fraternité, enfin , qui est la négation de la fraternité. En effet , dans l’état socialiste où, de par la loi, tous les hommes sont tenus de vivre en frères , où la part de chacun est fixée d’avance par une autorité souveraine, la fraternité n’est plus qu’un vain mot. Cette vertu sublime, qui ne peut se concevoir qu’au sein même de la liberté, ne pourrait plus exister sous le despotisme de la loi socialiste , et les générations appelées à la subir perdraient jusqu’à l’idée même de la fraternité. Là où il n’y aurait plus de propriété, où chaque citoyen aurait une ration égale de pain et de vin , quel mérite auraient les hommes

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à vivre dans une fraternité qu’ils seraient forcés de subir ? Le christianisme entend mieux la fraternité; il la veut libre avant tout, il la veut sublime jusqu’à l’abnégation la plus absolue; il dit aux

hommes : « Si vous n’aimez que ceux qui vous

aiment, quelle récompense en aurez-vous?» Dans la fraternité socialiste , on ne peut aimer ni être aimé, le dévouement et le sacrifice sont sans objet et sans but. L’état socialiste parfait est un état dans lequel il n’y a ni bonheur ni malheur, ni vice ni vertu, et, en définitive, ni liberté, ni égalité, ni fraternité réelles. On a dit : Le socialisme, c’est la barbarie ; on s’est trompé ; c’est moins que cela encore : c’est l’état le plus voisin de celui des bêtes fauves.

On a pu voir comment l’Église assurait le développement des principes de liberté , d’égalité et de fraternité; on a pu apercevoir le secret de cette puissance dans une sagesse prévoyante qui a su donner des limites à ces principes en les proclamant , et dans une intelligence vraiment divine de la nature des hommes et des choses, qui, en mo-

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dérant les passions et en développant les vertus, travaille d’une main sûre à la perfection des lois. Le législateur, au contraire, qui a cherché la perfection des lois pour conduire l’homme à la civilisation, agissait en sens inverse de la nature des choses , et toujours il a été impuissant à réaliser les espérances de l’humanité.

Les lois constatent la civilisation d’un peuple, * elles ne la font pas.

Que l’homme obéisse à l’ardeur irrésistible qui l’entraîne vers le progrès, qu’il cherche à faire chaque jour un pas vers la perfection du contrat politique et du contrat social , cette ambition est légitime; mais qu’il n’oublie jamais, dans cette périlleuse carrière, les conseils que Washington adressait dans sa lettre d’adieu aux États-Unis :

«La religion et la morale, dit le libérateur de

« l’Amérique, sont les appuis nécessaires de la pros-

« périté des Etats. En vain prétendrait-il au patrio- « tisme , celui qui voudrait renverser ces deux cote lonnes de l’édifice social. Le politique , ainsi que «l’homme pieux, doit les révérer et les chérir.

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V Supposons môme un moment que la morale puisse cc se soutenir -seule. L’influence qu’une éducation « très-soignée aura peut-être , sur des esprits d’une cc trempe particulière , la raison et l’expérience « nous défendent de l’attendre de la morale de « toute une nation, sans le secours des principes cc religieux. »

Notre situation est l’éclatante confirmation de ces paroles; si la société française résiste aux attaques des socialistes, c’est parce qu’il existe encore quelque ciment religieux dans sa base.

C’est ici le lieu de résoudre la question posée dans un des chapitres précédents, celle de savoir ce qui empêche la société rationaliste de reconnaître les principes de l’Église , et de marcher sous sa bannière à une victoire certaine de la liberté sur le despotisme, de l’égalité intelligente sur l’égalité sauvage, de la fraternité de l’esprit sur la fraternité de la matière.

La société rationaliste pense que les dogmes absolus de l’Église catholique condamnent la raison à une soumission intolérable; la société rationaliste

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veut conserver le droit de libre examen, c’est-àdire un prétendu droit de liberté religieuse ; voilà pourquoi elle refuse de reconnaître les principes de l’Église. '

La société ne serait-elle pas victime d’une énorme méprise ? Ce qu’elle appelle soumission intolérable, ne serait-ce pas la véritable liberté? et, ce qu’elle appelle liberté religieuse, ne serait-ce pas le despotisme le plus intolérable?

Que dit l’Église en matière d’ordre social et religieux? Elle dit à l’homme: Voilà le bien, voilà le mal! Est-ce donc là refuser à l’esprit l’indépendance, et lui contester le droit d’examen? Ce droit

n’est-il pas écrit assez clairement dans les œuvres

des Pères de l’Eglise , des Bossuet et des de Maistre? Pourrait -on montrer des penseurs qui se soient élevés plus haut, dans l’examen des dogmes sociaux et religieux, et qui aient fait plus d’honneur à la raison? Voudrait-on, peut-être, interdire à l’Église le droit de dire où est le bien et le mal? Mais en se plaçant même au point de vue humain , en ne tenant pas compte des droits sur-

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naturels de l’Église , on peut encore demander qui mieux qu’elle enseignera le bien et le mal ? Où trouver une autorité plus respectable que celle qui date de dix-huit siècles , et qui a été vénérée sans interruption par les plus grands esprits et les plus nobles caractères de tous les temps? — L’Église ajoute, il est vrai: Si vous faites le bien, vous serez récompensé; si vous faites le mal, vous serez puni, et c’est là où l’école rationaliste voit une soumission intolérable ! Dites donc une répression intolérable , car ici l’Église se borne à réprimer, et par là précisément elle prouve qu’elle comprend la liberté.

Au delà de cette liberté d’examen, on l’a vu

plus haut, il n’y a plus que la licence et l’omnipotence de la raison, c’est-à-dire l’anarchie de la raison, la domination légale de la force et le socialisme , qui est l’absolutisme le plus barbare et le plus intolérable.

Quant à ce qu’on appelle la liberté religieuse, la postérité s’étonnera quelque jour de la facilité avec laquelle des hommes, qui se disaient éclairés , se

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sont laissé donner le change , et comment ils ont pris pour des principes de liberté les actes les plus destructeurs de cette même liberté.

La méprise qu’il s’agit de signaler ici est celle qui dure depuis un siècle et demi, et qui a fait considérer le triomphe du protestantisme comme un triomphe de la liberté religieuse.

Ce n’est pas la liberté qui a réussi dans les luttes du seizième siècle , c’est le despotisme qui a vaincu la liberté.

L’erreur dans laquelle la société est tombée ne peut être mise en doute, au point de vue des faits. Partout ou la religion protestante s’est établie, elle a consacré le monopole de son culte , et la servitude de tous les autres.

C’est ainsi que les choses se sont passées en Angleterre, en Suède et en Prusse, à l’origine du protestantisme.

Au point de vue des principes, l’erreur de l’école rationaliste n’est pas moins évidente. L’éta-

blissement du protestantisme , par cela seul qu’il s’est produit, loin d’être un acte de liberté re-

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ligieuse, a été une atteinte directe à cette liberté. En effet, qu’est-ce que la liberté religieuse? C’est la pratique de la liberté de conscience, c’est-à-dire, c’est la liberté de choisir telle ou telle croyance religieuse; en d’autres termes, de se se faire juif, mahométan ou chrétien.

Mais qu’est-ce qu’une croyance religieuse?

C’est une croyance qui a ses principes et son

gouvernement.

La religion juive, la religion mahométane et la religion chrétienne ont leurs gouvernements et

leurs principes connus.

On a le droit positif, en vertu de la liberté religieuse, d’adopter ou de rejeter les principes et le gouvernement des religions juive , mahométane et chrétienne; on a même le droit de créer des croyances nouvelles avec des principes et des gouvernements nouveaux. Mais a-tron le droit de

modifier les principes et le gouvernement d’une

croyance établie, de démembrer ses dogmes, et de dépouiller son gouvernement? Est -ce là un acte de liberté religieuse ou un acte de révolte

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contre la liberté du culte qu’on dénature? Telle est la question quo soulève le protestantisme; poser une telle question , c’est évidemment la résoudre.

Non, la liberté religieuse ne peut donner le droit de dénaturer les principes et le gouvernement d’une croyance religieuse quelconque. La liberté religieuse ne consiste pas à dire , par exemple , à l’Église chrétienne , représentée et gouvernée depuis quinze siècles par l’Église catholique : Votre pontife est , depuis quinze cents ans , un usurpateur, votre Credo est un mensonge , vos rites sont une superstition ; c’est moi qui suis le vrai pontife, le vrai Credo et le vrai culte; en conséquence, je vous enlève vos églises, vos fondations et vos dogmes. Non , ce n’est pas là un acte de liberté religieuse ; on a pu le persuader , à force de sophismes, à des époques où la liberté de discussion n’existait pas ; mais aujourd’hui la vérité se

fait jour: déjà la constitution prussienne, délibérée

par des hommes de toutes les croyances, vient de

définir et de proclamer la liberté religieuse, dans

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lin sens qui justifie pleinement toutes les affirmations qui précèdent. Qu’on lise avec attention les articles suivants, surtout l’article lo, et on ne pourra pas élever un seul doute à ce sujet.

« Titre II, art. 12. La liberté des confessions religieuses et de se réunir pour former des sociétés religieuses, ainsi que le culte public et privé, est pleinement accordée. La jouissance des droits civils et politiques est indépendante de la profession religieuse. Les devoirs civils et politiques ne sont

limités en rien par la pratique de la liberté de conscience.

« Art. 15. Les Églises évangélique et romaine,

ainsi que les autres communions religieuses, ordonnent et dirigent leurs propres affaires en toute indépendance ( selbslstaendig ) ; elles restent dans la possession et la jouissance de leur culte, de leurs établissements d éducation et de bienfaisance , de leurs fondations et de leurs fonds divers.

« Art. 16. La communication des communions religieuses avec leurs chefs n’est point restreinte. La publication des ordonnances ecclésiastiques

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n’est soumise qu’aux mêmes restrictions qui régissent toutes les autres publications. »

Jamais, depuis qu’on parle de liberté religieuse, on ne l’avait définie aussi franchement; toutes les constitutions qui ont précédé la constitution prussienne s’étaient bornées à proclamer des principes généraux dont l’esprit de parti tirait les conséquences les plus opposées.

La liberté religieuse est formulée ici sans équivoque et sans réserves; l’indépendance du culte catholique est assurée , ses propriétés sont garanties, ses chefs sont reconnus; à tel point que, si le protestantisme n’existait pas ; il ne serait plus possible de l’établir comme on l’a établi , c’est-àdire, en enlevant à l’Église romaine ses temples ses institutions do bienfaisance , ses établissements dcducation et ses fondations diverses.

Ainsi , la première fois que la liberté religieuse est consciencieusement définie, elle se trouve en contradiction formelle avoc le premier établissement du protestantisme ; les législateurs prussiens

sont obligés de reconnaître ce que la saine logique

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nous avait démontré. L’article 15 protège sans

doute aujourd’hui l’existence de l’Église évangélique, comme celle de l’Église romaine; mais cet article protecteur de la liberté religieuse est en même temps l’acte d’accusation de Luther, de Calvin, d’Henri VIII, et de tous les usurpateurs religieux.

La liberté religieuse , ou le droit de choisir uno croyance, on ne saurait trop insister sur ce point, n’est pas le droit de morceler une croyance établie , de renverser ses principes et son gouvernement, de la dépouiller de ses dogmes, de ses établissements et de ses fondations. Ce droit barbare , que la révolte avait proclamé et que la faiblesse ou l’ignorance ont reconnu, est désormais abrogé par la constitution prussienne, au titre même de la liberté religieuse. . '

11 est donc démontré que ce n’est pas la liberté religieuse qui a triomphé par l’établissement du protestantisme en Allemagne et en Angleterre ; en fait, c’est le monopole de l’Église évangélique, qui s’est établi pour plus d’un siècle, et, en principe,

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c’est l’oppression des droits de la liberté religieuse qui a réussi.

Vaincue sur le terrain des principes sociaux et religieux , l’école rationaliste se retranche sur un autre terrain ; elle reproche au catholicisme d’étre "hostile à la liberté politique.

Déjà on a vu plus haut comment l’Église était désintéressée dans la question du gouvernement politique, comment elle pouvait prier également pour les États libres et pour ceux qui ne l’étaient pas. Il importe d’ajouter ici que les préférences de l’Église sont pour la liberté politique , non , sans doute, pour la liberté frivole et illusoire des temps modernes, mais pour la liberté véritable et chrétienne des temps anciens.

Les générations nouvelles se sont soumises trop longtemps aux oracles d’une philosophie incrédule. L’histoire se refait chaque jour, une science sérieuse efface les erreurs qu’une science superficielle avait propagées. L’Église ne relève pas seulement ses autels, elle rehausse en même temps la valeur de son action sur les gouvernements; elle

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prouve qu’elle est l’Ame du contrat politique, par cela môme qu’elle est l’Ame du contrat social.

Son influence , sous ce rapport , ne peut plus se dissimuler; on est obligé de la reconnaître, et nulle part elle n’a éclaté plus vivement que sous nos yeux. Qu’est-ce que nous sommes nous-mêmes, qu’est- ce que ce beau royaume de France, si ce n’est une œuvre de l’Église, l’œuvre des évêques, comme l’a reconnu Gibbon lui-même ? Et que d’efforts, que de soins assidus, que de sacrifices il a fallu faire pour poser les fondements de cet admirable édifice au milieu des siècles les plus barbares ! Que de labeurs pour arriver de Clovis à Charlemagne , et de Hugues Capet à saint Louis ! Quelle vertueuse et constante énergie dans ces apôtres qui ont dompté les mœurs sauvages que la Germanie avait apportées à la Gaule! Quel miracle surtout que cette résurrection d’une liberté nouvelle, d’une liberté positive et sincère sous la pression d’un despotisme barbare!

Si vous sortez de France, vous trouvez encore l’Église posant les bases de toutes les monarchies

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représentatives ; vous la voyez écrivant la liberté politique dans les fueros et dans les chartes municipales , arrachant le peuple, le peuple surtout, à l’ignorance et à l’abrutissement dans lesquels la civilisation païenne l’avait enseveli ; et, après l’avoir ressuscité , c’est elle encore qui le fait entrer dans les assemblées espagnoles en 1202, dans les assemblées anglaises en 1265, dans les assemblées allemandes en 1233, comme elle le faisait entrer dans les assemblées françaises. Ce n’est pas encore assez d’avoir été la source des libertés politiques, l’Église a voulu en être la plus fidèle sauvegarde. Le pouvoir absolu est nouveau en Europe ; il ne date que du jour où la réforme a renversé l’autorité tutélaire de l’Église. Les cortès et les états généraux, ces deux grandes formes de la liberté politique , n’ont pu être suspendues que par les souverains qui avaient affaibli l’influence de l’Église. Le grand Frédéric rendait lui-même à ce pouvoir modérateur un hommage peu suspect, lorsqu’il écrivait à Voltaire : « Soliman est heureux : il n’a pas «de pape pour l’empêcher de faire ce qu’il

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«veut. » C’est un pape, en effet, un pâpe honoré par l’Église du nom de Grand, qui avait dit, il y a plusieurs siècles : « Celui qui gouverne avec « piété, justice et miséricorde, mérite d’étre appelé « roi ; celui qui manque à ces devoirs n’est plus « un roi, mais un tyran . » (Saint Grégoire le Grand.)

Inviter les peuples à reconnaître l’autorité de l’Église , à respecter ses préceptes et à lui demander des garanties réelles de liberté, d’égalité et de fraternité, ce n’est pas demander l’impossible; ce n’est pas prétendre qu’on établisse aujour-

d’hui le règne de toutes les vertus chrétiennes. L’âge d’or est une chimère que les sages n’ont jamais caressée; les païens l’avaient reléguée dans un passé fabuleux; les socialistes seuls ont l’audace de soutenir qu’il se trouve dans leurs théories ; quanta nous, chrétiens, dédaignant ces mensonges pieux et ces coupables impostures, nous plaçons l’âge d’or dans un autre monde. Ce n’est pas le règne de la vertu que nous demandons; ce que nous voulons, c’est, le règne de son principe; ce que nous voulons, c’est que la vertu soit respec-

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tée et ambitionnée, c’est que nous ayons le désir sincère de la pratiquer de toute la puissance de notre faiblesse. Ce respect et cette ambition suffisent à l’ordre social. Ce qui le perd, c’est moins

l’absence de la vertu que l’absence de son prin-

cipe, c’est moins le vice que le cynisme du vice, c’est moins le crime que l’orgueil du crime. Le culte du siècle pour ses passions, cette idolâtrie moderne, qui a toute la corruption de l’ancienne sans en rappeler le prestige , voilà ce que le christianisme a détruit une première fois, voilà ce qu’il est appelé à détruire de nouveau; voilà le faux dieu que nous devons renier avant tout. Que la société remporte cette première victoire sur ellemême, qu’elle ouvre cette porte au christianisme, et la civilisation reprendra sa marche glorieuse et féconde.

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