‹ De la force du droit et du droit de la force ou De la restauration du droit divin dans l'ordre social et du droit national dans l'ordre politique E. de ValmyChapitre 6 sur 31 · PRINCIPES SOCIAUX ET POLITIQUES · texte numérisé non relu

PRINCIPES SOCIAUX ET POLITIQUES

Distinction fondamentale. — Origine divine du contrat social. —Origine traditionnelle du contrat politique.

La plupart des écrivains et des législateurs qui ont cherché les moyens d’établir l’ordre dans les sociétés, ont confondu les questions d’ordre social et les questions d’ordre politique. L’auteur du Contrat social est tombé plus profondément que tout autre dans cette confusion en discutant pêlemêle , dans son livre , les principes sociaux et les principes politiques.

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Si l’on veut découvrir avec certitude les véritables principes de l’organisation des États, il

faut distinguer les deux natures de rapports qui existent dans toutes les sociétés humaines.

Il y a entre les hommes des rapports nécessaires et inévitables, qui dérivent des lois physiques de son existence. Il y aura toujours des pères et des fils , des mères et des épouses , des vieillards et des enfants; de là des rapports impérieux d’affection et d’assistance réciproque. Celui qui a créé ces

rapports devait en môme temps énoncer les principes qui peuvent les harmoniser; le Créateur n’a pas refusé à l’homme cet enseignement. Il a écrit d’abord dans le secret de sa conscience les instincts qui devaient le guider , et il pouvait suffire de l’abandonner aux inspirations naturelles de cette première révélation.

Mais la Providence , dans sa divine sollicitude , a voulu révéler sous une forme plus saisissable les principes qui devaient régler les rapports nécessaires de l’humanité; c’est alors que Moïse est venu apporter au peuple qui avait été choisi pour

servir d’exemple à tous les autres, les principes sociaux gravés sur la table sainte, où la main du Tout-Puissant avait écrit les principes religieux, et, après avoir rappelé à l’homme ses devoirs envers son Créateur, la loi révélée sur le mont Sinaï a formulé les devoirs de l’homme en-

vers son semblable , en lui disant :

Tu respecteras ton père et ta mère.

Tu ne commettras ni meurtre ni adultère.

Tu ne déroberas pas le bien d’autrui.

Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Tout l’ordre social est contenu dans ces préceptes divins; préceptes qui consacrent le droit de la famille et de la propriété ; préceptes sacrés et immuables comme la révélation elle-même; préceptes applicables à tous les peuples et à tous les temps, parce qu’ils ont pour objet de régler des besoins impérieux et universels, et parce que le droit de la famille et de la propriété est le droit commun de l’humanité.

Mais ce n’était pas assez d’avoir fait lire ces

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préceptes au peuple hébreu sur les tables sacrées données à Moïse, Dieu a voulu les écrire pour tous les peuples, dans une loi nouvelle, qui est venue confirmer la loi ancienne, sans altération et sans réserve , afin de constater , par une révélation plus universelle, l’origine divine des lois sociales, et afin de leur assurer le respect des générations futures.

Le paganisme lui-même, comprenant que les principes sociaux devaient être d’origine divine ,

s’est toujours efforcé de les rattacher à quelque révélation fabuleuse; et le philosophe païen qui a écrit les plus beaux traités d’organisation sociale , Cicéron , adoptant la famille et la propriété comme les éléments fondamentaux et sacrés de toute société , les appelait , dans son beau langage , .

Fædera generis humani.

^ On oublie de nos jours avec une grande légère té. ce caractère immuable et sacré des principes sociaux, et on leur refuse parfois la nativité divine qu’on accorde aux principes religieux. Cependant

cette fraternité d’origine entre les principes, sociaux et les principes religieux n’est pas seulement écrite dans la révélation , elle se manifeste également dans l’histoire; jamais on n’a pu nier ouvertement les uns sans repousser en même temps les autres ; les deux négations et les deux affirmations se tiennent, et le jour où un réformateur veut proclamer une loi sociale nouvelle, il se présente en même temps comme le missionnaire d’un nouveau Dieu. Toujours l’inflexible logique conduit à cette impiété les sectaires qu’nne fatale audace entraîne; Proudhon n’avait pas craint de dire : La propriété , cest le vol , il a osé être conséquent , et il a dit : Dieu , cest le mal . Le délire de l’orgueil humain semble plus sacrilège dans cette seconde affirmation , mais il est également criminel dans l’une et dans l’autre.

Toutefois, cette aberration profane de la raison humaine porte en elle-même sa condamnation; car, pour échapper à cette logique infernale, il faut bien demander les lois sociales à une puissance plus élevée et plus infaillible que la raison , et on

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est naturellement conduit à implorer celui qui a donné à l’homme l’intelligence et la vie, afin qu’il

détermine les principes qui peuvent en régler les rapports , comme il a assigné des lois positives au mouvement des corps célestes, et afin qu’il donne à l’humanité, dans son développement spirituel à travers les siècles, quelque chose de cette majestueuse harmonie qu’il a prodiguée dans les lois du monde physique et dans les révolutions des sphères innombrables qui se balancent sur les abîmes de l’infini.

A côté de ces rapports inévitables de l’homme, il y a des rapports facultatifs , des rapports d’association conventionnelle qui se forment et se modifient selon les temps et les lieux. Ces rapports, que la nature n’a pas imposés à l’homme, et que nous appellerons politiques, dans l’impossibilité où nous sommes de trouver un terme plus général , ne devaient pas être réglés par des principes révélés, comme les rapports sociaux, mais par des principes émanés de l’expérienee humaine ; et c’est ici le lieu d’admirer la sagesse de la révélation chré-

tienne, qui, en dictant des principes sociaux positifs , universels et immuables , s’est abstenue de formuler également des principes politiques absolus et universels, afin que la foi chrétienne ne fut jamais dépendante du bouleversement des États et afin que les ministres du vrai Dieu eussent le droit de bénir également les drapeaux des républiques et des empires, sans imposer aux puissances de la terre d’autre obligation que celle de respecter les lois religieuses et sociales de la révélation divine.

Les principes politiques peuvent donc varier

selon les temps et les lieux, selon les besoins et les intérêts des peuples : il n’est pas ici question des besoins et des intérêts que le caprice d’une génération peut se créer inopinément et légèrement , il est question des besoins traditionnels et

des intérêts permanents, qui seuls peuvent motiver des conventions sérieuses ; et l’expérience vient à l’appui de ces assertions, car nous rencontrons partout et toujours les contrats politiques soumis à ces

règles générales. En France, les lois se conforment

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aux besoins traditionnels du pays ; en Angleterre , aux intérêts permanents du peuple britannique; et, depuis l’origine du monde, on ne trouve pas un seul exemple de deux peuples soumis à des lois politiques semblables.

Il appartenait à une époque de doute et de désordre de vouer un culte superstitieux à une forme particulière de gouvernement, et de prétendre qu’on peut la substituer partout aux institutions nationales qui se rattachent aux traditions des peuples divers ; mais cette idolâtrie de république universelle supposerait de la part des nations une abnégation si absolue, une superstition politique si humiliante, qu’on ne doit pas faire à notre siècle l’injure de la croire possible* Si nous vivons dans un temps où nul ne peut répondre d’une surprise ; s’il est permis de supposer l’avénement momentané d’une république universelle, il est égale-

ment permis d’affirmer que cette république n’aurait pas de lendemain, et que les nationalités, un

moment vaincues , 11e tarderaient pas à reconqué-

rir leur personnalité et leur indépendance*

Il serait inutile d’insister plus longtemps sur la distinction qui vient d’être établie entre les principes sociaux et les principes politiques ; ces considérations générales peuvent suffire pour démontrer que les premiers sont d’origine divine, et les seconds d’origine traditionnelle : il est temps d’entrer dans un examen spécial des questions sociales et politiques, afin d’établir que les principes sociaux qui ne sont pas fondés sur la révélation , et que les principes politiques qui ne sont pas fondés sur la tradition nationale, ne peuvent être que des utopies désastreuses et sacrilèges.

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