‹ De la formation du mode mineur par l'évolution, la transformation et la fixité. Préf. par le marquis d'IvryChapitre 15 sur 32 · TT · texte numérisé non relu

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Fig. 22.

Nous ferions bien quelque autre remarque, mais les choses vont si vite que nous n'en avons pas le temps, forcé que nous sommes de constater un troisième pas qui s'annonce par un troisième accident, ce nom terrible que portent en musique les altérations des notes naturelles de la gamme, prises d'autre part comme signes du progrès. Disons seulement, avant de quitter le ton de ré, que des rapports faciles et naturels s'établissent entre le ton nouveau et le précédent c'est-à-dire entre le ton de ré et celui de sol, de la même manière qu'il en avait été entre le ton de sol et celui de do ; mais, qu'entre le ton de ré et celui de do, il y a moins d'affinité, les deux toniques se trouvant contiguës, et la modulation entre deux tons séparés par deux accidents étant moins naturelle.

Après avoir annoncé le ton de la majeur par l'introduction de sol dièze, note sensible, qui élimine sol naturel,

FÎK. 23.

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nous dirons, en établissant les quatre tons compris dans ce tableau: pour avoir le ton de ré majeur, on éliminera la et do naturels comme sol dièze. Pour avoir le ton de do, on retranchera fa, do et sol dièzes. Pour avoir le ton de sol, on retranchera fa naturel, do et sol dièzes, et enfin, pour avoir celui de la, on retranchera les trois notes naturelles fa, do et sol, remplacées par les trois mêmes notes accidentées.

Après avoir constaté cette troisième révolution qui nous a donné le ton de la majeur, arrêtons-nous quelque temps, puisque d'ailleurs, de toutes parts, on semble effrayé de la rapidité avec laquelle se franchissent les pas accidentés, toujours périlleux par les bouleversements qu'ils amènent et parla complication des rapports généraux entre les différents tons établis en permanence. Une fois établis^, ils ne cessent plus d'exister, mais ils forment le domaine historique et pratique de Fart musical par la circulation incessante des richesses acquises. Pour mieux juger des choses, mettons sous nos yeux la gamme primitive et celles qui sont résultées des engendrements successifs pa»' quintes.

Comme on peut s'en convaincre, ons'effraie justement de ces armements toujours croissants qui semblent toujours devoir amener l'ordre de choses définitif et qui le compli-

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qiient, au contraire, en augmentant les difficultés. Les modulations et liens entre les différents tons s'établissent plus difficilement, les tons se heurtent. Le passage du ton de do à celui de ré n'est pas heureux, celui do sol à la, pas davantage. Les bons rapports entre le ton de la et celui de do, et vice versa, sont plus difficiles encore.

On ne découvre pas les lois de l'harmonie entre toutes ces richesses acquises. Les uns veulent revenir à la simplification, au ton primitif ou au plain-chant, ils poussent à la compression et au rejet des éléments accidentés. Ceuxci, et leurs partisans, doués de finstinct qui présida à la formation des différents ordres de choses déjà établis poussent résolument à un nouveau pas. Dautres enfin proposent le désarmement général, mais d'une manière fictive, en nommant les notes de chaque ton accidenté comme étant celles de Tordre naturel, faisant ainsi abstraction des accidents de farmature de la clé et ne tenant compte de ces accidents que par quelque changement euphonique ajouté aux noms des notes de la gamme primitive (1).

Enfin, on ne peut s'entendre. C'est un désarroi général, une contradiction permanente dont on ne s'aperçoit pas toujours. Il éclate bien plus encore, ce désarroi, lorsque, chose étonnante qu'il nous faut enfin constater par la comparaison de l'ordre primitif avec les derniers progrès accomplis, la gamme de do avec celle de la (fig. 25), on s'aperçoit que les choses elles-mêmes, les éléments fondamentaux, ont tous changé de nature. Les accords mineurs

(1) Méthode Chevé.

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de la gamme de do, ces accords du 2e, du 3e et 6e degrés qui n avaient pas la liberté de leurs mouvements, qui ne pouvaient s'enchaîner les uns aux autres qu'en passant, et qui n'intervenaient que pour mieux faire ressortir la force et Timportance tonale des accords majeurs, ces accords mineurs, disons-nous, sont devenus accords majeurs. Ils forment le gouvernement nouveau, ce senties accords

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Fis. 2:1

de la tonalité, le centre attractif leur a été livré. La chose s'était bien préparée dès les premiers pas des tons accidentés, mais on n'y avait pas pris garde et voilà qu'elle éclate maintenant dans toute sa force. Qui eût pu croire que, dans cette évolution des gammes et pour un œil attentif, on apercevrait pourtant l'élévation de ce qui était faible, la justice et l'égalité. Le pouvoir invisible qui présidait aux destinées et à ses lois en avait ainsi décidé.

Quant aux accords majeurs de l'ordre primitif, ces ac • cords absolus par décret de la tonalité et des lois qui y président, dénaturés maintenant, chargés d'accidents, ayant perdu leurs attributions, deux sont devenus les accords mineurs du 3e et du Ge degrés et le troisième est devenu la quinte diminuée, la plus faible de toutes les quintes, la moins favorisée si l'on fait abstraction de son attribution importante du centre attractif :

Fig. 20.

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Où allait-on, grand Dieu ! et qu'allait amener ce nouveau pas que l'on redoutait de franchir et devant lequel s'arrêtaient les plus intrépides, en voyant toutes les conséquences des engendrements précipités et successifs sans les lois qui peuvent leur assurer une existence normale et bienfaisante ! Qui pouvait se préoccuper de ces lois, les chorcher, les demander, en recevoir quelque inspiration?...

Recueillons-nous devant ce redoutable problème et voyons ce qu'il en advint dans l'ordre musical.

Après cet exposé, fondé sur sa base scientifique, nous allons, pour les déductions qui vont suivre, et en nous appuyant constamment sur cette base, entrer pleinement dans le domaine de Timagination, mêlant les analogies, les fictions, les allégories à la science. Ce vol facultatif de notre pensée ne devra pas trop surprendre les lecteurs qui voudront bien nous suivre en ce petit travail. Ils distingueront facilement les données scientifiques que nous venons d'établir et celles qui s'y ajouteront sans cesse, des fictions et des allégories qui s'y mêleront.

Ces récits nous ont semblé devoir prêter à la partie scientifique musicale, un attrait qui la fera mieux comprendre, plus particulièrement désii'er, ce qui engagera nos lecteurs à des études dont ils n'ont ici qu'un aperçu. Puissions-nous avoir atteint notre but !

Dans un centre particulier du monde relié à d'autres centres similaires nombreux et dispersés dans l'univers entier, était restée en usage une musique toute spéciale, difîéi'ente par son système de celle que nous venons d'étudier. Fixe dans ses tonalités, dépourvue d'accidents dans ses accords qui, de mineurs, pouvaient devenir majeurs, ou de majeurs, mineurs; usant d'un petit nombre de valeurs, signes du mouvement, rejetant la quarte augmentée, ce centre attractif que l'on évitait à grand peine et par des subterfuges quelquefois évidents; ne relevant pas de la quinte pour ses tons inamovibles, tel nous apparaît le lûain-chant en usage dans l'Eglise catholique et toute sa juridiction. Débris de Vart grec, cette musique répandue en Italie après la conquête de la Grèce, fut recueillie par saint Ambroise, au ive siècle, puis réformée par saint Grégoire au viii«, pour se conserver ainsi jusqu'à nos jours et faire partie du culte catholique romain.

Les graves questions qui s'agitaient à propos du système de la musique et des embarras qu'il faisait naître ne

CnAPlTHE DEIXIKME

purent manquer d'intéresser ceux qui avaient échappé à ces difficultés. Un moment vint où ils furent forcés de prendre fait et cause pour chacune des questions qui se rattachaient au système musical progressif. Après bien des pourparlers, des rencontres, des froissements et des chocs, et par la force des choses même, les deux systèmes, mis constamment en présence et pressés, tant par les événements que par les dangers qu'une critique incessante faisait naître^ les deux systèmes, disons-nous, s'en rapportèrent à la gamme naturelle, celle de do qui, comme celle du plain-chant, ne contenait pas d'accidents et se rattachait à elle par ses éléments semblables, mais autrement interprétés et accompagnés.

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Les débats contradictoires se poursuivaient sans amener de solution, lorsqu'un examen attentif, intelligent, consciencieux et plus approfondi lit surgir une inspiration nouvelle. On constata que les trois accords majeurs régnants, îiiais mineurs dans la gamme de do (fig. 25) se trouvaient aussi conservés mineurs dans l'ordre ancien (fig. 27) ; qu'en conséquence, cette coïncidence entre les deux systèmes semblait être comme un lien naturel entre eux. On convint alors de consulter la directrice du mouvement de l'ordre progressif, fa naturel (fig. 2) et la tonique à laquelle elle avait donné naissance, do naturel . Ces puissances i'urent sérieusement consultées sur le movcn de sortir

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