‹ De la formation du mode mineur par l'évolution, la transformation et la fixité. Préf. par le marquis d'IvryChapitre 17 sur 32 · CHAP[THE III · texte numérisé non relu

CHAP[THE III

Ce fut un grand jour que celui de la réception du mode mineur par le majeur. Celui-ci, ses armes déployées, attendait l'autre, désarmé ; car, après quelques débats, la note sensible sol dièze, cet emprunt fait au mode majeur homonyme, ne figura plus au blason : tout fut pacifique dans l'aspect du mode mineur. Tout à coup se fit entendre au loin, par les fanfares de la troupe mineure, cet accord inusité, étranger à Tordre majeur, qui retentit avec un éclat quelque peu douloureux, comparé à celui qui servit de réponse au majeur, en signe de bienvenue :

9" mineur

Fie:. 48

9" majeur

C'était les accords de neuvième des deux modes, le plus large des accords, composé de quatre tierces, dépassant Foctave pour y revenir par la résolution sur l'accord parfait, mineur dans le mode mineur, majeur dans le mode majeur. Ces deux accords et leur résolution en contraste firent

iO (.IIAI'ITHE THOISIÈME

impression sur rassemblée. Los savants s'en emparèrent bien vite pour rendre compte de ces impressions diverses. Ils firent observer que le mode mineur était caractérisé avant tout par sa tierce mineure, do naturel, et le mode majeur par sa tierce majeure, do dièze, toutes deux encadrées dans deux sons comnmns aux deux modes, la tonique et la dominante, la, mi. Telle fut la [)rincipale remarque qui servit de base pour déterminer chacun des modes, lequel se reconnut désormais à sa tierce inamovible. On se donna l'accolade fraternelle, les notes identiques se fusionnant complètement et les notes différentes gardant entre elles leur double porsonnalité.

Fis. 40

Los exercices furent l)rillants, chaque mode y déploya ses richesses. Un pas redoublé se prêtant à l'interprétation du mineur comme du majeur, ce qui n'est pas toujours possible, on eut l'idée de le faire entendre alternativement dans chacun des deux modes. En voici la dernière reprise exécstée par la majeure d'abord et répétée ensuite par la mineure (1). Fort égayée par ce tournoi musical l'assistance, de toutes parts, manifesta le désir de se revoir et de s'unii' dans des compositions nouvelles, inspirées pai* le génie musical doublement servi, ce qui fut accepté. Cependant les observateurs de Tordre progressif non Iivi'('s à Tenthousiasme av(!ugle, (-(tuslatèi-ent (ju'une

(1) \o\ci air ip' 7 et 7 hi<i. Pas rcdoulili''.

liK LA lOH.MATliiN Itl MiiDK MINKIli 41

difficulté embarrassait le mode mineur lursfjn'il lui lallait franchir avec prestesse ou répéter le passap^e du 6'* au l"" degré (fig. 48) : celle seconde augmoilée, d'une extension inusitée et seule de son espèce entre les ditîérents degrés des gammes. Elle était lourde, dure, difficile à iranchir. On en fit tout bas la remarque. Mais plus on y mettait de discrétion d'abord, plus Faccusidion prenait de corps, si bien qu'on dénonça ouvertement le mode mineur comme défectueux, impropre aux mouvements très rapides et que Ton ne jiarla pas moins que de lui retirer son titre de mode égal du majeur.

Le mode mineur qui ;4)[)rit tout, ayant somnis cette accusation à la direclrice du. mouveiucnt, fa iiaiurcl (I), point de mire de la critique dans la formation de Tintervalle entre elle cl sol dièze, cette puissance la trouva fondée. Elle annonça qu'à côté de co premier fi/pe mineur, excellent pour le sentiment, un second type mineu7' senùl formé; que fa dièzC;, possession acquise du mode mineur par sa formation des dix termes (fig. 41) la remplacerait en montant, quand les circonstances l'exigeraient et que, la gamme nnneure ne pouvant s'effectuer avec fa dièze en descendant, la directrice du mouvement viendrait reprendre sa place de sixte mineure précédée de la note sensible baissée. Sol dièze allait donc céder le pas, selon les cas, à sol naturel, ce qui ramenait l'humble

accord mineur de si heureuse mémoire (h § à figurer parfois dans la gamme mineure. pj„ ,r, ^^/^^.^^

(I) IVous avons vu on ofïol (|uo fa natutol qui oii^ondia do, est le pioinier terme de la série des s/.t" quintes in'cessaires à la l'oruialiuii de la L'anime majeure (fig. i).

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II fallait prévenir laccord majeur du changement, avoir son adhésion, ce qui ne fut pas difficile.

Tl liU chai'mé du succès do l'oljjet de son affection, dans Tordre mineur où il se trouvait lui-mêuie et il faillit, dans l'expansion de sa joie, laisser échapper le secret de la formation nouvelle du second type mineur, secret qu'on l'avait prié de garder quelque temps. La seconde augmentée (fig. 50) peu propre au mouvement rapide, ayant donc disparu du nouveau type^ grâce aux combinaisons que nous venons de voir, la gamme mineure eut les deux types suivants :

TTÔT^^^I ^ . . o ' >^o«"^^"^Ottô:

lO"^ ^^'Oi*

Fie. ".0

ce qui, à double titre, rapprocha plus encore le mode mineur du majeur dans le second type, en montant comme en descendant, puisque, à l'exception de la tierce inamovible, tous les éléments en montant sont les mêmes que ceux du majeur (la majeur), et tous les éléments en descendant^ sans exception, sont ceux de do majetir, agencés différemment.

Par les soins de la critique, une autre invitation ayant bien vite été faite au mode mineur, on vit se rendre au jour indiqué le pauvre mode si compromis et contesté dès son existence. La critique était nombreuse et formée de tout ce qu'il y avait de savants officiels, de sommités quelconques, de gens entendus ou prétendant l'être. Ils avaient pi<''pai'é d'avance leur rappoi't dont la conchision se laissait cutievoir dans des éloges [)er(idement prodigués. Le

DE LA FOiniATION ni" MODE MINEIR 4.'{

mode mineur, était-il dit, bien au-dessus du majeur par son expression, sa délicatesse, son charme, ne pouvait que perdre en devenant l'égal du majeur. Peu propre aux mouvements rapides, sa conformation s'y opposant, que ce mode divin ne sorte pas de ses attributions, le repos, mais que, placé au-dessus du majeur par Topinion tacite, indiscutable, il soit l'inspirateur du majeur, son charme, son délassement suprême. Tiré de lui pour être en contraste, en alternance facultative, l'égalité serait sa ruine, il fallait se garder de la consacrer. Ce discours jeta du froid siu' l'assemblée; on ne savait trop que répondre. Les exercices qui allaient commencer et dont la critique avait elle-même tracé le programme étaient un nouveau sujet d'appréhension. Le petit air (voyez n» 8) composé à dessein et qui devait être un piège au mode mineur, laissant voir toutes ses défectuosités, devait porter un dernier coup aux partisans de son égalité. Joué d'abord par le mode majeur, il devait être répété par le mode mineur : telle était la condition acceptée. Quel moment ! Tous les esprits étaient comme en suspens, toutes les physionomies reflétaient les espérances malignes des uns, la craintive sollicitude des autres... Attention, l'on va commencer. L'air de défi se fait entendre par le modo majeur, vif, emporté, dans un mouvement exceptionnel. Sa mélodie alternait sans cesse du 6^ au 7e degré, cette défectuosité native du mode mineur, contraire à son mouvement, à ses emportements enthousiastes et virils. L'air vient d'être joué. Mode mineur, voici votre tour, répondez. 0 surprise ! Fa dièze se fait entendre en montant au lieu de fa naturel, sol naturel remplace sol dièze en descendant, et voilà que do dièze

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mrnic i('iii}»lac(' do naturel pour le dernier accord! (voir l'air en mineur n^ 8 />/.s). C'était superbe! on n'eut pas le temps de s'en rendre compte. Comme toutes les notes des deux modes avaient fusionné, grâce au second type, le majeur et le mineur ne faisant qu'un^ on ne vit plus qu'une masse compacte, ivre de joie, criant, s'étreignant, s'entre-baisant; la critique entraînée comprise. Quand on revint au sens-rassis, à la possession de soi-même, la criliijue voulut élever des objections sur la validité des emprunts faits au mode majeur, sur fa dtèze d'abord qui éliminait sans façon la directrice du moment, fa naturel ; puis sur sol clil'ze, ce dernier terme du progrès sans la condescendance duquel le mode mineur n'existerait pas ; enfm sur do dièze qui, dans le dernier accord, avait éliminé do naturel et détruit par cela même la tierce mineure inamovible, caractère distinctif du mode. Mais toutes ces puissances vinrent en personne confirmer leur démission volontaire et facultative, toujours remise à la convenance du mode mineur. Elles ajoutèrent que le domaine intégral des sons appartenant au mode mineur formé des dix termes musicaux (fig. 41), ce mode pouvait user à sa volonté de ses avantages particuliers, retenu qu'il serait par le bon goût, les convenances et les règles d'esthétique qu'il avait mises en évidence dans l'épreuve publique mémorable (ju'il venait de soutenir.

Cette épreuve devait consacrer officiellement la gamme mineui'e en ses deux types, le plus grand événement de l'éporpie. La critique fut déjouée, mais elle en conserva un ressentiment qui s'est perpétué jusqu'à nos jours. N'ente nd-oii pas de grands musiciens, des chefs d'école, des

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