DE LA FOHMATIDX DU MODE MINEUR
professeurs émériteS;, celui que nous avons cité entr'autres pour ses leçons intôi-es^antes sur riiistoi)'e de la niusi([ue, contester encore la validité de ce mode, lui reproclK'r sa complication? Comme aux premiers temps de sa lutte, il est traité de défectueux, on refuse de le considérer comme légalement établi i)arce qu'il n'a pas la l'égularité du majeur, ses arêtes inllexibles. On voudrait le l'aire rentrer dans les éléments du plain-chant en lui enlevant sa note sensible, et le mode majeur qui, peu à peu, s'est approprié, pour en user facultativement, la plupai-t de ses accords en les ajoutant aux siens (1), est envisagé par quelques-uns comme le mode unique. Le mode mineur aurait cessé d'exister et serait menacé de mort certaine, n'étaient les chefs-d'œuvi-e qui le consacrent et les grandes raisons historiques du progrès, toutes inscrites dans sa constitution.
Mode de ralliement par excellence, il va devenir à soti tour la cause des progrès à venir, dirigés dans un sens inverse à ceux du majeur. Au lieu de s'appuyer sur le signe d'élévation — (le diè/e) — les progrès vont être en raison du désarmement et même de Cahaisscnioit de tous les élénicnis )iaturcls. Tel est le moyen d'équilibre et d'apaisement à opposer aux ambitions non contenues et livrées au seul instinct progressif majeur.
Mais n'anticipons pas. Au moment où nous sommes arrivés dans notre étude sur la formation du mode mineur et après ses brillants succès, l'heure étant venue de se
(1) 11 est vrai que le mode miiicui' le lui avait bien reiulu en agissant de même ; des accords de transition, accords altérés qui se remarcjuent dans l'un et l'autre mode, confirment le fait.
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rendre, le mode mineur olUient ses titres d'admission. Il est proclamé l'égal du mnjeur, et, la courtoisie so retrouvant, il est placé à la droite de ce mode comme digne de tout honneur.
La majeur.
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Revenu à lui-même, et sans perdre sa place à coté du majeur^ place que nous lui conserverons désormais, le mode mineur, plein de reconnaissance poui- le ton primitif (le ton de do), demanda à s'y associer plus étroitement par un rapprochement motivé qui simplifierait la classification des gammes. Les éléments de ce majeur primitif n'étaient-ils pas sa descendance permanente dans le second type mineur? La modulation de l'un à l'autre n'était-elle pas la plus facile?
Ces raisons ayant prévalu dans lassenjblée, et le sentiment de reconaissance justement apprécié, la gamme de la mineur vint xe placer à une tierce inférieure de la gamme de do majeur, ce que la tonique naturelle vit non sans émotion : celle-ci lit alors monter d'autant plus haut la gamme mineurcjen la |)laçant à une sixte au-dessus de la gamme iii;ij<'ur(',ùtant parla toute idée de subordination du mineur au majeur et attestant son indépendance (tig. 52).
Ces deux positions identiques confirmèrent seulement l'étroite relation des deux modes, ce qui lit nommer toute
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gamme imuGme^rekitivc cruiic gamme majeure. Elle porte la même armature, mais elle a, par sa note sensible, sou signe distinetit personnel, signe dont nous avons vu d'ailleurs la mobilité, à cause des deux types existant dans la gamme mineure. — La gratitude du mode nouveau était si grande, si grande était sa joie d'avoir en son sein la directrice du mouvement et la tonique de l'ordre naturel, qu'une demande vint à l'esprit de cliacun de ses membres: « Si vous vouliez ne nous quitter jamais, comme il est arrivé sitôt dans l'ordre majeur progressif et, quoi qu'il arrive, nous promettre de rester toujours avec nous! »
Après un moment de réflexion, la quarte et la tonique naturelle assurèrent à ces chers éléments que, jusqu'à la. fin des temps, l'une ou l'autre, sinon toutes deux, feraient partie des créations futures du signe d'abaissement, provoquées par le mode mineur ; que leur présence ou leur influence serait donc en permanence, ce qui combla de joie le mode mineur et lui donna foi dans ses destinées à venir. Des compositions musicales charmantes se dégagèrent bientôt non seulement du mineur, mais de sa libation naturelle avec son majeur relatif.
Nous notons de mémoire, trois airs mineurs, airs no 9, 10, 11, que nous accompagnons. Ils serviront d'exemple. Et
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nous MJoiitons ;m n" 10 et au no 1 1 ,que]ques mesures confirmant la nuululalion du mineur en son égal majeur relatif.
De touchantes mél<)(]ies procédant de la muïcur à do majciw, et vice-versà, lurent entendues (1). Elles émanèrent plus lacilemeiit et en plus grand nond3re de ces relations que de la Dil/icio' à la majeur ou, ce qui était plus rare encoi'e, de la majeur h la mineur.
Les tons majeurs existants, sol, ré, la, voyant ces productions artistiques, si riches et si variées, demandèrent tous à obtenir leurs gannnes mineures relatives. Cette demande ne trouvant pas de contradicteurs, même parmi le corps des savants, on s'occupa de son accomplissement. Le ton de sol majeur fut le premier à s'inscrire, et la majeur pourvu de son égale mineure, viendrait en dernier lieu, puisqu'il avait déjà l'avantage d'une association que personne ne partageait avec lui. Pour former le relatif mineur de sol majeur, mimineur, et en examinant les éléments existants, on s'aperçut que la note sensible indispensable au premier type, manquait à la série des sons,
(h Ou u souvent leiiianiaô (jne les i:li;iiil> pnpulaiies de iliirérenls ppiiples (ceux du Nord surloul), ont de piélë renée le caractère mineur. In peu tristes, ils se relicnit cntic eux, non seulement par cette expression, mais se lattachent de même au jylain-ckant . Selon M. Hourgault- Ducoudray, les airs populaires de l'Ecosse, du pays de dalles, de Tlrlande, du fond de la Russie et de notre lîretagne, remonteraient aux Aryens venus de l'Inde et ayant fait invasion parle Nord, sous le nom de Celtes, dans les dillVienles contrées de lEurope. Ces chants dateraiiMit du temps d'Homère et même d'avant, ajoute le professeur. Li' miuciir en son expression, serait donc en quelque sorte à l'origine des temps; la (irèce nous l'aurait légué dans ce qui nous parvint de ses richesses Les sept modes des Grecs fondus en nos deux modes, le majeur et le miiieitr, tel serait le résultat sur lecpiel n.'pose notre musique moderne, dont la thi'orie ne remonte pas au delà ii'uii siirle el demi, comme les cln;fs-d'(ruvrt' qui s'y ra|>poitcn(.
ré dièze, d'où résultait le centre attractif par excellence.
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l'obtenir, un nouveau ^ ^ ^|., o *^ *^ -
pas dans Tordre pro- Fi^r. m
gressif majeur, créer cette nouvelle (juinte que l'on redoutait, qui remanierait de fond en comble l'ordre des choses et le compliquerait plus encore par l'extension des armements? Non certes! Quelque autre ton majeur serait pourvu avant celui de soi, qui prendrait patience, contenu d'ailleurs par les deux plus grandes puissances armées de la série, le tonde réel celui de la. Ré majeur se présenta alors, réclamant sa relative mineure. Si mineur et les éléments existants se rangèrent ainsi :
On s'aperçut bien
vite que, comme pour -^ » ^ o~i^'^~^
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la gamme mmeure de fi?. :\>
mi, la note sensible manquait à la série : la dièze, qui exigeait deux pas à franehir dans l'ordre progressif majeur et annonçait un armement de cinq accidents. De toutes parts on en frémit et ré majeur allait être forcé de se résigner à n'avoir point d'alliée directe comme sol, lorsqu'il eut l'idée de réclamer, non sa relative mineure, puisque la chose n'était pas possible, mais son égale mineure placée sur le même degré que lui. On procéda à l'opération dont voici le résultat :
On obtenait, comme on le voit, le second type du mode
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mineur, mais le premier ne pouvait se former, le 6** dugri'' ('•tant trop élevé iFun demi-ton.
Le mode mineur, dans sa constitution propre, son premier type, allait-il se borner à une seule gamme, celle de /a? Cette égale du majeiu*, tout accidentelle, formée (rniic exception, ne prouvait-ello |»as Timpossibilité iVétondre plus loin son empire?
Telle fut la (piestion qui remit debout le corps des savants, contenant sa joie sous une gravité digne.
D'où viendrait la possibilité d'abaisser la note trop élevée pour former ré mineur? Où prendrait-on ce signe d'abaissement? L'ordre progressif majeur n'abaissait pas les choses^ lui, il les élevait au contraire et bien sûr, cet élément indispensable ne se trouverait pas dans son sein. Le corps des savants et celui des religieux officiels, dit-on, furent d avis de reconnaître le mode mineur, mais constitué avec les seuls éléments du majeur, sans note sensible, sans centre attractif propre et pourvu seulement du
centre attractif ma-
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y \\y y * * 7 ^1 jeur. C'était revenir au
plain-cliant mis en mouvement, mais tenu sous la dépendance du majeur. Par cette combinaison môme, on écartait du mode mineur tout danger résultant d'une constitution personnelle. Il aurait sa place à une tierce au-dessous du majeur, on lui conserverait son titre d'égal, mais il ne serait plus question de le voir figurer à côté de son homonyme majeur, auquel il ne devrait plus rien. On était bien près de conclure, et la constitution normale du mode mineur allait être décrétée sans appel possible, lorsque avertie, la gamme de
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la mineur vint en son double appareil, ses deux types, prendre part au grave débat sur le point d^être terminé.
Elle avait pris les instructions de sa tierce protectrice et de sa sixte mineure, do et fa naturels.
Le débat fut vif, prolongé, le péril des plus extrêmes. Un savant musicien du pnrti accompagna la gamme mineure sans note sensible, de manière à satisfaire le goût ; on fit valoir toutes sortes d'arguments nouveaux qu'il serait trop long de mentionner, mais dont les principaux se rapportaient aux trois centres attractifs que posséderait le mode mineur, à leurs dangers, à toutes leurs conséquences. Le moment était critique, on le voit. Heureusement que pour ce mode, menacé pour la seconde lois d'une destruction totale, existaient déjà des créations mineures qui reposaient sur sa formation contestée complexe, autonome.
La gamme de la mineur, 1er type, s'en empara. Elle demanda au Grand Conseil s'il prétendait substituer à la note sensible si chèrement acquise, la note sensible haussée, dans tant de passages expressifs dont voici l'équivalent tiré d'une œuvre moderne. (Symphonie en la de Beethoven.)
Nous mettons en regard le passage textuel suivi de celui qu'amènerait sa modification :
L'hilarité générale ne
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put être contenue, et les glands arguments de nécessité, pour cause d'utilité publique, tombèrent comme
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à plat. Voir c'est avoir, nous a dit un poète ; entendre ici c'était voir et Ton vit. Une seule objection restait. Où prendrait-on le signe d'abaissement pour constituer le premier type de la gamme mineure de ré, dont on n'avait pu obtenir que le second type, ce qui avait tout ) émis en question ? Do naturel, tierce du mode mineur et tonique de la gamme naturelle majeure, prit la parole. Tl annonça que le signe d'abaissement figurait dans le piain-chant. qu'il était acquis à l'ordre nouveau et que, mis à propos, tenant sa place et entré dans le mouvement, il deviendrait à son toin* un signe de progrès ; que des créations nouvelles majeures, provoquées par le mineur allaient prendre naissance, qu'elles auraient leur expression propre et que ces richesses, par le signe d'abaissement, rétabliraient l'équilibre troublé par les pas trop précipités de l'ordre, avec le signe d'élévation. Cette déclaration prophétique fit grand etïet sur l'assemblée, elle annonçait comme un monde nouveau que des aspirations dans bien des œuvres faisaient en effet pressentir. Que pouvait-il bien être, ce monde à venir, ce monde inconnn mais tout proche, qui venait sans bruit, sans bouleversement, et qui mettait sa gloire dans le signe d'abaissement, comme l'ordre social déjà formé avait mis la sienne dans le signe d'élévation? Ces notions étaient si nouvelles, les signes dû progrès si opposés, que toute l'attention fut portée vers (•(S créations à venir.