‹ De la formation du mode mineur par l'évolution, la transformation et la fixité. Préf. par le marquis d'IvryChapitre 24 sur 32 · TT · texte numérisé non relu

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L'ordre mineur, nous le voyons, après s'être rallié par sa note sensible au signe d'élévation (gamme de sol, de ré, de la majeur), délaisse ce signe et, au moyen du bôcarrc, remet la note à sa place naturelle. Pourquoi cela? Les deux ordres vont-ils se séparer de plus en plus ? Nous allons le voir.

Par le tableau général des gammes nous voyons que l'équilibre est parfait, bien que se produisant différemment. Tout ce qui existe est pourvu d'associés. Les trois gammes majeures par bémols ont toutes leurs gammes relatives mineures dont ils proviennent et dont ils ne sont en quelque sorte que la libation, ce qui doit oter au majeur toute idée de domination.

La tonique naturelle, en consacrant Tordre de gauche et en créant rr rnineur par le premier bémol introduit, en a décid»' ainsi. Dans l'ordre opposé, cette libation n'existe

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pas. Cet ordre, rappelons-le nous, procédant du majeur au jnajeur, n'a pu se créer d'associées, ni par filiation, ni par égalité. Ayant vite franchi les premiers pas de sa succession, ce qui l'effraie lui-même, il s'est aperçu que ses progrès par les armes le mènent bien moins de gloire en gloire que de péril en péril. C'est le mode mineur qui l'a pouivu d'associés, ne l'oublions pas; mais n'oublions pas non plus que sans les progrès du mode majeur, le mode mineur iTexisterait pas. Il était donc tout naturel qu'il vint s'uniiétroitement avec son mode créateur. 11 Ta fait, mais par V égalité, et c'est alors que l'égalité des deux modes a reçu sa consécration définitive, malgré les différences qui les caractérisent. Le mode mineur joue donc un double rôle : il forme la série de gauche par la filiation, et par 1 égalité il pourvoit d'associées mineures la série de droite qui en manquait. Le ton de do naturel majeur, nous l'avons fait remarquer, est le seul qui ait à la fois sa gamme lelative mineure et son égale mineure, entre lesquelles il parait si petit, si humble, dépourvu qu'il est de toute arme, de tout insigne d'illustration, qu'il tient vraiment la moindre place quoique tout se groupe autour de lui, ses deux mineures tout d'abord.

Essaierons-nous de dire quelque chose des magnificences de la fête qui réunit toutes les puissances qui viennent de passer sous nos yeux, des compositions qu'elles inspirèrent, des tons qui furent préférés, des échanges rapides qui s'établirent entre eux et de leurs variétés, grâce aux modulations éloignées devenues fréquentes, aux notes de passage, aux dissonances de retour, aux appogiatures et à bien d'autres choses qui formaient, par des notes étrangères

aux accords^ des ornements et des dissonances tenant en éveil l'auditoire, le captivant par les dessins les plus variés, les coupes les plus heureuses ? Non, nous ne l'essaierons pas. Nous nous taii'ons sur ces progrès introduits peu à peu, luxe dont on abusait parfois et qui ôtait aux chants eux-mêmes de leur simplicité, de leur grandeur;, quand ils venaient mal à propos et surchargeaient les mélodies.

Mais... si nous renonçons à décrire les joies de la féte et les enthousiasmes qui éclatèrent de toutes parts, nous ne pouvons passer sous silence le grave incident qui marqua la fin de la séance et se produisit au moment même où elle allait se terminer.

Pourquoi la gamme de do mineur se lève-t-elle indignée, à la droite de do majeur ? Qu'est-ce que cette accusation inattendue, spontanée, foudroyante ? .. En des accents inspirés, s'exaltant d'une majesté digne, la voix vibrante, émue, do mineure s'élève contre tous par les reproches les plus accablants (1). Elle en vient à prophétiser. Elle annonce un sombre avenir aux puissances assemblées capables de légèreté, d'ingratitude, capables d'avoir oublié, en cette féte solennelle, le ton modèle de do majeur. Pas une inspiration produite pource ton initiateur! aucune alliance (modulation) poui' le rechercher î Ce ton. qui a donné naissance à tous les autres, qui a su apaiser toutes les querelles, ce ton désarmé qui, par le mouvement, a tiré du néant toutes choses, ce ton, centre de tout, a été mis par tous en un complet

(1) Le plus giaiid historien sacn'i de la musique nous a transmis le dis- • ours véhément de do mineur dans une de ses immortelles compositions : -;i symphonie en do mineur en sa première partie. (Symphonie en iil mineur de iJeethoven.)

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oubli. Aucune voix ne s'est élevée pour lui rendre hommage. En effet, mi bémol a été le héros de la fête. On fait cercle autour de lui. On vante son expression exquise, son registre parfait si favorable aux voix, même les moins étendues. De tous côtés, on se rattache à lui, toutes les modulations y tendent, pas une gamme mineure n'y manque, excepté pourtant la prophétesse de malheur. Il faut l'éloignement naturel de certaines gammes majeures pour les soustraire à cet entraînement. La puissance rivale par excellence, la majeur, a bien essayé de ramener sur elle l'attention. Comptant sur sa popularité et déployant des prodiges de sa force, elle se surpasse en cette occasion. Mais cette fois, le charme l'emporte sur l'éclat, ml héinol règne sans partage.

Après cette fête, chacun se retire avec des impressions bien différentes.

Si les richesses s'accroissent, si les relations se nouent de toutes parts, les sentiments n'y gagnent pas. La jalousie grandit en raison des progrès, et la somme de bonheur et de paix intérieure semble être en raison inverse de toutes ces richesses. Les deux ordres, unis d'abord, entrent en rivalité -fatalement, sans autre cause que leur existence même et les succès qui favorisent les créations nouvelles. Rentrons en nous-mêmes, espérons ! La réflexion ramènera le calme des esprits. La justice, Tégalité, ce bel ordre qui se montre à tous et qui pourrait être parfait si la fraternité était au fond des cœurs, finira bien par l'emporter.

C'est ce que l'avenir nous réserve peut-être.

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