‹ De la formation du mode mineur par l'évolution, la transformation et la fixité. Préf. par le marquis d'IvryChapitre 25 sur 32 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ah ! qu'en espérant le repos, nous connaîtrions peu la nature musicale, si fort semblable à la nature humaine !

Les lauriers de mi bémol empêchent de dormir //( majeur, trop distancé sous tous les rapports pour avoir été enivré des parfums de son rival. Son patriotisme lui vient en aide. Trois abaissements l'emportant sur trois élévations!... C'était impossible. Il faut une réparation à l'ordre progressif, 1 honneur l'exige. Comment s'y prendre? La majeur Y réfléchit. Une peut plus compter sur son ég.'ile mineure pour lui rendre son lustre et sa priorité, depuis l'incident de la fête causé par do mineur. N'a-t-on pas vu cette mineure, la, donner des signes de contentement quand do mineur a pris la parole pour venger do majeur délaissé? Malgré les signes d'étroite amitié donnés par cette égale mineure à son associé majeur (voyez le petit air modulant), celui-ci ne peut plus compter sur elle. Son associée ne jouera certainement pas envers lui le rôle que do mineur fit éclater envers son homonyme.

La suprême consolation, seule capable de faire taire

H<S CHAPITRE CI.NuriÈMK

toute ambition lui étant refusée, — le dévouement d'une égale mineure, — il se vengera lui-même en recourant à d'autres moyens.

Son lustre est passé sans retour ; mi bémol lui est préféré ; c'est donc mi bémol qu'il faut punir de son succès et qu'il faut punir doublement pour n'avoir pas su tenir sous sa dépendance do mineur, cette émancipée qui, par un libre mouvement, est venue venger son égal majeur délaissé. — Puisque mi bémol s'est illustré par un abaissement et quïl a pris naissance sur cette base, s'y appuyant en en portant le nom, il faut former une gamme du même nom qui lui enlève ses insignes de gloire. Opposant nom contre nom, gamme contre gamme, majeur contre majeur, mi naturel, comme un vrai bâtard de souche, narguant fièrement mi bémol, doit paraître résolument sur l'horizon politique ; de nouveaux armements signaleront ce triomphe de l'indépendance. Ré dièze, nouvelle note sensible, disposera du nouvel ordre de choses. Mis à la tête du mouvement, il s'inscrira au tableau des quintes comme quatrième dièze. La ^majeur, en cédant sa place à mi 'majeur, sera déchu de son rang de première puissance des Etats Armés il est vrai, mais il se vengera de mi bémol. N'est-ce rien? Il aura la gloire unique d'avoir fait faire luimême, par son dévouement et son génie, le pas nouveau que tout annonce et qui ne manquerait sûrement pas d'arriver pour une cause ou pour une autre.

Donc la majeur^ bien résolu, visite en secret minaturel, sa dominante, point de départ de la nouvelle gamme. Il lui fait part de son élévation future comme tonique.

Hé naturel, sous-dominante, apprend qu'il va comme

note sensible être élevé à ce poste éminent, et que tous les armements lui seront confiés.

Fis. tjij.

Tout s'organise. On se réunit dans un lieu retiré, on y rassemble les fidèles, on parle bas, on dispose des troupes, on distribue les emplois nouveaux; ?nf naturel est escorté jusqu'aux frontières des états de la, dont il s'empare ; il y place ses hommes, revient à son poste et, par un habile (!Oup de main, faisant surgir ré dièze , l'impose à la foule, à la grande cité. Il est mis au tableau des quintes et, soutenu par tout ce qui est en force, accepté comme gouvernement nouveau par tous ceux qui se rattachent au centre attractif quel qu'il soit, il est proclamé officiellement — (fig. 67).

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Fis. G7.

Fions-nous à c/o mineur, cettepuissance sévère, incorruptible, que nous connaissons par sa fière personnalité toute chevaleresque, pour venger à son tour mi mineur, et arrêtons-nous un moment sur cette grande figure des gammes mineures et sur celles qui l'ont précédée.

Ce n'est pas elle, do mineure, qui sera choisie pour les alliances de la musique et de la danse lascive, pas plus que pour la poésie risquée; elle ne leur sert pas d'auxiliaire influent.

Ce n'est pas elle qui fit arriver jusqu'à nous les réminiscences conjugales de M. et M"" Denys, et tant de choses du même temps, que renferme la clé du caveau. Do mineur ne chante pas non plus le De profondis de Béranger. Non, mais c'est peut-être lamineur aux deux octaves tout ditïérents, F un si triste au besoin, et l'autre léger et frivole. Cette gamme, tirée du plain-chant, mise en mouvement dans les agitations sans pareilles, saturée de deux éléments majeurs, doit se prêter à des familliarités que do mineur repousse ; on ne danse point avec elle, si ce n'est peut-être la danse macabre. Elle ne se prête pas davantage aux légèretés de la poésie.

Les oraisons, les marches funèbres, les chants exaltés, héroïques^, voilà son fait. Soi 77iineiir, tout à côté de la mineur, possède aussi le registre et la position favorables aux chants faciles^ et ré mineur, quoique assez près de do mineur, y prend sa grande part. Leur alliance avec l'ordre majeur par le signe d'élévation semble expliquer la chose.

Revenant donc à la crise qui se prépare, nous remarquons que c'est do mineur qui, [)ar son propre exemple^ donna Tordre de relever de leui^ abaissement les notes abaissées de son parti, quand les événement l'exigeaient, plutôt que de recourir aux insignes de l'ordre progressif, — ce qui sépara davantage les deux camps. Devant les périls du moment, do mineure n'hésite pas. Elle consulte sa sous dominante fa, la directrice du mouvement, et la

nécessité d'un nouveau pas à franchir étant démontrée, un nouveau bémol est décrété, ré bémol, qui, ajouté a la série des bémols, nous donne le tableau des gammes que voici :

Vïii. 08.

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Fiii-. 69.

Qui ne voit par celle double richesse quel coup fut porté à l'ordie armé ! Voilà non-seulement deux gammes ajoutées à Tordre rival, mais voilà le conspirateur la majear (|ui avait abdiqué en faveur de mi naturel pour se proculer le plaisir des dieux, abaissé dans sa tonalité par une nouvelle gamme majeure de même nom, la gamme de la bémol. Si le bémol, par sa suavité, avait agi d'une manière magique dans le ton de mi bchnol, que serait-ce, dans le ton de /a, cette échelle magnifique des sons ? Fallait-il bien en faire l'expérience dans la fête qui devait se préparer pour l'installation publique de mi naturel majeur qui ne s'en était pas occupé et qui ne s'était pas aperçu, tant le trouble des esprits était grand, que, par sa note sensible, il venait de concourir à la formation d'une nouvelle gamme

mineure, mi mineur, la première formée des seuls éléments de l'ordre progressif armé (fig. 71). Quelle joie lorsqu'il l'entrevit. Voici enfin la chair de sa chair, les os de ses os. En cette création nouvelle aucun emprunt n'était fait M Tordre abaissé. Elle serait donc bien à lui, à moins que sol majeur ne la réclame par cette coutume passée à Tétat de loi qui met sous la protection, d'autres disent sous la dépendance du majeur, toute gamme mineure placée à une tierce mineure au-dessous de lui. Nous l'avons expliqué déjà. Ce n'est pas une dépendance que cette relation puisque chaque gamme peut agir seule et contracter avec d'autres tons des alliances particulières, mais c'est une association si étroite que les relations qui en résultent sont les plus fréquentes et les plus naturelles. Conservateurs de la simplicité, favorables aux masses, on les retrouve partout. C'est de ce groupe que découleront, avant tout, les chants populaires. Notre Marseillaise eût été moins réfractaire à beaucoup d'oreilles peu musicales et peu exercées si, au lieu de moduler du majeur en son égal mineur, le ton choisi eût modulé en sa relative mineure. Mais Rouget de Lisle s'en est bien gardé. Il lui fallait, en musique, le pathétique correspondant aux paroles^ et il n'y a pas manqué. C'est autour de la simple alliance du majeur et du mineur correspondants, que viendront se ranger ces autres tons qui forment comme une famille unie et qui se nomment tons relatifs ou tons voisins. Ils ne diffèrent du ton principal que par un accident en plus ou en moins.

En voici deux exemples :

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